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 Instinct Maternel & Instinct de Survie

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Oblivius
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MessageSujet: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Lun 14 Juin 2010 - 22:45

    Il n'y avait eu plus qu'une seule idée dans la tête de Constance Edelgard : s'enfuir. Courir, peu importe le prix ou les risques, s'élancer malgré les dangers autour d'elle pour rejoindre le Manoir. Elle ne voulait plus, sous aucun prétexte, rester sur place car la priorité, viscérale, était de revenir aux côtés de sa fille.

    Lorsqu'il était question de retrouver la chair de sa chair, une mère savait faire abstraction de tout risque et des éventuels erreurs possibles. Aujourd'hui, lorsque les flammes brûlaient en tout sens, que chargeaient ces Inquisiteurs, la Duchesse s'était sentie défaillir et, malgré la panique, capable de tout. Le courage n'était pas un trait de caractère chez elle, mais jamais elle n'y songea, jamais elle ne prit ses forces soudaines pour de la témérité.

    Ses yeux, aux pupilles dilatées laissaient des regards furtifs de tous sens. Lorsque tout s'estompa, dans son esprit troublé, où le lien vers sa fille dictait seul sa conduite, Constance ne se souvint plus comment elle réussit à s'extirper de ce mauvais rêve. En courant, au point de se demander réellement si tout ceci était la vérité, si elle avait vécu ce cauchemar, si l'Oracle était vraiment ce qu'elle pensait avoir vu ce soir, la Capricieuse n'avait pas conscience d'aller si vite.

    Lorsqu'elle s'arrêta, par manque de force suffisante, elle se rendit compte qu'elle était essoufflée au point d'avoir un point de côté qui lui lacérait les côtes. Elle se stoppa avec difficulté, tant son instinct lui ordonnait de reprendre la course, de continuer encore quelques rues. Sauf qu'elle n'avait plus le souffle, plus les muscles pour se tenir debout... Elle sentit ses jambes défaillir, et lorsqu'elles tremblèrent, Constance dut se retenir à un haut poteau d'où une flamme s'élevait. A sa seule vision, elle se recula d'un bond, et trébucha, alors que plus aucun équilibre ne l'habitait.

    Rejoindre sa fille. La Duchesse entendait encore les sons effacés, comme les souvenirs dans ses oreilles, des cris et des hurlements de terreur. Il fallait qu'elle se relève. Lorsque ses jambes eurent à nouveau à la porter, elle chancela de nouveau et se sentit prise d'une nouvelle vague de panique. La peau blanche, les mains frémissantes, elle serra les poings contre le tissus épais de ses toilettes, et ne se permit plus de perdre du temps.

    Elle se redressa avec difficulté, ses muscles tirèrent, mais rien ne pouvait la faire renoncer. Pas même cette robe désormais sale de sa chute ou sa cheville un peu affaiblie. Les pas reprirent, d'abord lentement, clopinant, mais bientôt le rythme accéléra et Constance se remit à courir. Son souffle se fit de nouveau plus court, et elle haleta. L'air brûlait dans sa gorge mais il ne fallait plus ralentir. La Place du marché se dessinait, elle reconnaissait les rues que prenaient son fiacre... Encore quelques mètres, où elle sauta par dessus les flaques et les trottoirs pavés.

    A bout de souffle, et quelques lambeaux de dentelle, quelques mèches décoiffées, le seul objectif était encore sa fille. Elle se prit les pieds dans les pans de sa robe à panier, s'attrapa à une devanture d'office fermée, prit une profonde respiration et voulut repartir. En un pas, son talon se brisa, lui tordant à nouveau cette cheville moins forte.

    Un gémissement de douleur s'éleva de sa gorge sèche, et elle s'agenouilla pour saisir le bas de son mollet qui la lançait désormais. En plissant les sourcils sous la douleur, elle se sentait bien plus paniquée de devoir s'arrêter, forcée par les événements, que souffrante. Lorsqu'elle releva les yeux, Constance sursauta et laissa échapper un nouveau son, terrifiée. La silhouette devant elle, sur cette place déserte, lui fit irrémédiablement penser à l'Oracle qui désormais était associé à l'horreur de cette scène qu'elle avait vécue.
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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Mer 16 Juin 2010 - 20:39

Il avait entendu des cris et n'avait pas cherché bien loin. Joachim était un homme de musique et non un homme d'armes, quand bien même il avait voulu se battre, ses seuls poings n'auraient pas longtemps rivalisé avec les armes des Inquisiteurs. Cette Oracle que tous avaient vantés ne leur avaient finalement pas été des plus favorables.

