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 Le salon des Damnées.

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Oblivius
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MessageSujet: Le salon des Damnées.    Ven 9 Avr 2010 - 21:33

Le salon des Damnées


* * *

De longues griffures sanglantes zébraient le ciel crépusculaire en ce début de soirée. L'astre lumineux déjà assoupi peinait à réchauffer la Lorraine de ses derniers rayons tremblants. Le froid, l'ombre et le vent s'en donnaient à cœur à joie dans les ruelles de Forbach, comme autant de pillards s'abattant sur une citée sans défense. Du clocher, couronné de girouettes grinçantes s'échappa plusieurs carillons comme si les cloches de bronze saluaient la venue de la nuit et la fin du jour. Un peu partout, les fenêtres s'éclairaient projetant une lumière jaunâtre sur les pavés érodés des avenues. La ville allait s'endormir doucement, dans son lit de ténèbres et de mystères.

Dans le quartier bourgeois, une massive battisse à colombage s'élevait vers les cieux obscurcis, dominant la rue de ses deux étages. Sa façade décrépie présentait à plusieurs endroits des blessures et des accrocs, comme autant de stigmates dus au passage irrévocable du temps. Des volets arrachés par les intempéries, que personne n'avait cru bon de devoir réparer, gémissaient et pendouillaient sur leurs gonds rouillés ; menaçant de fracasser la tête du passant imprudent. La massive porte d'entrée était entrouverte - comme si on avait oublié de la verrouiller - et laissait filtrer une lumière tamisée. Contrastant avec toute cette misère et cette décadence une enseigne de fer forgé, annonçait majestueusement en grosses lettres gothiques la profession de l'actuel propriétaire de l'établissement : Ciseaux et tissus, Tailleurs de Père en Fils. Mais l'endroit, jadis fréquenté par de belles bourgeoises et de beaux messieurs à la bourse rebondie, n'était plus que l'ombre de lui même ; et les gens se signaient lugubrement en passant devant la maussade boutique, comme pour se conjurer du mauvais sort qui avait frappé le pauvre tailleur.

Monsieur George Duraille, un nom splendide pour un artiste aux doigts de fée. Ses robes, de véritables chefs d'œuvres de soie, de dentelles et de velours s'arrachaient à prix d'or, pour aller vêtir la grande bourgeoisie de Forbach. Aujourd'hui l'artisan à l'agonie n'était plus qu'un pâle reflet de sa gloire perdue. Vouté, la peau trouée et parcheminée comme un vieux grimoire poussiéreux, il se tenait pensif devant l'âtre fumant, contemplant sans les voir les braises rougeoyantes de son regard aveugle et mélancolique. Rien n'est plus précieux pour un tailleur que ses yeux qui lui permettent de saisir des mesures, de couper droit et de coudre avec application, en être dénué revenait à se trainer misérablement comme un oiseau à qui l'on aurait coupé les ailes ; inutile et mélancolique. Le destin avait joué bien des tours au bonhomme, et la vieillesse sénile était le pire de tous. Lui, qui encore vert avait la répartie saillante d'un barde et la langue agile d'une commère, n'avait même plus la force de s'opposer aux excentricités de sa nièce.

Il avait laissé entrer une vipère dans la maison de ses ancêtres qui doucement l'étouffait de ses anneaux.

Le rez de chaussé de Ciseaux et Tissus, était occupé par un immense salon. C'est là, dans cette pièce aux trois divans, que le tailleur recevait ses clientes. Choyées, et chouchoutées, les belle dames allaient s'asseoir sur un moelleux sofa, un verre à la main, pendant que le couturier leur présentait des montagnes d'étoffes toutes plus douces les unes que les autres. Ensuite venait le moment de prendre les mesures, elles se mettaient debout, et l'homme leur tournait autour un mètre à la main, avant d'aller reporter de petits chiffres sur l'immense table à dessin qui trônait à côté d'une fenêtre. Enfin en quelques coups de plume sur un parchemin, il pouvait faire naitre d'exquises esquisses aussi originales que délicates.

Mais c'était avant. Voilà bien longtemps que le salon avait perdu de sa splendeur. Fini les commérages qui résonnaient sous le plafond de bois, fini les robes soyeuses qui froufroutaient gaiment sur les parquets cirés, fini les dessins et les brouillons de l'artiste qui jadis encombraient une petite table laquée. La poussière et la pénombre avaient pris possession de cet endroit, le chevalet de dessin rongé par les mites menaçait de s'écraser au moindre coup de vent et les étoffes désormais en lambeaux formaient autant de larmes chatoyantes dans les armoires béantes.

Le vieillard pensif abandonna sa contemplation méditative pour se tourner vers un divan. Sa voix chevrotante, n'était qu'un murmure qui semblait à tout moment sur le point de se briser pour l'éternité :


-Ma chère nièce, voudriez vous bien m'aider à compulser mes livres de compte ? Je crains que ma mauvaise vision, ne m'empêche d'y voir clair.


Valériane mollement alanguie sur un sofa élimé regardait sa victime avec un sourire carnassier et méprisant. Elle avait passé toute la journée vautrée, désœuvrée et ivre de paresse dans la semi obscurité de la pièce. Languide à souhait, son pied nu jouait négligemment avec l'épaisse couverture de cuir et d'argent du grimoire qu'elle avait laissé trainer sur le sol, trop las pour l'étudier.

