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 La Fin des Ombres - II/II (#10)

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L'Oracle
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MessageSujet: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Sam 1 Mai 2010 - 3:15

La place était vide. Un léger souffle frais balayait les pavés sombres. Nul habitant ne passait, nulle autre vie que des chats errants. Jamais pareil silence, jamais pareille quiétude, ne s’étaient observés à Forbach. Les portes des maisons étaient closes, nulle lueur ne perçait la nuit, nulle fumée ne s’échappait des cheminées. En ce soir de mai, la ville s’était intégralement vidée, Forbach semblait endormie. L’église de Zetting, défigurée par les échafaudages de reconstruction, observait son parvis abandonné d’un air mélancolique. Seuls le vent chuchotait encore et au loin un écho régulier. Un claquement lent, résonnant entre les murs des bâtisses vides. Le bruit s’approchait, personne n’était présent pour l’entendre, que les chauves-souris affolées traversant le ciel.

Surgissant de la pénombre des ruelles, faisant face à l’église, hiératique, l’Oracle sur son poulain blanc avançait au pas, tailladant l’obscurité de sa silhouette blafarde, irradiant du reflet argenté de la lune ronde et belle parée de ses bijoux étoilés. Arrivée au centre du parvis elle s’arrêta et fit calmement volte face. Ses cheveux ondulaient dans les airs, sa peau était pâle, son regard apaisé et convaincu. Elle inspira profondément et descendit de son petit cheval qui recula. Elle s’écria alors avec force
« Nos amies, la voie est libre ! ». D’une ruelle à l’Ouest arrivèrent en file disciplinée les sorcières de la tribu d’Olrun dans leur longue robe blanche de cérémonie, la belle et élégante Europe à leur tête. D’une ruelle à l’Est arrivèrent les sorcières du Lys Noir en un rang sinueux de robes noires mené par la gracieuse Alicia.

Les sorcières et les sorciers n’étaient pas des êtres ordinaires. Ils naissaient comme tous les êtres humains, mais ils parvenaient au file des ans, par un apprentissage difficile – que tout homme ne pourrait suivre sans spiritualité et persévérance -, à élever leur nature, à devenir un peu plus que des hommes. Leur âme grandissait, devenait plus forte, plus lumineuse, changeant leur nature. Et c’est alors que la magie était possible et qu’on les appelait « sorcières ». Elles n’avaient pas passé un pacte avec le diable ou quelque entité divine, mais avec elles-mêmes. Un pacte tacite promettant l’élévation et la puissance contre l’adoration et le don de soi. Les sorcières étaient plus proches des esprits et des anges que le commun des mortels, elles partageaient un secret avec les créatures fabuleuses, tout comme l’Oracle.

Ainsi les lignes de sorcières se rassemblèrent autour de l’Oracle avec le silence et l’allure des sylphes. Elles formèrent deux clans de part et d’autre de l’Oracle sur le parvis. La fillette se tenait droite et paisible les mains ouvertes en signe d’appel et d’accueil. Lorsque les deux clans ennemis se firent face, elle au centre, elle joignit ses mains comme pour prier, faisant comprendre aux deux camps qu’il fallait s’unir. Sans trop attendre un cercle rituel dont l’Oracle, seule, était l’épicentre se forma de robes noires et blanches, révélant une relative équité numérique entre les deux tribus. L’Oracle prit la parole solennellement :


« En cette nuit, nous allons invoquer les esprits divins de la tribu des Gardiens afin qu’ils puissent choisir parmi vous tous et toutes un seul et unique Gardien responsable de sa tribu. Nous allons donc vous inviter à réciter la formule d’invocation la plus puissante que vous connaissez pendant que nous la ciblerons sur ces esprits dans la langue des anciens. Nos amis, nous nous en irons dès le rituel terminé, aussi voudrions-nous à présent vous remercier de votre accueil, de votre confiance et de votre collaboration. Vos âmes sont belles et généreuses. Au revoir »

L’Oracle ne pouvait s’étendre davantage, elle savait que le temps était compté. Elle ne pourrait tenir les autres habitants et les inquisiteurs hors de ce lieu indéfiniment et la conjecture astrale était immanquable. Il fallait commencer sans plus tarder. Elle fit un large signe. Toutes les sorcières, tous les sorciers, et même l’Oracle, inspirèrent de concert faisant résonner l’espace d’une aspiration mystique. Le chant des sorcières débuta alors. La formule d’invocation était la même pour la tribu d’Olrun et celle du Lys. Leurs voix à nouveau s’unifiaient et le chœur religieux n’en était que plus puissant. Leur liturgie était mesurée, parfaite, elle soutenait harmonieusement les paroles kabbalistiques prononcées par l’Oracle exaltée. Le chant durait encore et encore. L’air semblait s’alourdir, frémir, les sphères occultes fusionnaient avec la réalité terrestre.

L’Oracle chantait de plus en plus fort sans hausser la voix par une opération d’amplification surnaturelle, encourageant les sorcières à continuer malgré la fatigue qui commençait à se faire sentir dans les rangs. Le sol se mit à trembler légèrement à son tour et une lueur bleutée scintilla de plus en plus fort entre les pavés de l’emplacement de l’Oracle, dont les pieds quittaient littéralement le sol, jusqu’au cercle des sorcières qui, stimulées par cette première manifestation concrète, se mirent à scander encore plus vigoureusement. L’Oracle lévitait, de plus en plus haut, portée par les chants. La lumière était devenue aveuglante sous la fillette et des émanations vaporeuses céruléennes se mirent à l’entourer comme de fins tentacules éthérés en direction du ciel.

Les sorcières continuaient à chanter, concentrées sur leurs formules, les yeux fixés sur la brume brillante ruisselant entre les pierres au sol. L’informe entité grandissait au centre du cercle, se matérialisait, de plus en plus physique, de plus en plus visible, de plus en plus inquiétante, déployant des ailes sombres aux veinures électriques. L’Oracle sourit, l’Oracle rit, pleine d’allégresse. Enfin ses efforts allaient être récompensés. Toutes ces discussions avec ces habitants naïfs pour s’assurer de leur confiance, toutes ces révérences et ces coups encaissés, tout allait s’arrêter à présent. Son maître allait enfin se réveiller. Enfin Forbach allait sombrer et se faire engloutir comme une amanite sans muscarine ! C’en était fini de l’humanité peureuse et lâche, l’heure était au règne des instances puissantes et cruelles. L’Oracle touchait enfin son but…
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Sam 1 Mai 2010 - 16:49

Alicia n’avait jamais cru aux démons au sens chrétien, pas plus qu’aux anges immaculés et autres reflets de l’humanité manichéenne. Les hommes obéissaient à leurs lois morales, les esprits aux leurs, les Dieux pareillement. À chaque nature son code de conduite. Ainsi les notions de bien et de mal érigées par les hommes n’étaient valables que pour eux et d’un point de vue objectif les Dieux, les esprits, les anges ou les démons n’étaient ni bons ni mauvais. Simplement leurs réponses à nos appelles ou les interactions – fortuites ou non – avec l’humanité ne correspondait pas toujours à notre propre système de valeurs spirituelles. Les démons – comme les appelaient les catholiques – existaient assurément ! Mais pour les sorcières ils portaient parfois d’autres noms, celui d’un dieu ou d’une créature sylvaine du culte païen.

Ce qu’Alicia ne croyait pas était que ces démons étaient des créatures venues de l’Enfer. Elle ne pensait d’ailleurs pas qu’ils soient si mauvais. Bien qu’elle n’en ait pas croisés beaucoup dans ses livres d’ésotérisme et dans ses propres expériences, elle n’en avait jamais vu de terriblement nocifs, purement diaboliques ou autres. Ils avaient généralement une raison de faire ce qu’ils faisaient et n’entraient pas tellement en contact avec les hommes. Aussi risquait-elle d’être extrêmement surprise par ce qui allait se dérouler en cette nuit du premier mai 1629…

La tribu du Lys s’était rassemblée d’un commun accord dans une ruelle obscure de la ville lorsque le ciel serait entièrement noir et que les rues seraient vides. Ainsi, lorsque la nuit fut tombée, le cortège sombre se mit en marche vers le parvis de l’église de Zetting. Elles arrivèrent face aux rangs de la tribu d’Olrun. Alicia marchait la tête haute et le pas assuré. Sa robe voletait portée par la brise animant sa silhouette encapuchonnée d’un dynamisme éthéré. Elle observait sous couvert de la nuit et de son large capuchon la file droite des sorcières d’Olrun. Tant de droiture devait leur faire mal aux dos et affaiblir leur liberté de penser. Cette ligne droite qu’Europe semblait voir tracée droit devant elle était le parfait semblant d’un chemin qu’on ne quitte pas, les yeux baissés sur la droite des traditions millénaires.

Alicia les plaignait. Suite aux récents évènements vécus par Europe, de sa possession à son élection, elle risquait d’être encore moins flexible que son prédécesseur au rang de Grande Prêtresse. La Meneuse s’en réjouissait car cela signifiait une forte probabilité que les jeunes recrues quittent la tribu pour rejoindre le Lys Noir. Mais en cet instant il fallait oublier ces pensées de haine et de rivalité, elles étaient toutes présentes en cet endroit pour la même chose : l’élection d’un nouveau Gardien. Alicia espérait plus que tout que le nouveau Gardien serait un membre de la tribu du Lys Noir. Il ne fallait pas se leurrer, le véritable enjeu était la possible acquisition d’une arme exceptionnelle dans cette guerre des clans…

Elles se faisaient face à présent. L’Oracle au centre, dans sa sobre robe de neutralité. Elle aurait pu être l’arbitre perverse d’une grande bataille, mais elle était le symbole innocent de l’unification éphémère. Comme un espoir d’entente. Seulement « comme » car ce n’était pas son rôle. Elle l’avait bien dit lors de son discours face au Lys Noir : elle n’était pas là pour changer l’Histoire autrement que par cette élection. Et cette élection changerait assurément l’Histoire… Le cercle se forma. Alicia inspira profondément pour faire le vide en son esprit et concentrer toutes ses forces et sa puissance sur l’invocation. Elle regarda Europe face à elle et d’un signe de tête elles se donnèrent le signal de départ pour lancer le chœur. Les chants étaient beaux et harmonieux. Jamais le Lys n’avait changé la formule traditionnelle de la tribu d’Olrun, il fallait avouer que certaines antiquités fonctionnaient à merveille.

Lorsque la lumière apparut Alicia sentit un souffle d’espoir et d’excitation emplir son âme. Au premier rang elle devait ciller pour ne pas être éblouie. La tête baissée elle put tout de même apercevoir les petits pieds de l’Oracle s’élever. Elle entendit la joie de la fillette et se réjouit de pouvoir rendre un peu de bonheur à cet être si formidable. C’est lorsqu’elle crut reconnaître le ton de la démence en son rire qu’elle eut une sueur froide. Elle releva les yeux et vit la chose de lumière et d’ombre qui grandissait, menaçante et à l’aura sombre. Le regard de l’Oracle était plein d’une sauvagerie inhumaine. Son sourire était – Alicia eut les larmes aux yeux tant cette pensée était contraire à sa conception du monde – démoniaque ! Elle respirait le mal absolu ! Alicia pétrifiée observait, impuissante, l’invocation de la fin des Hommes.