Il s'était donc échappé. Suivant certaines personnes dans le couvert des arbres il avait tenté de se rendre le plus discret possible. Il en demeurait tout de même plutôt bruyant, faisant craquer branches et feuilles tombées, la nervosité et la tension ambiante ne lui permettaient pas de se concentrer sur un objectif quelconque, pour l'instant il devait fuir.

Il se maudissait de ne pas avoir écouté sa gouvernante lorsqu'elle lui intimait de sortir, de visiter le village et de s'aérer l'esprit.
Il se trouvait désormais réduit à avancer dans une direction très peu précise, trébuchant sur des racines. Il ne savait pas où il habitait, pas précisément en tous cas, et ne voyait que très peu à quoi pouvait ressembler son chez-soi vu de l'extérieur.
Selon son sens de l'orientation. Il devrait effectuer un complet demi-tour pour retourner en direction de l'endroit qui lui servait actuellement de demeure, vu qu'il s'était enfui à l'opposé de l'entrée de la clairière.
Il repassa près du théâtre des atrocités qui avaient eues lieu, il ne jeta même pas un regard vers l'endroit, de peur de savoir ce qu'il allait y trouver, de peur qu'il ne s'arrête sans s'en rendre compte et qu'il se fasse repérer. Il ne devait pas finir son voyage ici, il voulait un jour rentrer dans le comté de Windhügel.
La lisière lui apparut, il faisait nuit et l'étendue sylvestre portait bien son nom, il y faisait très sombre. Trop sombre peut être, la lune faillit l'éblouir lorsqu'il émergea du couvert que formaient les arbres.
Il était sorti de ce qui lui avait servi de bouclier. Il allait désormais accélérer l'allure, il ne savait toujours pas où aller mais était intimement convaincu que bouger serait toujours préférable à ne rien faire et devenir une statue à la lisière de la forêt.

Il arriva alors en prenant de nombreuses rues, en tournant de nombreuses fois pour ne pas se faire repérer; à une place qui semblait être la principale du village. Place typique, regroupant les commerces. Tous étaient fermés en cette heure avancée, de plus les habitants étaient majoritairement regroupés dans...
Joachim eut un frisson en y repensant, il repartit de plus belle.

Soudain il entendit un petit bruit venant de sa droite. Il tourna vivement la tête et se figea. Qu'est ce que cela pouvait être ? A la lumière de la lune, il réussit à identifier une personne accroupie.
Il hésitait sur le comportement à adopter. Il avait cru comprendre que l'Oracle avait fait des prodiges, il avait vu le feu dans la clairière. Et si c'était aussi un piège ?
Joachim fit fonctionner ce qui lui servait de raison et conclut bien rapidement que cela était improbable. Si l'Oracle avait voulu le piéger, c'est la Forêt Noire qui l'aurait piégé, et puis envoyer un piège sur une seule personne était ridicule, il n'avait aucune raison d'être visé.

Deuxième problème, s'il s'approchait, ne risquait-il pas de se laisser rattraper par les horreurs ? Une nouvelle fois son esprit lui répondit bien rapidement.
Ils s'étaient assez éloignés du champ des opérations. Il n'avait aucun risque immédiat à chercher à l'aider, en même temps elle non plus ne courait plus grand risque il pouvait peut être continuer. Il voulut se donner une baffe lorsqu'il comprit ce à quoi il était en train de penser, si elle se faisait tuer, il finirait par le savoir, à un moment ou à un autre, et il s'en voudrait.

Il s'approcha donc de la jeune femme, lorsqu'elle releva son regard vers lui, Joachim y vit de la terreur. Il se devait de la rassurer.

- Ne vous inquiétez pas Madame, je suis Joachim Haarlicht, Vicomte de Windhügel, et je ne vous veux aucun mal.

Il s'agenouilla à ses côtés, elle avait plutôt mal en point.
Ses vêtements avaient subi la fuite, cela se voyait, Joachim ne devait pas être dans un meilleur état.

- Habitez-vous à proximité de ce lieu ? Vous ne me semblez pas être en état d'avancer seule bien loin.