-Voyons, mon tendre oncle, vous n'y pensez pas...Ma journée a été épuisante. Vous ne voulez quand même pas me tuer à la tâche.

La voix qui s'échappa des sombres lèvres de l'apprentie était douce, presque un ronronnement. Le ton était cajoleur comme si elle était en train de s'adresser à un petit enfant qui raconte une bêtise.

-Bien sur Valériane, vous avez raison. Nous verrons cela un autre jour...

Le vieillard laissa mourir la fin de sa phrase, avec l'abattement de celui qui n'a plus d'espoir. Sa tristesse était un véritable étau qui lui comprimait tellement le cœur, qu'elle lui ôtait toute velléités de révolte. Même pleurer lui était devenu impossible, c'était comme si ses larmes c'étaient taries à force de lamentations silencieuses et de sanglots étouffés. Sans un mot, il ouvrit une porte et s'enfonça dans l'obscurité de la demeure pour aller rejoindre sa chambre à tâtons et noyer sa mélancolie dans un sommeil lourd et fiévreux.

Pensive, Valériane ne lui fit même pas l'honneur d'un regard lorsqu'il disparut comme un fantôme effacé par une bourrasque. Elle le savait, son locataire n'en avait plus longtemps et cela l'inquiétait. Il allait falloir qu'elle se trouve une nouvelle résidence à Forbach, chose qui s'annonçait plus ardue que prévu vu sa réputation licencieuse. Un rire nerveux la secoua lorsqu'une pensée aigre douce s'immisça dans son crâne ; peut être allait elle devoir retourner chercher refuge dans un couvent... . Un frisson lui glaça l'échine et elle s'empressa de resserrer autour d'elle les pans de sa moelleuse robe de chambre tissée dans velours aussi noir qu'un ciel sans étoiles. Il lui fallait lutter contre les courants d'air et les sombres présages qui devenaient de plus en plus hardis à mesure que le feu déclinait. Lovée au creux du divan comme un chat dans son panier, elle somnolait, bercée par les ultimes crépitements de l'âtre.

Soudain, un grincement la fit sursauter, et elle se redressa parfaitement éveillée, à l'affut. Un rôdeur se promenait il dans la demeure ?
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Dim 11 Avr 2010 - 22:59

Douce dévalait les rues, arborant un air sombre et destructeur. Ou était ce carnage qu’elle avait tant attendu, ou était ce sang qui ne voulait pas couler ? Peut-être était-elle arrivée à un mauvais moment, peut-être que les monstres qui habitaient cet endroit s’étaient réfugiés dans l’esprit de ses habitants, et qu’ils animaient uniquement leurs cauchemars et leurs peurs. L’idée n’était pas déplaisante, mais pas satisfaisante pour autant. Elle voulait voir du sang couler, et pas uniquement le sien, qu’elle avait vu pas plus tard que la veille, lorsqu’elle s’était accidentellement écorché le bras contre un clou dépassant d’un mur. Si la peur régnait, qu’elle se manifeste par des actes démesurés, comme elle savait si bien le faire.

Elle inspira longuement, laissant ces pensées sombres s’échapper, et préféra songer à sa sœur. Sa chère sœur, qui l’avait tant aimée, et qui était à présent si loin, et si morte, que ses sentiments méprisables ne pouvaient plus l’atteindre. Un rictus se forma sur ces lèvres, lorsqu’elle se souvint des paroles du prêtre, qui avait imaginé son âme habitant les Cieux. Mais Marie n’avait jamais eu d’âme, elle avait toujours été bien trop vide pour cela, un vide tel qu’il avait été perçu comme de la bonté, à cause de l’absence de malice. Elle n’avait été qu’une enveloppe physique, que tous avaient bêtement considérée comme belle malgré sa laideur, et si esprit d’elle il restait, celui-ci n’aurait eut que faire des Cieux, ou son corps n’avaient plus de place. Douce l’imagina, cet esprit, enfermé dans la même boîte que le corps, condamné à le regarder pourrir pour l’éternité. Comme elle l'enviait.


Elle faillit ne pas la voir, la boutique se trouvait à sa gauche, et son oeil gauche n'était plus. Elle tourna simplement la tête au bout moment, par un formidable hasard. Elle ouvrit la bouche, admirant cette bouffée d'air frai, cette laideur délicieuse. Quelque chose semblaient avoir dévoré cette boutique, c'était tout à fait fascinant. Un monstre devait sans doute l'habiter, Douce l'espérait. Peut-être était-ce un endroit ou il retrouvait certains congénères, car c'était pour le moment le seul endroit propice à une réunion monstrueuse qu'elle avait croisé dans cette ville, ou un endroit ou il se réfugiait, pour éviter l'extérieur trop propre, trop beau.

Douce leva les yeux vers l'enseigne, et réprima un fou rire. Un tailleur ? Pour monstres ? Quoique c'était vrai, qu'à part certains vraiment pervers, ils portaient tous des vêtements. Mais dans ce cas, elle aurait plutôt imaginé qu'ils iraient dans une tannerie spécialisée en peau humaine. Elle jeta un coup d'oeil à sa robe grise, qui montait jusqu'au cou et recouvrait soigneusement ses bras et ses jambes. Souvenir du couvent, qu'elle appréciait pour son ironie. Elle ne l'aurait échangée pour rien au monde, pas même pour du cuir humain.