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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Sam 1 Mai 2010 - 20:12

[Précédent = La confiance, c'est précieux]



Vibrante, acérée, une tension palpable grandissait au fil des minutes dans l’esprit d’Europe qui, abritée sous son capuchon de tissu blanc, ne cessait de jeter des regards alentours. Sans éprouver les affres de l’angoisse, elle se sentait indubitablement à l’aube d’une ère nouvelle, au commencement d’une nuit qui d’une façon certaine, allait changer leurs vies à toutes et à tous. Et cette perspective, même de plus en plus familière par les temps actuels, ne parvenait pas à empêcher un flot continu d’adrénaline de se déverser dans ses veines… cheminant à la tête de la tribu réunie, se glissant parmi les ombres telle une apparition blafarde, la Grande Prêtresse du clan d’Olrun faisait de son mieux pour afficher l’air sévère mais juste qui convenait à son rang. Son calme n’était qu’apparent: derrière son masque d’équanimité, elle se sentait fébrile, et pour cause. Ce soir, les enjeux étaient bien plus importants que bien des choses…

Sur le signal de l’Oracle, le Parvis fut pris d’assaut par les silhouettes blanchâtres de la tribu ancestrale. Peu après, les ombres noires du Lys firent elles aussi leur apparition, se mêlant aux robes blanches comme l’obscurité se mêle à la lumière sans parvenir jamais à l’anéantir totalement. Deux forces qui luttaient, surpuissantes et égales, dans un combat perpétuel et eschatologique qui creusait sur le monde de profonds sillons d’incertitudes et de peurs… Europe, amère, remarqua bientôt que le nombre de membres de la tribu rivale avait considérablement augmenté durant ces deux dernières années, avoisinant à présent celui d’Olrun. Même leur avantage numérique avait disparu… la Sorcière fit une grimace et détourna le regard, concentrée sur sa tâche.

Alicia ne se doutait pas d’à quel point elle avait raison. Europe, même si elle ne le savait encore pas elle-même, était destinée à se montrer plus rigide encore qu’Abigaël ne l’avait été en tant que dirigeante, ancrée dans la linéarité et les traditions antiques. Mais y avait-il vraiment un mal à persister dans les coutumes routinières, à se borner à suivre le chemin des ancêtres? La Sorcière avait besoin de repères, besoin qu’on balise un sentier devant elle pour ne pas perdre pied. Elle était le genre de femmes qui se montraient hautes et fières, mais qui pleuraient si on ne leur tenait pas la main sur un chemin déjà tout tracé. Alors comme bon nombre de ses prédécesseurs, elle avait choisi de suivre cette voie-là. Ce serait peut-être la voie de l’obscurantisme. Mais ce serait un moindre mal pour le bien d’une plus grande cause.

Tout en se plaçant à l’endroit idoine, Europe croisa une dernière fois le regard d’Alicia avant de commencer les litanies invocatrices. Elle n’avait pas oublié son rêve sanguinolent, dans lequel elle se voyait dépecer la Meneuse à mains nues –une perspective plutôt réjouissante au demeurant. La seule chose qui l’empêchait de se jeter sur Alicia dans l’instant, c’était la confiance absolue et aveugle qu’elle avait en l’Oracle. Si la Parole de Dieu demandait aux deux tribus de coopérer, alors ses désirs étaient des ordres. Tandis quelle entamait son chant, Europe sentit la même tension vriller ses muscles. Si seulement le Gardien était élu parmi la tribu d’Olrun… cela porterait un coup au Lys Noir, ou plutôt cela renforcerait et restaurerait le rôle de la tribu-mère, qui en avait bien besoin. Intérieurement, Europe bouillonnait. Elle ne souhaitait en fait plus que tout qu’une seule candidate soit désignée: elle et elle seule. Malgré sa patience innée, il lui avait déjà fallu attendre des années pour devenir Prêtresse. Et encore plusieurs années supplémentaires pour se voir nommer Grande Prêtresse. Elle avait besoin de pouvoir. C’était désormais une des seules choses, dans ce monde, qui la faisait se sentir rassurée, pas impuissante, qui mettait entre ses mains des moyens d’action concrets.

Galvanisée par cette perspective, Europe chanta avec un dynamisme renouvelé, faisant vibrer ses cordes vocales au même rythme que les centaines d’individus présents sur le Parvis. Leur mélodie était incroyable, transcendante; elle envahissait l’espace dans un poudroiement bleuté naissant au cœur de leur cercle, telle la matérialisation même de leur esprit unifié, réuni. Nul n’aurait pu ne pas reconnaître la beauté d’un tel chant, la sérénité et la force qu’il dégageait. Tandis qu’elle poursuivait, la Grande Prêtresse se surprit à envisager l’avenir au travers du filtre enivrant de ce chant. Quant elle serait gardienne, elle pourrait enfin libérer ses consœurs de l’affreuse domination du Lys Noir. Le pouvoir déferlerait en elle et elle rejoindrait la secrète logique du cosmos.

Le rire de l’Oracle interrompit net son flot de pensées pleines d’espoirs et elle leva les yeux, le souffle coupé, plissant le regard pour parvenir à distinguer la fillette dans ce fleuve de lumière éblouissant. De cette hilarité glacée, où l’on sentait poindre les prémices de la démence et du maléfice, naquirent des tourbillons de lumières bleutées et sombres, à l’aura dantesque et chimérique. Tandis que l’air semblait se contracter, tel un état d’aura noire puissante ils prenaient de l’ampleur sous l’action conjuguée des sœurs qui gardaient pieusement la tête baissée. C’était impossible! Europe se sentit vidée de toutes ses forces, les couleurs désertèrent son visage. Cela ressemblait si peu à l’Oracle, à la bienveillante bonté dont elle avait fait preuve ces derniers mois… la Sorcière sursauta à ses propres pensées. Bienveillante bonté? Comment avait-elle pu se voiler la face pendant si longtemps? L’avait-elle jamais vu faire preuve d’une bonté bienveillante? Non, tout juste de sollicitude, une sollicitude empoisonnée dont le véritable visage lui apparaissait maintenant au grand jour…

En une seconde, elle comprit tout.
L’Oracle les avaient dupés, tous. Avait profité de leur crédulité pour se faire élever au rang d’idole miraculeuse, afin de gagner leur confiance et de les attirer dans un piège. La fin de l’humanité allait s’abattre sur le monde et c’était elle, en compagnie de toutes ses sœurs, qui en était la responsable. Encore une fois, elle avait déchaîné sur l’univers une telle horreur qu’elle avait détruit son ordre le plus cher.

Une dernière fois, envahie par un océan de désespoir, Europe contempla la lumière. Car selon toute probabilité, elle vivait ses derniers instants. Dans une seconde, le monde sombrerait englouti dans un abîme chaotique et plus noir que la nuit originelle.

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...


Dernière édition par Europe le Lun 17 Mai 2010 - 14:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Ven 7 Mai 2010 - 23:09

Valériane frissonnait. Mais ce n'était pas le vent qui lui arrachait ces tremblements, c'était la peur. Une angoisse sourde, aussi glacée que l'haleine d'un mort avait refermé ses mâchoires d'acier sur son cœur. Et malgré l'épaisseur protectrice de la sombre robe de son clan, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des sueurs froides. Sa gorge était sèche et elle avait de plus en plus de mal à suivre les litanies lancinantes qui s'échappaient du cercle des sorcières. Pourtant elle tentait de s'accrocher à ses paroles rituelles avec l'ardeur désespérée d'une noyée qui trouve un rocher salvateur.

Les instincts primaires de Valériane gémissaient d'angoisse devant le spectacle qui se dévoilait à son regard de prédatrice. Elle n'aimait pas cela et sa nature féline se hérissait sous l'effet de terrifiantes prémonitions. Quelque chose n'allait pas ; l'apprentie le sentait. Même les odeurs n'avaient plus la même saveur et les émanations qui montaient du cercle se faisaient plus lourdes, plus sauvages à mesure que les sorcières cédaient à la terreur.

Si la jeune fille avait été réellement aussi animale qu'elle le prétendait, elle serait partie en courant, loin très loin de l'oracle pour aller se terrer dans son antre. Mais elle n'était pas une bête sauvage, elle était avant tout une sorcière, une pauvre apprentie qui sentait les chaines de devoirs qui la liaient à son clan se faire soudainement plus lourdes, plus cruelles. Elle était comme prisonnière du code d'honneur du Lys Noir et des serments qui l'empêchaient de rompre le cercle pour disparaître dans les ombres. Elle n'avait qu'une envie : mettre le plus de distance possible entre elle et la chose en train de se matérialiser.

Elles avaient été trahies, toutes trahies par cette infâme créature qu'était l'Oracle. Ce n'était surement pas pour inaugurer une nouvelle ère que les clans avaient été conviés, mais plutôt pour assister au premier acte d'un massacre qui s'annonçait apocalyptique. Peu importe ce que les volontés conjugués et manipulés des sorcières venaient de ramener en ce monde, mais cette Chose aurait mieux fait de demeurer dans les profondeurs infernales. C'était comme si une porte de brume venait de s'ouvrir sur une dimension de cauchemar et de carnage pour mieux toutes les attirer en Enfer.

Valériane avait peur, Valériane était terrifiée. Sa morgue habituelle n'avait plus lieu de se maintenir face à des forces qui la dépassaient. La sulfureuse apprentie n'était plus une sensuelle panthère au ronronnements arrogants ; non elle était désormais une simple hyène peureuse qui levait un regard tremblant vers sa Chef de Meute en espérant que cette dernière donne le signal de la retraite. Seule Alicia leur Grande Meneuse pouvait encore les sortir de ce mauvais pas. La demoiselle se répétait cette prière en tentant désespérément de s'en convaincre. Il le fallait, sans quoi les fragiles digues de sa volonté allaient céder sous les assauts d'une terreur démentielle.

La Vipère ne voulait pas y croire et pourtant elle le savait : elle était en train d'assister à la fin du monde. Tout ses rêves d'éternité, de gloire ou de luxe n'étaient plus que des épaves brisées par l'océan de ténèbres qui semblait se déverser de la chose ailée.

Alors tremblante, elle se tut, refusant de poursuivre des incantations qui menaçaient de toutes les engloutir. Ses yeux ambrés fouillèrent les ténèbres à la recherche de la Reine d'Ombre et se posèrent sur Alicia pour ne plus la lâcher.

Dominée par les événements, Valériane voyait son Destin lui échapper. Elle n'espérait plus qu'une chose : que d'autres volontés plus fortes, plus déterminées réussissent à mettre fin à cette abomination.
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Mer 12 Mai 2010 - 1:08

La lune si ronde, essentiel source de lumière de ce ciel si sombre et nuageux et si blafarde soit-elle, laissait percevoir dans les ténèbres de la nuit deux files tels deux rubans de satin blancs et noirs qui avançaient harmonieusement jusqu'au parvis de l'église de la ville. Le silence qui y régnait ajoutait une certaine beauté mystérieuse à cette atmosphère si religieuse.
Ces deux rubans n'étaient autre que le clan des sorcières d'Olrun ainsi que celui du Lys Noir qui se réunissaient en cette nuit si prenante afin de consulter l'Oracle, connaître qui serait élu Gardienne...Alicia ou Europe? Car, pensait la jeune femme, si une Gardienne était choisit, cela ne pouvait être nul autre que l'une des deux femmes qui se vouaient tellement à leur clan.
Clarisse en son fort intérieur priait pour que la Leader des Lys Noir soit élue. Elle ne pouvait point supporter si le contraire se produisait...Qu'elle serait son sentiment alors de profonde tristesse, de total désarroi et d'une horrible injustice. Non Europe ne pouvait gagner, il ne le fallait pas pour le bien de tous. Enfin...c'est ce que pensait Clarisse.