Il lisait aussi de la douleur dans le regard, elle avait dû se blesser, peut être.

- Sinon, je devrais habiter plutôt près. Normalement... Ubertta ma gouvernante pourra s'occuper de vous au besoin.

*J'ai bien dit normalement, pourquoi suis-je dans les pires conditions actuelles ?*


Il lui tendit son bras pour qu'elle s'appuie et puisse se relever sans encombre, il fallait en tout moment rester gentleman.
Bon, Joachim avait failli la laisser à son sort, mais maintenant il s'était engagé dans un chemin.
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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Jeu 24 Juin 2010 - 21:27

    Vicomte de Windhügel. Ce nom lui disait quelque chose. Et Constance n'avait pourtant pas bonne mémoire. La réflexion, qui dura à peine quelques secondes, lui permit cependant de faire s'adoucir le rythme de son coeur, qui battait de crainte. A mesure qu'elle reprenait un peu de calme, que ses idées se remettaient en place, elle réalisait à quel point elle était heureuse de rencontrer quelqu'un. De rencontrer quelqu'un d'autre que l'Oracle, qu'elle avait redouté croiser, comme un fantôme les hantant tous, comme l'ombre du Démon derrière chacun d'eux.

    La Duchesse n'avait pas de raison de faire confiance, cependant, à un inconnu. Ce visage ne lui disait rien, et elle ignorait qui il était malgré cette consonance qui lui parlait légèrement. Ce ne fut que lorsqu'elle se dit qu'elle n'avait pas le choix, qu'après tout, si elle souhaitait pouvoir rejoindre au plus tôt sa fille, elle devait accepter l'aide qu'on lui proposait, sous peine de devoir claudiquer et perdre plus de temps encore, qu'elle put en détail le décrire.

    Cet homme à l'allure jeune, était assurément dans la Clairière parmi tous les villageois, ce soir. Cela se voyait également sur son visage, ses vêtements moins fringuants qu'ils avaient dû être en partant de chez lui. C'était sans nul doute, lui aussi, l'un de ceux qui avaient réussi à fuir de ce brasier et de cette vision du Diable. Elle frissonna en y songeant à nouveau. Puisse Dieu venir en aide aux malheureux qui s'y trouvaient encore...

    Elle consentit à s'appuyer donc, faiblement, en se relevant par son concours avec peine mais sans seulement défaillir. Sa cheville était faible mais pas brisée, et les chocs comme des éclairs que la douleur envoyait n'étaient pas insurmontable, ainsi épaulée. D'un signe de tête, elle le remercia.

    « Je demeure un peu plus loin, au Manoir Edelgard. » Fit-elle en plissant les sourcils lorsqu'elle se mit à marcher, toujours aidée par le Vicomte. Elle était persuadée ne jamais avoir rencontré cet homme, pourtant son nom avait assurément déjà été prononcé par ses proches. Le Duc, paix à son âme, n'avait dans ses connaissances aucune famille pouvant répondre de ce patronymes, non, c'était un souvenir plus lointain.

    « Résidez-vous à Forbach depuis longtemps, Monsieur le Vicomte ? » Il était, après le chaos et le capharnaüm sur un lit de Muguets, désagréable de laisser le silence trop perturbant les envahir. Aussi souhaitait-elle ne pas laisser la conversation s'éteindre. De plus, Constance désirait se souvenir les origines de cette impression familière.

    « Il ne me semble pas vous y avoir vu récemment. Mais j'ai été absente moi-même bien des mois depuis... » Elle ne put contenir un frisson, à nouveau. Celui-ci totalement déconnecté de cette vision d'horreur de l'Oracle et du Feu. Non, la nostalgie de cette période tragique lui réclamait encore de verser des larmes. Pourtant, désormais deux mois après ce drame, la Duchesse savait contenir ses maux.

    Elle n'hésita pas une seconde : revenir sur les événements diaboliques de la soirée, alors qu'ils étaient encore tous deux essoufflés, aurait été fatal : sans doute n'aurait-elle pas supporté de devoir mettre des mots sur de tels effrois, et elle préféra se délasser de toute mémoire à ce sujet, pour s'évader dans des mondanités bien peu appropriées.

