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 Et lux perpetuat luceat eis

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Oblivius
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MessageSujet: Et lux perpetuat luceat eis   Jeu 15 Avr 2010 - 20:48

"Et faites luire la lumière sur eux sans déclin"



Le soleil déclinait, dans cette tendre après-midi d'avril. Tous les jours de son voyage n'avaient pas été ainsi. Non, en vérité, il avait plus souvent cheminé sous la pluie, ou une fine bruine. Un printemps pluvieux et humide. Lui, cela ne l'avait pas ennuyé. Tant pis si sa robe de bure était humide, trempée, souillée. Elle était là pour ça. Mais sa monture, une jument déjà fatiguée, avait plus sa place par ces temps là dans une écurie que sur les chemins creux. Dix jours de chevauchée, de la Bourgogne à la Lorraine. Ces jours étaient passés en un éclair pour lui. Et voilà qu'à présent, il était arrivé, ou presque.
Alors que l'astre du jour disparaissait à l'horizon, et que l'astre nocturne montait peu à peu dans le ciel, le frère Ethan avait vu se profiler les toits de Forbach, sa destination.
Il pénétra donc le bourg entre chien et loup, et se dirigea naturellement vers l'église, point central du village.
Là, qu'elle ne fut sa surprise lorsqu'il vit que l'édifice était en travaux. Des échafaudages enlaidissaient la façade du bâtiment, et le toit avait manifestement été rongé par le feu.
Que s'était-il passé ?

Ethan se souvint de l'entretien qu'il avait eu avec l'abbé de Cluny. Certes, ils étaient d'ordres différents, mais Cluny étant dévouée à la Lumière et aux morts, c'était exactement ce dont il avait eu besoin après... Après les évènements de notre dame des anges.
Lorsqu'Ethan lui avait fait part de sa résolution de partir dans sa propre croisade contre les sorcières, l'abbé lui avait presque spontanément proposé de se rendre à Forbach. La bourgade, disait-il, était petite, mais infestée de filles du Démon, et en souffrait beaucoup. L'Inquisition s'y trouvait depuis déjà un certain temps, mais n'arrivait pas à vaincre totalement, et tout renfort serait le bienvenu.
Mais l'abbé ne lui avait pas conté par le menu tous les évènements, et Ethan ne s'en était pas sentit le besoin.

A présent, face à la sainte bâtisse mutilée, Ethan comprenait à quel point il était temps que les choses avancent. Le moine n'avait pas la prétention ni l'orgueil, quel péché !, de faire basculer la situation, mais il songeait que peut-être, en changeant d'approche et en tentant de convertir ces enfants impies, il aurait peut être des résultats.

Toutefois dans l'immédiat, il se devait de trouver quelqu'un, afin de lui offrir gîte, couvert, et explications sur ce qui se tramait ici. Afin de combattre au mieux et au plus vite les forces du Malin. Afin que la lumière luise sans déclin.


(hrp : pas très long, ne cassant pas des briques, mais c'est plus un post d'introduction :/ viendez donc me tenir la conversation ! \o/)
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Ven 16 Avr 2010 - 19:25

Tout à ses pensées, le Frère Ethan ne put entendre les cinq hommes massifs venir vers lui. Ils avaient usés de multiples précautions, savaient marcher en silence, et patienter jusqu’au moment où ils pourraient rire à toute gorge. Seuls leurs odeurs auraient pu les trahir. Ils ne puaient pas la sueur et la crasse bien au contraire. Ils transpiraient de la virilité, la partie la plus malsaine du masculin. Cette même virilité qui transformait les hommes en chasseur. Cette virilité qui n’avait jamais quitté Gabriel Touchedieu et ses hommes à aucun moment de sa longue vie.

Les cinq hommes encerclèrent paisiblement le moine. Face à lui se positionna un homme maigre et sec comme un rat mort, avec une barbe qui formait un duvet blanc. Il s’appelait Hiver. Un peu plus sur la droite, il y avait un colosse de chair et de muscle, le crâne et le visage complètement rasé, et des rides profondes qui trahissaient néanmoins son âge très mûr. Matthieu le Maul. A gauche un homme gras, avec un ventre qui dépassait bien nettement sa ceinture, qui se frottait des mains extraordinairement fines, mais tavelées de tâches de vieillesses. Passe-trou. Complètement sur la droite, un dernier larron qui s’était laissé poussé la barbe et les cheveux en dépit du bon sens. Son visage n’était qu’une broussaille entièrement blanche. Edmond le Rouge.

Tous sans exception faisait autour de soixante ans, et bien souvent dépassait même cet âge vénérable. Mais ils n’étaient pas vénérable et ne ressemblait pas à de paisibles grands pères, au contraire. Même ridés et blanchis, ils ressemblaient toujours à des brutes, même s’ils n’étaient pas armés. Mais le pire n’était pas encore venu. Le pire était derrière…

« Et bien voilà bien longtemps que nous n’avions pas vu de religieux en ce lieu maudit. »

Gabriel Touchedieu était très fier de son petit effet. Il avait réussi carrément à le lui souffler à l’oreille. Il contourna le moine et se planta devant lui dans une posture plutôt conquérante, les pouces dans la ceinture et un grand sourire qui s’ouvrait directement dans sa barbe blanche. Sa musculature visible à travers sa chemise de bure tendait le tissu, surtout qu’il bombait le torse. Sans respirer l’intelligence, il n’avait pas l’air d’un idiot sans cervelle. Il ressemblait plutôt à un chasseur qui vient de coincer sa proie, qui savoure on ne sait quel triomphe.

Cela faisait trop longtemps qu’il était condamné à l’inactivité à cause de sa promesse à l’Oracle. S’il n’y avait des menaces que la population se retourne contre lui, il aurait trahi son serment. Mais l’Oracle en savait trop suffisamment en tout cas pour qu’il se permette une telle erreur. Il avait donc dû réfrener ses instincts et ses colères, accepter que les gens n’aient plus peur de lui. Du reste, on s’était vite rendu compte que l’Oracle avait limé les dents du Gourdin. Les gens n’avaient plus peur de lui grâce à l’Oracle.

Et des gens qui n’ont plus peur, c’était des gens qui regardaient le Loup en face. Des gens qui regardaient le danger dans les yeux s’apercevait qu’il de son réel pouvoir de nuisance. Et qui l’éliminaient ensuite. Les habitants de Forbach n’en étaient pas encore là, mais Gabriel prévoyait déjà ce cas là.

Si les habitants de Forbach allaient trop loin dans leurs réflexions, il était déjà prêt à partir. Ses bagages étaient rassemblés en un seul endroit prêt à être pris en catastrophe. Ensuite, Gabriel comptait parcourir de nouveau les Grands Chemins et se remettre au brigandage, au vrai, avec ses fidèles compagnons. Vieux comme ils étaient, ils ne tiendraient pas une saison, mais au moins, ils seraient morts libres et sous leur véritable statut.

