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 Deux sœurs pour Forbach

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MessageSujet: Deux sœurs pour Forbach   Mer 7 Juil 2010 - 22:15

Mattea remontait lentement l'allée principale de Forbach, l'âme en quête d'apaisement. Officiellement, elle faisait une promenade digestive pour se remettre du repas trop copieux servi à l'Auberge de la Croix-Rousse. En fait, elle avait plutôt besoin de réfléchir tranquillement. Les événements s'étaient enchaînés trop vite pour lui laisser de loisir de se repérer et de comprendre ce qui lui arrivait réellement. Elle n'avait pas encore répondu aux lettres d'Amaël : ses idées manquaient tellement de clarté qu'elle ne parvenait pas à les mettre par écrit.

Pourtant, elle avait appris beaucoup de choses. Elle s'appelait Cassandra, elle avait une sœur jumelle appelée Viviane et les gens qui la reconnaissaient à Forbach désapprouvaient son entrée dans les ordres. Elle avait eu deux visions très proches l'une de l'autre, qui lui avaient montré à quoi ressemblaient deux personnes de sa famille. Elle n'osait croire qu'il s'agissait de ses parents, pour se protéger d'un démenti trop dur à accepter. Elle s'était souvenue du rituel auquel elle avait été soumise avant de perdre sa mémoire. Elle différenciait les robes blanches des robes noires, mais seules les blanches – Olrun – l'intéressaient. Voilà tout ce qu'elle savait. C'était bien mince, mais c'était plus que tout ce qu'elle avait espéré trouver. Et là, elle hésitait sur la marche à suivre. Comment faire pour retrouver rapidement mais efficacement la trace de Viviane ? Comment l'aborder, alors même qu'elle ne savait rien du contexte de leur séparation ? Comment renouer avec cette vie dont elle ignorait tout ?

Tout en envisageant les différentes possibilités qui s'offraient à elle, Mattea laissait son regard errer sur la foule qui l'entourait. Elle marchait d'un pas très régulier, celui qu'elle avait adopté depuis son entrée au carmel. Et soudain, elle la vit.

Elle marchait en sens inverse et venait vers elle. Et Mattea sut aussitôt que c'était elle, sa jumelle. Les mêmes cheveux flamboyants, les mêmes yeux verts, la même peau de lait... tout y était. Mattea s'arrêta brusquement. Viviane ne l'avait pas encore vue. Elles allaient se croiser sans que Mattea parvienne à faire un geste, pétrifiée par la confrontation qui s'annonçait. Elle, la Carmélite sans peur, était terrifiée par son double. Alors c'était vrai, l'Oracle n'avait pas menti ? Seigneur, elle retrouvait enfin son passé ! Mattea ne parvenait pas à esquisser le moindre mouvement, alors même que c'était un terrible coup de chance que de croiser cette femme ici et maintenant. Au moment même où elles se croisaient, les deux femmes se regardèrent. Les yeux de Mattea exprimaient l'effroi et le reproche, alors que les yeux de Viviane n'exprimaient que la surprise la plus pure, sans doute parce qu'elle venait seulement de comprendre ce qui se passait.

Les deux femmes restèrent là, face à face, sans oser bouger. Mattea ne cessait de détailler Viviane, osant à peine respirer, comme si sa sœur n'était qu'une fragile apparition pouvant disparaître au moindre bruit. Le monde s'était arrêté. Ne comptait plus que sa jumelle retrouvée, et ce qu'elle avait à lui dire. Émue au-delà des mots, sentant des larmes au coin de ses yeux, Mattea porta lentement la main à son voile qui ne dévoilait que quelques mèches rousses, puis l'enleva d'un geste sec, pour découvrir sa longue chevelure de feu. Elle réalisa à ce moment-là que sa main tremblait. Son cœur menaçait d'éclater. Ses jambes menaçaient de la lâcher à tout moment. Elle aurait voulu se jeter dans les bras de Viviane et pleurer contre son épaule, mais elle ne pouvait pas. Sa spontanéité, elle l'avait perdue au service de l'Église. Désemparée, Mattea finit par dire, maladroitement :

- Vous êtes Viviane, n'est-ce pas ?

Elle observa encore les mains fines de sa sœur, son cou gracile et dégagé, ses bijoux de femme aisée et sa taille joliment mise en valeur par une robe seyante. Elle avala avec difficulté. Si sa famille était aisée, pourquoi s'était-elle retrouvée dans un carmel ? Pourquoi une bienfaitrice inconnue s'était occupée d'elle ? Elle devait savoir, c'était vital. Alors, elle continua d'une voix rauque :

- Pourquoi ne m'avez-vous jamais cherchée ? Pourquoi m'avez-vous abandonnée ?

Mattea se sentit misérable. Mais c'était le cri de son âme. C'était une blessure qu'elle portait depuis trop longtemps, comme un coup de soleil qui fait mal encore longtemps après. Elle avait eu de la chance qu'une bienfaitrice s'occupe de son avenir, elle le savait, même si elle regrettait le choix qu'elle avait été forcée de faire en prononçant ses vœux. Depuis son arrivée à Forbach et la nouvelle qu'elle avait une famille vivante, Mattea ne cessait de se demander le rôle exact que cette dernière avait joué. Qu'était-elle, pour eux ? Qu'étaient-ils, pour elle ? Allait-elle être repoussée sans ménagement ? Quitterait-elle Forbach à la nuit tombée en versant de nouvelles larmes amères ?
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Mer 7 Juil 2010 - 23:34

Plongée dans ses pensées, Viviane se promenait en ville sans regarder vraiment où elle allait, laissant ses pas la guider. Depuis la mort de son père, c’était devenu une habitude, elle n’aimait plus rester de longues heures, seule, chez elle. Ces derniers jours, devant reprendre entièrement la gestion du commerce, elle n’avait pas beaucoup eu le temps pour voir des gens, mais elle n’avait pas manqué de sortir au moins une heure tous les jours. La colère et la tristesse qui la rongeaient n’avaient pas diminué. Elle se sentait divisée, hésitant perpétuellement entre haine et chagrin… La mort de Touchedieu avait été vu comme une bénédiction pour de nombreuses personnes mais elle n’avait pas le moins du monde soulagé Viviane comme elle l’avait cru au premier abord. Pourtant, elle avait cru qu’assister à son exécution lui ferait du bien, mais rien. La jeune sorcière n’avait pourtant pas manqué de lui crier sa haine au visage, comme de nombreuses autres personnes dans la foule qui assistait à la pendaison.

Relevant un instant la tête, elle fut surprise de constater qu’elle se trouvait sur la Grand Rue, d’habitude, elle l’évitait parce que les foules trop denses la mettaient mal à l’aise depuis le fameux soir sur le parvis. Non pas qu’elle panique et doive s’en aller en courant, mais elle se sentait oppressée et préférait flâner dans des coins plus tranquille. Depuis quelques jours, elle avait cessé de pensé à Cassandra, remettant à plus tard son voyage, dans l’espoir de s’être un peu remise des derniers événements. La mort d’Hadrien l’avait grandement attristée, sans qu’elle ne le connaisse vraiment bien, elle avait de nombreuses fois eu des discussions très intéressantes avec lui et regrettait profondément sa mort. Il était trop tard maintenant pour lui dire qu’elle aurait aimé discuter encore avec lui… De ton son être, elle espérait que pour Cassandra, il ne serait pas trop tard. Mais alors qu’elle laissait son regard se promener sur les passants, ses yeux s’arrêtèrent sur un voile.

