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 À l'Heure d'une nouvelle Alliance

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Meneuse
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MessageSujet: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 25 Juin 2010 - 22:52

L’orage approchait. Un orage d’été chargé de ses pluies cinglantes et de ses grondements plaintifs. Forbach faisait ses adieux au grand soleil qu’avait artificialisé l’Oracle par son usurpation de messianité. Le comté quittait ses fausses dorures flamboyantes et retrouvait calmement ses froides arabesques argentées. Cette nuit éternelle et bleutée, cette fraîcheur amère et douce, l’air de Forbach retrouvait sa pureté originelle, comme si rien jamais ne s’était passé depuis un an, une décennie, une infinité. Forbach semblait être née avec le monde et quoi que les hommes essaient elle retournait à son atmosphère originelle. Son vent brumeux était son souffle, son obscurité son âme. Forbach se cachait du soleil brûlant les champs, asséchant les lacs, ternissant les feuillages et lustrant l’espoir des hommes en de meilleurs lendemains. Les meilleurs lendemains n’existaient que pour cacher le malheur fatidique.

Aujourd’hui Forbach était en deuil. Le nombre de victimes du massacre du Champ de Muguet était déplorable. Ce fut une véritable hécatombe. Pas une famille n’avait pas perdu un proche. Le noir était devenu la couleur communale. Des messes étaient dîtes chaque jour, les requiem et les enterrements étaient devenus lot quotidien. Plus un visage ne s’animait d’un sourire. Forbach était ravagée. Même les enfants semblaient porter des rides. Un silence colossal semblait illustrer ce vide de joie, cette absence d’animation, cet exile de l’espoir, cette chute du temps. Tout semblait s’être arrêté dans les ténèbres de Beltane. Comment désirer demain ? Comment croire en l’évolution ? Comment avoir encore foi en l’avancée de l’humanité au rythme du temps ? Alicia s’était posé longuement cette question…

La réponse avait été à l’échelle du problème. Et le chantier qui en découlait étant bien sûr d’équivalente conséquence. Les ouvriers s’affairaient sur les échafaudages bancals contre le mur du fond au dessus du palier de jointure des escaliers reliant les ailes du château, face à l’entrée du hall. Alicia du bas des escaliers dirigeait les opérations avec autorité.
« Plus à droite ! Vous ne comprenez pas la notion de centrage !? Qu’importe le risque, je veux la voir haute ». Puis des cordes se tendirent et un lourd et large objet couvert d’une toile s’éleva, tiré à force d’homme. Car l’homme pouvait encore faire de grandes choses. Alicia voulait s’en persuader. Le budget avait été conséquent mais elle était comtesse et veuve, c’est de ne pas être dépensière qui aurait été anormal…

La Comtesse vit Lorenzo arriver à gauche de son champ de vision. Probablement le bruit et ses cris de direction l’avaient-ils dérangé dans son travail de gestion qui ne devait se résoudre à l’heure actuelle qu’à faire le décompte des victimes récentes. Alicia ne put s’empêcher de penser que le nom d’Adrien d’Hasbauer apparaissait quelque part dans ces listes, perdu au milieu d’un océan de morts. C’était tout ce qu’il méritait ! Il avait été cruel à vouloir être si bon. In vitium ducit culpae fuga… Il avait été si cruel et si bon. Les catholiques disaient ainsi que Dieu rappelait au près de lui ses anges. C’était bien stupide car ce sont les anges qui soutiennent l’humanité. Comment Forbach survivrait sans sa figure humaniste ? Le Vicomte ne méritait pas ça… Alicia sentit son œil s’embuer et respira sèchement pour réprimer toute compassion.


« Conti ! Ne vous offusquez-pas de cette acquisition impulsive… Vous pourrez le créditer à mon nom et à celui de feu mon mari. Vous n’aurez qu’à vendre son mobilier hors de prix… Ah mais suis-je bête, vous écrivez dessus ! »

C’était une façon toute à elle de lui faire comprendre sans délicatesse qu’il volait la place de son défunt mari et donc la sienne…

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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 25 Juin 2010 - 22:55

Dans son vaste bureau, le Conti observait la formation nuageuse s'avancer comme si elle avait été menée par un conquérant montant un char de quatre chevaux, de ce que les « protecteurs » de la grande ville de Rome nommait lorsque la sécurité publique était menacée. Le ciel venait déverser son lot de colère et de larmes au-dessus de la ville meurtrie, d'un point de vue chrétien c'était parfaitement compréhensible. La liste des morts qui gisait sur son bureau était effroyablement longue, aussi longue que le serait le deuil de la ville entière. Des hommes, des femmes, des enfants... L'Oracle n'avait épargnée personne. Du moins Lorenzo se plaisait à le penser comme ça, car bien entendu, il s'agissait des Inquisiteurs – dupés – qui avaient massacrés les innocents.

« Mes amis... Mes frères... Mes sœurs... »

Le glas n'arrêtait pas de sonner, honorant à chaque coup une autre personne tombée inutilement ce jour-là. Toutes ces victimes inutiles, sacrifiées sur l'autel d'une créature démoniaque, trahies par une autre, encore plus sournoises, qui s'était faite passer pour une amie, une libératrice. Beaucoup étaient tombés des nues en apprenant la nouvelle. La rumeur avait circulé incroyablement vite, s'amplifiant rapidement, dépassant, en quelques heures à peine, son premier statut. On dit que les rumeurs ne deviennent vraies que lorsque suffisamment de gens y croient assez pour la répéter à leurs proches, élargissant ainsi le mouvement, faisant de la simple rumeur, une histoire, puis de l'histoire, une réalité.

« Le Malheur a une nouvelle fois frappé Forbach. Dans son ignominie, il ne lui a pas suffit de nous faire sombrer dans les Ténèbres, il a jugé plus approprié de nous donner d'abord l'Espoir, avant de nous le retirer pour nous faire chuter d'encore plus haut. »
La liste regorgeait de noms inconnus, des gens du peuple, dont Lorenzo n'avait pas vraiment cure, il s'agissait de pauvres hommes, femmes et enfants, qui avaient eu le malheur de croire une petite fille possédée par une créature maléfique et qui en avait payé le prix fort : leur vie. Lui s'était dressé depuis le début contre cette infamie, n'avait récolté que la haine de ces gens, mais finalement ils devaient constater que la vérité avait été de son côté, que sans lui, cette ville serait le siège du démon lui-même et que, peut-être, ils ne seraient plus là pour le voir, à défaut de le servir dans une éternité douloureusement longue.