Après en avoir admiré l'extérieur, Douce poussa la porte, pour découvrir avec plus de profondeur cette manifestation concrète du désespoir et de la douleur. Un grincement lugubre accompagna son mouvement, telle une délicate mélodie. Elle entra sans crainte, et commença à scanner la pièce de son regard. N'ayant qu'un oeil valable, cela prenait beaucoup plus de temps que pour une personne en ayant deux, ainsi elle ne remarqua pas tout de suite qu'il se trouvait quelqu'un d'autre. De plus, elle ne cherchait pas à voir quelqu'un, si bien qu'elle s'attardait sur les détails, rendant son inspection plus longue.

Fascinant. Elle pouvait deviner que l'endroit avait été autrefois luxueux, immonde. Mais le temps, la négligence lui avait donné un charme unique. Jamais elle n'avait vu un endroit si désolé. Elle n'avait pas encore beaucoup vécu.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Sam 17 Avr 2010 - 2:00

Le gémissement de la porte claqua comme un coup de fouet dans l'esprit de l'apprentie. Sa torpeur s'évanouit, subitement chassée par des instincts plus primaires et elle sentit avec délectation une décharge d'adrénaline inonder son cœur. Elle sauta de son siège avec souplesse, sans prendre garde aux protestations de ses membres trop longtemps immobiles. En quelques enjambées, les raideurs passagères se dissipèrent et elle put se mouvoir en silence à travers les ombres tremblotantes du salon.

Qui pouvait bien venir à une heure aussi tardive ? Qui avait pu oser pousser la porte de cette demeure qui pourtant ne recevait jamais d'invités ? En ces temps de malheur et de suspicions, oublier de fermer sa porte aux dangers du monde extérieur était un luxe que seul les inconscients se permettaient. Aussi la sorcière se maudit pour son excès de confiance qui allait lui couter très cher si son visiteur nocturne se révélait être un valet de l'inquisition. Sa moelleuse robe de chambre plus adaptée à languir et à paresser dans un sofa, qu'à chasser, gênait ses mouvements et les alourdissait du poids des fourrures et du velours. Mais il était trop tard pour y remédier...Elle tendit une main aux ongles acérés comme des griffes et empoigna le tisonnier dont la pointe rougeoyait faiblement dans les braises ardentes de l'âtre.

Fantôme ou être vivant...Esprit ou mortel...Intrus ou inquisiteur...Ami ou ennemis...Valériane était déterminée à ne pas se laisser faire et à ne laisser personne chasser sur son territoire. Elle se tourna avec lenteur vers l'origine du bruit son regard ambré fouillant les illusions et les mirages de la pénombre. Elle respirait doucement, présentant une fausse apparence de calme et de sérénité. Mais derrière cette façade de statue, ses membres frissonnaient d'une inquiétude fébrile à peine contenue et des gouttes de sueurs glacée dégoulinaient le long de son échine comme autant de terrifiants présages.

Ses pieds nus effleurant silencieusement ce sol qui était devenu familier à force d'y épuiser ses jours, l'apprentie se rapprocha déterminée, des lueurs sauvages dansant derrière la prunelle de ses yeux. Elle remarqua tout de suite la robe grise de la chose et son trouble n'en grandit que plus. Le gris était la couleur de l'Église. Gris comme la froideur des sentiments des zélotes qui poussaient dans le brasier de l'injustice, des innocents au destin brisé. Gris comme les pierres des autels qu'ils élevaient à la gloire d'un Dieu qui semblait avoir déserté le monde depuis de bien trop longues années. Enfin, gris comme les cellules et les barreaux derrière lesquels elle avait passé deux années de sa vie, dans un maussade couvent d'Alsace.

C'était une femme, une bonne sœur qui avait osé briser l'harmonie méditative dans laquelle elle avait passé sa journée. Surement une espionne au service de l'inquisition qui devait passer ses journées à glisser discrètement son nez de fouine dans tous les recoins où se terrait l'hérésie.
Raison et passion se disputaient chez Valériane. Une voix vénéneuse et tentatrice lui sussurait d'éliminer cette intruse et de faire couler le sang. Mais une voix plus mesurée, plus calme, plus prudente conseillait d'attendre et de voir ce que recherchait la voleuse. La deuxième proposition l'emporta, la jeune fille ravala à regret ses envies de meurtre et abaissa son tisonnier.


-Et bien ma Sœur...La voix douce de Valériane la précéda lorsqu'elle sortit de l'ombre pour accueillir sa visiteuse...
Il ne me semble pas vous avoir entendu frapper avant d'entrer...Mais peut être...L'apprentie eu un sursaut, en remarquant le visage ravagé de son interlocutrice. Cet œil manquant, et cette longue estafilade qui marquaient la peau pâle de celle qui était vêtue de gris, détonaient clairement avec l'image tendre et douce des sœurs, petites filles adorées du Seigneur. Peut être vous êtes vous perdue. Dans ce cas là, je me ferais un plaisir de vous montrer la sortie. La phrase mourut beaucoup moins assuré qu'elle n'avait commencé et la sorcière resserra instinctivement sa poigne sur son tisonnier.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Sam 17 Avr 2010 - 19:40

Jusqu'à ce jour, l'endroit le plus horrible dans lequel s'était retrouvée Douce avait été une pièce spéciale, dans le couvent ou elle avait passé la majorité de sa vie. Une pièce à laquelle peu de jeunes filles avaient droit d'accès, car il fallait réellement le mériter. Par chance, Douce avait réussit à le mériter au moins cinq fois dans toutes ses années là-bas. Malheureusement, comme elle s'y était plu, et que les bonnes soeurs l'avaient remarquée, elles avaient cessées de l'y envoyer.