La silhouette lui semblait étrangement familière et elle ne comprenait pas pourquoi. Jamais elle n’avait été liée avec des religieuses, et encore moins ces derniers temps. Tout en s’approchant d’elle, elle comprit sans l’ombre d’un doute qu’elle venait de retrouver sa sœur. La stupeur qu’elle éprouvait devait se lire sur son visage. Cassandra, religieuse ? D’un seul coup, elle sentit un immense bonheur l’envahir, malgré l’étrangeté de la situation. Enfin, elles s’étaient retrouvées, et jamais au grand jamais, Viviane ne laisserait les événements les séparer à nouveau. Sa joie fut de courte durée. Le regard que Cassandra lui adressait était loin d’être amical. La sorcière ne sut si c’était de la haine ou de la peur. De la peur ? Comme Cassandra pouvait-elle avoir peur ? C’était elle qui consolait et rassurait Viviane quand les orages étaient violents, quand leurs parents se disputaient à propos de l’attitude à adopter vis-à-vis de l’Inquisition…

Soudain, la réalité des choses la frappa, Cassandra devait faire partie de l’Inquisition elle aussi, c’était la seule chose qui pouvait justifier sa présence ici puisqu’il n’y avait pas de couvent. Désemparée, folle de joie et de tristesse en même temps, Viviane avait l’impression que son cœur allait éclater d’un trop plein d’émotions contradictoires. Une larme s’échappa de ses yeux en même temps que Cassandra. Leur rencontre semblait si irréelle… Ce fut seulement lorsque Cassandra prit la parole que Viviane revint sur terre.

- Je… oui… c’est moi…

Mais quelque chose n’était pas normal dans tout cela. On avait effacé la mémoire de Cassandra à l’époque. Viviane s’en souvenait encore parfaitement, elle revoyait les robes blanches emmener sa sœur, le pentacle, elle réentendait les cris, encore et encore dans ses cauchemars les plus sombres. Comment dès lors Cassandra pouvait-elle l’avoir reconnue ? Il fallait admettre que la ressemblance était très troublante, même après toutes ces années de séparation… Même un malvoyant verrait le lien entre elles, surtout que Cassandra venait de retirer son voile, laissant sa longue chevelure rousse se déployer librement sur ses épaules. Mais le prénom ? Comment diable pouvait-elle connaître son prénom ? Avait-elle retrouvé ses souvenirs ? Quelqu’un l’avait-il aidé ? Comment Viviane pourrait-elle l’interroger discrètement sans qu’elle ne s’en rende compte ? Si quelque chose n’avait pas fonctionné correctement lors du rituel ou par la suite, Europe devrait en être informée.

Les reproches de Cassandra à son encontre firent ressurgir une culpabilité qu’elle n’avait plus ressentie depuis longtemps. Elle vit le regard de sa sœur s’attarder sur ses vêtements et songea qu’elle avait mal choisi son jour pour sortir avec des nouveaux vêtements particulièrement raffinés. En face d’elle, Cassandra, vêtue d’une simple robe de religieuse avait piètre allure. Comment savoir ce qu’elle pouvait et ne pouvait pas dire sur leur passé ? Comment justifier son ignorance par rapport à l’a disparition de celle qui comptait le plus pour elle ? Tant de questions, et si peu de réponses… Il devait en être de même pour Cassandra, en face d’elle, qui attendait une réponse de pied ferme. Au moins, songea Viviane avec un demi-sourire, à ce niveau- là, elle n’avait pas changé.

Pour répondre à Cassandra, elle hésitait entre la colère et la joie. Se voir accusée de ne pas l’avoir recherchée la blessait, mais elle comprenait ce que sa sœur pouvait ressentir. C’était la même chose qu’elle, mais en pire…

- Écoute… La situation est bien plus compliquée qu’il n’y paraît. Ce qu’il est important que tu saches avant tout, c’est que je n’ai eu cesse de te chercher depuis ta disparition, il y a de cela plus de dix ans… Mais les parents n’ont jamais rien voulu me dire te concernant, et tout le monde semblait ignorer ce qu’il s’était passé. Je n’ai pourtant jamais abandonné mes recherches. Tu me manquais Cassandra, terriblement !

Des demi-mensonges… C’était la seule solution : rester au plus proche de la vérité tout en ne dévoilant pas les choses essentielles. Jamais Cassandra ne serait satisfaite avec les réponses qu’elle avait à lui offrir, mais c’était toujours mieux que rien.

- J’ai appris il y a seulement quelques jours que certains t’avaient vue dans un monastère non loin d’ici. Si je ne me suis pas précipitée là-bas, c’est qu’il y a eu des événements imprévus qui m’ont empêché de venir. Je suis désolée de te l’apprendre comme ça, mais notre père est mort la semaine dernière…

Dans ce genre de situation, que convenait-il de dire à quel moment ? Viviane ne savait pas si elle avait bien fait de lui annoncer de but en blanc que leur père venait de mourir, mais c’était la seule raison pour laquelle elle ne s’était pas précipitée chez les Carmélites. Il faudrait aussi qu’elle annonce à sa sœur que leur mère était morte peu de temps après sa disparition, écrasée par un chagrin trop lourd à porter pour une mère. Viviane ne savait plus quoi ajouter et dans quel ordre, elle se sentait totalement désarçonnée. Des larmes roulèrent à nouveau sur ses joues, et d’un geste mi-rageur, mi-désemparé, elle les essuya. Elle s’était jurée de ne plus jamais pleurer…
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Mer 14 Juil 2010 - 18:42

Entendre la voix de Viviane ramena Mattea plusieurs années en arrière. Avec une acuité qu'elle n'espérait plus, elle vit alors deux gamines rousses courir comme des folles dans les rues, murmurant des mots sans aucun sens. En fait, elle voyait les lèvres de la petite Viviane murmurer des choses qu'elle n'entendait pas. Elle ressentait leur ancienne complicité au plus profond d'elle-même, comme un baume apaisant sur une sourde brûlure. C'était un sentiment de plénitude indescriptible, comme Mattea ne l'avait jamais ressenti de toute sa vie de Carmélite. Elle ressentait ce que le passé lui cachait, mais que sa jumelle allait maintenant lui expliquer. Viviane l'avait dit, elle ne l'avait pas abandonnée. Et Mattea la croyait, avec l'innocence et la naïveté de ceux qui ont trop souffert pour encore se méfier après avoir atteint leur but. Elle avait passé la dernière décennie à se méfier, elle pouvait bien se relâcher un peu. Se reposer, enfin. Découvrir sa famille.