    « Si je puis abuser de votre amabilité, Monsieur, m'accompagneriez-vous jusqu'au Manoir, plutôt qu'en votre demeure ? J'ai grand hâte de retrouver ma fille, et je m'inquiète pour elle ... » Constance n'était pas femme à se montrer si sincère, malgré qu'elle ait toujours été directe. Les récents chamboulements de sa vie l'avaient assagis, mais il demeurait une part de franchise en elle : celle qui ordonne de faire ce qu'elle désire, tel qu'elle le souhaite, et sans qu'on le lui interdise. Elle voulait rentrer, le plus vite possible, et retrouver Garance.
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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Dim 11 Juil 2010 - 4:25

Elle avait hésité, il ne lui en voulait pas, il la comprenait. Ils étaient tous deux déboussolés, qu'elle se méfie de lui lui semblait donc absolument naturel. Il se sentit néanmoins flatté qu'elle accepte finalement de s'appuyer sur lui.
Elle souffrait, restait digne mais il y avait de la douleur chez elle quand elle marchait cela se voyait. Joachim ne releva pas, cela aurait été contraire à son éducation de venir titiller une jeune femme sur ce qu'elle essayait tant bien que mal de dissimuler. Elle s'en sortait d'ailleurs admirablement, beaucoup de femmes n'auraient pas eu ce courage et se seraient appuyées sur lui de tout leur poids en se plaignant tous les cinq mètres, il grimaça en repensant à ce monde maniéré dans lequel il avait été élevé, dont il connaissait les codes mais qu'il avait fui et oublié depuis cinq ans.

Le Manoir Edelgard, l'allure de la Dame et ce nouvel indice ouvrirent immédiatement une porte dans l'esprit du Vicomte. Quelle curieuse coïncidence ! Sa mère lui envoyait une lettre lui parlant de la Duchesse Edelgard et voilà qu'il était très probable qu'il l'ait rencontré en plein drame.
Bien sûr la probabilité était très forte qu'il ne se trompe pas, mais il ne lui demanderait jamais de lui-même quel était son nom, si c'était bien elle, encore une fois son éducation maniérée le réprouvait et il n'aurait pu le faire sans s'en vouloir. Sa mère voulait qu'il fasse à tout prix bonne impression, il ne la décevrait pas.

« Non Madame, vous avez absolument raison, je ne suis à Forbach que depuis très peu de temps. Voilà cinq ans que je sillonne l'Europe pour parfaire mon art, et mon dernier maître d'étude m'a conseillé Forbach comme lieu d'arrêt, avant de finalement rentrer chez moi un jour dans le comté. »

Ils parlaient de mondanités, ne serait-ce le lieu, inopportun, la conversation aurait tout aussi bien pu se dérouler dans un petit bal, une quelconque réception. Qu'il était bon d'aérer ainsi un esprit apeuré !

«  Vous n'abusez en rien Madame, loin de là. Je vous l'ai proposé et il est évident que si cela vous convient mieux je vous accompagnerait au Manoir. Je comprends qu'il soit mieux d'être chez soi. »

Il allait dire surtout maintenant, mais il avait vu qu'elle n'avait pas abordé l'événement, il ne le ferait donc pas lui non plus.
Elle avait ouvert une porte, il se devait d'enchaîner sur un autre sujet. Il n'était pas un ermite, pas trop.

« Une fille vous dîtes ? Quel est son nom ? Je n'ai jamais eu le plaisir de côtoyer des enfants, étant le dernier de la fratrie, mon frère n'ayant pas eu cette chance et moi non plus. Vous devez être des plus ravies. »

Sa mère ne lui en avait rien dit, pas soufflé un seul mot ! Si cette femme était réellement Constance Edelgard, elle avait donc en plus du veuvage subi la maternité. Deux poids difficiles pour une femme en cette période. Comment rester tranquille quand on devait s'occuper d'un enfant et le faire seule ?
Il avait un peu accéléré l'allure, très peu mais il avait ressenti sa hâte et il ne pouvait l'ignorer. Elle était très attachée à cet enfant, c'était touchant et à la fois très dramatique, cette femme boitillait, s'appuyant sur un parfait inconnu, cherchant à traverser le village pour rejoindre la chair de sa chair.