Douce laissa ces souvenirs remonter, se laissant emporter par l'ambiance de cet endroit malsain. Oui. Cette pièce, si petite qu'on ne pouvait s'y allonger, ou la lumière était complêtement absente. Peu importait combien de temps on y restait, il demeurait impossible de distinguer la moindre forme dans ce noir complet. De même que les sons, en dehors de sa propre respiration, le silence régnait. Et il y faisait froid, très froid, et humide. Cette pièce représentait parfaitement la mort, elle donnait l'impression de ne plus exister, d'être seul au monde.

Sa respiration s'accéléra, son oeil droit brilla encore plus de sa lueur malsain, qui jura de façon inquiétante avec son sourire. Evidement, cet endroit ne ressemblait en rien à cette pièce de son passé. Si cela avait été le cas, Douce n'y aurait porté aucune attention, elle ne trouvait la beauté et l'intérêt que dans les choses uniques.

L'absence totale de peur la rendait peu prudente, elle n'était pas à l'affut de la moindre menace. Ainsi, elle ne remarqua pas la présence d'une autre personne avant que celle-ci ne lui adresse la parole. Elle tourna lentement la tête, ne voyant pas de raison de se presser, pour regarder la femme. Son oeil droit la dévisagea avec une excitation malsaine, cherchant avidement le monstre en elle.

Le sourire de Douce s'agrandit encore, lorsque la maitresse des lieux l'appela "ma Soeur". Douce, qui voyait bien à présent qu'elle n'en avait pas les bases suffisantes, l'avait prise pour un monstre, et cette personne la prenait pour une bonne soeur. Quelle belle ironie. Cette méprise était compréhensible cependant, peu ou aucune jeune fille, à part Douce, n'aurait trouvé intéressant de continuer de s'habiller de cette robe peu flatteuse, à moins d'être une religieuse.

Elle remarqua que la femme tenait un tisonnier dans la main, et ce détail l'amusa.


Intéressant, dit-elle, avez-vous utilisé la même méthode pour chasser Dieu d'ici ? Ou est-ce un traitement réservé à ses servantes ?

Elle pencha la tête sur le côté, et plongea son regard à moitié mort dans celui de la femme.

Je ne suis la soeur de personne. Le corps de celle qui détenait ce titre est en train de pourrir, dévoré par les insectes, et de dégager une puanteur sans doute insoutenable.

Il était assez clair qu'elle n'était pas la bienvenue. C'était pour cela qu'elle avait envie de rester. Être accueillie à bras ouvert est tellement moins amusant. C'était ce qui faisait la magie de cette demeure, l'absence de cette ouverture et bienveillance qui dégoulinait dans beaucoup d'autres endroits.

Puis-je profiter de votre salon un petit moment ? Vous pouvez me bruler avec votre tisonnier si vous voulez, ca me ferait plaisir.

Il lui arrivait d'être polie tout de même, de demander la permission gentiment. On lui avait tout de même enseigné les bonnes manières au couvent.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Mar 20 Avr 2010 - 3:05

Cette maison, était le territoire de Valériane et comme n'importe quel félin, la jeune fille pouvait se révéler très possessive, voir très agressive.

Aujourd'hui le maquillage d'une charmante innocence juvénile ne tenait plus que difficilement sur le visage de notre de demoiselle. Le masque derrière lequel elle dissimulait jadis son cœur noir suintant de cruauté peinait désormais à couvrir et à justifier des excès toujours plus violents. Ses propres épines menaçaient de déchirer son déguisement de petite nièce modèle. La jolie fleur qui était arrivé à Forbach était en train de se transformer en un vilain serpent corrupteur, au poison vénéneux et à la traitresse morsure. Mais cette mue qui laissait des traces n'était pas sans dangers pour la sorcière qui voyait sa part d'ombre révélée aux yeux de tous.

Valériane portait en elle une certaine dose de sadismes et de cruauté, qui faisaient comme une couronne d'obscurité à cette indolente princesse aux charmes voluptueux et langoureux. Ce sourire que lui renvoyait les rivières gelées en Hiver, elle avait appris à s'en servir comme d'une arme terrifiante et hypnotique pour mieux assouvir ses obsessions de pouvoir et de paresse. C'est à quatorze ans, qu'elle avait arpenté pour la première fois la grande rue commerçante de Forbach. Et dès le premier jour elle eu le coup de foudre pour sa première victime : un aimable vieillard à la bourse bien rebondie qui paressait devant sa demeure.

Se faire passer pour la nièce de ce respectable commerçant n'avait été qu'un jeu d'enfant, pour cette poupée au sourire enjôleur et aux manières délicates. Le pauvre homme l'avait adopté aux yeux de tous et l'avait protégée et gâtée alors que jasaient les pies du voisinage. Lentement, comme un chat qui s'approprie une demeure, elle avait pris ses marques et étendue son territoire. La nièce modèle qui faisait la lecture à son oncle le soir était devenue une vipère sans pitié aux sifflements haineux et au poison aussi lent qu'insidieux.

L'apprenti tailleur qui devait reprendre la boutique se piqua lui aussi cruellement aux épines de cette rose noire en voulant respirer son parfum. Dévoyée et indécente elle le captura dans ses filets pour mieux le jeter en pâture aux ragots du monde. Le scandale fut grand et tous s'accordèrent à condamner ce pauvre jeune homme qui n'avait fait que l'erreur de tomber dans l'ambre des yeux de chat de la demoiselle. Amusée elle l'avait regardé quitter le village, en se passant une langue sur les lèvres ravie de la tournure que prenaient les événements.