Mais quelle famille ? Viviane était là, mais Mattea ne comprenait pas plusieurs choses : sa jumelle affirmait que leurs parents n'avaient jamais voulu lui dire où elle se trouvait. S'ils cachaient ce qu'ils savaient – mais que savaient-ils exactement – c'était donc qu'elle était en mauvais termes avec eux ? Touchée par le tutoiement de Viviane mais incapable d'effacer dix années en instant, Mattea dut se résoudre à continuer avec le vouvoiement. Cela lui pesait terriblement, car elle aurait voulu avoir la spontanéité nécessaire pour reprendre leur relation là où elle s'était arrêtée. Toutefois, c'était impossible, et elle le savait.

- Pourquoi ne voulaient-ils pas vous dire ce qu'ils savaient ? J'étais en disgrâce ? Je m'étais disputée avec eux ? Je...

Mattea regarda Viviane, perdue. Il fallait qu'elle lui dise, maintenant, avant d'entamer un dialogue de sourd. Peinant comme un poisson hors de l'eau parce qu'elle allait dire à une personne devenue inconnue son plus grand secret, Mattea regarda les cheveux roux de sa jumelle, puisant dans leur ressemblance le courage nécessaire. Elle savait qu'autrefois, Viviane et elle avaient été inséparables, mais c'était difficile de tirer un trait sur son absence. Sentant sa haine pour les sorcières s'accroître un peu plus, mais voulant faire preuve de bonne volonté envers cette sœur tombée du ciel, qui pouvait l'aider à se reconstruire, Mattea murmura, d'un ton si bas qu'il en était difficile à entendre :

- Je... c'est... c'est difficile à expliquer, mais... je ne sais... plus rien. Je suis... amnésique. Seules les choses les plus... importantes me sont revenues.

Elle se sentait mise à nu, et elle détestait ça. Mais elle n'aurait pas de seconde chance : il fallait maintenant que Viviane comprenne à quel point elle avait besoin d'elle. Elle pensa à l'Oracle. Ce démon qui lui avait tout de même appris la vérité. Pourquoi ? Mattea ne se l'expliquait pas. Mais une chose était sûre : elle ne maudissait pas cet être maléfique comme tout Forbach.

- Et... quelqu'un m'a appris que... t... vous étiez ma jumelle.

Le tutoiement avait failli lui échapper. Elle se maudit de ne pas avoir su le conserver. Elle avait envie de se retrouver au coin du feu de la maison familiale, de s'asseoir paisiblement et d'entendre Viviane dire que tout irait bien, maintenant. Mais c'était tellement plus compliqué... Et leur père qui était mort. Mattea avala péniblement sa salive. Voilà qu'elle se découvrait un père, quelques jours trop tard. C'était une sensation étrange que celle du vide. Sa vie de Carmélite avait été une longue et interminable sensation de manque, et une des seules personnes capables de combler ce manque venait de mourir. L'avait-elle appelé papa ? L'avait-il cherchée ? L'avait-il aimée ? Elle n'en saurait jamais rien, si ce n'est par la bouche de Viviane ou de... leur mère. Avec une appréhension qu'elle ne s'expliquait pas, Mattea demanda, avec une voix qui lui sembla être celle d'une étrangère :

- Et comment va notre mère ?

Ses paroles sonnaient faux, mais Mattea n'en trouvait pas d'autres. Après tout, la mère de Viviane était aussi la sienne. Soudain, il lui sembla intolérable de continuer ce jeu de dupes. Avec une émotion impossible à dissimuler, elle s'écria :

- Je vous en prie, j'ai vraiment besoin de savoir. Racontez-moi... Dites-moi tout ce qui s'est passé depuis que je suis devenue Carmélite.

Elle s'était retenue à temps. Elle avait faillir dire : depuis que les sorcières m'ont pris mon passé. Plus tard, le temps viendrait de demander à Viviane ce qu'elle savait de ses ennemis avant sa disparition. Elle remonterait leur trace, malgré le temps, afin de les arrêter pour sorcellerie. Mais pour le moment, elle voulait savoir d'où elle venait, qui elle était, et ce que les siens étaient devenus. Aujourd'hui, Mattea avait enfin une chance de redevenir Cassandra.
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Jeu 15 Juil 2010 - 0:14

Elle avait séché ses larmes mais elle sentait qu’un rien les ferait couler à nouveau. L’émotion d’avoir retrouvé Cassandra était tout à la fois une immense source de joie et d’affliction, ajouté à cela la mort toute récente de son père et les autres drames de sa jeunesse, le tout formait un mélange assez complexe et Viviane se sentait perdue. Les questions de Cassandra ne l’aidaient pas, vives incisives, elles attendaient des réponses que jamais Viviane ne pourrait lui donner. Sans avoir eu le temps de mettre au point une raison crédible au silence de leurs parents, la jeune sorcière allait devoir improviser.

- Tes questions sont légitimes Cassandra, et ça me désole de ne pouvoir y répondre. Il y a un secret qui entoure ta disparition et jamais personne n’a cru utile de me mettre dans la confidence. J’ai beaucoup interrogé papa et maman à une époque. Puis, j’ai fini par laisser tomber, je n’aurais rien pu tirer d’eux. C’est notre père qui m’a avoué la semaine dernière que tu avais été vue pour la dernière fois dans un couvent.

À nouveau, elle était au plus proche de la vérité, tout en restant dans le mensonge. Ce n’était pas son père qui lui avait appris pour le monastère, c’était Europe, mais il était hors de question de mettre sa sœur au courant d’un élément aussi étrange. Comment aurait-elle pu justifier les connaissances d’Europe à leur sujet ? Cassandra semblait suspendue à ses lèvres malgré le fait que ses questions ne recevaient que des réponses vagues. Viviane ne voulait pas laisser le passé devenir un obstacle entre elle. La complicité qui les unissait n’avait pas totalement disparue, malgré les nombreuses années qui s’étaient écoulées. Si elle écoutait son cœur, Viviane se jetterait dans les bras de sa sœur, pour retrouver la chaleur humaine, le soutien qui lui avait manqué toutes ces dernières années. Mais voilà, la passé était présent malgré tout et il fallait désormais y faire face.

Quand Cassandra parla de son amnésie, Viviane se fit encore plus attentive à ses propos. Elle se souvint juste à temps qu’elle n’était pas sensée être au courant et prit grand soin d’encore choisir ses mots avant de reprendre la parole.

- Je comprends mieux tes questions sur notre passé maintenant. Quelle est la cause de cette amnésie, un accident ? Une blessure ?

Elle espérait que son ignorance feinte était crédible, elle n’avait jamais été la reine des mensonges. Déjà toute petite, Cassandra devinait sans trop de peine quand elle mentait au sujet d’une bêtise qu’elle avait faite. Avec les années, elle avait cependant gagné un masque d’impassibilité face aux tragédies qui accompagnaient sa vie, c’était leur seul point positif. La question suivante la déstabilisa complètement. Jumelles ? Qui pouvait bien lui avoir raconté ça ? Qui connaissait le retour de Cassandra à Forbach et n’avait pas jugé utile de prévenir sa famille ?

- C’est étrange… Très étrange que quelqu’un ait dit ça. Malgré notre ressemblance flagrante, nous ne sommes pas jumelles. Tu as quatre ans de plus que moi… Tu es mon aînée…

Une gêne s’installait entre elle avec la persistance de Cassandra à vouloir la vouvoyer. C’était une distance à laquelle Viviane n’aimait pas du tout être confrontée. Loin de la mettre à l’aise, la question suivante fut pire encore, même si paradoxalement elle soulageait Viviane du poids de prendre la décision d’aborder le sujet elle-même.