Gabriel et ses compagnons ne sortaient plus seuls, mais lorsqu’il y avait un passant isolé, parole donnée ou pas, ils l’encerclaient, rigolaient un peu avec lui puis le laissaient repartir en courant. Aucun mal ne lui était fait et le Gourdin maintenait un minimum d’emprise sur la population ainsi. Le Frère Ethan n’était qu’un homme de plus sur la liste. Gabriel Touchedieu, les pouces toujours fichés dans sa ceinture, se racla la gorge et dit d’une voix grave et grincante :

« Je vous ai vu de loin, j’étais très content de voir passer un jupon, mais je dois vous avouer que je suis très déçu maintenant que je vous vois de près… »

Les vieux loups ricanèrent à l’unisson. Sur le vêtement de chacun d’entre eux était brodé le symbole de l’Inquisition.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Sam 17 Avr 2010 - 0:01


Entre chien et loup est une expression désignant cette heure bien particulière du soir où le ciel se remplit d'un bleu plus sombre, après le coucher du soleil. La nuit n'est pas encore là, mais la lumière qui s'en va et les brumes montantes du soir ne laissent pas deviner si l'animal qu'on a en face de soi est un loup ou un chien.
Ce soir, les ombres ont glissé sur le parvis de l'église telles des spectres, sans bruit ni éclat.
Ce soir face à Ethan, ce sont clairement des loups.
La jument hennit, nerveuse. Ses sabots claquent sur le pavé; ce sont les seuls bruits qui résonnent dans la place. Ce village est trop calme pour être heureux.
Stoïque et droit dans sa robe de bure, Ethan ne bouge pas. Ils sont quatre s'il a bien compté. Non. Un murmure à son oreille, une voix grinçante. Mais Ethan ne sursaute pas : il n'a pas peur. Il n'a pas de raison d'avoir peur. Enfin, il l'espère.
La pénombre lui permet juste de distinguer les silhouettes qui lui font face; des hommes manifestement, de toutes corpulences - cela ne l'aide pas beaucoup.
La voix grinçante est maintenant devant lui. Elle s'incarne en un drôle de personnage, qui semblait fanfaronner. Il semblait fier d'avoir réussi à se glisser sans bruit, fier de sa phrase, fier de son effet. Intéressant. Serait-ce le genre de personnage qui aime à se mettre en scène, afin de se donner de l'importance ?

L'air était stagnant, nulle brise ne venait agiter l'atmosphère. Ajouté au silence, cela rendait l'ecclésiastique étrangement calme. Sans doute à tort. S'il avait voyagé pendant des dix jours sur les routes, aventure périlleuse pour un homme d'Eglise désarmé, se rendre dans ce village tourmenté par le Malin devrait le rendre nerveux. Sa vieille monture l'était bien, elle.
La lune se leva enfin derrière le toit des maisons, éclairant l'insigne fièrement brodé sur le poitrail des Loups. Ah, ils faisaient partie de l'Inquisition.
Ethan, rasséréné par cette information, respira profondément. Si loup il y avait, il portait au moins l'insigne des brebis.

Il désigna d'un geste de la tête la bâtisse mutilée à son interlocuteur, qu'il ne pouvait encore bien détailler.


"Il n'existe pas de lieu abandonné par le Seigneur, monsieur. Mais navré de ne point trouver grâce à vos yeux."

La voix d'Ethan était douce, un peu distante, non dénuée d'une certaine contenance, mais se démarquait par une totale absence d'émotion.
Il analysa rapidement la situation : c'étaient des gaillards d'un certain âge, mais encore vigoureux, et surtout, point non négligeable, plus nombreux que lui (évidemment !). La lumière douteuse de la lune leur donnait un air effrayant, une dégaine qui seyait plus à des brigands qu'à des membres de l'Inquisition. Celui qui s'était glissé derrière lui semblait le meneur, le chef de la meute. Ils semblaient avoir l'habitude de houspiller les passants.
La question était de savoir s'ils étaient capable de faire un peu plus qu'houspiller.


"Mais puisque vous m'avez abordez messieurs, parlons. Je suis le frère Ethan, moine franciscain; j'arrive de l'abbaye de Cluny. A qui ai-je l'honneur, messieurs ?"

Pas d'ironie, pas de vantardise ni provocation dans sa voix, qui n'avait que ce ton neutre et détaché, peut-être un peu ennuyeux.
Ethan n'avait pas l'allure de quelqu'un d'intimidé, ni de martyr volontaire. Il avait une mission à accomplir au nom du Seigneur, et n'avait nulle envie d'en être détourné en jouant la victime à la première anicroche.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Sam 17 Avr 2010 - 3:22

Valériane marchait à grandes enjambées en cette fin d'après midi. Elle glissait dans les rues de Forbach sans les voir, ruminant de sombres pensées. Ses talons martelaient les pavés érodés et glissants de la citée avec régularité et souplesse. Elle avait toujours cette démarche masculine et guerrière lorsqu'elle était pressée, lorsqu'elle était inquiète, lorsqu'elle n'arrivait plus à enfiler le costume de la gentille nièce sans histoire ; au sourire enjôleur, charmeur et cajoleur.

A son bras pendait un panier qu'elle portait avec dégout visiblement peu habituée à exécuter des tâches aussi indignes de sa conditions nobiliaire. D'ordinaire la jeune fille n'avait pas à s'occuper de choses triviales comme aller quérir des commissions, son noble logeur, qu'elle se plaisait à appeler son oncle, s'en chargeait à sa place. Mais voilà, depuis quatre ans qu'elle s'appuyait de tout son poids sur le vénérable tailleur, elle l'avait usé jusqu'à l'os et il commençait à montrer de sérieux signes de faiblesse. La vieillesse et la sénilité étaient en train de marteler la frêle carrure de ce bonhomme qui avait fait l'erreur de laisser rentrer une vipère sous son toit. Bientôt il ne serait plus bon à rien, sinon qu'à gémir et à se lamenter en attendant que ne s'abatte sur lui, en sifflant, la faux de la grande Faucheuse. Aussi lorsqu'elle l'avait vu rentré en proie au plus vif des égarements car il avait oublié ce pourquoi il était parti, elle n'avait rien dit. Trop las pour le tancer vertement, elle avait préféré prendre le panier et sortir à sa place œuvrer au bien être du foyer ruiné. Elle avait claqué la porte de toute ses forces pour étouffer les sanglots du tailleur qui se confondait en excuses et en lamentations.

Le soleil, les cris des enfants, les jeux d'ombres sur les façades délavées, rien n'arrivait à la dérider. Avec un soupir de lassitude elle ramena son châle sur ses épaules dans une vaine tentative de se protéger du froid qui commençait à se faire plus mordant à mesure que les rayons déclinaient, et allongea ses souplesses au mépris de toute convenances. Plutôt que de passer loin de l'église comme elle l'avait l'habitude de faire, pour éviter la dangereuse proximité des crucifix et l'odeur de brûlé qui s'échappait sans cesse de l'auguste édifice, elle transforma sa mauvaise humeur en détermination et affronta les dangers de la place consacrée.

Ah ! Comme elle se maudit pour son imprudence. Visiblement le destin avait décidé de lui jouer un tour. La maison de Dieu, faussement assoupie au milieu de sa cour d'échafaudage et de piles de pierres, ressemblait maintenant à un pachyderme embusqué au paupières lourdes et à l'indolente sournoiserie. Les vitraux éclatant n'étaient plus que des prunelles sanglantes de félin carnivore n'attendant qu'un mauvais pas de sa part, pour la déchiqueter et renvoyer son âme aux fouets cinglants des démons grimaçants des Enfers. Tendue comme une corde de violon, fébrile elle se mordit les lèvres, consciente d'avoir foncé tête baissée dans un piège.

Pour une sorcière, voir autant d'homme d'église regroupés au même endroit ne peut être que mauvais signe. Surtout que ces derniers vaquaient à leur occupations, visiblement peu désireux de voir une jeune fille y mettre son nez.

Un nouveau venu, à l'aspect aussi famélique que sa monture était au prise avec la horde de hyène qui servait de suite au Gourdin. Elle pouvait voir le cercle d'hommes de main aux yeux rouges encercler le pauvre ecclésiastique qui semblait tout petit au milieu de ces prédateurs. Valériane n'enviait pas le sort de ce malheureux et fut tentée de tourner les talons pour ne pas attirer sur elle les foudres de l'inquisition. Mais aussi douce qu'était cette idée, elle n'en fit rien et domptant ses instincts animaux qui lui conseillaient de fuir elle avança sur la place. Au yeux de ce monstre de Touchedieu, tourner le dos est un aveu de faiblesse et le meilleur de moyen de finir entre ses pattes expertes à vous arracher des cris de douleurs.