La jeune aguerrie en début de la file, faisant partie de cet ensemble de corps noirs avançant avec la grâce d'un dragon, contemplait le ciel sombre de la nuit. La nuit...le moment qu'elle préférait...mélange de ténèbre, de mystère où règne le silence et où les assassins rendues comme fou par l'absence de lumière libèrent leurs terribles pulsions en assouvissant leur fantasme meurtrier.
Ses longs cheveux bouclés dépassant de sa capuche se mirent à virevolter devant son visage par une brise soudaine. La jeune femme dans un mouvement gracieux les remirent en place, coinçant quelques mèches derrières ses oreilles tout en continuant d'admirer le ciel si peu étoilé dont de nombreux nuages noirs venaient voiler la lune. Se mettant à humer l'air de cette douce et excitante nuit, elle entendit quelques ricanements briser cette ambiance si magique. Qui osait ce moquer d'elle et détruire ce moment si délicieux?!
Tournant la tête Clarisse apperçut deux sorcières d'Olrun qui la dévisageait. Elle sortie alors de la rangée noire pour s'arrêter à quelques mètres de ce duo de mégères qui en firent de même. Les membres de ces clans opposés en face l'une de l'autre échangeaient des regards manquant cruellement et mutuellement de chaleur et d'affection.

" Alors! Comme çà les membres du Lys Noir se prennent pour des chiens maintenant! Pas étonnant vu les chiennes que vous êtes ! "

C'était une petite brune aux yeux bleux comme transparents, ronde comme une boule de crystal nommé Jeanne. Sauf qu'une femme ronde pouvait avoir beaucoup de charme et de grace ce qui n'était pas le cas malheureusement pour cette dernière. Clarisse ricana à cette remarque comme par défi, souleva un sourcil, pris son air malin et répondit.

" Oh mais il ne suffit pas d'être une chienne pour lever la patte bien vite. Demande à ta soeur ce qu'elle fait quelques samedi et dimanche par moi avec le curé dérrière la paroisse après la messe? ou bien avec le laitier? ou bien Mr Dumortier notre cher marchand de tapisserie? "

Jeanne se rembrunit tout comme sa soeur qui baissait les yeux de honte puis lança un regard mauvais à sa soeur, se tourna de nouveau vers Clarisse mais la phrase avait été trop cruelle surtout en cette période où cette rumeur les avaient détruites. Aucun mot ne réussit à sortir de sa petit bouche toute ronde. La jeune aguerrie posa ses mains sur ses hanches, se redressa de nouveau, dos et tête droit, buste en avant, le menton relevé.

" Tu voulais dire quelque chose Jeanne? Ah ah Nan recommence je n'entends rien! Mais parlez plus fort ma chère je ne peut entendre!! Que dites vous? Il faudrait que vous revoyez votre vocabulaire ma grande! Il est tellement pauvre! "

Ce fut Carmen qui répondit :

" Et au fait comment va cette chère Madame Lesieur ? Oh pardon c'est vrai qu'elle ne peut être parmis nous, on l'a brûlé il y a plusieurs années! "

Cette réplique fut comme un coup de poignard dans le coeur de Clarisse. Ses poumons avaient du mal à reprendre leur souffle l'espace d'un instant puis elle reprit ses esprits comme si rien n'avait été dit. Dénier, cela était l'une des solutions quelle avait trouvé pour refouler les choses qui la blessait et pour pouvoir avancer. La jeune femme se mordit la langue puis sourit de nouveau à ses adversaires. Non, elle n'allait pas pleurer. Surtout devant elles.

" Et oui morte brûler! Comme quelqu'un de ta connaissance. Comme un homme qui a eu la bonne idée de se faire contaminer par la syphilis et n'a pas put se faire soigner à temps, ayant ainsi des propos incohérents et plus délirants les uns que les autres. Qui a finit par se faire traiter de sorcier et a finis...au bûcher.
Au fait comment vas votre frère? Vous lui passerez le bonjour de ma part. Ah oui pardon j'avais oublié. C'est de lui que je parlais... "

Les deux sorcières d'Olrun virèrent à l'écarlate. Carmen sanglotait pendant que sa soeur virait au rouge cramoisi. Elle commença à l'insulter mais bien évidement avant qu'elle ne prononce ne serait-ce la moindre petite syllabe Clarisse lui coupait déjà la parole gardant son sourire mesquin.

" Dis Jeanne tu as encore grossit où c'est une illusion d'optique? Tu ressembles étrangement à une boule de neige. Tu sais bien que ce n'est plus la période pourtant! On ne peut pas dire que la couleur blanche de votre habit vous gâtes! "

Puis elle rit d'un air crystalin pendant que les deux jeunes femmes l'insultaient et sanglotaient. Elle avait tapé là où çà faisait mal et en était extrêmement fière. Jeanne commençait à s'approcher d'elle pour la frapper quand deux de leurs camarades regardant de travers Clarisse qui gardait son sourire amusé vinrent demander aux deux soeurs de se tenir correctement et de se remettre dans la file.
Jeanne et Carmen obéirent en faisant un signe de mort à la jeune Lys Noir qui répondit par des gestes montrant un mouvement de roulement, mime de la marche de Jeanne, ce qui les firent rentrer dans une certaines ire. Clarisse leur lança un clin d'oeil et reparti en riant dans la file noire, slalomant entre ces camarades pour rejoindre le début du rang.

Enfin, toute les sorcières étaient réunit autour de l'Oracle et attendait sa réponse. Elle était tellement belle! Des chants s'élevèrent autour d'elle et la jeune aguerrie souriant euphoriquement à Alicia, Valériane et d'autres membres du Lys Noir se mit à chanter de sa plus belle voix. Elle se sentait tellement bien, légère comme une plume, comme si ses pieds allaient décoller du sol où une lumière bleutée accentuait l'aura magique qui dégageait de cet instant.
Quand l'Oracle changea brutalement de visage Clarisse ne comprit pas tout de suite ce qu'il se passait. Elle était comme anesthésié par ce bonheur intense éprouvé quelques secondes plus tôt. Ce fut des ricanements malsains aussi percutant que des hurlements qui la firent sortir de sa torpeur. Ses traits si sereins disparurent laissant place à des traits angoissés et désemparés face à une Oracle machiavélique qui riait étrangement.
Elle resta plantée là, bouchebée devant cette être magique qui les avaient trompé depuis le début. Clarisse ne vouait aucune confiance entière à quelqu'un, même pas à ses amis et à l'Oracle mais jamais ôh grand jamais elle n'aurait pensée que cette dernière n'était autre qu'un être démoniaque.
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Mer 12 Mai 2010 - 18:52

Toute la journée, elle a attendu ce moment. Maintenant qu'ils y sont, elle se sent plus calme. Tout se passera bien, un nouveau gardien sera élu, et la vie n'en sera que meilleure.

Nuit...

La lune brille en cette tiède soirée de mai, et Viviane, entourée de tous les autres membres de la tribu d'Olrun attend avec impatience le début de la cérémonie pour la désignation d'un nouveau gardien. Jusqu'à présent, l'Oracle a tenu toutes ses promesses, et Viviane a été conquise par la petite fille lors de son entretien, elle s'était sentie beaucoup plus en confiance après lui avoir parlé. Si l'ombre d'un doute subsiste dans son esprit, ce n'est pas de la méfiance vis-à-vis de l'Oracle, mais bien vis-à-vis du Lys Noir. Qui sait de quoi elles sont capables pour obtenir la nomination du gardien parmi les leurs ?

Confiance...


À l'heure où tous les sorciers et sorcières de la tribu d'Olrun sont réunis dans l'attente du début de la cérémonie, une atmosphère de confiance émane des uns et des autres. Tout va se passer pour le mieux, l'Oracle est là pour les aider, tous, autant qu'ils sont, et ce, malgré leurs différences. Dans sa robe de cérémonie blanche, Viviane se permet un franc sourire d'anticipation à l'idée de la suite de la soirée. Sans être au courant des détails du rituel, elle a hâte de voir ce qu'il va se passer, et surtout, qui va être nommé. Au fond d'elle, elle espère de tout coeur que ce sera l'un des membres de la tribu d'Olrun, histoire que l'orgueil démesuré d'Alicia en prenne un coup.

Rituel...


Dès les premières notes de la mélopée, Viviane se sent happée par une force bien plus puissante qu'elle. Dans un ensemble parfait qu'elles n'avaient plus connu depuis des années maintenant, les tribus chantent en choeur un récitatif puissant, dont les mots dans un langage ancien ne laissent pas de l'étonner. En parfaite harmonie avec elle-même et ses pairs, Viviane songe que c'est peut-être là le début de la fin de déboires de Forbach, et l'espoir grandit en elle.

Doutes et trahison...

Tout ne semble cependant pas se passer comme prévu. À l'intérieur d'elle, Viviane sent la tension monter. Le chant l'épuisait, elle sentait son énergie diminuer fortement, et la fatigue la gagner. La jeune femme ne sait pas combien de temps elle pourra tenir, mais elle ne parvient pas à stopper ce flux en elle. Les voix s'élèvent de plus en plus fort, et une lueur apparaît sur les pavés. L'Oracle sourit, d'un sourire qui donne froid dans le dos, et Viviane commence à paniquer. Lorsqu'un éclat de rire dément éclate de la bouche de celle en qui tout le monde avait confiance.

C'était un piège !


Une forme se dessine peu à peu dans au centre du cercle, et Viviane croit reconnaître des ailes, aux veinures brillantes. Bouleversée, elle se rend compte qu'une fois de plus, elle a accordé sa confiance à quelqu'un qui ne la méritait pas. Qu'allait-il se passer ? Quelle était cette chose ? Était-ce là la fin de tout ? Quel espoir allait-il leur rester s'ils survivaient une fois encore.

Des larmes s'échappèrent de ses yeux... Plus rien n'avait d'importance, plus rien ne comptait... Trahis, ils avaient encore été trahis...
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Jeu 13 Mai 2010 - 11:05

Elisabeth passa sa cape, touche finale à sa tenue de cérémonie. Elle s’était habillée en silence, Adrien lui avait bien dit quelques mots, essayant sans doute de la rassurer. Elle n’avait pas répondu, non pas qu’elle lui en veuille loin de là, mais elle ne pouvait pas. Elle sentait que si sa bouche se descellait alors ses craintes se déverseraient et cela – pensait-elle – les rendrait encore plus réelles.
Elle n’avait répondu à aucunes des invitations de l’Oracle, le récit que son mari lui avait fait de sa rencontre, lui avait fait prendre conscience qu’il lui serait impossible, inimaginable même, de ne rien tenter pour récupérer sa fille lorsqu’elles auraient été seules. Elle aurait aimé dire qu’il n’y avait que le fait de retrouver sa chère Alexandrine qui comptait ce soir, pourtant, une part d’elle souhaitait également que l’Oracle accomplisse bel et bien sa mission. Si un Gardien était effectivement nommé ce soir, alors peut-être les sorcières du Lys se rendraient compte de leur erreur…Car il ne faisait aucun doute que le Gardien serait d’Olrun, il ne pouvait en être autrement, puisqu’ils étaient la seule lignée légitime, quoiqu’en dise l’Oracle.