« La chute fut rude. Nous en avons tous payé un lourd tribu. Certains de nos proches ont payé de leur vie notre erreur. Mais à quoi servent les chutes ? Je vous le demande à vous. A quoi servent-elles ? A apprendre à mieux se relever. Aucun de ceux que nous avons perdus aujourd'hui ne voudrait nous voir nous morfondre dans le passé. Nous devons aller de l'avant. Reprendre l'Espoir que l'on a tenté de nous voler, reconstruire ce que l'on a tenté de détruire, reprendre le chemin de la Vertu que l'on a tenté de nous faire quitter. »

Il y avait un nom parmi ceux-ci, un nom qui ne lui était pas inconnu. Celui-ci, inscrit en lettres finement ouvragées semblait ressortir davantage à ces yeux. Ce qui est normal après tout lorsque vous ne connaissez qu'un seul nom parmi d'autres. Le Vicomte avait donné sa vie pour sa fille, comme il l'avait accepté. Forbach avait perdu plus qu'un noble en cet instant, mais bel et bien un pilier de ses fondations. Lorenz l'avait senti, mais il était suffisamment fort et détaché de tout cela pour reprendre les fondations sur ses épaules et les relever bien plus haut que ne l'avait fait le Vicomte.

« Et je vous promet que je ferai tout cela. »

La liesse qui s'en était suivie avait rassuré le Conti sur cet état de fait. Maintenant le peuple croyait en lui. Non il n'était plus le misérable parvenu-dont-on-ne-sait-d'où mais le sauveur de Forbach. Celui qui avait su lire dans le double-jeu de l'Oracle et celui qui avait su la mettre hors course alors que le drame de l'apocalypse était en marche. Il s'était abreuvé de cette reconnaissance, car c'était ce qu'il recherchait, car c'est ce qu'il voulait, car c'est ce dont il avait besoin. L'allégeance de tout ce monde était désormais acquise. Il avait su tourner à son avantage une situation qui aurait pu être catastrophique, mais cela, personne n'avait besoin de le savoir. Il était le sauveur de Forbach, son administrateur de surcroit, et cela lui convenait parfaitement.

Des cris se mêlèrent à la foule d'applaudissements de ses esprits. Secouant ces souvenirs de sa mémoire, il fit la part des choses et reconnut la voix de la Comtesse qui semblait s'agiter au lointain derrière la porte de son bureau. Reculant la chaise et délaissant la liste morbide, non sans un sourire en effleurant une dernière fois le nom d'Adrien d'Hasbauer, il sortit paisiblement avant de partir en direction de la source de ces sons. Non pas qu'ils le dérangeaient non, mais simplement pour satisfaire sa curiosité, et, pourquoi pas, pouvoir admirer quelques instants la Comtesse de Sarrebourg, ou devrait-il dire, de Forbach. Elle se trouvait là, devant le grand échafaudage bancal qui reposait contre le mur du fond du grand hall. Elle semblait si adroite en Meneuse, si sûre d'elle malgré tout ce qui venait de se passer, elle aurait eu, sans si méprendre, tous les traits d'une femme italienne, une très belle femme. Il vint se placer à côté d'elle, admirant le travail des ouvriers, tels des musiciens dirigés par un chef d'orchestre très soucieux détail. La première réaction de la Comtesse fut, sans conteste, légèrement agressive. Il ne réagit pas plus que nécessaire, et se contenta de prendre la main d'Alicia avant d'y déposer un baiser dans une révérence de convenance.


« - Il m'est également très plaisant de vous voir Comtesse. »


Il marqua un silence qui accompagna le moment du lâché de main.


« - Je n'ai aucune raison de m'offusquer. Je sais que vous avez tenu ce Château avec une main experte ainsi que des goûts raffinés et exquis. Votre travail dans les jardins ne peut que me laisser supposer que tout ce que vous entreprenez est couronné par l'or de la réussite. Quand à ce que cela pourrait coûter, laissez-moi le plaisir de régler cela moi-même, ce serait un honneur et... un plaisir. »
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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 25 Juin 2010 - 23:05

Un ouvrier tomba de l’échafaudage avec un bruit mat. Alicia serra les dents avec une expression empathique réflexe avant de hocher la tête en signe de désapprobation en se tenant la tête de la main droite. C’était le second et il vaudrait mieux qu’il ne s’agisse pas du deuxième. Ce n’était pourtant pas difficile ! La Comtesse y serait presque allée elle-même, mais sa robe de deuil obstruait un peu trop ses mouvements et son agilité. Tous les autres ouvriers s’arrêtèrent de travailler, posèrent leur regard sur le corps gémissant à terre puis observèrent la Comtesse avec une expression angoissée et presque accusatrice. Alicia ouvrit la bouche, outrée. Était-ce de sa faute à elle si l’échafaudage était bancal ? Ils l’avaient construit, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes. Elle leur fit signe de continuer, agacée. Deux hommes se saisirent du corps inerte et l’emmenèrent aux cuisines. Alicia aperçut une petite flaque de sang à l’emplacement du corps et se dit qu’il vaudrait mieux la faire disparaître avant que les autre fainéants n’y trouve un prétexte pour s’arrêter de travailler. Elle se racla la gorge pour montrer du regard la tâche à une servante. Cette dernière frotta rapidement et la récura en un rien de temps. Heureusement que les femmes étaient là pour effacer les traces de l’incompétence masculine…

Le Conti lui prit la main et la porta à ses lèvres en lui glissant à l’oreille une politesse aux antipodes de l’agressivité dont elle avait fait preuve. Ce contraste saisissant de douceur rendit ces paroles terriblement suaves. Alicia en fut à la fois agacée – c’était d’un mièvre ! – et amusée – c’était joliment galant… La Comtesse s’arrêta un instant de respirer au contact de ses lèvres. Il lui semblait que ce baisemain était d’une convenance toute naturelle, mais une certaine gêne la fit frémir, comme si ce baiser avait une connotation cachée, obscène. Probablement était-ce la texture si chaleureuse de ses lèvres qui donnait cette impression. Les lèvres italiennes avaient ce petit quelque chose d’indécent, Alicia l’avait toujours su… La Meneuse réalisa soudain combien ce geste le plus anodin de l’étiquette venait déclencher en elle toute une introspection. Cet usurpateur avait décidément le don de métamorphoser le moindre sentiment honorable en une perversion. Le respect d’un baiser devenait languissante séduction, l’espoir en un Oracle devenait ultime déception.