Comment avoir l'air de rien ? Comment ne pas attirer l'attention ? Valériane n'avait jamais fait appel à ce genre de compétence. Orgueilleuse et sauvage, elle avait toujours eu le comportement inverse, en cherchant à imposer par sa prestance ce rang qu'elle ne méritait pas. Aussi elle se contenta de redresser la tête et de détourner le regard avant de passer à côté du petit groupe.

Elle aurait du se changer avant de partir, et reposer cette robe fendue qui révélait trop ses jambes, mais qu'elle appréciait pour la souplesse du tissu et de la coupe. Elle aurait du couvrir ses cheveux avec un chaste voile plutôt que de laisser sa chevelure d'ébène jouer dans le vent. Elle aurait du vouter sa silhouette longiligne et masquer ses courbes naissantes derrière des haillons malpropres, plutôt que d'attirer le regard sur ses attraits féminins. Alors, peut être que si elle avait fait tout ces efforts elle aurait pu passer inaperçue.

Elle fit un signe de croix, le regard délibérément fixé sur l'Eglise et adressa une prière muette aux divinités Païennes qui veillaient sur ses semblables. Elle n'avait que quelques enjambées à faire avant d'être tirée d'affaire...






Dernière édition par Valériane d'Ombre Lune le Dim 18 Avr 2010 - 2:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Sam 17 Avr 2010 - 17:10

Elle ne réagit pas à temps.

Sans qu’il n’y ait aucun ordre à donner, Edmond le Rouge et Passe-Trou quittèrent le cercle pour aller encadrer la villageoise. Ils n’avaient que peu de chance de connaître son nom, ils ne retenaient même pas celui de l’Administrateur. Tout ce qu’ils savaient c’est qu’un joli morceau pareil, c’était plaisant à voir… Les hommes de Touchedieu avaient tout connu comme standards féminins, le plus souvent lorsqu’elles n’étaient pas consentantes, ils avaient pris tout le plaisir qu’il pouvait du sexe. Ce qui les faisait réagir désormais, c’était la peur qu’ils inspiraient. Quand ils l’inspiraient, c’était de moins en moins évident.

La fille avait tenté de passer à côté comme si de rien n’était mais sa trajectoire fut déviée par le gros et le chevelu. Ils la ramenèrent dans le cercle.

«Le deuxième jupon de la journée mais quelle chance nous avons. N’est ce pas petite ? » fit Touchedieu très sérieux. Ses compagnons avaient un grand sourire.

« Bien soyons sérieux un peu que diable. Pour répondre à ta question mon Frère, tu as l’honneur de parler à Gabriel Touchedieu, le Gourdin de l’Inquisition. »

Il avait déclamé son surnom comme d’autres déclament leurs titres, sur un air important tout à fait décalé. Les Autres se pouffèrent. Ils pouvaient rire, Gabriel Touchedieu avait bien vu que le moine n’avait pas peur et il préférait encore faire machine arrière. Puisqu’il n’avait pas peur de lui, le Gourdin n’avait pas intérêt à en faire un ennemi en continuant son petit numéro. Il ne faisait peur qu’aux victimes consentantes. Par contre, s’il ne pouvait obtenir la peur de sa part, il fallait qu’il obtienne la crainte d’une manière ou d’une autre, pour qu’il ne vienne pas à l’idée au Frère Ethan de se lever pour renverser le tigre de papier qu’était devenu Gabriel Touchedieu.

Et la villageoise ? Oh il n’avait qu’à maintenir sa façade face à elle, ne pas perdre la face devant le moine. Après tout ce petit monde irait où il voudrait. Mais ce serait une faveur du Gourdin.

« On me connait dans ce village pour mes qualités d’homme d’action, pour mes coups de forces. On reconnaît mon savoir faire dans ce domaine. Et j’en suis fier. »

Dans ce monde de larves, il était fier d’oser agir arme à la main contre les Sorcières et autres créatures démoniaques. Peut être que cela ne plairait pas au Moine, il n’en avait cure.

Il se désintéressa de lui pour se concentrer plutôt sur la petite. Elle était mignonne, à croquer. Cette jupe fendue qui révélait une partie de ses cuisses aux regards inquisiteurs était tout à fait appropriée. La pauvre, elle devait s’être perdue… Ces adolescentes étaient souvent encore trop peu aguerries, elles portaient des vêtements séducteurs et ne savaient pas gérer les phéromones des mâles ensuite, résultat lorsqu’un homme comme le Gourdin leur tournait autour, c’était la panique, ou pas remarquez. Gabriel aimait bien quand elles paniquaient cependant. C’était toujours plus excitant ces petites filles en chaleurs…

« Voyez vous Frère Ethan, on ne me connaît pas seulement pour mes coups d’éclats, on me connaît aussi pour CA ! »

Sans aucune hésitation, la main de Touchedieu se fraya un chemin sous la jupe de la fille. Il avait un sourire lubrique.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Dim 18 Avr 2010 - 12:44

Quel intéressant personnage, sûrement unique en son genre.
Ethan émit l'hypothèse intérieure que c'était le genre de personne brutale, versant plutôt dans les activités illégales dans des temps normaux. Et avec l'Inquisition lancée, ce petit chef de bande, orgueilleux et bourru avait dû se ranger du côté de l'ordre, puisque cet ordre lui permettait d'utiliser une sorte de violence légitime.
Le regard d'Ethan se posa directement dans les yeux de son interlocuteur. Cette oeillade était franche, directe, et, sans mauvais jeu de mot, inquisitrice.
Malgré son appartenance à l'Inquisition, Ethan doutait de la foi des hommes qui l'entouraient : ils faisaient également partie des brebis à ramener dans le sein du Seigneur.

Un mouvement attira son attention dans un coin de la place. Accompagné de claquements rapides sur le pavé. Un pas pressé. Un frôlement d'étoffe. Cette personne fuyarde autant que fuyante fut bientôt entourée et ramenée par deux acolytes.
Plus près, Ethan put détailler l'infortunée. Des cheveux et des yeux noirs. Un châle jeté à la vas-vite sur une robe qu'Ethan trouva de mauvais goût : elle dévoilait avec une impudeur certaine des parties de son corps qui devraient être réservées à l'intimité. Il avait certes entendu que les nobles, surtout à la Cour, avait lancé la mode d'une robe corsetée, mettant en valeur et cachant à peine l'essentiel de leurs féminins appâts afin de se rendre plus désirable et pouvoir manipuler, mais ne s'attendait pas à retrouver une pareille mode sur une villageoise d'un village perdu de Lorraine. Pis encore, sa robe était fendue sur le côté, révélant ses cuisses ! Elle n'avait pas l'air d'une prostituée, mais en portait les atours.

Son attention fut attirée de nouveau vers le chef de bande, qui se présenta, pompeux comme un duc. Gabriel Touchedieu. Un nom singulier, teinté de chrétienté. Un beau nom pour un odieux personnage. Le gourdin de l'Inquisition. Oui, un gourdin, cela lui allait bien : brutal, sans délicatesse, frappant sûrement aveuglement. Un bras armé sûrement nécessaire, mais que déjà Ethan réprouvait.


"Je n'en doute pas monsieur; ni de votre fierté, ni de votre capacité."