Elle posa sa main sur celle de son mari qui la fit sortir du Château. Avait-elle déjà eu aussi peur ? C’était fort peu probable, car cette fois c’était pour sa fille qu’elle tremblait et l’issue lui semblait tellement incertaine malgré toutes les certitudes qui avaient été donné à Adrien par l’Oracle.

Tout le chemin se fit en silence, Adrien était-il aussi inquiet qu’elle, elle se dit que non, il avait confiance, lui semblait-il… A moins que ce ne soit qu’une façade pour ne pas l’inquiéter plus. Cela aurait fort possible, depuis l’arrivée de Lorenzo, avec lequel la discussion avait été houleuse, il avait été plus présent à ses cotés. Aussi lui avait-elle confié pourquoi, elle s’était souvent absentée du Château ses dernier temps. Non, pas pour fuir, mais pour faire des recherches, au monastère non loin de Forbach où l’Abbé était un ami, puis dans la bibliothèque des ecclésiastiques de l’Eglise Zetting, tout cela avec la permission des autorités religieuses naturellement. Mais elle était tout de même restée discrète, ses recherches portant sur l’Oracle ou sur tout histoire ayant une similitude avec ce qui passait ici.
Elle avait également regardé dans les livres interdits, prenant des précautions immense, bien qu’il subsiste toujours des risques, mais cela lui était bien égale de finir sur le buchée du moment qu’Alexandrine revenait. Mais elle n’avait rien trouvé de semblable et a cet instant, elle se sentait si impuissante !

Ses pas, ainsi que ceux de ses sœurs, résonnaient à présent dans les rues de Forbach. Elle n’avait salué personne, gardant obstinément sa capuche sur ses yeux, elle ne distinguait que la cape de la personne qui marchait devant elle : Adrien.
Elle savait Marina présente, elle lui avait demandé de venir et son apprentie avait accepté. Perdue dans le fil de ses pensées, elle se dit qu’au final, elle aurait du écouté son mari, après tout elle avait tellement nié la légitimé de certaines sorcières à suivre un chemin différent, que cela les avait conduit jusqu’à cette situation. Peut-être aurait-il fallu laisser le Lys tranquille et accepter son existence ? De toute façon, tout était trop tard maintenant.
La colonne de Sorciers et Sorcières d’Olrun s’engagea sur la Parvis, tout comme celle du Lys. Ne voulant surtout croiser aucun regard, elle laissait toujours son capuchon sous ses yeux, fixant le sol. Les autres se sentaient-elles aussi coupables qu’elle d’avoir laissé la situation aller jusque là ? Allait-il falloir le sacrifice d’une enfant – de son enfant – pour que cela cesse ? NON ! C’était hors de question qu’elle perde Alexandrine, quoiqu’il arrive, elle se battrait, quitte à mourir avec, non, pour sa fille !

Malgré tout, l’assemblée des sorcières présentes étaient puissantes et au moins pour ce soir, elles seraient toutes du même côté si cela se passait mal… Du moins c’était ce qu’espérait Elisabeth.

Après quelques paroles de l’Oracle – quelle douleur de reconnaître la voix de fille sans en percevoir la présence – elle se mt en place, prenant la main d’Adrien et d’une sorcière du Lys puisqu’elle portait un vêtement noir. Et les chants commencèrent à s’élever.

Les yeux obstinément braqués sur le sol, Elisabeth refusait de regarder ce qui se passait, elle ne voulait pas Alexandrine, enfin l’Oracle. Et si le rituel était douloureux ?
L’incantation demandait beaucoup d’énergie, elle comprenait pourquoi, toutes les sorcières, aussi bien celle du Lys que d’Olrun avaient été conviée… malgré tout, elle n’arrêta pas, elle n’arrêterait pas avant d’avoir récupéré sa fille ! Lorsque les pavés scintillèrent, elle espéra pour que la fin de ce cauchemar approche… mais la main d’Adrien se resserra dans la sienne et elle su que quelque chose n’allait pas…
*Alexandrine ? Alexandrine…*Ses yeux se relevèrent alors découvrant avec effroi la chose qui était sur le point d'apparaître...
"ALEXANDRINE !"

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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 16 Mai 2010 - 14:57

Ce nuit allait être tranquille, tranquille comme toutes celles qui l’avaient précédées avant. Encore une fois, une journée était passée sans aucune preuve de la trahison de l’Oracle. Il savait que ce jour viendrait mais il commençait doucement à être impatient, il fallait que cela se règle rapidement, on ne pouvait plus attendre indéfiniment. Il avait cessé de surveiller l’Oracle pour que celle-ci se sente plus en sécurité, et non plus menacée par le Comte de Nicosie, pour qu’elle puisse enfin se penser libre d’actions. Bien entendu ce sentiment pouvait mettre du temps à venir, mais si elle était bien ce qu’il pensait qu’elle était, sa confiance aurait du revenir bien vite et devrait déjà être entrain de fomenter quelque plan machiavélique pour enfin parvenir à ses fins. S’était-il trompé ? Non, définitivement non, ce n’était pas envisageable, impensable, intolérable. Les preuves dont il avait besoin finirait bien par arriver, il lui fallait juste être patient, encore un peu plus. L’Oracle finirait bien par se trahir et il serait aux premières loges pour le démontrer à la population de Forbach toute entière. Oui enfin ils comprendraient tous qu’ils avaient tort et que la seule personne encore dans le vrai, la seule qui n’avait jamais cru à l’attitude mécène de l’Oracle c’était lui, et personne d’autre. Cela finirait dans une apothéose triomphante, et il assoirait d’autant plus son autorité sur Forbach, s’installant en véritable sauveur. En aucun cas il ne permettrait à une créature, aussi démoniaque soit-elle, de se mettre en travers de ses plans.

Dans ses appartements, Lorenzo Maestriani était parti se coucher remettant à plus tard l’opportunité de prendre à défaut l’Oracle. Après tout la nuit porte conseil n’est-ce pas ? Mais dans ce cas présent, elle fit bien plus que cela. On frappa violemment à la porte des appartements du Comte. Il se réveilla rapidement. Ce n’était pas le genre de la maison de venir le réveiller en pleine nuit sauf pour une information de taille. Prenant à peine le temps de mettre quelque chose sur son corps nu, il jubilait déjà intérieurement, était-ce possible qu’il s’agissait d’un mouvement de l’Oracle ? Si seulement… Il ouvrit la porte à un garde qui semblait vraisemblablement soulagé de le voir réveillé :


« - La source Delta vient de nous faire savoir que l’intégralité des Inquisiteurs a fait mouvement vers la forêt. Visiblement suite à une action de l’Oracle. »

Le sang de Lorenzo ne fit qu’un tour. Il remercia le garde et lui ordonna d’aller chercher quelques membres de sa garde personnelle. L’homme s’exécuta et c’est presque euphorique que le Comte s’habilla prestement de sa tenue de cuir noir si pratique lorsqu’il lui fallait agir comme un homme de terrain. Il agrippa le baudrier qui portait le fourreau de son épée et un pistolet. L’heure était à la trahison alors, et il allait le démontrer, mais quelque chose clochait. Pourquoi envoyer tous les Inquisiteurs dans la forêt ? Quelle raison à part une diversion ? Mais si c’était le cas, alors la forêt n’était pas le lieu où il fallait être… Il sortit en bombe de sa chambre avant de rejoindre à la sortie du Château les quelques gardes qu’il avait fait demander. Ils faisaient partie de son élite, des hommes consciencieux, efficaces et surtout discrets. Ils partirent en direction de la ville, car si la forêt était maintenant peuplée de tous les Inquisiteurs, la ville était sans défense, sans défense contre l’Oracle.

Il descendit les ruelles en silence, profitant au maximum des ombres procurées par la nuit. Il cherchait définitivement où aurait pu se terrer l’Oracle, où aurait-elle pu accomplir son sinistre plan. Ses hommes le suivaient comme son ombre. Pas un bruit, pas une parole échangée. Quelques dizaines de minutes plus tard, de légers bruits se firent entendre dans les ruelles. Lorenzo se détourna de son chemin et tenta d’approcher un point d’observation pour pouvoir embrasser une bonne partie de la ville de son regard. Quelle ne fut pas sa surprise en observant deux colonnes de personnes converger vers l’Eglise de Zetting. Mais son sourire ne s’élargit alors que lorsqu’il aperçut l’Oracle et son poulain blanc au centre de la place. Elle préparait enfin son coup. Enfin il avait l’occasion d’agir. Mais il lui fallait encore être sûr. C’est pourquoi il se rapprocha en silence, guettant la moindre des informations qui pouvait surgir. Et elle arriva bien vite lorsque des litanies parvinrent à ses oreilles. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour comprendre que l’Oracle avait regroupé les Sorcières ici sur le Parvis pour un sombre rituel, et quoi de mieux pour être tranquille que d’envoyer les Inquisiteurs en promenade ? Il avisa un de ses hommes d’un geste et lui murmura à l’oreille :


« - Dirige toi vers la forêt, retrouve les Inquisiteurs. Dis leur que l’Oracle les a trompé, les a abusé. L’hérésie a lieu en place du Parvis de l’Eglise, dit leur que c’est là-bas que sont regroupées les Sorcières. Il faut qu’ils reviennent rapidement. Fait vite. »

L’homme s’exécuta après un hochement de tête, il courut aussi vite que la discrétion ne le lui permit et s’enfonça dans les ombres. Lorenzo jubilait intérieurement mais devait maintenant patienter. Le peu d’hommes dont il disposait à présent ne lui suffirait pas pour enrayer la menace qui se profilait à l’horizon. Mais comment les Sorcières pouvaient-elles participer à cela ? Avaient-elles été dupées elles aussi ? Probable… La duplicité de l’Oracle ne connaissait aucune limite et peut-être avait-elle trompé tous les camps. Après plusieurs minutes qui semblaient être des heures, les premiers Inquisiteurs arrivèrent derrière le messager. Garin, le Second en chef, semblait être de la partie lui aussi, mais il n’avait pas le temps d’attendre. Il éleva la voix suffisamment fort pour se faire entendre, mais d’aussi loin et avec les litanies des sorcières, il ne risquait pas de se découvrir.

« - Messieurs, soyez témoin de la trahison de l’Oracle, contemplez sa perfidie dévoilée. Cette créature sert le démon et tente de l’invoquer au sein de notre ville. Il est encore temps de la sauver, mais il faut purger l’engeance démoniaque rapidement. Votre objectif premier est l’Oracle. Mettez en déroute les Sorcières mais ne vous concentrez que sur le véritable objectif. »

Il dégaina sa lame, se tourna vers le parvis, sa lame tournée vers les étoiles.