- Il n’y a pas de bons mots pour annoncer les mauvaises nouvelles, alors autant te le dire tout de suite, elle est décédée il y a bien longtemps, environ dix ans… Je suis désolée, vraiment désolée de te l'apprendre comme ça.

Oui, c’était il y a bien longtemps tout cela et une part d’elle souhaitait tout oublier maintenant que Cassandra était de retour. La supplique de sa sœur l’atteignit en plein cœur. Elle n’était pas sensée parler de leur passé, comme elle l’avait convenu avec Europe mais elle ne voyait pas comment faire autrement. Avec moult précautions, elle entama le récit d’une histoire qu’elle aurait préféré oublier des années auparavant.

- Je ne connais pas toute l’histoire, je te l’ai dit, mais je te raconterai ce que je sais. Un jour, il y a eu une violente dispute entre toi et les parents, je n’ai jamais su de quoi il retournait, ils n’ont pas voulu me le dire. Je me souviens vaguement des cris qui résonnaient ce soir-là dans la maison, j’avais peur, je pleurais… Puis, tu es partie en claquant la porte furieuse. Et tu n’es plus jamais revenue…

Elle se souvenait parfaitement de cette soirée, de la pluie qui battait sur les fenêtres, des hurlements du vent et des cris. Cassandra, furieuse d’avoir encore une fois échoué et ses parents, désemparés face à la douleur de leur aînée. Le sujet était douloureux rien que d’y penser, Viviane en avait les larmes aux yeux.

- Maman et papa n’ont plus jamais été les mêmes. Elle… Le chagrin était trop grand… Elle n’a pas résisté. Quelques mois après ta disparition, elle est morte. Elle s’est laissée dépérir, elle s’en voulait de n’avoir pas su te retenir.

Et c’était vrai. Si Cassandra ne s’était pas emportée ce soir-là, et si elle était restée, rien de tout cela ne serait arrivé. Leur mère s’était toujours reproché de ne pas avoir expliqué à sa fille ce qu’elle encourrait si elle mettait ses plans à exécution.

- Papa et moi avons continué seuls, se soutenant l’un et l’autre dans les moments difficiles, et dieu sait que nous en avons eu beaucoup. J’ai été mariée un temps mais ça n’a pas duré, je ne pouvais pas avoir d’enfants. Je suis retournée vivre avec papa, au dessus du commerce. Je ne sais pas si tu te souviens mais papa est… était un vendeur de tissus. J’ai repris l’affaire aujourd’hui.

Viviane cherchait à lire les émotions dans le regard de sa sœur. Déception ? Colère ? Tristesse ? Qu’était-elle en train de ressentir en un moment pareil ? Comment pouvait-elle supporter autant de nouvelles si terribles ? Allait-elle culpabiliser ? Viviane trouvait sa sœur changée d’une certain manière, ce voile qu’elle tenait dans la main et elle n’était plus trop sûre de savoir prévoir ses réactions. Il y a quinze ans de cela, elle aurait bondi au cou de sa sœur, lui criant qu’elle voulait la vérité et plus de détails. Qu’allait-elle faire maintenant ?
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Lun 26 Juil 2010 - 23:15

La réponse de Viviane mit Mattea en alerte. Un secret entourait sa disparition ? Sa disparition ! Les sorcières avaient donc été jusqu'à l'enlever avant de lui voler ses souvenirs ? Et leurs parents savaient quelque chose qu'ils ne voulaient pas partager, mais pour quelle raison ? Parce qu'ils étaient impliqués ou parce que ça leur était trop douloureux ? La question de Viviane la fit rougir. Elle qui venait de ressentir au plus profond d'elle-même leur ancienne complicité, voilà qu'elle n'osait pas avouer à sa sœur la raison de son amnésie. Mais elle venait à peine de retrouver sa famille. À quoi bon passer d'emblée pour une folle ? Il serait largement temps d'avouer plus tard à Viviane les véritables raisons de son amnésie. Elle n'aimait pas se confier, et elle n'était pas suffisamment à l'aise pour tout révéler de but en blanc à Viviane. Pour le moment, elle voulait conserver son amitié et elle ne laisserait pas les sorcières se dresser entre elles. Alors, Mattea répondit :

- C'est une histoire longue et compliquée, je te la raconterai plus tard. Je n'aime pas beaucoup en parler, c'est un de mes pires souvenirs.

Ce qui était strictement vrai. Mattea espérait ne plus jamais ressentir la confusion et la peur tenace qui lui avaient broyé le corps lors de son réveil sous le violent orage, à proximité de Forbach. Elle s'était sentie abandonnée et pitoyable, deux sensations qu'elle abhorrait.

Quand Viviane lui apprit qu'elles n'étaient pas jumelles, mais sœurs, et que quatre ans les séparaient, Mattea réalisa deux choses : elle avait naturellement tutoyé Viviane et l'Oracle lui avait menti. Les deux n'avaient rien à voir l'un avec l'autre, mais elle ressentit les deux émotions à leur paroxysme : soulagée d'avoir pu repasser au tutoiement et furieuse d'avoir cru l'Oracle. Dire que quelques minutes auparavant, elle pensait positivement à la gamine ! Mais pourquoi donc l'engeance du démon lui avait menti sur un point aussi ridicule ? Pourquoi avoir vu juste sur le prénom de Viviane et non sur le reste ? Comment séparer le vrai du faux dans ce que lui avait dit l'Oracle ? Ressentant des envies de meurtre un peu tardives et plutôt déplacées dans une conversation ardemment attendue, Mattea se calma en voyant le sourire de sa sœur. Viviane était sa cadette ? Elle se ressemblaient tellement que c'en était étrange, mais après tout, pourquoi pas ?

- Nous avons d'autres frères et sœurs ?

La question était presque timide et jaillit avant qu'elle entende de la bouche de sa cadette qu'elle s'était violemment disputée avec leurs parents avant de disparaître. Ainsi, elle était responsable du triste destin de sa famille ? Elle y repenserait quand elle en saurait plus... En outre, les sorcières ne l'avaient pas enlevée si elle était partie de son plein gré. Qu'avait-elle fait ? Avait-elle été trouver les sorcières ? Les avait-elle menacées si elles ne se soumettaient pas à leur volonté ? Tant de questions... Et elle se retrouvait orpheline en quelques mots. Plus de père, et maintenant plus de mère. Aucun giron maternel dans lequel se réfugier. Mattea retint à temps un rictus : à la trentaine passée, elle n'avait plus l'âge de pleurer dans les jupes de sa mère. Mais Seigneur, qu'elle aurait aimé pouvoir contempler un sourire doux et aimant ! Retrouver Viviane signifiait faire une croix sur le retard qu'elle ne pourrait jamais rattraper avec le reste de sa famille...