Là également résidait la gêne. Cet homme arrogant, suintant le vice, tyrannique, était un héros. Il les avait tous sauvés. Enfin presque tous, les plus importants, les sorcières. Alicia avait su par le biais des ragots que Lorenzo avait demandé la charge de l’Oracle exclusivement. C’est Sébastien Garin qui par sa stupide désobéissance avait mis en péril les sorcières. Lorenzo avait poursuivi l’Oracle lui-même, bravant les marais et les flammes. Il l’avait tuée lui-même tout en parvenant à sauver Alexandrine. Cet homme représentait l’état d’humanisme duquel Adrien d’Hasbauer se réclamait, il semblait presque être la réincarnation de cet idéal du Vicomte. Mais le Vicomte n’agissait pas. Lorenzo lui agissait, fort et bien. Il était l’humain tel qu’Alicia l’avait vainement cherché en Adrien quelques temps auparavant. Mais il était aussi cet homme puissant à la carrure d’acier capable de tirer le plomb des idées qu’il fondait. La Comtesse avait toujours estimé qu’un humaniste n’avait pas à s’enfermer dans un doux coton de paresse et de gentillesse pour être un bon ambassadeur de ses idéaux de tolérance et de paix. Elle estimait qu’elle pouvait être profondément humaine et défendre ses valeurs en étant la femme assurée, peut-être froide, peut-être cruelle, qu’elle était. Lorenzo en était la preuve. Quelque part, il la rassurait.

Les compliments enluminés par son silence préambule furent envisagés par la Comtesse avec un regard très critique. Il ne fallait tout de même pas oublier que Maestriani occupait présentement la place qu’elle-même aurait dû occuper. Dire qu’elle avait mené le comté d’une main experte était au choix, du domaine de l’hypocrisie ironique ou de la sincérité naïve. Donner l’exemple des jardins revenait-il à réduire son travail à des aménagements de détente futiles ou à les considérer comme élément métonymique de la grandeur de son pouvoir mystérieux ? Dans tous les cas, la mention de l’or de la réussite couronnant ses entreprises fit légèrement sourire la Comtesse ce qui lui vaudrait probablement de passer aux yeux du Conti pour l’infâme orgueilleuse dont elle avait toujours eu l’air… Pour une fois que ce n’était pas le cas ! Lorenzo lui offrit de couvrir la dépense liée à cet objet encore non identifiable qui s’élevait le long de la paroi du château. Alicia en fut rassurée car elle n’aurait jamais eu l’argent suffisant à le financer elle-même. Le Conti ne se rendait sûrement pas compte de ce que sa promesse engageait. Cette insouciance plut à Alicia car un homme prêt à pareil sacrifice aveugle était soit un saint soit un romantique séducteur.

Il l’avait dit… « un plaisir »… Alicia le regarda brusquement avec un regard taquin.


« Vous avez refusé l’Oracle et ses miraculeuses évidences d’emblée. Vous m’acceptez aveuglément, moi et mon évidente folie… Seriez-vous vous-même un peu fou ? Peut-être finalement pourrions-nous trouver un terrain d’entente. Mais il s’agirait d’un certain nombre de compromis. Les siciliens ont le sens du négoce, n’est-il pas ? »

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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 25 Juin 2010 - 23:06

Légèrement en retrait par rapport à elle, Lorenzo avait vu aussi l'homme chuter du haut de l'échafaudage avant de s'écraser sur le sol si dur en cet instant du Château. Visiblement, si ce dernier n'était pas mort, il était terriblement mal au point et surement incapable de remonter sur un échafaudage pour un bon nombre de mois, si ce n'est pas pour toute sa vie. Il ne broncha toutefois pas, ce n'était pas son affaire, pas encore en tout cas et la Comtesse sut réagir suffisamment rapidement pour qu'il n'ait pas à s'en mêler. Il observa les gardes emmener le pauvre homme infirme, si ce n'est déjà mort, et observa la tâche écarlate au sol. Il n'avait pas eu le loisir d'observer le visage d'Alicia, mais il aurait mis sa main à couper que ses traits d'expression auraient valus bien plus que le légendaire trésor des Templiers. Lorenzo s'était donc contenté de son dos, le temps qu'une servante vienne récurer en un temps record la trace écarlate d'un ouvrir plutôt malhabile. Il était étonnant de voir avec quelle fébrilité les artisans travaillaient et le Conti se demandait si l'échafaudage n'allait pas s'effondrer avant qu'ils ne parviennent à placer correctement cette mystérieuse acquisition. Quelle avait donc été l'initiative de la Comtesse de Forbach ? Difficile à dire, la forme pouvait faire penser à de nombreuses choses et s'il était une certitude, c'est qu'il ne le saurait que lorsqu'Alicia aurait décidé de lever le voile sur ce mystère, c'est-à-dire surement quelques minutes après que ce dernier n'ait été placé à sa juste place, pour sa juste valeur.