Depuis, couronnée Reine de la boutique, elle se vautrait sur son royaume en tyrannisant son unique serviteur et ce n'était pas une bonne sœur borgne qui allait secouer son joug. Valériane était une fille très capricieuse, orgueilleuse de nature, elle haïssait se voir refuser ce qu'elle estimait devoir lui revenir de droit et pouvait entrer dans de terrifiantes colères qui ne cessaient qu'une fois sa rage sanguinaire apaisée sur une malheureuse victime.

Ces pulsions sauvages elle en savoura l'enivrante acidité en voyant son intruse se moquer d'elle. Cette vagabonde à la tenue maussade et au regard scintillant semblait la défier et la narguer. Il n'en fallut pas plus pour raviver le brasier de cruauté qui sommeillait chez l'Apprentie du Lys Noir.

Se rapprochant de sa mystérieuse visiteuse, elle lui laissa tomber le tisonnier sur les pieds la pointe en avant. Puis sans même se soucier de savoir si le métal chauffé au rouge avait touché sa cible elle se planta face à la voleuse les poings serrés et le regard courroucé. Elles étaient si proches que leurs souffles auraient pu se confondre.

La voix qui s'échappa des lèvres de Valériane était le murmure menaçant d'un serpent qui s'apprête à frapper :


- Que vous soyez Fille de Dieu, ou de Mendiante, croyez moi bien, je n'aurais pas besoin de tisonnier pour vous mettre dehors,. Et si j'étais vous, je partirai sans tarder, avant que je ne vous crève l'autre œil.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Sam 24 Avr 2010 - 16:44

Le regard de Douce scintilla, s'était-elle trompée ? Il y avait effectivement un monstre en face d'elle, emprisonné dans une enveloppe classique. Elle le voyait à présent. Ou plutôt le sentait, cette énergie négative, cette cruauté l'envahissait, elle s'en nourrissait dans une délicieuse extase. Ses lèvres se déformèrent lentement en un sourire malsain.
Le tisonnier tomba devant ses pieds, toucha le sol de sa pointe puis bascula complêtement, et roula jusqu'au bout de ses orteils. Malheureusement ses sabots étaient trop épais, et protégeait son épiderme sensible. Elle pencha la tête sur le côté, sans se dépêtrer de son sourire.


Pourquoi n'être pas allée jusqu'au bout ?

Elle retira son pied gauche du sabot avec aisance, et toucha le fer rouge de son gros orteils, pendant deux ou trois secondes. Une immense douleur, une douce exaltation, un gémissement et un léger rire se mêlèrent dans sa gorge, pendant que ses yeux se fermaient pour profiter entièrement de cette sensation. Elle ne les rouvrit que lorsqu'une odeur de chaire brulée lui arriva aux narines. Essoufflée par ce plaisir intense, elle reporta son attention sur le monstre qui possédait ces lieux.

Elle remit son pied endolorit dans son sabot, et recula d'un pas, non pas par peur, mais par inconfort. Elle n'aimait pas la proximité, elle préférait avoir son espace. L'extase était passée, elle pouvait à nouveau penser clairement.


Non, me crever l'oeil ce serait embêtant, j'ai encore besoin de voir. Mais on peut faire d'autre chose. J'aime bien dessiner, par vous ? Ce doit être joli, de dessiner sur la peau avec un couteau, non ? Je n'ai encore jamais essayé...

Elle réfléchit un instant, puis ajouta comme une évidence :

Ou avec le tisonnier, c'est possible aussi. Ca alterne les couleurs, puis en plus ca ajoute une odeur.

Elle n'avait pas souvent l'occasion de rencontrer des monstres, elle voulait en profiter. Puis l'apparence de celui-ci n'allait pas, il fallait l'améliorer. Bien évidement elle n'avait pas peur, elle ne savait plus comment il fallait faire pour ressentir ce sentiment, elle l'avait oublié. Ses instinct de survit et le fait de se protéger soi-même ne faisaient pas partie de ses priorités, ni de rien du tout d'ailleurs, ils n'existaient plus. La chose la plus vivante qu'elle faisait était de manger, si peu d'ailleurs qu'elle en devenait squelettique.

Elle n'oubliait pas que le monstre ne la voulait pas présente, mais ce n'était pas un problème. Pour faire fuir Douce, et la dégouter, il fallait l'aimer. Et personne n'était capable d'une telle horreur.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Mar 4 Mai 2010 - 19:57

Valériane était en colère, très en colère. Son corps souple et nerveux tremblait et vibrait comme animé par une énergie malsaine. Son visage d'ordinaire si fin, presque mutin semblait se consumer brulé par le feu d'une haine sauvage. Elle sentait sur sa langue le goût du sang et son cœur palpitait fébrilement, achevant de déverser des flots d'adrénaline dans ses membres. Et cette dernière se répandait dans ses veines comme du métal en fusion, réveillant en elle de délectables instincts.