« - Pour Forbach et pour le Seigneur ! CHAAAARGGEEEEEEZZZZZZZ ! »

Son épée fendit l’air et il partit au pas de course en avant. La foule d’Inquisiteurs qui l’avait rejoint il y a peu s’élançant comme une marée de métal furieux vers le parvis, hurlant et beuglant, criant vengeance et mort envers ceux qui osaient servir Satan devant un tel lieu sacré. Lorenzo ne perdait pas son objectif de vue : l’Oracle. Elle trépasserait coûte que coûte, il en faisait intérieurement le serment.
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 16 Mai 2010 - 16:56

Le grand jour était finalement arrivé, celui où tout semblait enfin pouvoir finir. Annoncé comme un jour grandiose, une journée décisive pour les Sorcières, menées par l'Oracle elle-même, serviteur du Bien. Enfin au moins tout cela y ressemblait fortement. Depuis la discussion qu'il avait eu avec le Comte, Adrien ne savait vraiment plus quoi penser de l'Oracle. Était-elle vraiment ce qu'elle suggérait être ? Ne les abusait-elle pas ? Il était difficile de penser de manière objective alors que l'entité possédait le corps de sa fille et il savait qu'au fond il s'accrochait à l'idée que l'Oracle avait dit la vérité pour être sûr qu'Alexandrine ne risquait rien, mais ne s'accrochait-il pas là à de vains espoirs ? Et si finalement c'était Lorenzo qui avait raison ? Réussirait-il à sauver sa fille même au détriment de la propre vie d'Adrien ? Ces pensées lui avaient couté quelques heures de sommeil mais il était habitué et depuis le temps, il avait pu largement se reposer loin des affres prenants de l'administration du Comté. Sa femme lui avait expliqué que, malgré les informations de l'Oracle concernant l'impossibilité de récupérer le corps d'Alexandrine avant l'heure, elle avait fait des recherches en prenant parfois de gros risques sans pour autant trouver quoique ce soit.

De son côté, Adrien ne lui avait pas parlé de sa dernière rencontre avec le Comte. Il ne souhaitait pas lui parler du fait qu'il allait surement se sacrifier pour Alexandrine. Il savait qu'elle ne comprendrait pas, ou plutôt qu'elle ne voudrait pas, même si elle l'aurait fait également. Elle tenait surement autant à lui qu'à leur fille ce qui aurait rendu les choses plus difficiles encore qu'elles ne l'étaient déjà. C'était la première fois qu'il allait lui cacher quelque chose, définitivement bien entendu. Il lui avait bien entendu déjà fait des cachotteries, comme notamment lorsqu'il était Sorcier et qu'elle ne l'était pas encore, mais cela n'avait jamais duré très longtemps, quelques années tout au plus. Ce secret là serait emporté dans la tombe avec Adrien, du moins jusqu'à ce qu'il meure. Le Comte expliquerait peut-être à Elisabeth quel était le sacrifice consenti par son mari. Peut-être vaudrait-il mieux qu'elle ne sache rien... Adrien ne savait pas vraiment, mais si tel était le cas, il parlerait à Lorenzo pour que leur décision commune reste secrète quoi qu'il puisse arriver.

Il s'était habillé en silence, ne prononçant que quelques mots pour tenter de rassurer Elisabeth qui visiblement n'était pas très confiante. Cela n'avait visiblement pas eu vraiment d'effet, et il s'emmura dans un silence une fois qu'ils commencèrent à sortir du château. Les sorcières d'Olrun s'étaient regroupées derrière Europe. Il n'avait toujours pas reparlé à la jeune femme depuis leur dernière discussion. Il doutait de pouvoir lui parler un jour, car celui-ci pouvait bien être le dernier. Tous et toutes descendirent les ruelles désertes en silence, seuls les bruits de quelques pas assez lourds résonnants sur le pavé se faisaient entendre ici et là. Ils arrivèrent alors finalement sur le Parvis de l'Église de Zetting, où l'Oracle les avait menés, autant les Sorcières d'Olrun que du Lys. Tous et toutes étaient réunis ici en un seul et même endroit pour un seul but : l'élection d'un nouveau Gardien. Avec tous ces doutes, Adrien ne s'était même pas posé la question de savoir qui allait être choisi si l'Oracle était vraiment là pour cela. A vrai dire cela ne le concernait pas, il savait que cela ne serait pas lui et pour le reste, malheureusement, cela ne changerait rien à court terme.

Vint ensuite le moment tant attendu. Celui où les sorcières allaient se joindre à l'Oracle pour entamer le rituel. Tous et toutes commencèrent à chanter. Elisabeth avait prit sa main et il avait prit celle d'une sorcière à côté de lui, mais il ne chantait pas. Regardant sa fille sur le Parvis, Adrien ne voulait pas contribuer à l'œuvre d'une force démoniaque tant qu'il n'aurait pas la preuve qu'il œuvrait véritablement pour l'élection d'un nouveau Gardien. Et grand bien lui en fit. Lorsque la véritable nature de l'Oracle commença à transparaitre, il était déjà trop tard. Il comprit alors que la seule personne qui avait eu raison était Lorenzo et qu'ils avaient tous participé à l'avènement de quelque chose de bien trop sombre et chaotique pour qu'on puisse même n'imaginer qu'une seule parcelle de ce que cela pouvait être. Il serra légèrement la main de sa femme, qui elle semblait commencer à être en proie à la panique.

Soudain, derrière eux, les cris violents et haineux de plusieurs dizaines d'hommes se fit entendre. Adrien se retourna et vit la marée d'hommes menée par Lorenzo charger. Visiblement, ce dernier s'était tenu à l'affut du moindre signe de trahison et grand bien lui en fit aussi. Il devait surement mener les Inquisiteurs à la charge contre l'Oracle, mais il y avait de grandes chances pour que les Sorcières ne soient pas épargnées. Sachant pertinemment ce qu'il aurait à faire plus tard, il serra davantage la main de sa femme et l'entraina à travers la foule encore béate du spectacle pour éviter de se retrouver sous la menace Inquisitoriale. Sa femme devait en réchapper et cela passait par le secret concernant son appartenance au clan des Sorcières, il en valait de même pour Adrien de toute façon. S'extirpant de la foule qui paniquait déjà à l'arrivée des Inquisiteurs, il s'engouffra avec sa femme dans une ruelle sombre et étroite tout en tentant de la rassurer sur le sort d'Alexandrine.
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 16 Mai 2010 - 20:47

Le démon aux élytres de nuit grandissait. Toute sa grandeur scintillait d’éclats virides. Les ailes décharnées se déployaient dans un grondement sonore. Au sommet de ce monticule ténébreux en formation, une tête bestiale et sévère se distinguait des volutes brunes. Bientôt son Maître pourrait la récompenser de tant d’efforts. Peut-être même l’autoriserait-elle à avaler quelques corps non trop noircis de son venin sulfureux. Elle espérait une chose pardessus tout, qu’il lui offre un corps plus proche de sa nature que cette pauvre enfant. L’Oracle s’imaginait déjà dans une enveloppe à la hauteur de sa puissance, piétinant le corps livide d’Alexandrine. Elle en rit bruyamment.

Les sorcières penchées sur leurs prières d’invocation ne l’entendaient ni ne la voyaient. Seules celles des premiers rangs avaient relevé la tête. L’Oracle les regardait avec délectation s’en pourléchant d’avance. Elles étaient pétrifiées, incapable du moindre mouvement ou du moindre mot. Bientôt, le Monde sombrerait !

Progressivement les yeux du Maître s’ouvraient, dispensant petit à petit une lueur infernale. L’Oracle était à plus d’un mètre du sol et tournait lentement autour de la silhouette méphistophélique, continuant à scander ses paroles d’invocation. Soudain, des cris terrifiants se firent entendre au loin et une masse d’ombres chargea droit sur la foule.

Les sorcières paniquées par la clameur belliqueuse des inquisiteurs en furie fuirent en hurlant avec l’espoir fou de s’échapper. Le cercle d’incantation se brisa. L’Ombre ailée s’effondra brutalement avec le bruit du tonnerre, dans un déluge de poussière noire et de braises malachites. L’Oracle à son tour tomba de haut. Elle s’écrasa sur le sol avec violence et un hurlement terrible et inhumain s’échappa de sa bouche d’enfant ensanglantée. Son cri résonna face à l’Église inquisitrice. Ce ne pouvait être !!! Tout avait été calculé pour fonctionner.

Les autres habitants devaient se faire emprisonner dans le champ de muguet et les inquisiteurs devaient aller les massacrer en pensant qu’il s’agissait des sorcières ! Pourquoi étaient-ils ici à présent ? Elle observa la première ligne de charge et reconnut son ennemi juré : Lorenzo Maestriani. C’était lui qui était à la base de ce capotage sans nom ! Elle aurait du faire bien plus que juste ne pas lui envoyer de lettre. Elle aurait du le tuer quand elle en avait l’occasion !

Elle se releva comme si sa chute n’avait été qu’un trébuchement. Elle ne sentait pas la douleur de son hôte et s’en fichait pas mal. Elle serrait poings et dents face aux inquisiteurs et défiant le grand Lorenzo du regard. Puis elle se raisonna : ils étaient trop nombreux, elle ne pouvait rester ici. Tout autour d’elle les sorcières mijaurées hurlaient à la mort en courant en tous sens. Les chasseurs arrivaient en masse couteaux à la main. C’était d’un grotesque… Était-ce donc cela la fin de l’Oracle et de son Maître ? Cette scène confuse et ridicule, la Fin des Ombres ?

L’Oracle ne pouvait s’y résoudre ! Elle fit volteface en une fraction de seconde et s’élança dans la foule, passant entre les robes noires et blanches, parfois glissant entre les jambes de ces sorciers ahuris. La petite fille fuyait presque invisible. Elle se faisait bousculer et évitait le piétinement de justesse. Elle tant adulée et protégée quelques heures encore auparavant, elle se retrouvait fuyarde hirsute en cet instant. Elle sauta sur son poulain blanc et mit deux doigts à la bouche pour appeler ses gardes du corps à la rescousse. Ainsi l’Oracle dans sa blanche robe maculée et déchirée galopait à toute vitesse en direction de la Forêt suivie de ses deux gardes montés sur leurs sombres étalons.


[Un topic décrivant la poursuite de l’Oracle va être ouvert d’ici peu, les inquisiteurs souhaitant y participer auront un tour de jeu. Merci de préciser dans votre QG si vous désirez être de la partie ou non]
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 16 Mai 2010 - 20:51

Elle revoyait passer dans son esprit tous les sourires de l’Oracle. Elle se rappelait ses mots de réconfort, sa sollicitude, sa gentillesse. Elle revoyait ses révérences polies. Elle réentendait ses paroles de respect, ses regards complices. Et à chaque son, à chaque image qui survenait, elle sentait une longue et glaciale coulée ramper dans sa poitrine jusqu’à son estomac qu’elle nouait cruellement. Comment avait-elle fait pour ne pas le voir ? Un indice primordiale aurait du l’aiguiller depuis le commencement. Dans chaque sourire, mot, gentillesse, révérence, regard, il manquait une chose essentielle que tous avaient occultée : l’humanité. Ils avaient été trompés comme jamais aucun être n’avait été trompé. Eux, puissant sorciers, n’avaient même pas été capable de reconnaître une créature démoniaque sous leurs yeux pollués de cet espoir fou d’une rédemption, d’un pardon, d’une renaissance lumineuse.

Oh Seigneurs… L’Oracle avait manipulé l’espoir le plus grave et le plus présent de Forbach. L’Oracle avait perverti la dernière raison de vivre des habitants. C’est l’Espoir qui les avait conduits ici avant l’Oracle. L’Espoir était donc la plus dangereuse arme contre l’Humanité ? Alicia souffrait tant en cette heure. Ses valeurs, son univers, s’effondraient peu à peu en cette soirée terrible. La coulée glacée empreint son cœur et Alicia ne put retenir une plainte douloureuse. Les yeux sur l’Oracle, deux lourdes larmes s’envolèrent soufflées par l’haleine froide du Mal en fusion.

Puis arrivèrent à ses oreilles les cris hargneux des inquisiteurs et ceux, terribles, de ses sœurs horrifiées. Comment était-ce possible ? Tant de haine, de douleur, de Mal, concentrés en une seule et même nuit… Alicia se sentait submergée. Que faire ?