Les finances du Conti étaient loin de pouvoir être mises à terre par un achat de cette taille. Son passé lui avait permis d'accumuler nombre de richesses et de trésors, que ce soit les reliquats des restes des hérétiques qu'il avait purgé – après, bien entendu, que l'Eglise ait prit sa part – ou dans les multiples services qu'avaient du lui rendre certains nobles dont les femmes étaient un peu trop...bavardes. Il n'était pas très difficile de faire chanter un homme, du moment que vous aviez le bon rythme et le bon tempo pour lui montrer à quel point il avait intérêt à le faire. Qui plus est, ses finances étaient également maintenant celles de Forbach, et il n'y aurait rien d'illicite à faire passer une partie du budget de ce « mystère » sur les frais de reconstruction de la ville qui étaient déjà si colossale que cela ne l'augmenterait que légèrement. Non pas qu'il était nécessaire de magouiller pour arriver à ses fins, mais si l'Eglise lui avait octroyé, pour sa réussite, un fond justement sans fond pour reconstruire la ville – voyant en cette opportunité un moyen d'affermir une prise glissante – autant l'utiliser de la meilleure manière qu'il fut, ne le pensez-vous pas ? Qui plus est, Lorenzo était intimement convaincu que, comme elle l'avait dit, il aurait fallu à la Comtesse vendre quelques meubles pour se payer, seule, le luxe de ce dit mystère.

Lorsqu'elle se retourna vers lui, la lueur dans son regard ne le trompait pas. Il avait visiblement réussi à mettre de côté, au moins un instant, la brève animosité qu'elle avait montrée à son égard. Lui en voulait-elle à ce point d'avoir prit la place qui était la sienne ? Peut-être lui en voulait-elle de s'être hissé au rang de héros pour la ville ? Il n'aurait su le dire présentement, mais quelque chose lui soufflait doucement à l'oreille qu'une femme comme elle ne pourrait trouver de meilleur parti que celui qui lui offrirait le plus de pouvoir. Il n'y aurait eu qu'eux deux, dehors les ouvriers, les servantes, les nobles qui admiraient le spectacle, il se serait laissé aller à la passion soudaine et violente – telle une éruption du Vésuve – qui l'envahissait soudain. Hélas, il ne put que réfréner cela avant de lui adresser un sourire aussi charmeur qu'agréable alors qu'elle lui avouait qu'ils pourraient trouver un terrain d'entente exigeant compromis.


« - L'Oracle n'avait pas su me convaincre pleinement, ce qui est tout le contraire pour vous, Comtesse. Ne croyez pas que je vous accepte aveuglément, j'en sais bien plus sur tous les habitants de ce Château qu'eux-mêmes ne le voudraient je crois. »

Il embrassa la salle du regard, avant de reposer ses yeux ardents sur la Comtesse.

« - La négociation est un art international, pour peu que l'on soit suffisamment retors et rusé. Je ne doute pas que nous pourrions nous entendre à merveilles, avec beaucoup moins de compromis que vous ne semblez le suggérer. J'en suis même convaincu. Peut-être même me ferez vous l'honneur de votre compagnie le temps d'une amicale collation après avoir donné le point d'orgue à votre création ? »
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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 25 Juin 2010 - 23:07

À nouveau l’échafaudage grinça, diffusant une vague d’angoisse sinistre dans le grand Hall du château. Les ouvriers s’agrippèrent aux frêles poutrelles qui faisaient la structure dérisoire de ce château de carte. Alicia avait de nouveau détourné son regard du visage du Conti pour observer la scène en faisant – par sécurité - un petit pas en arrière vers Lorenzo. Elle leva les yeux au ciel en voyant le comportement frileux des travailleurs. Etaient-ils des hommes oui ou non ?! Lorsqu’encore une fois ils la regardèrent inquiets, elle leur adressa un sourire forcé et pressant. Aussitôt tous se remirent à travailler sous le regard inquisiteur de la Comtesse. Elle ne désirait pas qu’ils sapent son autorité, ça n’était jamais arrivé auparavant, Alicia n’aurait pas voulu que la première fois se passe sous le regard moqueur du Conti. Elle sentait étrangement en elle davantage un besoin de l’impressionner que de se ridiculiser… Même s’il avait des apparences et des attentions tout à fait aimables, Alicia ne pouvait faire tomber les barrières si rapidement. Il restait son rival, son obstacle, aussi virilement sicilien soit-il. Elle devait rester clairement puissante en ces lieux à défaut de pouvoir être dominante.

Il y avait entre la Comtesse et le Conti une tension presque palpable. Cette tension était présente depuis des mois, depuis le premier jour, depuis l’heure où ce traître d’Adrien d’Hasbauer avait montré triomphant la lettre de Conseil Régional refusant la régence à la Comtesse de Forbach. Cette tension avait commencé sous une déclinaison purement haineuse, telle une révolte intérieure contre un symbole, celui d’un obstacle. Puis vint le jour où Lorenzo Maestriani apparut, cette tension de haine découvrit deux nouvelles facettes : la jalousie, car cet homme allait physiquement être présent maintenant, et une ineffable attirance pour ce qui nous fait du mal. Il était beau. C’était indiscutable. Mais elle aussi l’était ! Et jamais elle n’avait succombé aux voix de son cœur – excepté pour le Comte de Forbach, romantique histoire au goût de sang. Elle devait lui tenir tête. Être séduisant ne pourrait le sauver de son courroux. C’eut été trop simple, trop puéril ! S’était donc institué un climat indescriptible au château et plus que jamais à cet instant dans ce hall. La dialectique des forces opposées qui s’attirent dans tous leurs états.

Alicia comprit d’ailleurs au bout d’un certain moment – à force de les observer fixement - que les ouvriers ne la regardaient peut-être pas qu’elle, et peut-être pas tant inquiets qu’attentifs sinon indiscrets, voire libidineux… La Meneuse se racla la gorge et fronça les sourcils pour les rappeler à l’ordre. Lorenzo lui répondait avec un amusement dans la voix qui ne pouvait laisser qu’imaginer à Alicia un sourire charmant de charmeur charmé. Elle-même esquissa un rictus d’amusement. Il prétendait en savoir beaucoup sur elle. Ah ça pour sûr, il y en avait des choses à savoir sur la Comtesse. Il y avait ce que tout le monde savait, les ragots, son histoire publique, ses attitudes rapportées et déformées. Il y avait aussi ce que les personnes vivant à ses côtés savaient en plus, ses souffrances, ses fissures apparentes mais niées, son caractère. Puis il y avait ce que ses sœurs savaient, quel genre de sorcière elle était, quels étaient ses idéaux. Et enfin, ce que personne ou presque ne connaissait d’elle, ses grands secrets, ses profondes peurs, ses vastes espoirs. Lorenzo n’en savait finalement pas tant que ça bien qu’il le crut. Pourtant… Lorsqu’il le disait, de la façon dont il le disait, dans sa façon de lui parler, de la séduire, elle avait le sentiment qu’il avait tout compris d’elle, qu’il connaissait son âme.