Famille qui vendait apparemment du tissu. La nouvelle ne lui procura une étrange sensation dans le ventre, un sursaut d'émotion un peu ridicule mais impossible à contenir. En fait, elle n'avait plus qu'une seule envie : revoir son foyer. Elle était persuadée que de nouveaux souvenirs s'imposeraient à elle. Et puis, c'était tout de même sa maison ! Mais l'autoritaire et décidée Mattea ne trouvait pas le courage de demander à sa sœur. Elle avait peur de s'imposer, d'être déplacée. Puis, elle vit les yeux verts, si semblables aux siens, qui la regardaient d'un air presque suppliant. Comprenant qu'elles devaient être dans un état de miroir quasiment parfait, Mattea trouva au plus profond d'elle-même la force nécessaire pour prononcer :

- Je sais que... ça va peut-être sembler étrange et bizarre, ou grossier. Mais... je voudrais revoir mon ancienne maison. Je... peux venir ?

Honteuse, elle regarda le sol, ce qui n'avait plus du lui arriver depuis des décennies. Elle voulait bien voir le cimetière aussi, partir se recueillir devant la tombe de ses parents. Elle voulait bien faire n'importe quoi, tant qu'elle restait aux côtés de Viviane. Comme pour donner une échappatoire à sa sœur, Mattea ajouta, en tendant une main incertaine vers elle :

- Si tu dois aller ailleurs, ou que... tu n'as pas le temps maintenant... Je... Pourrais-tu seulement prendre ma main ?

Mattea en aurait hurlé de rage. Les larmes étaient de plus en plus difficiles à retenir. Elle allait se remettre à pleurer comme une enfant de trois ans, et oui, elle avait envie d'en être un et de se réfugier dans l'étreinte de sa sœur perdue et retrouvée. Et tout ce qu'elle était capable de proposer, c'était une main à serrer, parce qu'elle était perdue, parce qu'elle avait peur et parce qu'elle manquait de naturel. Tant de défauts qui la rendaient tellement vulnérable...
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Dim 1 Aoû 2010 - 20:33

Depuis le temps, les années avaient changée Cassandra. Au fond d’elle, Viviane s’y était un peu attendu mais il restait surprenant de voir sa sœur aussi calme et réservée. Le fait qu’elle ne veuille pas lui révéler ce qui l’avait rendue amnésique fit craindre à Viviane qu’elle n’en sache un peu trop. La jeune sorcière n’aurait pas le choix, il faudrait qu’elle rapporte à Europe cette conversation au plus tôt et cette idée n’était pas pour lui faire plaisir. Des sanctions étaient à craindre, tant pour elle que pour Cassandra. Comment les membres de la tribu réagiraient-ils en apprenant son retour ? De plus, elle semblait se souvenir de trop de choses, ce n’était pas normal. Viviane serait blâmée d’avoir répondu à ses questions, mais avait-elle seulement le choix ? Les questions de Cassandra étaient légitimes et ne pas y répondre éveillerai sûrement des questions encore plus gênantes. Pourtant, lui raconter autant de détails sur sa vie pouvait faire remonter des souvenirs bien plus dangereux à la mémoire de sa sœur. Pour le moment, vu la tournure que prenait la conversation, il valait mieux répondre et attendre les réponses de Cassandra.

- Non, nous n’avons pas de frères ni de sœurs. Nous étions tous les quatre, toi, moi, et papa et maman. Nous étions plutôt heureux ensemble.

C’était la vérité pure pour une fois. Ils avaient été très heureux à l’époque bénie où ni Cassandra, ni sa sœur n’étaient entrée dans la tribu d’Olrun. Il était étrange de songer que jamais Viviane n’avait envisagé de quitter la tribu, même après ce qu’il était arrivé à sa sœur. Toute personne normale aurait refusé de continuer avec ces gens-là. Mais à cette époque, Viviane était encore pleine d’illusion, croyant que son entrée dans la tribu ramènerait sa sœur d’une manière ou d’une autre. Mais ça n’avait pas été le cas. Puis, elle y était restée, par habitude, parce qu’aussi, ces gens-là ne l’avaient jamais déçue. Ses pensées se tournèrent un instant vers Sybille, dont elle n’avait plus eu de nouvelles depuis un bout de temps. Il faudrait qu’elle la revoie à l’occasion, juste pour voir comment elle allait.

Cassandra eut l’air gênée et Viviane se demandait pourquoi. Elle eut rapidement la réponse. Cassandra avait beaucoup appris depuis son départ. Capable d’humilité, pour la première fois, Viviane la voyait touchante. Viviane avait gardé d’elle le souvenir d’une grande sœur protectrice qui la soutenait toujours dans les moments difficiles. Aujourd’hui, les rôles étaient inversés. C’était Cassandra qui avait les questions et Viviane les réponses. Mais allait-elle agréer sa demande pour autant. C’était là un risque majeur pour la tribu. Seule, elle ne pouvait prendre cette décision… Mais quelle excuse trouver pour dire à Cassandra qu’elle ne pouvait l’y emmener ? Un instant, elle songea à lui faire visiter une autre maison mais ça ne semblait pas moins risqué. Tout dépendait de la durée du séjour de sa sœur en ville. La situation était terriblement compliquée et Viviane ressentait le besoin de parler à Europe de tout cela. Elle seule pourrait lui dire comment agir avec sagesse.

- Tu vas être déçue. Je ne peux pas te faire aller à la maison pour le moment. Je… Depuis le décès de notre père, il y a beaucoup de désordre, je n’ai pas eu le courage de ranger et il est fort possible que quelques bêtes y aient élu domicile. J’aurais honte que tu la voies comme ça. Je vais tâcher de trouver une solution d’ici peu.

Le plus gros mensonge de la journée. Viviane n’avait même pas l’impression qu’il était crédible mais elle avait fait de son mieux. Il serait toujours temps de rattraper les choses plus tard si cela s’avérait nécessaire.

- Mais j’accepte volontiers de te prendre la main.


Tout en prononçant ces mots, elle prit la main de Cassandra dans la sienne. Ce geste manquait de chaleur, Viviane ne voulait pas que sa sœur pense qu’elle n’avait pas envie de la revoir. Alors cédant à une impulsion, elle prit sa sœur dans ses bras, dans un élan d’affection qu’elle n’avait pu retenir. Ses yeux picotaient mais elle s’efforçait de retenir ses larmes. Dans cette étreinte, elle avait mis toutes ses émotions :la joie profonde qu’elle ressentait d’avoir retrouvé une sœur depuis si longtemps perdue, la tristesse qu’elle ressentait d’avoir perdu son père si récemment et l’amertume qui teintait un peu ces retrouvailles.

- Si le cœur t’en dit, nous pourrions nous promener à deux et parler, tout simplement. Tu pourrais me poser des questions, si tu réponds à quelques unes des miennes avant.

Ce disant, elle eut un petit rire. Tant de questions se bousculaient dans son esprit sur le retour de l’enfant miracle.

- Je… Je voulais savoir… Comment es-tu rentrée dans les Ordres ? La Cassandra que je connaissais n’aurait jamais voulu mettre les pieds dans un couvent pour y porter le voile. Et qu’est-ce qui t’as amenée jusqu’ici ? Le hasard t’a guidée jusque dans cette ville ?