N’était-ce pas l’heure de tout arrêter ? N’était-il pas temps d’abandonner. Elle était soudainement si fatiguée… Les sorcières avaient perduré des millénaires en ces lieux. Peut-être les siècles du Christ étaient-ils venus. Peut-être leur lutte acharnée contre l’inquisition ne servait-elle qu’à prolonger un sursis dérisoire. Peut-être devraient-elles toutes s’offrir aux flammes pour rejoindre leurs Dieux dans un monde meilleur. Pourquoi s’attacher à cette terre infernale ? Quoi qu’il puisse les attendre au-delà, ce ne pouvait qu’être meilleur. Il était temps de lâcher prise et de se faire prendre… Alicia inspira difficilement cet air saturé, teinté d’un nouvel Espoir, celui d’un plus bel ailleurs hors du monde…

La masse ténébreuse éclata en un grondement terrible à côté d’Alicia qui en fut jetée au sol. Le temps des hommes n’était donc pas révolu… Les inquisiteurs se ruaient vers les sorcières. Un mal disparaissait mais un autre - peut-être plus grand encore - continuait donc à charger. Alicia se remit debout et vit soudain des yeux terrifiés posés sur elle. Des sorcières du Lys et même quelques unes d’Olrun. La Meneuse eut un pincement au cœur. Ces femmes et ces hommes qui risquaient gros chaque jour pour conserver une religion persécutée, ces humains courageux comptaient sur elle. Elle n’en avait jamais eu autant conscience comme les sorcières n’avaient jamais été autant en péril.

Alicia souffla lentement en se concentrant pour reprendre ses esprits. Non, elle ne pouvait laisser faire tout ça. Elle devait jouer son rôle jusqu’au bout. Elle était humaine avant d’être sorcière. Si les Hommes ne mourraient pas en cette nuit, alors les sorcières non plus ne devaient faiblir ! L’ère des Sorcières n’était pas finie ! Alicia replaça correctement ses cheveux puis remit sa capuche en hochant la tête pour signifier à ses sœurs de l’imiter. La nuit les couvrait, mais à l’approche les inquisiteurs pourraient bientôt reconnaître certains visages s’ils n’étaient pas dissimulés. Elle fit signe à ses sœurs en hurlant :
« Derrière moi, tout le monde derrière moi ! VITE ! ». Elle s’avança droit vers la ligne des inquisiteurs. Elle sentit une présence à ses côtés et n’eut pas besoin de tourner la tête pour savoir qu’il s’agissait d’Europe.

Elles n’étaient séparées des inquisiteurs que de quelques mètres à présent. Droite et fière Alicia leva la main droit vers le ciel. C’était le geste que faisaient les Aguerries à leurs Apprenties pour leur apprendre à lancer un sort de Tempestaire au commencement de leur initiation. Elle signifiait ainsi à toutes les sorcières de déclencher un orage par leurs restants de forces conjuguées. Elles seraient ainsi plus invisibles et plus difficilement attrapables, mais Alicia comptait surtout sur un effet de surprise et d’effroi sur les inquisiteurs. Elle-même regarda Europe un bref instant et s’accorda avec elle :
« Nebula caligare ». Europe l’avait pensé au même moment, elle le sentait.

Les deux sorcières s’arrêtèrent. Les inquisiteurs les embrocheraient d’ici peu. Alicia plaça ses mains devant elle vers le ciel et respira profondément. Sa tête se pencha légèrement et ses yeux dans l’ombre épaisse de son capuchon se brouillèrent d’un teint laiteux. Sa main gauche se retourna paume vers le sol et elle la tendit droit vers les inquisiteurs. Alors qu’on entendait déjà le grondement céleste et ses larmes de fureur lancés par les sorcières de l’arrière, un hurlement funeste résonna de toutes parts de la ville. Les rues s’emplirent d’un vent transportant une brume incroyablement épaisse, telle le déferlement d’une vague écumante. Le vent ralentit légèrement les inquisiteurs et bientôt plus rien ne fut visible dans le brouillard fumant.

Et ainsi, la brume qui avait quitté Forbach depuis l’arrivée de l’Oracle reprenait plus que jamais sa place alors que la Parole de Dieu fuyait la ville damnée.


[Prochaine réponse: Europe, ensuite ordre libre]

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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 16 Mai 2010 - 23:28

Dans un déferlement noir et fuligineux, Europe se sentait basculer de l’autre côté, les yeux rivés sur l’amas tourbillonnant de pouvoir qui prenait corps sur le Parvis de l’Eglise. Il se dégageait une telle force, une telle aura maléfique de cette nébuleuse entité, que tout sentiment autre que le désespoir et la peur avait déserté les centaines de visages environnants. Silhouettes blanches et noires se fondaient en un tout terrifié; tout n’était plus qu’une question de secondes, la Grande Prêtresse d’Olrun le sentait. Mais le plus angoissant, le plus terrible, c’est que même dans la mort il n’y aurait pas de repos, car la créature qui se dressait devant les Sorcières en cet instant venait directement des abysses, était au-delà de la vie et de la non-existence.

Mais alors se produisit quelque chose que l’Oracle n’avait visiblement pas pris en ligne de compte. Une clameur haineuse, virile, sonore, résonna soudain sur l’esplanade et emplit l’obscurité d’une autre menace, peut-être encore plus imminente que la créature d’Ombre qui grandissait en lévitation devant l’Eglise. Europe se retourna, les cheveux fouettés de vents contraires; l’armée inquisitoriale, brandissant des armes diverses, chargeait droit sur les Sorcières avec à sa tête un Lorenzo Maestriani apparemment plus que jamais décidé à en découdre. Cette cavalcade soudaine eut l’effet bienheureux de briser net la litanie des Sorcières, interrompant le processus par lequel l’Ombre prenait corps et faisant choir au sol l’Oracle envenimée de fureur. Europe détourna le regard, ne s’occupant plus de ce petit morpion qui les avaient toutes trahies à grand renfort de paroles bienheureuses, de sourires hypocrites et de grandes énigmes sur le sens de la vie. Sa vision périphérique capta la silhouette revêtue de noir de la Meneuse qui s’avançait vers les Inquisiteurs, dernier rempart contre la folie de ces hommes qui voyaient eux aussi, leurs cauchemars prendre corps.

La Grande Prêtresse mourrait de peur et n’avait qu’une envie: fuir le plus vite possible. Mais elle était la dirigeante d’Olrun et ne pouvait s’y résoudre. L’angoisse lui tordant les entrailles, les mains moites et les jambes flageolantes, elle s’obligea à avancer et emboîta bientôt le pas déterminé d’Alicia, contractant les mâchoires pour se donner du courage. Les Sorcières tomberaient peut-être ce soir. Mais elle ne mourrait pas avant d’avoir tout fait pour empêcher ça. A cette seconde précise, la rivalité entre Lys Noir et tribu d’Olrun n’avait plus cours, elle n’était au contraire qu’une poussière insignifiante. Seul comptait le devoir de se protéger contre cette horde d’assassins affamés.
Levant haut la main droite, défiant le vent et les ténèbres, Europe croisa le regard étincelant de la Meneuse et s’écria dans le vacarme ambiant:


"Nebula Caligare!"

Un sortilège compendieux mais qui, couplé à la force de toutes les Sorcières présentes, emplit bientôt la ville entière de bancs de brouillard épais apportés par un vent déferlant. La ouate formait des fumerolles denses et spumeuses qui à elles seules, Europe l’espérait, suffiraient à les dissimuler. Sitôt le sort lancé, la Grande Prêtresse d’Olrun rabattit vivement son capuchon sur sa tête et prit ses jambes à son cou, s’élançant dans l’autre sens pour échapper à la marée dévastatrice des Inquisiteurs. Elle voulut tenter de s’arrêter pour lancer des ordres, donner des directives, tenter de protéger le siens; mais un capharnaüm indescriptible régnait et la moindre tentative s’avérait vaine d’office. Dans un tel chaos ambiant, alors qu’une myriade de silhouettes blanches et noires défilaient devant ses yeux et la heurtaient de toutes parts, même ne pas tomber ou se faire attraper relevait du miracle…


[Suivant = Faites entrer la sorcière!]

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...


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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Dim 23 Mai 2010 - 17:08

C’était un miracle que d’avoir réussi à ramener à la normale la bande d’inquisiteurs déchaînée, l’intervention des autres inquisiteurs restés loyaux avait été déterminante. Mais il n’y avait pas le temps de féliciter ceux qui avaient ramené le calme, pas le temps de gronder ceux qui avaient massacrés, pas le temps de compter les morts. Il y avait paraissait il un ou deux morts parmi les inquisiteurs. Sébastien Garin écouta qui, et s’en désintéressa aussitôt : ils étaient plus violents qu’utile.

Il avait fait en quatrième vitesse le tour de ses troupes, et hurlé la charge vers le Parvis de l’Eglise de Zetting. Sébastien Garin était désormais fermement décidé à être un chef, à acquérir l’autorité nécessaire et il commenerait dès maintenant. Sa faiblesse avait déclenché un massacre, il ne permettrait plus jamais des morts pour manque d’autorité. Il gueula sur ses troupes, rajouta quelques gros mots dans son vocabulaire, corrigea les trajectoires tout au long du trajet. Il interdit aux inquisiteurs de courir trop vite devant lui. Il maîtrisait tout désormais et entendait bien le faire comprendre. Plus d’insoumission ne serait permise, et ce dès maintenant et à vie.

En l’absence de Louis et après ce dérapage monstrueux, Sébastien Garin ne se contentera plus jamais d’être le Second. Il devait être le Chef à présent, pour que plus jamais il n’y ait de traumatisme et de morts inutiles. Commander, c’était protéger.

Les Inquisiteurs arrivèrent à peu près en rang à l’orée du village, et visiblement Lorenzo Maestriani les avait attendus, habillé de noir. Sébastien Garin espérait pouvoir prendre les sorcières par surprise, leur fondre dessus alors qu’elles ne s’y attendaient pas. C’était la meilleure chance de capturer le plus de sorcières possibles.

Lorenzo Maestriani ne tint pas en place, et sonna la charge à sa place. Bien sûr les chiens de guerres accélérèrent le pas

ENCORE ! Pas le droit…

L’effet de surprise était à terre, fichu, fini. Il ne restait plus qu’à faire exactement la même chose que dans la Clairière aux Muguets : Frapper, tuer, massacrer. Et ne plus retenir son arme. Sébastien Garin avait les larmes aux yeux. Tout en ce jour lui échappait et les pires atrocités devenaient inévitables à cause de son manque de charisme. Les Inquisiteurs courraient plus rapidement que lui, ils la dépassaient. Lorsque Sébastien Garin fut en vue du Parvis…

Il revit le démon de la Clairière. Pas que la tête. Tout le corps, y compris les ailes huileuses et écailleuses. Cette fois, le Second n’eut pas peur. Il affronterait tout l’enfer s’il le faudrait, le Seigneur lui permettrait de vaincre cette engeance. S’il s’agissait des Sorcières, le Seigneur était forcément de son côté. D’ailleurs l’engeance satanique s’écroulait sur elle-même, happé par l’Enfer enflammé. Si en invoquant le Démon, les Sorcières espéraient une protection, désormais, le slogan était simple.

Mort aux paiennes.

« MORT AUX PAIENNES ! » hurla le Second.