Ethan s'apprêta à ajouter quelque chose, mais non, pas encore, c'était trop tôt.
De toutes manières, le Gourdin avait déjà jeté son dévolu sur la villageoise. Le regard du barbon glissait explicitement sur le corps de la malheureuse. Cela écoeura le moine.
Mais bientôt, avant qu'Ethan ne put réagir, la main de cette vieille bête se faufilait promptement et avec expérience sous la jupe de la fille.
Un court instant, Ethan resta bouche bée, tandis que la villageoise laissait échapper une exclamation.
Empli soudain d'une révolte froide, le moine saisit le poignet du sieur Touchedieu. Si Ethan était peu musclé, sa carcasse était sèche et nerveuse, suffisant à retenir le bras du vieux vicieux. Son regard dur et froid croisa celui lubrique de Gabriel.


"Je ne tolérerai pas, ni devant la maison de Dieu, ni devant moi, de tels actes impies."

Sa voix charriait des glaçons. Il articulait chaque mot avec une pureté glacé.
Oh, Ethan ne faisait peut-être pas le poids physiquement, pas le poids fce à 6 vieux baroudeurs. Mais, rosser un moine devant une église n'était pas la meilleure idée qu'ils auraient ce soir.


"Vous oseriez des êtres humains, sieur Gabriel ? Même si cette fille se dévoile avec tant d'impudeur, pensez-vous que vous avez le droit d'en abuser ?"

Peut être qu'un discours moralisateur n'était pas la meilleure approche avec ce Gourdin, mais c'était déjà une approche.
Il était là pour ça. Purifier, autant l'Inquisition que le village damné de Forbach.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Dim 18 Avr 2010 - 16:41

Tout se passa très vite pour Valériane. Elle comprit trop tard, les dangers de pêcher par excès de confiance. Bien sur, qu'elle aurait du se douter qu'elle allait attirer l'attention sur elle et qu'elle risquait de subir quelques menus outrages. Mais cela ne l'inquiéta pas outre mesure et elle ne fit aucune difficulté lorsque les deux brutes du gourdin la ramenèrent dans le cercle. Silencieuse, fière, drapée dans son orgueil elle ne résista pas, préférant murer derrière un silence lourd de sous entendus les grondements de son indignation.

Sa nature sauvage bouillait de se voir ainsi acculée, mais elle réussit à maitriser ses instincts et ses pulsions. Valériane sous ses dehors de petite fleur prête à se faire cueillir et accrocher dans un herbier dissimulait de piquantes épines et une noirceur vénéneuse. Peu farouche, elle n'hésitait que rarement à se mettre en danger, considérant les situations tendues comme un moyen astucieux d'extérioriser une violence qui sans cela la consumerait de l'intérieur. Ainsi elle goutait avec joie aux délicieux fourmillements d'adrénaline qui envahissait son être par bouffées vaporeuses à mesure qu'elle voyait le cercle de prédateurs se refermer.

Elle laissa l'inquisiteur la déshabiller du regard, sans broncher. Le menton relevé, les yeux scintillant elle semblait le défier et se rire de la crainte qu'il espérait causer. Valériane le savait et le sentait il la désirait, comment aurait il pu en être autrement, vu la tenue indécente qu'elle avait revêtu ? Mais ces coupables appétits et élancements qu'il ressentait devaient être contrebalancés par les sacro-saints commandements de l'Eglise. Aussi elle ne s'angoissa pas, confiante dans la formation et le code d'honneur de ces valets de Dieu. Elle s'amusa même en s'imaginant les torturer en représentant pour eux une proie inaccessible au regard des règles du Vatican et du Saint Siège.

Inutile de préciser que sa surprise fut grande, lorsqu'elle sentit la main de l'homme se glisser avec la promptitude d'une araignée sous ses jupes. Rapidement, elle sentit poindre en elle une haine sauvage contre ce monstre qui osait la déshonorer et s'approprier ce qu'elle n'était pas décidé à lui céder...Du moins pas sans combattre et faire couler le sang.

Valériane resta pantoise devant l'intervention du moine qui c'était révélé plus rapide qu'elle. Quittant la traditionnelle réserve et attitude méditative de ceux de son espèce l'être encapuchonné de gris retint le bras de l'inquisiteur créant une diversion salutaire. Il n'en fallut pas plus pour Valériane. Avec la rapidité d'une vipère qui se ramasse sur elle même pour mordre elle se décala légèrement et laissa tomber son panier. Elle n'avait pas peur, juste envie de se venger et de montrer qu'elle aussi pouvait se défendre. Sous sa langoureuse indolence l'Apprentie masquait une nature féline et son pelage aussi doux que le velours sous caresse n'était qu'un écrin pour des griffes acérées.

Sa main droite partit, fendant l'air avant de fouetter la joue de l'inquisiteur, y traçant cinq longues balafres sanglantes de ses ongles.

-Considérez cela comme un aimable avertissement mon seigneur, siffla la jeune fille en fixant le vétéran.

Elle frissonnait sous l'effet de l'excitation et quelques gouttes de sueur perlèrent dans son dos malgré la bise.

-Voyons mon Père, vous ne pensez quand même pas réussir à les calmer avec vos prêches du Dimanche,
souffla ironiquement la jeune fille au moine qui venait de prendre sa défense, sans se soucier de passer pour une ingrate.


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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Lun 19 Avr 2010 - 23:12

Maintenant Gabriel savait que le Moine n’était pas du genre à laisser le mal se faire à côté de lui. Un brave petit prêtre persuadé que le bien triomphait à la longue. Non pas que cette idée ne soit pas vrai, mais le bien ne triomphait pas franchement à échelle humaine. Il en savait quelque chose. Pour avoir été un hors-la-loi, il savait que la Justice était un vain mot. Mais fallait-il pour autant laisser le petit Moine croire qu’avec ses petits poings il pouvait empêcher le mal de se faire ?

La gifle de la fille lui donna d’autres chats à fouetter. Il accusa le choc sans colère ni surprise. Bien sûr qu’elle allait réagir comme ca. Même les vierges effarouchées se défendaient, c’était même là toute la saveur du jeu. Il resta simplement de marbre, y compris lorsqu’il sentit le contact chaud du sang qui perlait sur des blessures. Avec son âge, la douleur paraissait plus intense, sa bouche se tordit en un rictus. Dans le temps, il avait subi bien pire que ca sans cligner même des yeux. Il se faisait vieux. En tout cas, l’intervention « courageuse » du Moine, la gifle de la fille, tout cela faisait partie de son jeu. Certains animaux aiment donner des coups de pattes pour le plaisir, sans même avoir l’intention de dévorer leurs proies. C’était le cas du Gourdin, peu de choses l’amusaient encore vraiment. L’air froid mordit ses plaies, une décharge d’adrénaline partit de son cœur pour se répandre dans tout le corps. Il fit un pas en arrière et s’adressa à ses compagnons.

« Hiver, tu te souviens de la fois où la fille a voulu me poignarder avec son gigantesque couteau de cuisine ? »
« Un peu oui. On s’est tous pressés après. »
« Le Maul, ca te dit quelque chose, la ménagère qui avait protégé ses gamins à coup de fourche ? »
« Oui. Il était joliment tourné son gamin d’ailleurs… avant. »

Gabriel Touchedieu continua cette énumération révoltante. Ses compagnons se prirent au jeu et ce furent eux qui remontèrent les souvenirs d’atrocités à la surface.

« Chef, vous vous souvenez de l’ancien officier qui avait sorti son sabre ? »
« Ah ah ! Un coup de gourdin et pouf ! plus de sabre, plus de grand père ! »
« On a essuyé combien de tirs de vases chef ? »
« Je sais pas. Une soixantaine ? Chaque anniversaire je m’en offrais il faut croire… »
« Oh attendez chef ! Vous vous souvenez du gamin avec le mousquet ? »

Un gigantesque rire tonitruant, rauque et sonore prit les six vieux vétérans. Même Gabriel Touchedieu se tenait les côtes. Les autres étaient pliés en deux.