Voilà, c’était dit. Cassandra cherchait des informations sur son passé, Viviane en voulait aussi, mais sur une autre partie de sa vie. Pour la sécurité de la tribu, il fallait qu’elle récolte un maximum d’information sur ce qu’il était advenu de Cassandra pendant ses années d’absence.
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Ven 6 Aoû 2010 - 15:27

Quand elle put enfin serrer sa sœur dans ses bras, Mattea sentit la boule d'émotion qui lui nouait la gorge se dissoudre. Ressentant la chaleur du corps de Viviane et l'odeur de son enfance perdue, Mattea ne se rendit quasiment pas compte qu'un nouveau souvenir s'imposait à elle. Ce fut le plus fugace de tous les souvenirs épars qu'elle conservait dans sa mémoire consciente. C'était un câlin d'enfant, où les joues de Viviane étaient rouges et où ses yeux avaient un éclat de culpabilité. Il ne lui fallut que quelques secondes pour percer sa sœur à jour. Les liens étaient presque trop faciles à faire. S'abandonnant totalement à l'étreinte de sa sœur, elle murmura à son oreille :

- Tu ne sais toujours pas mentir, Viviane, mais... Merci.

Merci d'être là, de ne pas me renier. En y repensant, prétexter la présence de bêtes pour lui défendre l'accès au foyer familial n'était pas du tout crédible. Toutefois, Mattea n'en voulait pas à Viviane ; il était peut-être trop tôt pour que cette dernière puisse l'intégrer à son quotidien, et elle le comprenait, même si elle était blessée. De toute façon, blessée, elle l'était depuis vingt ans. Alors, elle ne forcerait pas sa sœur à aller trop vite. Elles prendraient le temps nécessaire pour se retrouver.

La proposition de promenade lui convenait parfaitement : elle finit par marcher aux côtés de Viviane, sans prêter aucune attention à la route, se laissant guider par sa sœur. Rien n'importait à part ce qu'elles allaient se dire. Une pointe d'excitation saisit Mattea. Sa rencontre avec Viviane avait un goût d'irréel, comme si elle était marquée du sceau du secret ; pourtant, elle aurait crié sur les toits du monde entier qu'elle n'était plus seule. Elle avait retrouvé sa famille, et elle avait de nouveau un nom. Elle avait bien entendu les questions de Viviane, mais, emportée dans son désir de savoir, elle dit :

- Je vais répondre tout de suite, mais il faut que je sache encore une chose, parce que je l'ai cherchée durant des années. Quel est notre nom de famille ?

Mattea mit son impatience de côté, devinant que Viviane devait avoir autant envie qu'elle de connaître les détails. Alors, elle répondit, parlant le cœur moins lourd des événements les plus marquants de sa vie, ceux qui avaient laissé une trace indélébile sur elle, et qui avaient fait d'elle ce qu'elle était devenue :

- Je ne suis pas étonnée d'apprendre ça. J'ai beau être croyante, je ne suis pas entrée dans les ordres par vocation. J'y suis entrée parce que je n'avais pas le choix. J'étais seule et sans appui. Je n'avais aucune perspective d'avenir, parce que j'étais une femme. J'avais une bienfaitrice qui m'a permis d'avoir l'argent nécessaire pour progresser dans la hiérarchie de l'Ordre.

En parler à Viviane procura une sensation différente à Mattea que celle qu'elle éprouvait ordinairement en parlant de son passé. C'était comme si toute la rancœur qu'elle avait accumulée durant des années trouvait enfin une personne qui pouvait comprendre dans toute son étendue le drame qu'elle avait vécu. Avec une pointe de fierté, elle continua :

- Heureusement, j'avais beaucoup de volonté. Et je suis parvenue au sommet. Cela ne se voit pas, parce que je veux éviter de me faire remarquer, mais il se trouve que je suis la Mère Supérieure de l'Ordre des Carmélites. Cela fait plusieurs années que je vis à Rome.

Difficile de garder un ton neutre en révélant sa plus grande réussite. Après tout, c'était la preuve que Mattea possédait une grande force d'âme, qu'elle avait su se relever des coups infligés par son passé. Pour répondre à la dernière question de sa sœur, en revanche, elle reprit un ton froid – glacial, celui employé ordinairement par Mère Mattea :

- Quant à la raison de ma présence... Je suis mandatée par le Vatican et je ne quitterai pas Forbach avant d'en avoir éradiqué les sorcières.

Le bonheur d'avoir retrouvé Viviane étouffait la haine que Mattea ressentait à l'égard des sorcières ; la façon intransigeante qu'elle avait d'en parler n'en faisait pas moins peur. Elle ne se rendait pas compte qu'elle risquait de tout perdre en parlant de sa chasse à la sorcière, sans même comprendre pourquoi, et elle s'étonna de l'expression de sa sœur en se tournant vers elle pour avoir la réponse promise.
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Lun 16 Aoû 2010 - 1:39

Dès le moment où les mots étaient sortis de sa bouche, Viviane avait su que Cassandra ne la croirait pas. Son mensonge n’était pas crédible pour un sous, et sa sœur, bien qu’amnésique, semblait se souvenir qu’elle était incapable de mentir de manière crédible. Pourtant, elle prit garde de ne pas relever la remarque de Cassandra, dans l’état actuel des choses, elle ne pouvait de toute façon rien faire.

Quand Cassandra reprit la parole, Viviane écouta avec beaucoup d’attention toutes les réponses à ses questions. Ainsi, ce n’était pas par conviction qu’elle était entrée dans les ordres. Voilà qui n’était guère surprenant. Une bienfaitrice ? Viviane se demanda qui cela pouvait bien être, puis, la réponse lui apparut, évidente… Seule leur mère avait pu veiller sur Cassandra. Seule elle savait où elle avait été déposée après le rituel et c’était elle également qui avait dit à son mari que Cassandra était à l’abri, dans un couvent. Ainsi, ils ne l’avaient pas totalement abandonné, contrairement à ce que toutes les apparences avaient laissé croire. Si Cassandra avait été mise au ban de sa propre vie, elle avait tout de même le confort et l’assurance d’une vie aisée moyennant un versement au couvent. Voilà qui expliquait bien des choses…

Mère supérieure ? Voilà qui était bien plus digne de Cassandra que simple sœur comme Viviane l’avait cru auparavant. Mais la suite de ses explications glaça le cœur de Viviane. La fierté avec laquelle sa sœur venait de lui avouer qu’elle était là pour détruire les siens était un poignard qui venait de lui labourer le cœur. Cassandra elle-même sembla noter un changement dans l’attitude de Viviane. Des centaines de questions se bousculaient dans l’esprit de cette dernière. Comment était-ce possible ? Pourquoi s’était-elle engagée dans cette bataille perdue d’avance ? Pourquoi cette haine qu’elle croyait déceler dans le regard de sa sœur ? Les larmes menacèrent à nouveau de déborder de ses yeux mais elle les retint. Il lui fallait absolument retrouver une certaine contenance. Prise totalement au dépourvu par la dernière révélation de sa sœur, Viviane n’eut d’autre choix que de répondre à sa question pour se laisser le temps de digérer ce qu’elle venait d’entendre.