Alicia en eut un frisson et se retourna instinctivement vers lui. Elle fut alors saisie. Sans s’en rendre tout à fait compte, elle s’était rapprochée de lui et à présent face à face ils n’étaient séparés que de quelques centimètres. Elle pouvait sentir son souffle tiède et admirer les subtils contrastes de ses iris sombres. C’est alors qu’il lui proposa un rendez-vous plus privé. Une « collation amicale » ? Mais il ne se rendait pas compte ! À ce stade de tension, entre haine et attirance, une entrevue ne pourrait jamais avoir de clôture amicale, elle finirait immanquablement dans la violence ou la passion, peut-être les deux… Alicia était complètement perdue, elle était trop proche pour reculer, elle avait pénétré son champ de force gravitationnelle, elle allait bientôt s’enflammer et s’écraser contre lui ! Il fallait se reprendre. Cette situation était inconfortable au possible. Si les gens du château voyaient ça, Alicia perdrait définitivement son autorité de femme forte indomptable. Elle posa élégamment une main sur le torse du Conti et recula jusqu’à ce que que son bras soit suffisamment tendu pour signifier une distance raisonnable. Elle lui sourit, à la recherche d’un sujet lui permettant d’esquiver sa proposition.


« Le point d’orgue oui… On m’a dit que dans vos projets de rénovation de l’église de Zetting vous aviez pour idée d’y installer un orgue. Êtes-vous sûr qu’il s’agisse d’une priorité financièrement ? Je veux dire… Je suis la Comtesse, il est normal pour tous que je fasse d’énormes dépenses en futilités… Vous, vous êtes le dirigeant temporaire du comté. On attend plutôt de vous que vous reconstruisiez une petite église sympathique et que vous érigiez des moulins… Quels sont vos véritables objectifs Lorenzo ? »

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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Mer 30 Juin 2010 - 10:21

La manière dont elle s’était retournée… La présence de tout son être si proche de lui. Son regard fixant le sien. L’espace d’un instant il se demanda s’il n’allait pas sombrer dans ses yeux. Il jouait un jeu dangereux, un jeu dont il savait qu’il devait en rester le maître pour que cela soit intéressant et amusant. Mais la Comtesse était loin d’être une de ces femmes que l’on charme d’un regard et d’une gentille parole, loin d’être une de ces femmes frivoles qui se jettent dans les bras du premier amant un tant soit beau et musclé venu. Ces femmes là étaient insipides, il était presque dégoutant pour Lorenzo de les prendre au cours d’une nuit de « passion ». Heureusement, il y avait bien entendu tout ce qu’on pouvait en retirer, que ce soit en informations et en chantage. Certes il y avait un petit plaisir charnel, parfois même un puissant et profondément jouissant plaisir, mais rares étaient ces femmes-là, suffisamment belles et expertes. Mais la Comtesse de Sarrebourg n’était pas de ces personnes. Non pas qu’elle n’était pas belle, bien au contraire vu ce qu’il avait à présent juste sous les yeux, mais bel et bien parce qu’elle ne se jetterait pas d’elle-même dans ses bras. Il faudrait ruser, séduire, plaire, conquérir. La bataille risquait d’être difficile, mais cela rajoutait un piment non négligeable dans cette histoire. Quoi de plus beau, de plus valorisant, de plus agréable que de savourer le prix, que de faire sien le butin d’une lutte plus qu’ardue ? Non il n’y avait que plus de plaisir là où il y avait plus difficulté, c’était certain.

Il ne réagit toutefois pas lorsque la Comtesse posa une main gracieuse et élégante sur son torse pour mettre une distance raisonnable entre eux deux. Lorenzo ne s’y trompa pas. Elle avait mit un écart entre deux car elle se savait défaillir, certes il y avait le protocole, mais il s’agissait surtout ici de sauver les apparences, il en était certain. Un premier pas vers la victoire finale. Voilà pourquoi il s’autorisa un léger sourire alors que la Comtesse s’éloignait de lui. Arrogant ? Peut-être, mais pas plus que tout Italien qui se respecte, plutôt conscient de pouvoir de séduction qu’il pouvait exercer sur n’importe quelle femme. Les séduire n’était qu’une question de temps, aussi indomptable, ou fidèle, qu’elles fussent. Et le combat contre la Comtesse n’y fera pas exception, il serait même peut-être étonnamment plus court que prévu. Cette dernière éluda d’ailleurs sa proposition avant de passer à un sujet plus trivial, plus général, moins personnel. Elle était en position de faiblesse face à lui, elle le savait, et elle refusait de glisser sur une pente savonneuse au risque de tomber. Mais la question était plutôt : refusait-elle car elle ne désirait pas succomber, ou refusait-elle car son corps ne demandait que de succomber mais qu’elle voulait sauvegarder un semblant d’apparences ? Le choix était difficile, mais bientôt cela n’aurait plus aucune importance.

Le Comte se retourna pour contempler le travail des ouvriers avant de reprendre, de sa voix si calme et grave, son accent italien amenant toujours autant de soleil dans ses propos :


« - Bâtir sur des ruines est souvent synonyme de reconstruction à l’identique pour beaucoup de personnes. Vous devriez savoir que je n’aime pas faire comme tout le monde. Je ne veux pas reconstruire Forbach telle qu’elle était avant. Je veux reconstruire Forbach sous un autre jour, pour tourner la page sur le passé et ouvrir une nouvelle ère. »

*Mon ère…* Pensa-t-il pour lui, avant de reprendre.

« - L’orgue de l’ Église de Zetting n’est qu’une facette de ce projet. Beaucoup de choses doivent changer, c’est notamment pourquoi il va de soi que je m’occuperais de financer votre projet ici-même, tout cela s’accorde avec mon souhait de renouveau.