Valériane était duale. D'un côté, tout son corps n'aspirait qu'aux voluptés et aux délices de la paresse. Rien ne lui plaisait plus que de se lover dans ses draps, pour y passer des journées complètes à somnoler bercée par le crépitement des flammes. Ah, comme elle aimait ronronner, doucement choyée par les attention pressantes de ses amants. Ainsi était la première nature de la demoiselle, casanière et ivre de luxe et de langueurs. Mais d'un autre côté, cette délicate fleur qui étirait mollement ses pétales aux premiers rayons du soleil, dissimulait une sève vénéneuse et corrosive qui suintait au bout de ses épines acérées comme des lames. Et la seconde nature de la sulfureuse apprentie était plus primaire, terriblement sauvage et dangereusement prédatrice. Féline, sombre et sournoise comme une panthère, elle ressentait de somptueux élans de jouissance dans la chasse et la traque. Rien ne lui plaisait plus que de savourer sous sous griffes la gorge palpitante de terreur d'une proie prise dans sa toile. Valériane se plaisait à assouvir dans la violence des fantasmes de dominations, inscrits en lettres de feu dans son âme de noble bâtarde. Seule la souffrance d'autrui lui permettait d'évacuer son immense frustration de n'être aristocrate que par la grâce d'un viol.

D'ordinaire son tempérament enflammé et son charme corrupteur lui permettaient de faire plier ses adversaires. Séduits ou vaincus ils finissaient tous par ramper à ses pieds, enchainés à elle par les chaînes de la crainte ou de la passion. Pourtant cette soirée était différente de toutes les autres. L'étrange vagabonde semblait insensible aux attaques de Valériane et le venin de la Vipère ne faisait que couler sur elle sans parvenir à entamer son armure d'indifférence.

Bien au contraire, l'intruse la narguait de sa joie malsaine. Son œil unique pétillait de plaisir, alors qu'en face les prunelles embrasées de l'apprentie se plissaient de haine. Étrange comme ces deux âmes noires pouvaient interagir entre elles : l'une s'élevant vers les cimes de la joie et l'amusement au moment où l'autre s'enfonçait dans les affres de la colère et de l'énervement.

Qu'on puisse prendre du plaisir dans le combat était parfaitement concevable pour la Féline, mais se blesser avec des soupirs de jouissance sur un tisonnier dépassait l'entendement. La vagabonde était en train de destabiliser Valériane. Et cette dernière, comme toutes les natures primaires mises au pied du mur, ne pouvait que réagir avec vivacité.

Laissant les railleries de la fausse bonne soeur fouetter ses ardeurs elle attendait le bon moment pour frapper et laisser échapper les foudres de son courroux.

L'intruse se recula, comme pour se mettre hors de portée de l'apprentie. Valériane n'en espérait pas plus. Ses cuisses finement musclés se détendirent avec puissance et elle plongea, un sourire carnassier étirant ses lèvres.

Elle percuta son adversaire, l'entrainant avec elle dans sa chute. Les deux jeunes filles roulèrent au sol, mais Valériane profitant de l'élan de son saut se mit à califourchon sur sa victime. Ses jambes galbées révélées par la robe de chambre se resserrèrent autour du corps squelettique de la voleuse pour mieux l'immobiliser dans un carcan de chair.

Enfin, confiante dans sa victoire, mais ne désirant pas gâcher son plaisir en précipitant les choses, elle se baissa jusqu'à ce que sa crinière d'ébène chatouille le visage de sa visiteuse. Sa main droite vint caresser avec une douceur méprisante la joue osseuse de la vagabonde ; quand à sa main gauche elle vint se poser – menaçante – sur la gorge blanche.

-Voyons ma jolie, a quoi allons nous bien pouvoir nous amuser ? Donne moi une seule bonne raison de ne pas te saigner comme une truie et peut être que je t'épargnerai.

Quelques gouttes de sueur glissèrent sur sa peau comme autant de symbole de son extrême agitation. Elle avait le souffle embrasé par les flammes de la colère et de l'excitation. Sa langue rose passait sur ses lèvres comme un fauve se pourléchant les babines avant la curée. Elle frissonnait et savourait avec exubérance sa victoire.
Trop confiante et orgueilleuse, elle prenait pourtant des risques inconsidérés en s'amusant avec l'intruse.

Mais Valériane était trop sophistiqué pour se satisfaire d'une mort aussi rapide que fade. Il lui fallait assouvir sa vengeance et ôter cet immonde sourire narquois qui flottait sur les lèvres de la vagabonde. Enfin, si son hôte acceptait de se soumettre alors sa victoire serait complète.

Valériane était comme ça ; cruelle mais raffinée.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Lun 10 Mai 2010 - 1:58

Si Douce s'était souvenue de comment fonctionnait la peur, chez les gens encore capable de la ressentir, elle aurait rapidement compris le comportement de cette femme. Elle n'aurait pas vu ce rapport de force comme un jeu amusant ou il s'agissait de se faire souffrir mutuellement. Elle n'avait pas encore cherché à lui faire mal d'ailleurs, car son adversaire était la maitresse de maison, Douce supposait qu'il était acceptable de lui laisser commencer les festivités. Mais la femme semblait s'attarder plus sur les menaces que sur les actions en elle-même, et cela commençait à mettre la puce à l'oreille à Douce.
Même lorsque le monstre la percuta, l'immobilisant au sol, et fit semblant de s'attaquer à sa gorge, il n'y avait rien d'intéressant dans l'attaque. Juste du vent. Douce n'avait presque rien sentit, simplement un choc plus désagréable que douloureux.
Elle ne comprenait pas. Il y avait pourtant bien un monstre en face d'elle, mais peut-être était-il de nature différente ? Douce prit quelques secondes pour réfléchir, en profitant du fait que la créature lui parlait. Elle finit par comprendre. La monstruosité de Douce lui faisait trouver le véritable plaisir dans la douleur, la souffrance, le sang. Elle pouvait également se contenter d'autres réjouissances si elle en rencontrait, mais l'extase était moindre. Peut-être que cette femme, se tenant au dessus d'elle, prenait son plaisir dans un domaine inaccessible pour Douce, le contrôle de la peur, que ce soit la sienne ou celles des autres. Si c'était le cas, il était fort possible que les deux monstres ne trouvent pas de terrain d'entente. Quelle dommage, Douce qui avait été si contente. Elle était tout de même ravie de rencontrer une créature aussi sombre, mais elle aurait aimé partager ses amusements.