« Lorsqu’il vous a menacés avec sa petite voix fluette. »

« Oh oui, tu parles ! »
«Vous vous en souvenez ? « Vous êtes des méchants ! » » imita le Maul avec une voix très haut perchée
« Haaaaaaaaa ha ha ha ha ! Arrête tu vas me faire pisser. »

Ce fut Edmond le Rouge qui prit le relais en mimant :

« Et alors il a armé son fusil et… »
« BOUM ! »
fit Hiver
« Dans le lustre ! »
« Qui lui est tombé dessus. »


Gabriel Touchedieu rit encore longtemps et dit en se pouffant encore :

« Ah c’était le bon vieux temps… »

Il essuya une petite larme pour se remettre d’aplomb.

« Tout ca pour vous dire mademoiselle, qu’une gifle avec griffures, j’ai déjà connu bien pire et j’ai survécu. Même pire, ca ne m’a pas arrêté. Dommage hein ? »

Et en plus elle avait eu le front de corriger l’attitude pacifique du Frère Ethan. Elle donna des idées au Gourdin qu’il aurait mieux valu ne pas suggérer. A la violence, ne pas répondre par la bonté. Ca c’étaient les paroles d’une fille qui n’avait rien connu aux combats. On se lassait vite fait des victimes sans saveur. Mais celles qui résistaient étaient autrement plus tentantes.

« Là je pense que tu fais une erreur ma petite. La violence appelle la violence. Tu m’as giflé et moi, c’est simple… »

Gabriel Touchedieu fit jaillir sa main en direction du cou de la fille, dont il ne connaissait toujours pas le nom, et serra la gorge.

Le Gourdin étranglait fermement avec ses doigts de chêne.


[Je n'ai pas l'intention de tuer ton perso^^ si vous considérez qu'ils ne peuvent pas l'arracher de sa prise, je la relâche de toute façon au prochain tour]
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Mar 20 Avr 2010 - 13:02

L'inquisiteur venait de se faire une ennemie acharnée, en réduisant ainsi notre demoiselle à l'impuissance. Car cette dernière détestait particulièrement voir ses efforts couronnés d'insuccès, tout particulièrement lorsqu'elle espérait asseoir sa domination. Ses caprices et ses pulsions venaient de s'écraser sans coup férir contre l'armure de marbre du vieux vétéran sans parvenir à l'ébranler ou à le faire douter ; à son grand dam. Ce fut comme un coup de fouet pour l'amour propre de Valériane, qui ne pouvait tolérer pareil affront. Après tout elle était une noble – bâtarde en proie à d'étranges tourments – mais noble quand même.

Elle tenta bien de se débattre avec la violence et la démesure qui lui étaient coutumières, mais cela ne fit qu'accélérer les affres de la suffocation. Ses ongles dansèrent et tracèrent de multiples balafres écarlates sur l'avant bras du monstre qui resserrait doucement sa prise. Ses jambes à la souplesse nerveuse, tentèrent bien de fouetter le corps de son adversaire, mais cela fut sans effet. Elle aurait pu tenter d'abattre un arbre à coups de pieds, que cela aurait été tout aussi inefficace. Et toujours elle sentait les doigts de pierre du guerrier de Dieu accentuer leur étreinte sur son cou de cygne.

Ces efforts aussi courts qu'intenses l'épuisèrent et consumèrent ses dernières forces.

Elle qui avait l'habitude de voir les problèmes se plier devant ses appétits et sa volonté assoiffées, se sentit un peu désemparée devant ce golem insensible qui semblait se rire de ses efforts. Elle avait essayé de jouer la carte de l'indifférence et du mépris pour les impressionner, mais cela n'avait fait qu'attirer l'attention sur elle. Elle avait voulu leur montrer qu'elle ne les craignaient pas et qu'elle se jouaient de leurs désirs lubriques mais visiblement elle n'était pas la première de leurs victimes à tenter de s'en sortir ainsi. Enfin elle avait laissé parler la violence, dans une vaine tentative de montrer qu'elle avait des épines et des crocs et qu'elle était bien décidée à leur faire payer très cher leurs outrages, mais là encore le résultat avait déçu ses attentes.

Mais il lui restait une dernière carte à jouer, dans laquelle elle plaçait tout ses espoirs.

-Monstre, je suis sur que vous pouvez trouver bien mieux que ça pour briser une pauvre fille sans défense...

Voilà les derniers mots que put prononcer l'apprentie avant d'être paralysée affres de la suffocation. Ces étranges paroles elle se contenta de les murmurer en sentant l'homme resserrer sa prise sur sa nuque. C'était comme une confidence, un petit secret qui n'existait qu'entre eux et qui n'avait pas vocation de parvenir aux oreilles du reste de l'attroupement. Loin d'être haineux ou désespéré le ton était caressant, comme un langoureux soupir. Ses lèvres mi closes avaient exhalés ces ultimes paroles, comme une maitresse abandonne un soupir à un amant, alors qu'un très léger sourire inquiétant venait orner son visage pâle.

Le temps que le message parvienne aux oreilles de son destinataire, elle n'était plus là. Aveuglée par un voile sanglant, elle avait les poumons en feu et derrière ses paupières dansaient les flammes de l'enfer.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Dim 2 Mai 2010 - 23:54

Elle se débattait l’Oiselle, elle tentait de faire reculer l’inévitable. Elle donnait des coups de pieds dans des endroits insensibles. Pauvre petite, elle avait tant à apprendre. Sous ses doigts rêches, Gabriel Touchedieu sentait le sang qui forçait le passage dans l’artère, comme un ruisseau qui se tarissait peu à peu. Il sentait physiquement la vie abandonner.

Alors petite ? Ca fait quoi d’être confrontée à plus fort ?

Il était aux yeux des autres vieux, lubrique, sadique, à abattre dès que possible. Il le prouvait chaque jour, il le prouvait en ce moment même. Pourquoi le faisait il ? Pour vivre intensément sa vie, vivre des émotions fortes avant de mourir, ce qui ne saurait plus tarder, il en était conscient, il avait déjà eu une longévité insolente. Une des émotions les plus fortes qu’il connaissait était lorsqu’il menait doucement un innocent aux portes de la mort, puis d’une pichenette l’y jetait.

C’est une émotion difficile à décrire, c’est comme si le temps d’un étranglement, vous étiez un dieu. Vous avez entre vos mains la Vie et la Mort, et vous êtes leur maître. Plus que ces deux principes, vous avez une personne dans votre main, un homme ou une femme de chair et de sang, qui est entièrement suspendue à votre décision. Il n’y a que deux types de personnages qui connaissaient ce genre de sensations : les brigands, et les juges. Seulement voilà, les juges le faisaient plus proprement.

Avec son tout dernier souffle, la fille articula péniblement quelques mots. Quelques mots qui ricochèrent sur la carapace du Gourdin sans lui faire de mal.

Il y en avait des moyens. Il faisait sobre en l’étranglant, mais il pouvait faire plus ou moins spectaculaire, plus ou moins de dégâts. Se faire étouffer au crépuscule n’était pas spécialement la plus terrible façon de briser une fille. La plus terrible, la plus douloureuse, c’était le viol. Cette torture pouvait être raffinée par le fait qu’il soit public, sous les yeux de la famille. Depuis qu’il était rentré dans l’Inquisition, Gabriel Touchedieu n’avait plus osé le faire en public, mais il avait déjà pratiqué. Une ou deux sorcières avaient ainsi fini entre ses pattes, mais elles n’étaient pas apparues sur les registres de l’Inquisition. Après il y avait les « simples » attentats à la pudeur, qui constituaient plus des avertissements que de véritables brisures.