Il marqua une pause avant de poursuivre.

« - Quant aux finances de la ville, ne vous en faites pas, elles ne souffriront pas plus que les votre pour mes projets ambitieux. Ce qui permettra surement d’allouer des fonds pour des projets d’embellissement de la ville, que, peut-être, vous pourriez diriger pour moi. »

Son regard n'avait pas quitté le mystérieux projet pendant tout son discours, sauf lors de la dernière phrase, où ses iris sombres s'étaient posés sur la Comtesse dans un regard bien plus profond qu'il ne pouvait paraître.
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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Jeu 1 Juil 2010 - 0:44

L’objet voluptueusement drapé atteignit le point fixé par Alicia haut sur le mur du Hall d’entrée du château. Alicia adressa un sourire de satisfaction à l’œuvre à l’extremum de son ascension et les ouvriers attentifs à la moindre expression de la belle Comtesse purent en déduire qu’ils pouvaient fixer la chose. Au même instant, Lorenzo rebondissait poliment sur la soudaine digression brandie par la jeune femme décontenancée par la fougue du cœur de l’homme au diapason du sien. Sa diversion n’eut d’autre effet que de lui rappeler combien elle avait en commun avec cet homme. Si ce Conti sicilien était à Forbach c’est qu’il devait posséder quelques qualités évidentes flottant dans la mer lexicale de l’arrivisme, de l’opportunisme, de la manipulation et de la stratégie. Il était visiblement homme de caractère au grand charme, le tout relevé d’une pointe d’arrogance terriblement justifiée… Oui, Alicia se retrouvait un peu en cet homme venu d’ailleurs. Et voilà qu’il lui présentait sa vision de l’évolution comme une reconstruction au-delà des ruines, au-dessus des vestiges, avec en bonus une note d’originalité. Alicia de Sarrebourg avait rêvé une nouvelle tribu plus puissante et plus moderne. Lorenzo Maestriani désirait une nouvelle ville plus belle et plus innovante. Le souhait d’une nouvelle ère était dans leurs cœurs respectifs comme à tout bon enfant de la Renaissance. La connexion entre leurs idéaux était indéniable…

Puis la proposition tomba comme une foudre s’abat sur la terre le temps d’un éclat superbe saisissant le firmament. Lorenzo lui proposa de diriger des travaux d’embellissement de la ville… C’était grossièrement une belle tentative de l’occuper à des tâches d’esthétique globale et sans importance capitale, certes. Mais il s’agissait déjà d’une invitation à s’intégrer dans la rénovation de Forbach. Alicia observa d’un air taquin le beau sourire du Conti. Seigneur, il savait comment lui parler, où aller la chercher. Il savait probablement qu’elle y voyait déjà l’aspect stratégique de la manœuvre derrière le charme italien, mais il savait certainement aussi que la proposition lui réchaufferait le cœur. Il ne l’évinçait pas absolument comme le Conseil Régional le sous-entendait clairement dans la lettre adressée à feu Adrien d’Hasbauer. La Meneuse quant à elle savait qu’une fois dans la pyramide, même au plus bas, il était possible de monter au sommet, ce n’était qu’une question de relations. Lorenzo lui permettrait de diffuser posément son influence. Europe fricotait avec le chef de l’Inquisition, si ce dernier n’avait pas d’autres affaires le poussant à un absentéisme frigorifiant pour ses collègues, c’eut pu être une position stratégique fatale pour le Lys. Une brèche lumineuse s’ouvrait pour Alicia face au dirigeant temporaire officiel du comté. Elle ne devait pas se montrer trop commode, néanmoins trop de caprice risquerait de gâter la patience du Conti.


« C’est tout à fait gentil de votre part de me pourvoir un rôle aussi… ornemental. Je me ferai un honneur de vous aider à tailler un nouveau visage à cette ville et à ce comté de pierre brute. J’accepte de diriger les projets… pour moi. »

Le ton était donné : je sais être gentille et condescendante mais je reste altière par principe. Alicia sourit, amusée, à Lorenzo puis tourna son regard vers l’œuvre voilée et perchée. Elle venait d’être fixée au mur. Un homme sortit de derrière l’un des épais tissus protégeant l’objet et fit signe à ses camarades et à Alicia que tout était réglé. « Vous pouvez disposer ! » cria la noble avec excitation. Tous s’affairèrent à démonter l’échafaudage puis se retirèrent. La Meneuse de frottait les mains en s’approchant de la chose monumentale accrochée au mur. Une corde reliée aux draps trainait légèrement au sol. Alicia s’en approchant avec dans le regard cette lueur affolée d’un enfant à la découverte d’une orange à Noël. Elle saisit doucement la corde en retournant vers Lorenzo avec une moue puérile signifiant toute la conscience de son irraison. Elle la caressa délicatement jusqu’à ce que sa main fut au plus haut de ce que son bras pouvait saisir de la corde. La jeune femme afficha enfin un sourire presque carnassier et tira brutalement pour que les voiles grisâtres s’effondrent sur le sol avec la grâce d’une brume, découvrant ainsi une horloge mécanique monumentale. Elle était finement sculptée dans les moindres détails, le cadrant entièrement doré, les aiguilles et les chiffres ciselés. La Comtesse rejoint Lorenzo pour observer l’horloge de plus loin déjà satisfaite de l’œuvre comme si elle était d’elle.