« Ne vous inquiétez pas trop Madame, il serait dommage que vous vous blessiez pendant notre marche, je suis sûr que votre fille est en sûreté et va pour le mieux, elle doit être en train de dormir, l'innocence doit marquer ses traits et la sérénité qui l'habite en ce moment même devrait être communiquée à tous ici. »

Il ne savait pas où aller et se laissait guider, servant de canne à sa compagne de marche.
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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Lun 12 Juil 2010 - 16:01

    Oui, la Duchesse souffrait à chaque pas. Pourtant, elle savait que plus elle aurait à appuyer cette cheville contre les pavés qui rendaient la marche bancale et incertaine, et plus elle s'approchait de sa fille. Elle avait ignoré toute son enfance qu'une mère puisse subir tant de maux, par crainte d'un être si fragile. Elle-même l'ignorait lors de sa grossesse, qu'elle maudissait... Aujourd'hui, les choses étaient différentes, et il n'y avait dans son cœur, que l'inquiétude maternelle.

    Elle eut un léger sourire, car le Vicomte semblait courtois, et s'efforçait de la rassurer. C'était sans doute une peine perdue, et peut-être le savait-il déjà, mais il était appréciable de savoir qu'on voulait son calme, après de tels événements. Le feu crépitait sans doute encore dans leurs oreilles, et s'éloigner était la meilleure chose à faire. Lentement, mais surement, les deux nobles claudiquaient jusqu'au Manoir.

    Parfois, ils croisaient le regard apeurés des Villageois qui avait fui l'Oracle diabolique, et désormais errait sans savoir ce qu'il convenait de faire : rentrer chez soit, aller à l'Eglise ? Prier pour que tout ceci cesse ?

    « Elle se prénomme Garance, et vous devez avoir raison... Elle est à l'âge encore où les choses ne peuvent la toucher autant qu'à nous. » Il lui arrivait de regretter, souvent, l'âge d'or où l'insouciance peut servir la moindre excuse... La jeunesse, qu'elle n'avait pourtant pas perdu, s'était effritée, et elle se sentait âgée de cent ans...

    « Tournons ici, il reste quelques mètres, et au croisement de ces deux routes là bas, nous prendrons à droite. » Souffla la Duchesse avec un signe de tête vers une pente douce. Le dénivelé n'aiderait pas leur marche, mais elle se sentait plus à l'aise, désormais qu'elle possédait de l'aide.

    « Vous êtes donc artiste... Peintre peut-être ? » Fit Constance en plissant soudain les yeux, alors qu'on pavé moins aimable se trouvait en traitre sur sa route. Les deux jeunes gens titubèrent pour ne pas tomber, mais la chance les aida à rester debout.

    Il lui restait encore à savoir où elle avait entendu ce nom, parmi sa famille. Le Duc aurait sans doute pu l'y aider, ayant plus de mémoire qu'elle n'en avait. Mais il fallait avouer que Constance n'avait jamais apprécié retenir les choses, préférant prétexter l'amnésie pour ne pas avoir à apprendre de ses professeurs... Le Jeu devenait intéressant, jadis, lorsqu'il fallait deviner qui était tel Comte ou tel Marquis, alors que l'on avait oublié son nom, et que l'on ne se rappelait que des rumeurs à son sujet, ou du sobriquet que les galantes lui donnait...

    Aujourd'hui pourtant, elle regrettait de ne pas avoir été plus attentive. Quelqu'un d'assez aimable pour lui servir de canne en de tels lieux méritaient qu'on se souvienne de son nom, et qu'on puisse situer cette famille. Il lui semblait revoir sa mère prononcer le nom de Haarlicht, mais elle n'en était pas certaine.

    Lorsque le fameux croisement fut atteint, tant bien que mal, la Duchesse leva un bras pour montrer une grande grille ouvragée, dont la grande allée menait au petit Manoir du Duc.

    « Nous voici presque arrivés. Je tiens à vous remercier, acceptez le réconfort d'une collation. » A la vérité, et malgré la présence de Lison et de ses serviteurs, la compagnie lui manquait, et après l'immonde scène qu'elle avait vue dans la Forêt, elle avait besoin de ne pas être seule, à ressasser ce qu'elle avait encore devant les yeux.