Il y avait pire que ces châtiments corporels, il y avait le harcèlement psychologique. Gabriel Touchedieu l’avait peu utilisé, car il réclamait une finesse d’esprit qu’il ne possédait guère. Ca marchait bien avec les hommes, ils étaient plus faibles que les femmes. Faire peser la menace, se montrer, dire qu’on n’hésitera pas à intervenir si le père de famille ne voulait pas lui donner de la nourriture, ou un toit, ou de l’aide. Rester longtemps, plus ou moins loin, se rappeler à son bon souvenir. Le Gourdin avait déjà réussi à déclencher des suicides de cette façon. Mais cela marchait moins avec les jeunes filles, elles étaient plus solides.

La fille sombra dans l’inconscience. Gabriel Touchedieu ne sentit plus vraiment la vie couler sous ses doigts. Mais il continua malgré tout. Dans son dos, Matthieu le Maul se profila, et dit tout bas au Gourdin :

« Euh chef…. L’Oracle. »

Gabriel Touchedieu lâcha aussitôt la fille.

S’il tuait quelqu’un, l’Oracle révèlerait tout, déchaînerait la population contre lui. En vérité il était déjà allé trop loin, pourvu qu’elle n’aille pas se plaindre. Foutu Oracle, qui lui mettait une lame sous la gorge dès qu’il approchait du troupeau d’agneaux. Acculé dans sa fuite en avant, il ne pouvait même plus fuir, devant lui se fermait un mur infranchissable. Plus de sang, plus de mort, c’était la mort du Gourdin.

La fille reprenait conscience en toussant à s’en décoller les poumons. Gabriel Touchedieu s’agenouilla et dit à l’oreille de sa victime :

« Tu vois le Moine n’a pas si tort que ca : quand on cherche la violence, il faut être sûr qu’on est le plus fort. Sinon, il arrive ce qui vient de t’arriver. As-tu toujours envie de me gifler à présent ? »

Il eut un sourire lèvres fermées qui déforma sa barbe.

« Essaie seulement et je me trouverais bien un ruisseau pour jeter ton cadavre. »
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Mer 5 Mai 2010 - 16:55

[Hj : Désolé pas très inspirée pour le coup]

C'était la première fois que Valériane frôlait d'aussi près les portes du royaume des morts.

Les affres de l'agonie lui apportaient mille visions de tourments. Elle n'était plus sur le parvis de l'Eglise entre les grosses pattes de l'inquisiteur, ni même à Forbach. Elle n'était tout simplement plus de ce monde. Emporté dans un brouillard sanglant d'hallucinations embrasées, elle n'était désormais plus qu'une âme ballotée dans des flots tumultueux de mirages et de souvenirs.

Pauvre petite brindille lancée dans le fleuve de la vie, elle remontait en quelques secondes au fil du courant une éternité de fantasmes et de frustrations qui n'avait durée que dix sept années. Écartelé, déchiqueté, brisé, son esprit dément se perdait en une multitude de lambeaux évanescents qui rampaient et gémissaient comme doués d'une vie propre. Valériane était en train de se perdre et son unité se brisait sous les assauts de la douleur.

Une succession de visages, aussi flous que distincts se mit à l'agresser et à ricaner.

Au premier rang de cette armée vaporeuse venait la horde informe des amants aux cœurs brisés et au souffles putrides. Ah comme ils semblaient se rire de son infortune ! De leurs griffes avides et de leurs dents affamés il dévorait dans la mort ce qu'il n'avait pu consommer de leur vivant arrachant avec des hurlements plaisir des lambeaux de chairs à cette pauvre petite fleur qui n'en finissait plus de se désintégrer. Le peu qu'il restait de Valériane fut ensuite arraché à ses bourreaux attentionnés par les tourbillons du Styx qui balayèrent de leurs vagues grasses et boueuses cette sordide orgie, pour mieux emporter leur passagère à la rencontre de son passé et de ses regrets. Noyée dans les flots infernaux elle voyait défiler tout les paysages de son enfance et avançait sous les hués de sa maudite fratrie qui semblait se rire de son impuissance. Avec horreur, elle redécouvrit avec une intensité décuplée les brimades de sa jeunesse et les mesquineries de ses compagnons. Alors que toujours au loin scintillait la figure meprisante de son Père, ce violeur qui avait racheté l'indulgence de St Pierre contre la reconnaissance de cette bâtarde qu'il n'en haïssait que plus.

Réussissant à attraper une racine noire qui plongeait dans les flots sanglant du fleuve des morts, la jeune fille fut sur le point d'échapper à cette marée de souvenirs. Mais la figure invisible et masquée de sa Mère se pencha sur la rive et écrasa de sa botte les espoirs de la sulfureuse apprentie pour mieux la renvoyer aux horreurs du passé.

Pauvre fille abandonnée deux fois qui n'en finissait plus de se dissoudre au grès du ressacs de ses visions et de ses hallucinations. Étrange temporalité qui s'étirait et se raccourcissait à mesure que les grains de sable frappaient avec application le lent décompte des secondes dans la lointaine ville de Forbach.

* * *

De cet étrange périple intérieur aux frontières de la vie et de la folie, elle n'en garda que des rêves sanguinaires et des cauchemars pervers qui venaient l'assaillir lorsque sa conscience baissait sa garde.

Peu importe comment elle regagna son corps, mais elle se sentit couler avec délice dans cette enveloppe charnelle qu'elle aimait d'un amour sincère. Son cœur qui avait cessé de battre, reprit ses lentes palpitations irriguant à nouveau son cerveaux et ramenant la vitalité dans ses membres paralysés par le souffle glacé de la Grande Faucheuse. Elle poussa un profond soupir et sa poitrine libérée recommença à se soulever avec douceur.

Valériane eu un petit gémissement et tenta vainement de se redresser sur son séant. Elle n'eut pas décollée sa tête de quelques centimètres que ses forces l'abandonnèrent et elle retomba sur les pavés humides de la place. Au dessus d'elle elle voyait la monstrueuse silhouette de l'inquisiteur, derrière laquelle se découpait l'ombre funeste du clocher de cette ville de damnés.

Il lui parla, elle toussa et cracha un peu de sang. Elle n'arrivait pas à comprendre ce qu'il lui disait. Les mots putrides portés par une haleine lourde, ne pouvaient pas s'imprimer dans son esprit engourdi par ce qu'il venait de subir.


-J'ai froid, gémit la jeune fille alors qu'autour d'elle sifflaient les rafales et que mourraient les ultimes rayons du soleil.

Elle ferma les yeux et les poings le temps pour elle de reprendre pleinement pied avec le monde.

Elle avait un peu de mal à savoir où elle en était. Bien sur qu'il venait de l'humilier et de lui donner une bonne leçon. Mais au fond d'elle même un murmure ronronnant lui indiquait que pour une raison ou une autre il ne l'avait pas tuée. Et dans son aveuglement la Vipère pensait y voir là la promesse d'une grande victoire. Était il en train de succomber à ses charmes à tel point qu'il n'avait pu résoudre à abréger une vie aussi dangereusement appétissante que la sienne ? Elle misait trop sur son pouvoir de séduction, ce venin qui pourtant ne faisait que bien peu d'effets sur le vieux brigand.


-Vous avez pris votre pied mon seigneur ?
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Lun 17 Mai 2010 - 14:15


Il venait de Cluny, la lumineuse. Il avait été habitué à la lumière, à la sérénité, les prières pour les morts. Il s'y était réfugié comme l'animal blessé qu'il était. Et c'était un véritable havre. La paix y régnait, en compagnie de la sérénité. Les chants des messes des morts y résonnaient, chaque jour, apaisant les âmes.
Ici, il faisait sombre. Il faisait froid. Et les seuls bruits qui bruissaient, c'était le sifflement qui s'échappait faiblement de la gorge de la fille.
Elle se montrait ingrate, s'habillait comme une femme de mauvaise vie. Ses yeux et ses cheveux n'étaient que noirceur. Frère Ethan ne savait pas s'il s'agissait d'une sorcière -elle était tellement différente que son Aziliz - mais ce n'était pas une fille correcte, dans tous les cas.