La femme avait finit de lui parler, la pause réflexion était terminée, il s'agissait de revenir sur le présent. Elle se repassa la remarque qui venait d'être prononcée en tête, à laquelle elle n'avait pas pu porter plus d'attention. La saigner comme une truie ? A mains nues ? Cela fit rappeler à Douce qu'elle avait toujours son jouet dans une poche, duquel elle ne se séparait plus depuis qu'elle avait embellit sa soeur avec. Les mains de la femme étaient trop occupée à la tripoter pour lui retenir les bras, car après tout Douce était en position de faiblesse, ses petits poings ne pouvaient pas faire de différence. Elle plongea la main droite dans une poche, accessible car qu'elle se trouvait suffisamment haut, et avait son ouverture perpendiculaire au sol. Du moins lorsqu'elle était debout, là en réalité l'ouverture était plutôt parallèle au sol. Elle attrapa le manche de sa dague, et la sortit en souriant. Elle ne souriait pas par victoire, mais parce que la lame venait de capter une lumière et d'étinceler légèrement, et que c'était joli. Même si elle préférait lorsqu'elle étincelait en étant tachée de sang.


Pour saigner quelqu'un, le vider de son sang, déchirer son intérieur dans une agonie magnifique, il faut une lame tranchante, j'en sais quelque chose.

Elle esquissa un sourire nostalgique, et malsain évidement, en repensant aux déchirures qu'avaient provoquée cette simple lame. Elle n'était pourtant pas impressionnante, d'une taille moyenne, c'était une dague très simple. Au premier coup d'oeil, elle n'avait rien d'extraordinaire, outre son tranchant menaçant, mais un couteau en cuisine pouvait faire le même effet. Pourtant ce petit objet avait arrêté le coeur de deux personnes de sa famille. Et peut-être d'autres gens avant ça, avant que Douce ne se la soit appropriée. Ainsi, la dague aux apparences banales, était en réalité magnifique.
Elle reporta son attention sur celle toujours au dessus.


Vous m'avez appelé "ma jolie". Comment voulez-vous que la suite soit crédible, si vous appelez une répugnante carcasse osseuse "jolie" ? Enfin, vous m'avez demandé une raison...

Elle réfléchit un court instant, cherchant une raison. Elle ne considérait pas que l'arme qu'elle tenait dans la main en était une, elle ne savait pas menacer, elle saignait, ou elle ne saignait pas, il n'y avait rien entre les deux.

Je n'ai pas peur de la mort. Avez-vous peur de tuer ?

Douce n'aimait pas parler de peur, généralement. Elle ne saisissait pas toujours très bien la chose. Mais si ce monstre s'en servait, elle pouvait bien prendre la peine de faire un petit effort. Elle n'était pas certaine d'avoir fait une observation correcte cependant, c'était une notion vague. Elle avait oublié.

L'excitation du début était réellement retombée, Douce était beaucoup plus posée et réfléchie, même si le fond restait tordu. Et même si elle se trouvait toujours sous un monstre qui l'immobilisait.
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MessageSujet: Re: Le salon des Damnées.    Sam 22 Mai 2010 - 0:14

Pouvait on imaginer plus douce ivresse que celle du pouvoir ?

Accrochée à sa victime, Valériane savourait avec délectation le nectar de la victoire. Elle avait le souffle court, les prunelles dilatées et un grand sourire sur le visage. Décidément il n'y avait qu'en écrasant autrui qu'elle se sentait pleinement elle même. Comment décrire l'extase qui l'envahissait ? Toutes ses aigreurs, toutes ses frustrations, toutes ses haines s'effaçaient, progressivement remplacées par la jouissance de la maitrise. Affronter et immobiliser la vagabonde, lui permettait de se sentir forte ; à même de diriger sa propre existence.

Comme un félin en chasse, elle préférait les délices de la traque à l'explosion du carnage. Ses caresses, ses sarcasmes, ses menaces, tout cela n'avait finalement eu qu'un seul but : s'approprier sa cible. A la manière d'un chat qui se frotte contre son maître, elle avait besoin de s'habituer à son odeur, à la texture de sa peau, aux angles de ses os pour mieux savourer le moment où elle allait y planter ses griffes.

Plus rien ne comptait pour elle. Seul existait ce corps maigre qu'elle enserrait entre ses cuisses et cette voix désagréable qui continuait à grincer à ses oreilles. Joueuse, l'apprentie se pencha sur l'intruse pour lui adresser un sourire ensorcelant :


-Vous avez raison charmante visiteuse, je ne suis pas en mesure de vous étriper à mains nues. Ce serait tellement barbare, tellement primaire, tellement fatiguant. Aussi, je vous remercie de m'avoir apporté une lame.