    Et puis, il serait beaucoup plus adapté de lui demander plus d'informations à son sujet devant une tasse de chocolat bien chaud, qu'en boitant de la sorte en pleine rue.
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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Jeu 29 Juil 2010 - 2:10

Il allait pas à pas tranquillement, posément. Une promenade de santé si elle n'avait pas boité et s'ils n'avaient pas été au milieu de la nuit.
Elle avait souri, c'était déjà ça de moins qui pesait sur les épaules de Joachim, elle était en meilleur état que ce qu'il aurait pu présumer.
Le fait qu'ils croisassent des personnes en sens inverse, des personnes affolées, lui faisait craindre sur ce que cela aurait pu leur rappeler à tous deux. Si ces personnes l'avaient alors regardé, elles auraient subi un regard froid, glacé, dur, rancunier de seulement essayer de faire revenir la panique dans leurs esprits.
Néanmoins cela ne l'avait pas troublé elle, elle n'était pas revenue dans un état dans lequel tout comportement normal aurait été proscrit. Il remerciait Dieu qu'elle eut reçu un sens de la maîtrise de soi, contrairement à bon nombre de femmes.

Le reste du chemin se passa sans encombres majeures, si ce n'était un légère pente et un pan malencontreux de la route sur laquelle elle trébucha, l'entraîna, où tous deux ils se mirent sur un même tempo pour récupérer leur équilibre. Ce petit contre-temps ne lui avait pas permis de répondre à la question de son interlocutrice, et il n'y avait toujours pas répondu par ailleurs.

Ils arrivèrent enfin devant le Manoir, le Manoir Edelgard, où sa mère lui avait conjuré de venir, de rencontrer la maîtresse des lieux, qu'il avait sûrement trouvé par hasard d'ailleurs.

- Bien sûr que j'accepte de rester encore un peu en votre compagnie, une collation sera donc la bienvenue.

La grille fut ouverte et l'allée remontée, le Manoir se dessinait, adapté à la petite ville, tranquille, tout du moins en apparence. Il l'accompagna jusqu'à la porte principale.

La réponse que lui cherchait lui fut donnée lorsqu'il arriva à l'intérieur de la demeure. Les serviteurs traitaient son interlocutrice avec tant de déférence qu'il ne pouvait s'agir que de la Duchesse Constance Edelgard en personne. Il avait donc marché avec la Duchesse et avait appris qu'en plus d'être veuve celle-ci avait enfanté, qu'elle avait éprouvé la maternité. Ceci était quelque peu en sa défaveur, sur le plan matrimonial qu'il soit dit.
Une boisson lui fut servie une fois qu'ils furent tous deux assis, la conversation allait pouvoir reprendre dans un cadre beaucoup plus accueillant, loin de l'extérieur et des tracas qui lui étaient inhérents.

- Pour répondre à votre question de tout à l'heure je suis en fait compositeur, mon instrument de prédilection étant le clavecin. C'est une activité à laquelle je consacre presque tout mon temps libre, ce qui signifie tout mon temps depuis mon arrivée à Forbach.

Ce qui s'était passé ce soir serait d'ailleurs une véritable source d'inspiration, maintenant qu'il avait la tête au calme ses facultés de réflexion secondaires lui revenaient.

- Je tiens à m'avouer ravi de vous rencontrer enfin Duchesse. Ma mère m'a tant parlé de vous.

Cela était en partie vrai, elle lui avait beaucoup parlé de la Duchesse... dans sa dernière lettre. Lorsque sa mère avait rencontré ses parents à elle, ils en avaient très peu parlé, Joachim ne faisait pas partie de ces réunions mondaines là. Il se doutait d'ailleurs qu'elle ne lui en aurait jamais parlé s'il n'avait pas résidé par le plus grand hasard à Forbach

- Elle m'avait conseillé de passer vous voir après une rencontre avec vos parents. En ce sens le destin fait bien les choses, il est fort probable que nous ne serions vus que bien plus tard sinon.

Ils ne se seraient peut-être même jamais vu, le Vicomte se connaissait assez bien pour pouvoir l'affirmer, il aurait attendu, très longtemps. Sans aucune pression de sa mère, il fuyait la société, savait s'y intégrer mais préférait néanmoins l'éviter au plus haut point, ses semblables étant la plus part du temps trop préoccupés par cet aspect sociétal que par l'aspect humain.

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MessageSujet: Re: Instinct Maternel & Instinct de Survie   Sam 31 Juil 2010 - 15:32

    Assis dans le petit salon qui était proche de la salle à manger, tous deux purent se réchauffer face à une cheminé dont l'âtre brûlait avec calme et sérénité. L'horlogerie délicate mais rythmée d'une pendule résonnait dans la pièce d'à côté, la faible lueur à l'intérieur du Manoir, toujours aussi sombre et toujours aussi vide, rendait pourtant l'atmosphère respirable. Au dehors, le froid mordait les joues, la peur pouvait réapparaître en chaque instant sans crier gare.