Au départ, Ethan avait cru que le Gourdin ne faisait que l'intimider. Qu'il s'agissait d'une réponse proportionnée à la gifle bien sentie que lui avait asséné l'ingrate. Mais le suffoquement qui s'était bientôt échappé de sa gorge l'avait interpelé. Touchedieu était vraiment entrain de l'étrangler ! Etait-il stupide au point de tuer une fille sous les yeux d'un moine ?!
Il se tourna vivement vers le tortionnaire :


"Cessez !"

Mais il ne sembla pas l'entendre. Ce ne fut que lorsqu'un de ses acolytes lui rappela des paroles étranges, à propos de l'Oracle, qu'il s'arrêta.
L'Oracle ? Qu'était-ce ? Cela semblait bien païen...
Toujours est-il qu'il cessa immédiatement. La pauvre fille s'écroula sur les pavés, prise d'une violente toux. Une ou deux gouttes de sang perlèrent...elle devait s'être mordue la langue en se débattant.
Mais voilà que le jeu pervers recommençait : l'inquisiteur s'était agenouillé près de la jeune femme, et de nouveau c'était les provocations qui fusaient.
Ethan secoua la tête d'un air las; il s'agenouilla donc à son tour, et s'interposa entre les deux protagonistes.


"Il suffit."

Sa voix était glacée, son ton neutre mais inflexible. Il lança un regard noir au Gourdin, et reporta son attention sur la villageoise.

"Récite moi le Credo."

Cette demande tomba sans prévenir. Son insolence, sa tenue provocante, tout cela pouvait être dû à son âge. Mais elle ne semblait pas respectueuse du Très-Haut. "Ses prêches du dimanche", était-ce bien une façon de parler de la Messe ?

"Fais pénitence et prouve ta foi, tu pourra partir ensuite."

Il y avait aussi la possibilité qu'elle ne sache le réciter, et en ce cas, Ethan serait dans l'obligation de demander une enquête de matérialité de faits...de sorcellerie.
Ethan était à peine arrivé. Mais déjà, il se méfiait de tout.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Mar 18 Mai 2010 - 1:30

Le Destin peut parfois faire d'étrange plaisanteries. Ici c'est Valériane qui venait d'apprendre à ses dépends qu'il valait mieux ménager son prochain et attendre avant d'accorder son mépris. Ce petit moinillon aussi efflanqué que sa mule, elle l'avait insulté et pourtant il venait de la sauver. Blague des Parques, oh – combien douteuse qui aurait fait la joie d'un moralisateur avide de comptines.

D'ailleurs, c'était amusant de remarquer à quel point la grande famille de l'Eglise pouvait présenter de la diversité. A tel point que l'on demandait, si les même sacrements coulaient dans les veines de ces hommes gris. D'un côté le Gourdin incarnait la puissance temporelle, l'écrasante domination d'un pouvoir qui asservissait les peuples. Mais de l'autre côté, le petit cureton incarnait la droiture et la force morale de vieux ordres monastiques qui avaient su garder intact l'intégrité du St Siège. Et ce schisme, la sulfureuse apprentie ne pouvait s'empêcher de s'en octroyer le mérite. Après tout, si elle n'avait pas provoqué l'inquisiteur avec son indécente tenue, jamais le couple de serviteurs de dieux n'aurait succombé aux doux murmures de la Discorde.

Mais finalement, peu importait les différents masques que revétissait l'Église. Pour la Sorcière, elle n'en restait pas moins une contrainte, un joug de préceptes aussi lourds qu'injustes qui révoltaient ses instincts primaires. Entre le Frère ou le Brigand elle ne voulait pas choisir. Après tout, ils n'étaient rien de plus que deux âmes stupides qui usaient leurs vies à frotter de leurs genoux les dalles des autels. Et quand on aime la liberté au point de ne tolérer aucune règles, un tel dévouement mystique ne pouvait que révolter l'insolente demoiselle.

Elle ne l'aimait pas et pourtant il était là. Aussi famélique que sa mule, aussi froid que la bise mais déterminé à s'opposer au Gourdin. La chance pouvait parfois se montrer délicieusement imprévisible, au point de porter une robe grise délavée par les intempéries.

Devait elle pour autant éprouver de la gratitude pour son morne sauveur ?

Si elle avait été normale, c'est surement ce qu'elle aurait fait. Après tout, jouer l'innocente aurait pu lui permettre de quémander la protection de ce maigre chevalier servant. Mais Valériane était trop sauvage pour se soucier de choses aussi contraignante que la gratitude ou la reconnaissance. Elle voulait tout, tout de suite. Les autres n'étaient que des obstacles, ou des appuis. Et puis, l'ardoise qui existait entre elle et les Fous de Dieu était trop profondément gravée pour qu'elle puisse l'effacer de son souffle tiède.

En gémissant, elle se rassit, tout en écoutant avec lassitude la diatribe du prêtre.

Bien sur qu'elle connaissait son crédo. Cela faisait de long mois qu'elle n'en avait pas fait usage, mais les saintes paroles avaient été trop profondément enfouie en elle pour qu'elle puisse les oublier. N'oublions pas qu'elle avait épuisé de longues semaines de sa vie à répéter inlassablement les même litanies obscures dans un couvent de Lorraine.

Elle ferma les yeux pour retrouver les paroles tant haïes. Cela remontait tellement loin, c'était comme faire la poussière dans une vieille bibliothèque : aussi inutile que désagréable.


-Credo in unum Deum, Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae, visibilium omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum Jesum Christum Filium Dei unigenitum.
Et ex Patre natum ante omnia saecula.
Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero.
Genitum, non factum, consubstantialem Patri : per quem omnia facta sunt.
Qui propter nos homines, et propter nostram salutem decendit de caelis.
Et incarnatus est de Spiritu sancto ex Maria Virgine : Et homo factus est.
Crucifixus etiam pro nobis : sub Pontio Pilato passus, et sepultus est.
Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas.
Et ascendit in caelum : sedet ad dexteram Patris.
Et iterum venturus est cum gloria, judicare vivos et mortuos : cujus regni non erit finis.
Et in Spiritum sanctum, Dominum, et vivificantem : qui ex Patre Filioque procedit.
Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur : qui locutus est per Prophetas.
Et unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam.
Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum.
Et expecto resurrectionem mortuorum. Et vitam venturi saeculi.
Amen.
(catholic.net)

Ce fut plus compliqué que prévu et la jeune fille buta et trébucha sur de nombreuses syllabes. Mais elle réussit quand même à venir à bout de l'épreuve. Soulagée, elle sourit avec insolence à son sauveur, tout en rejetant en arrière son abondante chevelure d'onyx.

-Faire pénitence mon Père ? Mais pourquoi faire ? Je n'ai pas souvenir d'avoir péché aujourd'hui...

Tâtant sa nuque gracile qui portait encore la marque écarlate de la poigne de l'inquisiteur, elle murmura au prêtre :

-Peut être serait il plus approprié que je repasse ultérieurement à l'Église pour faire une véritable confession...Je crois que j'ai été assez éprouvée par les événements.

Elle s'étira en soupirant et se redressa souplement sur ses jambes. Elle n'avait qu'une hâte, courir se vautrer dans son lit, pour oublier la douleur et les élancements de son corps meurtri.

Mais avant cela elle s'inclina devant les deux hommes. Son regard félin se fixa sur l'inquisiteur :

-Mes seigneurs ont ils encore besoin de moi ; ou puis je aller en paix ?