Sébastien Garin sortit enfin de son fourreau le couteau de service. Il avait la ferme intention de s’en servir. Avant longtemps, il serait rouge, mais du bon sang. Il atteindrait la violence du Gourdin s’il le fallait.

Le Second devait absolument tuer une sorcière aujourd’hui, devant tous ses hommes, son autorité serait établie. Et à vrai dire, il en avait besoin, tout simplement. Besoin de sang pour laver toutes ses humiliations, besoin de haine pour brûler ses frustrations, besoin de colère pour faire partir le Mal.

Sarah Geisler voulut tout d’un coup se venger de cette vie horrible à laquelle elle s’était condamnée, c’était l’occasion unique de se défouler sans remords, de trouver un sens à sa vie et de la rendre plus productive. Puisqu’elle était inquisiteur par la force des évènements, elle serait un inquisiteur. Elle avait mis longtemps avant de céder à la soif de Sang, mais avait fini par y céder. Elle comprenait à présent certains comportements des hommes comme le Gourdin.

Le Sang, c’est du Vin, aussi tentant, entêtant, totalement transcendant. Le Sang déshinibe, le Sang enivre, le Sang, on n’y résiste pas bien longtemps.

Lorenzo Maestriani dit de se concentrer sur l’Oracle. Sébastien Garin donna un ordre contradictoire, on verrait bien qui de Lorenzo ou lui serait obéi.

« SEUL LE SANG DES SORCIERES COMPTE ! LAISSEZ L’ORACLE ! »

Quelques inquisiteurs défièrent son ordre et suivirent Lorenzo à la poursuite de l’Oracle. Ils seraient punis le moment venu, et la punition sera à la hauteur.

Les Sorcières invoquèrent le brouillard pour les protéger… Sur deux mots lourds de sens, les éléments s’allièrent au Filles de Satan et créèrent un brouillard digne de l’Hadès.

Non…NON !

Il fallait bien plus que du brouillard pour empêcher les Hommes de Dieu de tuer les Femmes du Diable, mais dès que Sébastien Garin pénétra dans le brouillard, il s’aperçut que c’était impossible d’attraper les Sorcières dans ces conditions : elles s’étaient dispersées avec la vitesse d’un vent de panique, et on ne pouvait plus espérer pouvoir faire un gros coup de filet.

Un homme de main hilare faillit bousculer le Second. Entre ses bras, une fille qui criait de terreur. Sébastien Garin ne s’intéressa absolument pas au sort de la fille et se précipita dans la direction opposée. Peut être restait il des Sorcières dans ce coin ?

Dans cette course à la mort, Sébastien Garin avait un avantage formidable : les pantalons étaient bien plus adaptés que les lourdes robes. Sarah Geisler se demanda si finalement être un homme ne valait pas le coup rien que pour cela. Elle vit dans la brume une femme encapuchonnée qui se traînait empêtrée dans ses robes. Oui, c’était mieux sans robe.

Sébastien Garin bondit littéralement, arrachant la sorcière de terre et la faisant tomber dans une ruelle glauque. La dague fermement en main, il la retourna et put voir son visage. Il leva son couteau bien haut pour frapper bien fort…

Et s’arrêta dans son geste. La femme avait des cheveux violets.

« Europe ? »

Il fut complètement choqué. En un instant, toutes les absences de Louis s’expliquaient, pourquoi il l’avait laissé se débrouiller seule face aux hommes de mains, comment des hommes comme le Gourdin avait pu prendre de l’ascendance sans rencontrer de résistances, comment il y avait autant de laxisme depuis neuf mois. C’était la faute des Sorcières, c’était la faute d’une sorcière.

Sébastien Garin aurait dû y trouver une raison de plus de la tuer, mais Sarah Geisler ne réussit pas à concrétiser son geste. Si elle tuait Europe, alors Louis serait en colère, prendrait des mesures disciplinaires à son encontre ou au moins la destituerait de son poste, la punirait. Même si elle prouvait qu’Europe était bien une sorcière, Louis pouvait aussi être complètement démoli par la mort de sa maîtresse, et il n’y aurait plus aucun espoir qu’il reprenne en main la situation.

Sarah Geisler relâchait Europe pour cette fois. De toute façon, elle n’était pas bien difficile à trouver. Elles s’expliqueraient toutes les deux, une autre fois. Elle rangea sa dague et partit bien vite de la ruelle,comme si elle n’avait jamais vu Europe parmi les Sorcières.

Sébastien Garin fit quelques pas dans le brouillard, mais le vacarme de la bagarre s’estompait.

C’était fini.

Tout était fini.
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Lun 24 Mai 2010 - 10:45

Ça n’était pas possible, cela ne pouvait pas être, elle n’entendit pas la charge, gardant juste à l’esprit l’image de sa fille au sol avant qu’Adrien ne l’écarte du passage des hommes de Lorenzo.
Ce fut alors les cris de panique des sorcières et ceux de haine pousser pas les hommes du Comte qui emplirent ses oreilles. Mais ces gens n’avaient pas d’importance, elle continuait à courir derrière Adrien, qui lui disait que tout irait bien, qu’Alexandrine n’avait rien à craindre… Mais comment ? Comment pourrait-elle aller bien, puisque poursuivie par ces hommes et possédée par ce démon… Et elle n’avait rien trouvé, rien qui puisse les aider à le chasser d’une manière ou d’une autre… Elle avait échoué, elle n’était pas à la hauteur et son monde était en train de voler en éclats, qu’importe qu’on découvre qu’elle était une sorcière, d’ailleurs c’était son mari qui avait rabattu son capuchon sur ses yeux rempli de larmes. Si le bûcher la ramenait auprès de son enfant, alors, elle irait, sans hésiter, donner sa vie, c’était un sacrifice qu’elle était prête à faire… Qu’est-ce qui pouvait encore la retenir en ce lieu ? … La personne qui la tirait toujours… *Adrien*

Il la plaqua contre un mur laissant passé quelques personnes sans qu’elle puisse distinguer à quel camp ils appartenaient. Son souffle était court, elle avait l’impression d’avoir couru des heures, mais finalement non, puisqu’ils voyaient le parvis de la rue où ils étaient, elle eut le même réflexe que son mari, chercher leur enfant dans ce chaos, mais comment voir Alexandrine dans la foule. Elle ne distinguait rien qu’un n’entremêlas de personne dont elle n’arrivait même plus à dire s’ils étaient amis ou ennemis. Soudain, elle la vit, surgir à l’autre bout de la place, monter sur son destrier… elle assena une légère tape à son mari pour lui signifier qu’elle la voyait, l’avait-il vu lui aussi ? Qu’importe, maintenant, ils allaient pouvoir la récupérer… et chasser l’Oracle, d’une manière ou d’une autre.
Pour cela encore fallait-il pouvoir se frayer un chemin jusqu’à elle, l’entité s’était déjà lancée dans une course avec à sa suite deux de ses hommes.
"Il faut la rattraper avant le Comte !" s’écria-t-elle.
Mais Adrien fit volte-face et l’empêcha d’aller en avant, qu’avait-il, ne voulait-il pas récupérer leur fille ? Les yeux d’Elisabeth se tintèrent d’interrogations et d’incompréhension… Adrien lui dit qu’ils étaient tous deux Prêtre d’Olrun et qu’ils ne pouvaient abandonner les leurs.
Selon Elisabeth, ils pouvaient largement abandonner tous ces gens à leur sort. Même si elle connaissaient les principes d’Adrien et ne voulait pas aller contre, c’était tout de même un comble qu’il préfère sauver ces gens plutôt que sa fille.
"Tu es fou ! On ne peut pas laissé Alexandrine au main du Comte et des Inquisiteurs !"
Elle essaya de se défaire de l’étreinte puissante de son mari, mais n’y parvint pas.
"Lâche-moi, il faut qu’on aille l’aider, s’il te plait."
Une supplication, voilà ce qu’étaient ces paroles, Elisabeth était perdue et son regard rempli de larmes était plongé dans celui d’Adrien, mais elle n’arrivait pas à le comprendre.
Alors, il la serra dans ses bras, tellement fort, peut-être parce qu’elle essayait toujours de se libérer.
"Fais moi confiance."
Quoi ? Il lui demandait sa confiance, elle arrêta de se débattre. Son aimé prit alors son visage entre ses mains puissantes et réitéra sa demande en la regardant dans les yeux.
"Aie confiance en moi."
Son cœur se serra, c'était là aussi un supplication mais le regard de son mari affichait une telle certitude, Elisabeth acquiesça. Elle lui ferait confiance, puisqu’il le fallait et puis ce n’était guère difficile pour elle d’avoir foi en son Amour.
"Oui, excuse-moi." Elle se sentait tellement coupable d’avoir pu douter de lui, parce que finalement c’était bel et bien ce qu’elle venait de faire, elle avait cru qu’il ne voulait pas sauver Alexandrine, ce qui était plus que stupide.
Elle aurait aimé lui poser plus de questions, mais le moment était réellement mal choisi.

Alexandrine était déjà hors de sa vue depuis un moment, combien de temps, des heures ? Non, probablement pas car beaucoup des leurs étaient encore sur le parvis. Lorsqu’elle se retourna vers le parvis, les hommes du Comte avaient presque atteint les sorcières. Elisabeth aperçut Europe et à ses côtés, une sorcière du Lys, probablement Alicia. Elles allaient agir, ensemble, ce qui au vue de la situation semblait la meilleure option. Son cœur manqua un battement, ils allaient aider leurs sœurs, mais Elisabeth ne pouvait s’empêcher de penser que ce serait peut-être au détriment d’Alexandrine.
Elle prit une grande respiration et se joignit à elles, elle prononça les deux mots salvateurs – du moins l’espérait-elle – un peu en retard, mais qu’importe, le résultat était le même, le brouillard ne pouvait qu’en être renforcé. Elle était toujours dans les bras d’Adrien, qui lui aussi avait dit la formule.

Elle rabattit un peu plus son capuchon et se mit en marche se laissant guider par son mari qui était plus au fait de la géographie des rues de Forbach qu’elle. Pourtant elle le freina lorsqu’il voulut courir, la course était le meilleur moyen de tomber et de perdre du temps. C’était sa mère qui le lui avait appris lorsqu’elles s’étaient faites attaqué lorsqu’elle était enfant. Par la suite elle lui avait toujours répété que fuir en marchant et avec un minimum de calme valait mieux que toute les paniques du monde.
Pour autant, ils marchaient d’un bon pas, il ne fallait pas s’attarder dans ce lieu.
Elle devait bien avouer qu’elle avait peur comme jamais, l’adrénaline faisait battre son cœur bien trop vite et elle n’avait qu’une envie c’était de hurler ! Pour autant, il n’était pas spécialement recommandé de faire une crise de nerf avec les Inquisiteur à leurs trousses. Elle ne savait pas où l’emmenait Adrien, mais qu’importe, comme demander, elle lui faisait confiance et elle le suivait aveuglement… Peut-être avait-il convenu d’un point de ralliement avec l’Oracle au cas ou cela tournerait mal. C’était peu probable, mais alors qu’ils s’enfonçaient de plus en plus dans la brume, elle voulait se rattacher à tout espoir qui lui permettrait de sauver Alexandrine… et puis finalement, le plus grand de ces espoirs, il était devant elle. Adrien savait ce qu’il faisait, une fois qu’elle en eut la certitude, un poids s’envola de sur ses épaules.