« Alors Lorenzo, qu’en pensez-vous ? »

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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Jeu 1 Juil 2010 - 11:20

Lorenzo assista à la montée du volumineux objet vers les sommets du Hall tandis que la Comtesse semblait fixer le firmament d’où son acquisition pourrait dominer l’ensemble des Nobles qui traverseraient le Hall et tomberaient à la renverse devant une telle chose, si majestueuse, du moins le pensait-il à la vue des formes qui se dessinaient sous les voiles grisâtres entourant de mystères ledit objet comme la brume enveloppait de mystères la ville de Forbach à une heure un peu plus sombre encore, et comme elle le fait souvent lors de matinée fraîche et humide. Ainsi la Comtesse s’imposerait à tous et à toutes sans même que sa présence ne soit nécessaire, étendant ainsi davantage son influence sur le Château même si elle avait été écartée sournoisement du pouvoir par les sombres machinations du Haut-Conseil de Lorraine. Il s’agissait là d’un magnifique pied-de-nez à cette institution qui n’en saurait probablement jamais rien, sauf bien entendu si quelqu’un rapportait ce fait ; il faudrait toutefois pour cela que quelqu’un comprenne les intentions d’Alicia de Sarrebourg et ne voit pas seulement une envie de décorer le Hall du Château par une quelconque création d’artiste, ce qui n’était pas gagné d’avance étant donné le niveau d’intelligence moyen des petits Nobliaux de ce Château. Le secret de la Comtesse était ainsi bien gardé et ces pauvres ères sans cervelles ne cesseraient de l’admirer, elle, en admirant ce mystérieux objet qui serait bientôt révélé. Le Comte afficha un léger rictus d’amusement en imaginant tout ces pauvres Nobles presque béats d’admiration pour le goût de la Comtesse. Cette femme aimait le pouvoir, c’était évident, elle ne devait rêver que de cela. Et que veulent les gens de pouvoir ? Plus de pouvoir. Cela il était bien placé pour le savoir. C’était notamment pourquoi il lui avait proposé de prendre une place dans la reconstruction de Forbach. Certes, mineure, car l’embellissement n’était pas vraiment une chose importante, mais une place tout de même, et à partir de cette place, rien ne l’empêchait de peut-être en ravir d’autres, une après l’autre, ou peut-être, si elle le désirait, de choisir directement la place la seule place la plus haute accessible pour elle : à ses côtés.

Concernant les Nobles, le Comte avait déjà fait le tour du propriétaire depuis longtemps et la Cour de la ville de Forbach ne dérogeait pas aux règles des Cours en général, comme la Cour Royale où il avait longtemps officié. Il aurait déjà pu prendre une dizaine de femmes quelconques dans son lit sans que leurs pauvres niais de maris ne s’en rendent seulement compte. Pour autant, cela ne l’avait pas intéressé le moins du monde, même pas pour s’offrir un peu de plaisir, car il n’y avait aucun plaisir à faire choir une femme plus faible moralement qu’un vieux cheval aux portes de la mort. Non, il avait eu le loisir de côtoyer des femmes beaucoup plus fortes, plus sûres d’elles, et ces femmes-là lui apporteraient un plaisir sans limites s’il parvenait à les faire chuter. Bien entendu, certaines d’entre-elles étaient tout bonnement inaccessible, comme la Vicomtesse Elisabeth d’Hasbauer, trop fidèle et amoureuse de son mari, même dans la mort, ni celui d’Europe Eleonora-Sun, qui avait visiblement trouvé l’amour dans les bras du Chef de l’Inquisition Louis Institoris. Une union aussi hétéroclite qu’interdite, mais qui avait au moins le mérite, elle, d’être intéressante. Il était toutefois sûr qu’il ne valait mieux pas que cela se sache en haut-lieux, cela pourrait créer quelques incidents regrettables, enfin ce n’était pas ses affaires. Mais de ces femmes fortes, il y avait surtout la Comtesse de Sarrebourg. De toutes ces femmes, c’était, à ne pas en douter une seconde, la plus intéressante. Manipulatrice, fatale, une arrogance sans nulle autre pareille, une volonté sans faille… Elle était son propre reflet féminin, une personne qu’il ne pouvait pas mieux comprendre puisqu’elle était comme lui. Un avantage comme un inconvénient, mais au moins il savait sur quel registre jouer et quels mots utiliser pour la faire plier à sa volonté. Elle ne pourrait s’en servir, car il avait le pouvoir qu’elle désirait, à moins, bien entendu, de jouer son jeu mais là où il n’avait rien à perdre, elle, avait tout à gagner, ce qui était une différence primordiale. Elle pouvait marchander tous les accords qu’elle souhaitait, aucun, vraiment aucun de ces marchés, à part celui que lui laissait envisager Lorenzo ne pourrait lui donner la satisfaction à laquelle elle aspirait.

Elle devait être consciente de cela, forcément, et son regard en disait long sur cela. Il était certain qu’elle ne laisserait jamais passer une telle occasion. Oh, bien sûr elle résisterait quelques temps, histoire de faire bonne impression mais seulement parce qu’il y avait une image à faire valoir. Si elle avait pu le faire, elle se serait jetée depuis longtemps dans les bras de Lorenzo. Mais il y avait les convenances, la réputation, les rumeurs qui auraient pu circuler, pleins de petits désagréments qu’il vaut mieux éviter lorsque l’on cherche à s’assurer une mainmise ou une adoration. Certains auraient trouvé cela décadent, dégradant, honteux, et certaines n’auraient pas compris et auraient peut-être remis en doute l’autorité légitime de la Comtesse. Et de cela il était parfaitement hors de question. Qu’importe, cela Lorenzo pouvait le comprendre, il devait également faire pareil, même si dans son cas, personne ne s’autoriserait à jaser, de peur de voir tomber quelques représailles, car de cela, le Comte était capable. Tout le monde connaissait sa réputation à la Cour, et c’était bien cela qui était intéressant, de savoir qu’il était craint, sans même avoir à faire quoique ce soit pour cela dans ce Comté, au sein de ce Château, ce qui lui permettait de concentrer sur le seul objectif qui en vaille vraiment la peine : Alicia. Cette dernière lui adressa un sourire amusée après avoir répondu à sa proposition. Elle avait accepté sous condition, mais ce n’était là que faux-semblants. Elle serait sienne sans retenue, il le savait, cela ne demanderait qu’un peu de temps, c’est tout.