Tout en parlant Valériane s'effleura les lèvres de ses doigts, comme pour mieux se rappeler le gout du sang qu'elle avait arraché au fanatique.
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Dim 23 Mai 2010 - 18:23

Le Moine n’était pas si faible que ca, il avait ses principes, mais il n’était pas stupide. C’était bien, il aurait droit à un peu plus de respect pour cela. Peut être. Gabriel Touchedieu avait toujours évité de piller les monastères, il paraissait que ce n’était pas bien. En tuant des paysans, on n’attire pas la haine aussi vite qu’en tuant des moines. Et puis un homme en robe, ce n’était pas dangereux.

Cette manière qu’il avait de demander à Gabriel de réciter le Credo par exemple, c’était amusant. Il avait déjà vu des véritables ordures réciter par cœur le credo, ce n’était pas un souci pour qui savait lire ou bien allait au catéchisme. Deux choses qui le faisaient bien chier petit, excusez moi du mot. Si bien que Gabriel Touchedieu aurait été bien incapable de le réciter, et encore moins en latin.

Lorsque la fille en question lui récita tout le texte sans se tromper, il eut un sourire narquois jusqu’aux oreilles. Ben voyons, le petit oiseau savait sa leçon… il y avait de meilleurs moyens de savoir si elle était une sorcière. La Question par exemple. Gabriel Touchedieu n’aimait pas pratiquer la Question, les cachots étaient trop humides pour ses vieux os, et les cris de douleurs pures le faisaient frissonner, mais on ne pouvait remettre en cause la sûreté du procédé.

« Peuh ! Moi aussi je suis capable d’en faire autant. Regardez donc mon Credo :

Je crois en ma Force, Destructrice toute puissante, créatrice de la Vie ou de la Mort.
Et en mon gourdin, son arme unique, votre Seigneur
Qui a été concu dans une adolescence troublée, et qui est né d’un massacre légal.
Il a frappé sous mon règne, il a tué, il a enseveli des villages entiers, a fait descendre aux enfers toutes les sorcières.
La seule chose qu’il ne sait pas, c’est ressusciter les morts.

Il appartient à l’Inquisition
Où il siège à la droite de Louis,
D’où il viendra pour juger les sorcières et les autres habitants

Je crois en la Colère
A la soif du sang
à la communion des mercenaires
à la rémission de la vie
à la résurrection de ma gloire
et à la mort inévitable.

Amen. »


Très fier de son blasphème, il laissa ses hommes applaudir. Il avait composé cela il y a assez longtemps, mais il l’avait composé seul, lors de ses « études » inquisitoriales, alors qu’il découvrait les textes. Il s’était amusé à les détourner un par un, à briser les icônes, défoncer les frontières du bien pensant. Il avait oublié l’original, ne se souvenait que de la parodie. C’était aussi ca, le personnage.

Laissant le choc planer, il s’inclina comme un gentilhomme, parodiant une nouvelle fois, et dit :

« Je pense que la gente dame peut aller, nous lui sommes reconnaissant de la parcelle de temps qu’elle a pu nous accorder… Pas vrai les gars ? »

Rires narquois. Gabriel Touchedieu, se craqua les doigts et reprit un masque sérieux.

« Bon, nous avons suffisamment traîné ici, mis à part une petite fille et un moine, il n’y a pas grand-chose. C’est pourquoi nous allons nous retirer, vous laissant deviser gaiement de milles et un sujets philosophiques ou autres. Allez les petits cœurs, on s’arrache. »


Les hommes de Gabriel Touchedieu se retirèrent un par un. Gabriel Touchedieu partit lentement à reculons. Avant de partir il eut le temps d’entendre la réponse courroucée du moine, il répondit par un geste moqueur. La haine qu’il y avait chez la fille ne l’inquiétait pas plus.

Il était encore fort, tant qu’il aurait la force, il aurait la sécurité.

[Pour que vous puissiez comparer:


Spoiler:
 
]
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MessageSujet: Re: Et lux perpetuat luceat eis   Sam 29 Mai 2010 - 12:57

Ce qu'Ethan ressentit, c'était une profonde tristesse. Comme ce village était sombre, rempli de violence, de colère.
Cela ne faisait pas une heure qu'il était là. Où était le calme des lieux saint, le murmure du vent dans la lande, le soleil léchant les vitraux et éclairant les cimetières ? Il faudrait prier, beaucoup prier pour le salut de cette triste bourgade.

La fille, assise sur le pavé, ferma les yeux et récita. Elle butait sur les mots en latin; signe soit d'une éducation limitée, soit d'un manque d'assiduité à la messe. Ou peut-être que toute cette histoire était entrain de lui monter à la tête et qu'une personne normalement constituée à quelque mal à parler après s'être fait aux trois-quart étranglée.
Toujours est-il qu'elle connaissait son Credo, et qu'elle avait, par là, commencé à faire pénitence. Elle lui demanda d'ailleurs à quel propos. Pauvre enfant, qui avançait les yeux fermées : ne voyait-elle donc pas ? Reconnaître ses fautes était pourtant la première étape de la rédemption. Et la rédemption, cela connaissait Ethan.
Cette fille était comme un oiseau sur le sol, qui tentait de reprendre son envol après qu'un chat ait joué avec; mais un oiseau aveugle qui risquait de retomber entre les griffes du félin et à nouveau y laisser des plumes.
D'une voix très douce, mais dénué de toute mièvrerie, ses yeux clairs et francs plongés dans ceux de l'oiselle, il lui répondit :


"Le pêché d'orgueil, ma fille. Penses-y."

Et l'oiseau se redressa, et pris congé. Ethan doutait fortement de la voir venir à confesse dans les jours prochains.
D'un signe vague, il l'autorisa à partir.
Cela fait, il se tourna vers le Gourdin. Il avait blasphémé. Le tout en riant. Le moine fronça les sourcils. C'était pour cela qu'il avait été envoyé ici : que cessent ces affronts au sein même du camp du Seigneur; et ce Gabriel semblait être l'incarnation des maux qui rongeaient l'Inquisition, qui se devait d'être une cause pure.
D'un ton qui charriait des glaçons, le frère fit remarquer au Gourdin :


"Le blasphème peut vous mener devant le prévôt, ou pis, devant le Parlement. Voulez-vous vous retrouver en compagnie des sorcières et des protestants hérétiques au sein de la chambre ardente ?"

La Chambre ardente. Ce tribunal spécial créé par François premier pour traiter des hérésies. Elle portait bien son nom.
Mais le brigand et ses compagnons semblaient déjà prêts à partir, dans un rire vulgaire. A sa remarque, le Gourdin ne répondit que par un geste moqueur.

Comme tout cela était arrivé, ils étaient repartis. Comme un nuage qui passe devant le soleil. Comme une averse glacée de printemps.
Une brise fraîche arriva avec la nuit. La nuit était claire, couronnée d'une lune gibbeuse.
Après toute cette agitation, le calme de Forbach lui sembla pesant, effrayant. Seul un chien aboyait au loin.
Ethan posa ses yeux sur la silhouette déchiquetée de l'église, mutilée et enlaidit par les échafaudages des couvreurs, posée sur les plaies de l'édifice comme une atèle. Elle semblait déserte. Peut-être qu'au final le sieur Touchedieu avait raison, et que ce lieu avait été abandonné par les hommes de robe.
Mais pas de Dieu, non. Dieu n'abandonnera jamais sa maison.
Les quelques minutes, tumultueuses, qu'il venait de vivre, lui promettait que sa mission serait rude. Mais il n'abandonnerai pas, lui non plus.
Car la lumière brillera sur eux, sans déclin.

Le moinillon, maintenant seul avec sa jument, regarda autour de lui. Bon, où était la collégiale ?
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Et lux perpetuat luceat eis

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