- Valdemar. Notre nom, c’est Valdemar.

Viviane s’était à peine remise de la mort de son père, de la catastrophe du champ au muguet et sa décision de détester l’Inquisition pour ses responsabilités dans l’affaire prenait soudainement un nouveau sens. Déchirée, elle se sentait tiraillée irrémédiablement entre la mémoire de son père, celle de sa mère, et enfin, entre ses décisions et ce que l’arrivée de Cassandra en tant qu’Inquisitrice engendrait. Son esprit menaçait de se morceler. Comment vivre avec une telle déchirure ? Pourquoi tant de haine, toujours ? Il n’avait pas suffit qu’elle perde tout, il fallait encore que ce qu’elle retrouve soit pour elle une nouvelle source de douleur. Mais pour Cassandra, pour que celle-ci ne se doute pas qu’elle était à la recherche de sa propre sœur, il fallait qu’elle reprenne la parole, qu’elle comprenne les motivations de sa sœur.

- Je suis désolée de ma réaction. J’ai été un peu surprise. Je n’aurais jamais cru que tu pouvais faire partie de l’Inquisition. Je ne sais pas si tu en as déjà entendu parler depuis que tu es arrivée. Il y a eu une catastrophe il y a peu. L’Inquisition a commis de lourdes fautes la semaine dernière, dans le Champ aux Muguets. Ce sont ces erreurs qui ont coûté la vie à notre père…

Encore une fois, un demi-mensonge. Elle avait pris soin de laisser croire qu’il était avec les autres civils dans le Champ alors que ce n’était pas le cas. Il était sur le Parvis, avec les autres sorciers et sorcières, invoquant un monstre qui s’apprêtait à tous les anéantir. Viviane ne comprenait pas comment elle allait pouvoir accepter la décision de sœur. Il était important qu’elle comprenne ce qui motivait sa sœur, mais une part d’elle savait qu’elle n’obtiendrait sans doute pas la réponse souhaitée, celle qu’elle craignait par-dessus tout : que Cassandra se souvienne… Qu’elle se souvienne de cette nuit qui la hantait encore et toujours depuis tant d’années.

- Pourquoi Cassandra ? Pourquoi es-tu entrée dans l’Inquisition ? Tout cela te ressemble si peu. J’ai du mal à le croire.

Maladroite, se dit-elle, Cassandra allait certainement flairer des questions trop précises pour être honnêtes, il fallait qu’elle se reprenne.

- Je suis désolée, tellement désolée. Ma réaction doit te paraître disproportionnée mais j’ai encore du mal, après les événements de la semaine dernière, à faire la part des choses. Je… J’aurais souhaité que nos retrouvailles se passent mieux que ça. J’ai l’impression de te décevoir… Je m’en veux tellement. J’attends ce moment depuis tellement d’année et je suis en train de le gâcher.

Le regard perdu au loin, Viviane espéra de tout cœur que son « stratagème » allait fonctionner, que Cassandra allait accepter le détournement plus au moins subtil de la conversation pour s’avancer sur un terrain moins glissant. Viviane se sentait tellement perdue qu’elle avait grand besoin de parler avec Europe et elle songea que dès que ce serait possible, elle irait lui rendre visite. Elles avaient beaucoup de choses à se dire toutes les deux.
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Lun 30 Aoû 2010 - 18:56

Valdemar. Cassandre répéta le nom et le chuchota à voix basse. Elle avait besoin de l'entendre avec sa propre voix, de le prononcer. Elle n'était plus Mattea, la sœur amnésique qui n'aimait pas qu'on la questionne sur son passé. Elle avait un prénom et un nom. Elle était Cassandra Valdemar. Cassandra Valdemar. C-A-S-S-A-N-D-R-A V-A-L-D-E-M-A-R. Que diraient-ils, à Rome, si elle leur demandait de modifier les registres pour que son vrai nom apparaisse ? Parviendraient-ils à l'appeler Mère Cassandra ? Elle retint un soupir. Le nom ne sonnait pas juste. Cassandra n'était pas une religieuse : elle n'aurait jamais dû l'être. Décidant de conserver au prénom sa fraîcheur et son innocence, elle se promit de le garder jusqu'à ce qu'elle soit prête à le porter. Et puis, elle savait, maintenant. Elle était une Valdemar. Dès qu'elle rentrerait, elle lancerait des recherches sur sa famille à la Bibliothèque, et demanderait même à Amaël de se renseigner sur le nom. Elle ferait des recherches sur le camée ensorcelé qu'elle cachait au fond de sa valise. S'il lui venait de sa famille et que les sorcières l'avaient envoûté, peut-être recelait-il un secret ?

Viviane ne réalisait pas la portée de ce qu'elle lui avait appris. Mattea avait enfin une identité. Mais elle n'eut guère le loisir de s'en réjouir longuement : Viviane lui expliqua que leur père était mort au Muguet. Une vague d'incompréhension recouvrit Mattea. Seigneur... la population ne savait donc pas que l'Inquisition avait été dupée ? Mais... il y aurait dû avoir un communiqué, ou un avis placardé dans la ville ! Et voilà qu'elle était indirectement responsable de la mort de son père ? D'un coup, ce fut comme si une chape de plomb la recouvrait toute entière. Elle se sentit gelée. Elle se découvrait orpheline, par la faute de l'institution qu'elle servait ? Elle déglutit, tentant de rassembler ses esprits. Avait-elle vu son père à travers le rideaux de flammes ? Avait-elle aperçu des cheveux roux se consumant dans le gigantesque brasier ? Sa gorge se serra. Touchedieu. Touchedieu avait-il tué son père ? Était-il mort rapidement, ou lentement, en souffrant ? Si seulement elle l'avait arrêté plus tôt ! Les regrets l'envahissaient. Elle regarda Viviane et perçut la haine dans le fond de ses yeux. Mais elle ne comprenait que trop bien. Si l'Inquisition lui avait enlevé son père, c'était logique qu'elle nourrisse une telle rancœur à leur égard. Lentement, elle dit, comme si chaque mot lui pesait terriblement :

- Mais... que faisait-il dans le Champ du Muguet ? Il connaissait l'Oracle, pour ainsi répondre à son invitation ?

Et puis, il fallait qu'elle justifie l'Inquisition. Pas seulement aux yeux de Viviane, aux siens aussi. Dire qu'elle avait couru des années derrière son ombre, pour se la voir arrachée par ses collègues ! Elle avala péniblement sa salive, et continua sur le même ton lugubre :

- L'Inquisition... nous avons été trompés, ce jour-là. L'Oracle devait nous livrer les sorcières sur un plateau d'argent, mais la gamine nous a menti. Elle nous a indiqué le Champ du Muguet, et tout y était : les flammes machiavéliques et les rires démoniaques. Lorsque nous avons compris notre erreur, nous nous sommes aussitôt repliés et nous avons dirigé notre attaque sur le Parvis, mais c'était trop tard.

Et soudain, une impulsion. Une vérité à crier sur les toits. Un soulagement inexprimable, au cœur de sa douleur.

- Mais je n'ai levé la main sur aucun habitant de Forbach, au Champ du Muguet.