    Ici, sans doute pouvaient-ils souffler et fermer les yeux une seconde, sans craindre quoi que ce soit. Devant eux, sur une table aux pieds sculptés et vernis, deux belles tasses de porcelaine accueillait un chocolat qui fumait. Constance raffolait de cette boisson qui commençait seulement à s'insérer dans les soirées mondaines de la Capitale, apportée par la Cour. Elle avait conscience également que, si tout ainsi continuait, elle aurait à se restreindre, car faire venir de Paris ces délices coûtaient cher...

    Lison, son tablier chiffonné, vint apporter quelques biscuits. Les sablés d'une forme ronde approximatives semblaient trop cuits... Mais la Duchesse ne put qu'inviter son invité à y goûter, d'un geste de main. Et à l'adresse de la jeune servante, elle se fit suppliante :

    « Veux-tu m'amener Garance, je te prie. » Et Lison acquiesça. Bien que sa première volonté eut été de courir à l'étage chercher sa fille, Constance avait gardé la courtoisie de ne pas délaisser le Vicomte. Et lorsqu'elle attendait avec impatience le retour de la domestique avec la petite, l'homme enfin lui ravivait la mémoire...

    C'était ainsi une connaissance de ses parents. Constance releva les yeux, d'abord comme suspicieuse, car il semblait souligner qu'on lui avait déjà parlé d'elle. Curieuse de savoir ce qui pouvait circuler à son sujet, comme d'anciennes peurs sur des faits pas si lointains, la Duchesse dut paraître méfiante, peut-être froide quelques secondes.

    Mais il en fut rien bien plus longtemps. Avec les explications et le souvenir véritable d'avoir entendu sa mère, en effet, lui parler de cette famille, Constance n'avait pas à se montrer désagréable, ou sur la défensive. Aussi fit-elle dissiper les traits tendus de son visage par quelques gorgées de chocolat.

    « Désormais que vous le révélez, il revient à ma mémoire l'évocation de la relation entre nos deux familles. » Elle reposa sa tasse délicatement, eut un léger sourire. Malgré qu'ils ne se connaissent pas réellement, et qu'elle ne l'ait même jamais rencontré avant, il semblait qu'il était comme un visage familier dans un univers trop étranger.

    Lorsqu'enfin Lison revint, portant dans ses bras la petite emmaillotée dans un linge blanc, Constance fut toute captée par l'enfant. Elle tendit les bras, la réclamant presque, et écarta le tissus pour dégager le visage poupin de sa fille. Ses yeux ne pouvaient dès lors plus s'accrocher à ceux du Musicien, et malgré toute la bienséance face à un invité, la Duchesse était désormais toute à la petite.

    « Je vous présente Garance Edelgard, Vicomte Haarlicht » Elle eut un sourire, tendre, maternel. Et elle réalisa qu'elle n'eut pas peur de mourir, lorsque l'Oracle les enferma dans ce cercle de feu... Non... Elle eut peur de ne jamais revoir ce visage rond et dodu, plus doux qu'une plume.

    « N'est-elle pas superbe ? » Personne ne pouvait tenir entre les mains un enfant plus beau, elle en était convaincue. En décrochant, avec peine, son attention du bébé, pour inviter Jaochim à répondre à sa question, la Duchesse se rendit compte de son impolitesse. Mais après tout qu'importait ? Il semblait plus jeune qu'elle, Musicien de surcroît, sans doute n'était-il pas habitué aux enfants...

    « Je suis heureuse que nous ayons pu nous rencontrer en effet. Les visages amicaux sont peu nombreux dehors... Ressentez-vous, vous aussi, cet état de vague-à-l'âme que procure Forbach ? Pourquoi avoir choisi cette ville ? Ne saviez-vous pas qu'elle était maudite ? » Constance avait parlé sans réfléchir, d'une traite. Peut-être comme un reproche, sur la fin de sa phrase. Comme une amertume, l'envie de quitter cet endroit, sans en avoir la force.

    Et il résidait également une sombre perspective, désormais qu'il s'avérait que l'Oracle était lui-aussi un leurre : que leur restaient-ils, habitants de Forbach ? Quel espoir leur restait-il ?
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