Avec une vivacité de serpent, elle immobilisa le poignet de la vagabonde pour mieux maitriser cette dague acérée qui planait à quelque centimètres de son visage. Une fois sa prise assurée elle commença à tordre le membre. Ses yeux se plissèrent sous le coup de l'effort. Quelques gouttes de sueur perlèrent à mesure qu'elle accentuait sa pression, martyrisant muscles et nerfs pour mieux les sentir se rompre. Elle y mit toute sa sauvagerie, elle y mit toute sa violence, elle y mit tout son plaisir.

Enfin, avec un cri de soulagement et de jouissance elle s'empara de l'arme. Passant rêveusement son doigt sur la lame nue et froide elle frissonna en sentant la morsure de l'acier. Une fine entaille vint marquer sa chair avant de laisser échapper un collier carmin.


-Et bien ma sœur, voilà un outil bien affuté. Mais à quoi pourrait bien vous servir pareille dague ? Attendez, ne dites rien, je suis sur que vous aidez le Christ votre Seigneur à s'infliger de nouveaux stigmates...


Valériane avait du mal à dissimuler son excitation ; la dominer était tellement grisant. Seulement elle hésitait sur la meilleure manière de poursuivre cette petite conversation. Bien sur, maintenant qu'elle avait l'arme en main, elle était parfaitement en mesure de clore le débat en tranchant affectueusement la gorge de l'intruse. Mais cela aurait été un beau gaspillage. Et puis la mendiante n'avait toujours pas demandé grâce. Valériane tenait sa vengeance, il ne lui fallait pas précipiter les choses, elle devait se forcer à agir avec discernement et raffinement.

Avait elle le choix ? La violence était l'unique exutoire qu'elle possédait pour éviter de sombrer dans les abysses de la folie. La bête, cette nature frustrée et primaire qui sommeillait en Valériane exigeait de nombreux tributs pour calmer des appétits sanguinaires sans cesse plus violents. Et la jeune fille était obligé de rediriger le monstre vers l'extérieur pour éviter de se faire dévorer. Ce brasier qui couvait en elle depuis sa naissance dans la boue et la haine, elle le nourrissait et le domptait en sacrifiant de douces victimes innocentes sur l'autel de ce terrifiant Moloch qui grondait dans la pénombre de son âme. Avec ses âneries et son ironie acide, la bonne sœur avait réveillé sans le vouloir de sombres tempêtes qui risquaient bien de l'emporter et de l'annihiler.

Infliger la souffrance, pour masquer la sienne, voilà l'étrange crédo qui guidait la sulfureuse apprentie au travers des cercles sans plus décadent, de sa tragédie.

Et sa résolution affermie, elle appliqua la pointe du coutelas sur l'épaule de son intrigante. Raffinée, patiente elle agissait avec douceur, sans brusquer les choses pour mieux goutter à sa vengeance.


-Vous avez de la chance, tout en susurrant la Vipère appuya la lame jusqu'à sentir le tissu et la peau céder sous la morsure du métal, d'ordinaire je n'aime pas tuer. Après tout, je n'ai pas une grande expérience de la mort. C'est tellement dommage d'abréger une vie. Avec une lenteur sensuelle elle s'appliqua à tracer une profonde entaille le long du bras de sa visiteuse, avec l'intention flagrante de descendre jusqu'aux veines apparentes du poignet. Par contre, il peut m'arriver d'oublier certaines règles de l'hospitalité. Et puis je déteste l'insolence...Une question de noblesse ou d'éducation...

La tranchée sanglante s'arrêta sur le biceps :

-Au fait, je me nomme Valériane. Si vous voulez je pourrai vous graver mon prénom sur le front. Je connais quelques runes qui permettront d'y glisser bien plus que de simple lettres. Mais dites moi, avez vous peur de tuer très chère sœur ?

Avec un nouveau sourire charmant, la sulfureuse apprentie reprit son ouvrage et son œuvre d'art sur le bras de la vagabonde. Son souffle embrasé passait sur le visage de sa visiteuse témoignant de son intense fébrilité. Elle n'était plus la pauvre petite Valériane, bâtarde au sang bleu, obligée de s'accrocher à l'existence d'autrui pour survivre. Non, elle était la Comtesse d'Ombre Lune, maitresse des félins et des serpents. L'esprit de la jeune fille avait été emporté, loin très loin de ce salon maudit. Elle n'était plus qu'une mer de sensations qui ondulait au grès de délicieux courants. C'était tellement plaisant, tellement...

BOUM


Dans ce silence moite et sanglant, le claquement de la porte résonna comme un coup de tonnerre.

Elle, qui tout à son plaisir avait étendue le champs de ses perceptions pour mieux savourer son monde et son art, sentit cette sensibilité à fleur de peau se retourner contre elle. Les vibrations qui l'assaillirent eurent raison de sa concentration. Les ondes sonores heurtèrent cette pauvre âme ainsi révélée de plein fouet, avant de ricocher contre ses os, ses organes et ses nerfs. Étourdie, son cœur paniqué enchainant les fausses notes, elle lâcha l'arme qui tomba au sol avec un bruit mat et ferma les yeux le temps d'un instant pour retrouver son souffle.

Tout à sa surprise, elle ne put empêcher l'étau de ses cuisses de se desserrer, libérant par la même sa victime.

Courant d'air, ou nouvel invité ? La jeune fille abasourdie poussa un gémissement de dépit.
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Le salon des Damnées.

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