Elle n'allait pas expliquer à Viviane le rôle plutôt stratégique qu'elle entendait mener dans l'Inquisition : de telles considérations n'avaient pas leur place durant leur échange. Elle fut profondément soulagée que Viviane ne la tienne pas pour responsable de la mort de leur père : elle ne l'aurait pas supporté. En revanche, sa question lui glaça les entrailles. Forcément, que Viviane ne l'avait pas imaginée dans l'Inquisition, puisqu'elle ne savait pas ce qui lui était arrivé ! Mattea sentit une sourde rage lui manger les entrailles. Elle s'était retrouvée religieuse parce qu'elle n'avait pas eu le choix, et voilà que sa propre sœur lui disait qu'elle ne la comprenait pas. Elle lisait la désapprobation dans ses yeux, et cela la blessait cruellement. Elle avait pourtant fait au mieux avec ce qu'elle avait ! Fichues sorcières !

- Je suis dans l'Inquisition pour régler mes comptes.

Elle ne livra rien de plus, c'était inutile. Viviane ne comprendrait pas, elle détestait l'Inquisition. Et Mattea ne pouvait que la comprendre, si cette dernière lui avait enlevé leur père. Elle se sentait terriblement mal à l'aise. Mais ce trouble disparut lorsque Viviane s'excusa. Mattea sentit les barrières qu'elle recommençait à ériger inconsciemment autour d'elle s'effondrer. Tout ce qui lui importait, au fond, c'était de retrouver sa sœur. La voix rauque, elle murmura :

- Tu es mieux que tout ce que j'aurais jamais imaginé.

Viviane ne pourrait jamais décevoir Mattea : c'était précisément Mattea qui avait l'impression de décevoir Viviane à cause de l'Inquisition. Elle termina :

- Et tu es en vie, c'est le plus important pour moi.

Mattea voulait apprendre tout ce qui lui manquait, chaque détail sur son passé. Elle voulait tout entendre en même temps, quitte à en devenir sourde. Mais Viviane était trop bouleversée pour en être capable, et Mattea termina doucement :

- Montre-moi les plus beaux lieux de Forbach. Où est-ce que nous allions jouer, quand nous étions petites ?

Montre-moi que Forbach n'est pas seulement la ville grisâtre et recouverte de brume que je connais...
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MessageSujet: Re: Deux sœurs pour Forbach   Ven 10 Sep 2010 - 2:01

Les émotions de Viviane étaient à fleur de peau. Elle jouait dans des eaux dangereuses en acceptant de continuer à parler avec Cassandra mais elle ne voyait pas comment stopper la conversation sans paraître plus suspecte qu’elle ne l’était déjà. Les explications de sa sœur sur la catastrophe du Champ aux Muguets ne rassérènent pas la sorcière. La faute de l’Oracle ? Oui, sans aucun doute mais sans Touchedieu, les choses n’auraient pas tourné aussi mal. Et même si l’intervention de l’Inquisition avait permis de stopper le terrible rituel, Viviane ne pouvait s’empêcher de les blâmer pour la mort de son père. Au fond d’elle, elle savait que c’était une porte de secours pour ne pas admettre qu’elle en était elle aussi responsable. Si elle avait été plus puissante, si elle était devenue sage, alors peut-être qu’elle aurait pu le sauver. Si elle avait fait taire son orgueil vis-à-vis de la Tribu, elle n’aurait pas à pleurer la disparation de l’être qu’elle chérissait le plus au monde.

- L’Oracle est arrivée à un moment où nous en avions besoin. Notre mère était venue nous hanter pendant la période qu’on a appelée par la suite le Bal des âmes. Elle nous a sauvés de terribles possessions. Nous l’avons crue. Nous avions tort… Je ne te blâme pas tu sais… Jamais je ne pourrais, pas après avoir passé tant d’années à te chercher. Si j’ai du mal à comprendre tes choix, je les respecte cependant.

Pourquoi les mensonges sortaient avec une telle facilité de sa bouche ? Elle détestait la voie choisie par Cassandra et elle ne la respectait certainement pas. Mais savoir que dire la vérité à sa sœur était prendre le risque de la perdre à tout jamais, elle ne pouvait s’y résoudre.

Les compliments de Cassandra lui allèrent droit au cœur et comme au bon vieux temps, elle ne put s’empêcher de plaisanter sur leur troublante ressemblance. Cette similitude qui poussait justement de nombreuses personnes à croire qu’elles étaient jumelles…

- Mieux que tout ce que tu aurais imaginé ? Voilà qui me rassure, cela prouve que tu as une certaine estime de toi également !

Oui, bon, Viviane était nulle pour les blagues, et alors ? Cela ne l’empêchait pas de se lancer avec beaucoup de cœur dans des plaisanteries sans aucune finesse.

La simplicité de la requête de Cassandra fit briller des larmes dans ses yeux, bien qu’elle ne les laissa pas couler. Il de ces promesse que l’on ne peut rompre. Par où commencer pour visiter Forbach ? Quels lieux éviter, et au contraire, lesquels étaient sans danger ? À nouveau, les questions se bousculaient dans l’esprit de Viviane qui ne savait plus comment remettre de l’ordre dans ses pensées.

- Forbach est bien plus qu’elle n’y parait, pour peu qu’on y prête attention. Il faut savoir où trouver les coins charmants. Il y a un petit parc un peu plus loin, où nous jouions beaucoup quand nous étions petites, à cache-cache, à la course, etc. Nous étions deux petites furies incontrôlables quand on s’y mettait.

Oui, véritablement incontrôlable. Cassandra entraînait toujours Viviane dans des histoires rocambolesques de sorcières, de princes charmants et de méchants hommes de l’Église. Quelle étrange ironie que celle qui inventait ces histoires merveilleuses où les sorcières finissaient toujours par gagner se trouvait aujourd’hui faire partie de l’Inquisition. Mais Viviane ne voulait pas se laisser gagner par des sentiments amers. Elle entendait profiter au mieux de la présence de Cassandra à ses côtés.

- Je me souviens, quand nous étions petites, tu m’entrainais toujours dans les jeux les plus fous. Je faisais figure de petite fille bien sage à côté de toi quand je ne te suivais pas. Mais c’était rare, j’adorais te suivre partout. Le monde à tes côtés semblait tellement plus beau, plus coloré, et les histoires que tu inventais me faisaient rêver… Nous étions bien plus que de simples sœurs… Des vraies amies, confidentes… Un jour, j’espère que nous pourrons retrouver cette complicité qui nous unissait.

Convaincue qu’un jour, il en serait ainsi, Viviane entraîna Cassandra au gré de ses humeurs au travers de la ville. Lui faisant redécouvrir les lieux de leur enfance où tant de choses avaient été partagées entre elle. C’est à peine si l’une ou l’autre fois, un voile de tristesse vint teinter ses yeux à la mention d’un souvenir plus douloureux. Le reste de l’après-midi fila à la vitesse de l’éclair et les deux sœurs ne se séparèrent pas sans une promesse de retrouvailles prochaines.

[Topic clos en ce qui me concerne… Bouhouhouuuu, je me sens toute triste, il était trop bien !]
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Deux sœurs pour Forbach

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