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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Ven 4 Juin 2010 - 22:47

Des larmes de douleurs s’échappèrent des yeux de Viviane. Encore une fois… Une fois de trop, elle avait accordé sa confiance à des gens qui ne la méritaient pas. Elle s’était pourtant juré que cela n’arriverait plus, que c’en était fini de se laisser tromper et abuser. Cassandra, sa mère, son mari, et maintenant ça ? Non, c’était trop, elle ne voulait pas. Elle se sentit brisée, comme un arbre contre lequel le vent aurait soufflé trop longtemps, et qui aurait fini par craquer sous la pression.

Elle ne vit rien de ce qui se passa ensuite, trop perdue dans ses pensées. Son esprit était ailleurs, et elle n’entendit pas les cris d’alertes. La jeune sorcière avait arrêté ses prières, comme tous les autres, et la chose s’effondra sans qu’elle comprenne exactement pourquoi. Les gens criaient et se bousculaient, et c’est en tombant par terre, bousculée une fois de trop, que Viviane revint les pieds sur terre. Un épais brouillard l’empêchait de comprendre ce qu’il se passait, mais une chose était sûre, le rituel arrêté en cours de route, le démon n’avait pas pu être délivré. Viviane le regretta. Elle aurait préféré mourir ici, plutôt que de devoir encore vivre des années, dans un monde qui s’amusait à la torturer cruellement.

Puis, toujours par terre, piétinée par une foule en déroute, son esprit se dirigea vers Cassandra. Elle était en vie. Son père aussi l’était. Et elle ne pouvait leur faire ça, elle ne pouvait partir sans les voir encore, et les réunir si une telle chose était possible. Au fond d’elle, elle était déchirée par la promesse qu’elle avait faite à Europe de ne pas prendre contact avec sa sœur, mais elle ne pouvait faire autrement. Si elle retrouvait Cassandra, elle parlerait avec elle. Au moins pour s’assurer qu’elle était heureuse là où elle était.

Prenant sur elle pour retrouver de la force, elle se releva tant bien que mal. Le brouillard était toujours aussi épais, mais elle reconnut la silhouette qui passait à côté d’elle. Ou plutôt, elle en reconnut les vêtements. Un Inquisiteur… C’était donc eux qui avaient causé la déroute de l’Oracle ? Si elle ne les détestait pas, elle les aurait bien remerciés. Mais si eux l’attrapaient, soit ils la tueraient immédiatement, soit ils la tortureraient pour lui demander d’autres noms. Elle ne pouvait rester là, il fallait fuir. Désorientée, apeurée, elle commença une course effrénée dans une direction au hasard. Et elle sortit brusquement de la nappe de brouillard artificiel. Elle se repéra rapidement, et partit en droite direction vers sa maison. Il fallait qu’elle y soit avant que les Inquisiteurs n’envoient vérifier qui n’était pas chez lui ce soir-là.

C’est alors qu’elle songea avec effroi que si son père avait tout d’abord choisit de ne pas se rendre sur le parvis, il avait finalement changé d’avis parce qu’il jugeait que c’était là une cérémonie de première importance. Effondrée à l’idée que son père soit toujours sur place, elle fit demi-tour. Le brouillard était moins dense maintenant, et Viviane sentit son cœur se glacer quand elle se rendit compte qu’il y avait des corps à terre. Paniquée, elle se pencha vers eux, craignant que son père, qui se faisait vieux, fût l’un d’entre eux. Son regard fut attiré par une forme familière.

Au début, elle ne le reconnut pas. Il était tellement défiguré… Il devait avoir été piétiné par tellement d’autres. Peut-être même elle dans sa première fuite désespérée. À cette idée, elle sentit une violente nausée la submerger. Un murmure s’échappa de sa gorge : « Papa… » Viviane entendit alors un râle s’échapper de la bouche de son père, il était encore en vie ! Elle ne savait pas comment, mais il fallait qu’elle le ramène chez eux pour le soigner. Elle était trop faible pour faire un bon sort de guérison ici et maintenant, mais s’il tenait encore un peu, le temps de lui laisser récupérer, elle était sûre de pouvoir le guérir.

Ses réflexions furent brusquement stoppées par l’apparition d’un inquisiteur. Sentant qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, elle renonça à toute prudence et le regarda droit dans les yeux, et lança « Somno Oppressus » d’une voix claire. L’effet fut immédiat, peut-être qu’avec l’émotion, elle y avait été un peu fort, mais l’Inquisiteur s’effondra sur le sol en se cognant durement la tête. Elle espérait qu’il n’avait pas eut le temps de mémoriser ses traits.

Puis, renonçant à toute prudence, elle se releva en soulevant son père. Heureusement pour elle, sa santé était allée en déclinant ces derniers mois, et il n’était pas aussi lourd qu’elle ne l’avait craint, et malgré ses nombreuses blessures, il l’aidait du mieux qu’il pouvait en se tenant légèrement debout tout seul.

Le trajet jusqu’à la maison familiale parut interminable à Viviane, qui craignait de voir l’Inquisition débarquer à tous les croisements de rue. Heureusement, ils paraissaient se satisfaire de ce qu’ils avaient trouvé sur le parvis de l’Église et aucun bruit de pas hormis les siens n’était audible. Une fois la maison en vue, elle se sentit soulagée. Le plus dur était passé. Du moins, c’était là ce que Viviane avait cru en cet instant…
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MessageSujet: Re: La Fin des Ombres - II/II (#10)   Jeu 24 Juin 2010 - 23:35

La course de Mattea lui rappela qu'elle n'avait plus vingt ans. Lorsqu'elle parvint à son tour au Parvis, elle comprit que tout était déjà accompli. Une brume épaisse, qu'elle jugea maléfique et fille de Satan, entourait l'endroit. Seules des silhouettes étaient visibles, des contours imprécis et peu flatteurs. Le Parvis n'était plus visible que comme un amas de nébulosités, de chairs et de cris terrorisés. Mattea s'arrêta à la limite du brouillard, hésitant un instant à se plonger elle aussi dans ce qui était clairement le fruit d'un sortilège du Malin. Puis, elle vit une robe blanche se découper dans la brume. Et son sang ne fit qu'un tour quand elle reconnut la coupe qu'elle avait vu quelques instants plus tôt, en contemplant le brasier. Seigneur, c'était exactement la même tunique ! Mattea n'était plus capable de réfléchir rationnellement. Dans la seconde qui suivit, elle s'enfonça comme une forcenée dans le brouillard, courant derrière la forme blanche pour l'attraper. C'était une sorcière, et elle savait. Elle tenait une de celles qui l'avaient plongée dans l'oubli. Enfin, si elle parvenait à l'attraper.

Elle courut longtemps dans le néant, cognant d'autres formes, mais ne prêtant attention à rien sinon à cette forme qui s'éloignait toujours plus vite. Elle finit par la perdre de vue et, de rage, de déception et de colère, elle hurla. Elle ne mesura qu'à cet instant la profondeur de la trahison de l'Oracle. Elle s'en voulait de s'être laissée amadouer par la gamine aux yeux insondables. Ses souvenirs étaient un trop bon appât. Mais maintenant qu'il était avéré que l'Oracle les avait trompés, qu'en était-il de ses révélations ? Avait-elle simplement et cruellement joué avec le cœur de Mattea, ou lui avait-elle donné des événements tangibles ? Avait-elle vraiment une sœur jumelle appelée Viviane, qui vivait toujours à Forbach ? Essoufflée, désespérée et blessée d'avoir été jouée de la sorte, Mattea s'arrêta. Elle s'était fait rouler dans la farine, elle ! C'était insupportable. Elle aurait dû réaliser qu'à tenter de jouer au plus fin, elle s'était laissée abuser. Car quand elle avait hésité sur la nature de l'Oracle, elle avait mis ses doutes de côté devant le phénoménal pouvoir que cette dernière lui démontrait. Elle se souvenait avoir pensé utiliser l'Oracle – sainte ou démone – pour retrouver ses souvenirs, et mesurait à quel point elle avait été prétentieuse. Maintenant, elle demeurait seule, avec ses doutes pour seuls compagnons. Viviane... Et si les inquisiteurs l'avaient tuée, au Champ du Muguet ? Oh, ce serait intolérable !

Désorientée, Mattea entendait les bruits de course et d'affolement autour d'elle. Elle se sentait frôlée par de nombreuses personnes, distinguant surtout les habits des inquisiteurs. Elle s'enfonça encore plus profondément dans l'ombre, à la recherche d'un éclat blanc, prête à attraper la première personne qui la bousculerait. Une forme finit par la percuter. Une forme toute de noir vêtue. Mattea l'empêcha de s'enfuir et la retint fermement, réalisant avec effarement que c'était le même modèle de robe qu'elle avait vu en rêve, mais de couleur noire. Qu'est-ce que cela signifiait ? La robe était-elle le symbole d'un grade ou d'un clan, comme l'avait dit le Second ? D'une poigne dure, elle amena le visage de la sorcière qu'elle tenait à distance visible. Et elle faillit la lâcher sous le choc. C'était une gamine. Seigneur, c'était une gamine de seize ans ! Comment un être si jeune avait-il pu être perverti ? Les yeux de celle que Mattea considérait comme une enfant roulaient de terreur. Elle tremblait comme une feuille et des larmes de peur coulaient le long de ses joues. Mattea la secoua comme un prunier, avant de détacher ses mots avec colère :

- Qui sont les robes blanches ?

La fille secoua la tête, terrorisée, incapable d'articuler un mot sous l'effet de l'épouvante. Mattea ne se contrôlait plus, incapable de demeurer sereine face à cette enfant détournée de la voie divine, à ses souvenirs qui s'échappaient à ce rituel qu'elle ne comprenait pas.

- Je... je ne sais rien.

Mattea lui hurla dessus, au comble de la rage :

- Mais tu vas parler ? Qui sont les robes blanches, qui ?

La fille gisait comme un pantin désarticulé entre les bras de Mattea. Au comble de l'affolement, elle dit péniblement :

- Ce n'est pas nous, c'est l'autre tribu, c'est... Olrun.

Lorsqu'elle entendit ce mot, Mattea eut une image très nette d'une homme et d'une femme enlacés, tout sourire. Elle ferma les yeux, mais la vision cessa aussi rapidement qu'elle était venue. Elle ne connaissait ni l'homme ni la femme, mais devinait qu'ils lui étaient proches. Des parents, partageant sa chevelure de feu ? Pourquoi ? Pourquoi ces souvenirs se révélaient-ils à elle maintenant ? Pourquoi n'étaient-ils jamais apparus avant son arrivée à Forbach ? Qu'est-ce qui les déclenchait, des mots, des impression ou des visions ? Accusant difficilement le choc d'un deuxième retour trop bref en arrière, Mattea lâcha la fille, qui s'effondra comme un poids mort à ses pieds, terrassée par l'émotion. La Carmélite était dépassée, parce que ce qu'elle devinait être ses propres souvenirs la tourmentaient et la plongeaient dans le désarroi. Elle regarda un instant la fille à ses pieds, avec un mépris sans bornes. Elle plongea ses yeux verts dans le regard hagard de la petite sorcière et lui jeta :

- Remercie le ciel d'avoir porté la mauvaise robe, gamine. Et déguerpis de Forbach, si tu tiens à la vie.

Sur ce, Mattea s'enfonça davantage dans la brume ensorcelée, à la recherche d'une robe blanche, qu'elle ne trouva pas malgré ses efforts acharnés. Et quand elle rentra à l'Auberge de la Croix Rousse, à la fin de l'immense battue, elle avait le goût amer de l'échec en bouche.
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