Il assista ensuite à la révélation. Les ouvriers avaient finalement réussi à installer le monumental objet à la hauteur souhaitée et s’étaient occupés des fixations. La Comtesse le fit disposer, ce qu’ils firent avec zèle et célérité. Ils n’avaient qu’une envie, quitter les lieux, c’était évident, mais qu’importe, ce n’était pas important. Une fois l’échafaudage démonté et les ouvriers disparus, la Comtesse eut l’air d’une petite enfant à l’heure d’un anniversaire devant le plus gros des paquets qui forment le tas de cadeaux. La voir ainsi se saisir de la corde qui servirait à retirer le voile de mystère sur cette chose fit sourire Lorenzo. Décidément, il n’y avait pas d’âge pour redevenir enfant, et à vrai dire, cela lui allait plutôt bien, même s’il la préférait comme femme, plutôt qu’enfant. Une question d’éthique sur le désir surement. Enfin les voiles glissèrent vers le sol, s’affalant les uns sur les autres dans un bruit léger et mat. Dans leur chute, ils révélaient une gigantesque horloge mécanique finement travaillée et réalisée avec le plus grand soin. Il n’avait jamais vu d’œuvre pareille et s’émerveillait du brio des artisans qui s’étaient surement tués à la tâche pour une réalisation si parfaitement réussie. La Comtesse se plaça à ses côtés pour mieux admirer son œuvre et lui demanda son avis. Posant son regard sur elle, il répondit :


« - J’en pense que j’ai eu totalement raison de faire confiance à votre goût et votre talent indéniable et que j’en ai eu pour mon argent. Vous venez de me re-démontrer, bien que cela n’était pas nécessaire, que vous êtes la femme parfaite pour la situation actuelle. Je suis intimement persuadé que vous parviendrez à faire de Forbach une ville meilleure qu’elle ne le fut jamais. Comme vous tentez de le faire depuis toujours, envers et contre tous ceux qui ne comprennent pas que vous faites cela pour eux, que vous voulez apporter un nouvel ordre, plus juste, plus beau, et non le chaos comme ils se plaisent à le croire.»

Il tourna ensuite les talons dans un sourire mystérieux et s’éloigna vers son bureau, tout en rajoutant :

« - Peut-être pourriez-vous passer me voir à l’occasion, pour que vous puissiez me faire partager vos idées pour Forbach, nous pourrions ainsi commencer notre tâche… Main dans la main. »
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MessageSujet: Re: À l'Heure d'une nouvelle Alliance   Ven 16 Juil 2010 - 13:19

La Comtesse admirait l’horloge monumentale. Elle avait accroché un peu de beauté sur un mur de misère. Elle avait remonté le mécanisme du temps pour introduire un nouveau rythme régulier au château et au comté. Aux heures les plus sombres de Forbach, après le décompte cruel de tous ces morts, Alicia avait voulu se rappeler que la vie était un don abject mais merveilleux. Nul ne le répèterait jamais assez, « Carpe diem quam minimum credula postero ». Bravant tous les obstacles, le temps poursuivait sa route sans jamais ciller. Pour vivre pleinement sa vie il ne fallait pas courir après le temps et souffrir dans son ombre mais le chevaucher comme une licorne fantastique pointant droit vers le soleil. Il fallait rester au devant de la course pour cueillir le jour avant qu’on ne vous le fauche. Alicia s’en faisait la promesse et signait un pacte avec elle-même en s’imposant une horloge hors de prix à sa vue chaque jour en espérant que d’autres qu’elle comprendraient l’importance de vivre l’instant malgré les morts et les larmes du passé. Oui, au final Alicia était bien moins amorale que ne le laissaient entendre ses détracteurs. Elle désirait cet ordre nouveau tel que Lorenzo l’avait senti.

C’en était même dérangeant tant de perspicacité de la part d’un étranger. Il parlait de ce désir de révolution, de ces gens luttant contre ses changements, et ce « depuis toujours » comme s’il pouvait connaître son histoire… Toutes ses paroles trouvaient – dans une idéologie de renaissance très vague – des dénominations très justes… trop justes. Lorenzo Maestriani savait quelque chose. Ce n’était pas la première fois que ses allusions tombaient très justement. Et si il savait qui elle était, pourquoi ne l’arrêtait-il pas ? Peut-être car sa passion l’emportait sur sa raison. Lorenzo pourrait-il être amoureux ? Amoureux d’elle en sachant qu’elle était une sorcière ? Si tel était le cas Alicia allait bénéficier de la plus puissante protection qu’elle puisse rêver pour elle et les siennes. Elle avait soudainement envie de le remercier et d’être plus proche du Conti mais ne se résolvait à se laisser prendre si rapidement. Elle le désirait pourtant. Aussi préféra-t-elle taire ses soupçons sur l’innocence des paroles de Lorenzo et plaça une allusion sur sa deuxième phrase :


« Sachez Lorenzo que je suis la femme parfaite pour bien des situations »

Sa réplique accompagnée d’un sourire ne pouvait laisser le Conti de glace. Pourtant il partit sourire aux lèvres en l’invitant toujours à prendre part à ses projets. Alicia était restée plantée sur place, paralysée par l’étiquette et ses sentiments brouillons. Si cet homme la connaissait trop bien, il en devenait clairement dangereux, devait-elle s’en approcher ? Si elle ne s’en approchait pas il pourrait s’avérer plus dangereux encore. Mieux valait-il avoir le Diable sous les yeux que dans le dos. Alicia hésita longuement dans sa stupeur puérile puis après avoir jeté un ultime coup d’œil à l’horloge lourde de sens, accourut soudainement jusqu’auprès de Lorenzo. Elle ne pouvait qu’accepter de travailler avec lui « Main dans la main » et le signifia en lui prenant délicatement la main, faisant fi des quelques gens de service présents qui n’attendaient pathétiquement que ça et qui ne purent retenir une onomatopée de surprise. La Comtesse acceptait si vite les avances du comte sicilien ? Non mesdames et messieurs, Alicia écoutait enfin la voix de son cœur.

« J’ai des tas d’idées, soyez en sûr. Allons donc prendre cette collation dont vous m’aviez parlé. Regarder ces ouvriers soulever l’horloge si lourde m’a affamée. Ne perdons pas plus de temps, car le temps passe et change les gens or je ne suis pas sûr d’être encore d’humeur à vous supporter demain. Allons changer Forbach en l’imaginant : Forbach dans quinze ans… »

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