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 Une fin silencieuse

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Mort(e)
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MessageSujet: Une fin silencieuse   Dim 5 Sep 2010 - 5:27

[Je place ce sujet ici parce que nous sommes présentement en 1644 et l’histoire qui suit se passe relate les années 1628 à 1632]

Joan Witham était morte.

1628-1629
L’histoire était écrite. Lorsque les fantômes avaient envahi Forbach, Gabrielle de Mortelune avait trouvé refuge et arme pour sa vengeance dans le corps et l’âme de Joan Witham. Cet événement avait été le début de la fin. L’esprit de la défunte sorcière du Lys Noir avait envahi et fragmenté l’âme fragile de la petite rousse timide. Après son départ, on pouvait voir la cicatrice béante qu’avait laissé son passage dans les yeux de la jeune apprenti d’Olrun. Malgré tout ce qu’elle avait pu faire, rien ne pouvait réparer ce qui avait été cassé. Gabrielle, en s’en allant, avait arraché un morceau de con cœur qui était irremplaçable. Les événements qui avaient suivi ne représentaient plus Joan Witham. Trahison, abandon… Dans le seul but de sauver sa vie, mais ne s’était-elle pas demandé si elle voulait réellement vivre avec le passé?

1630
Joan n’avait plus de raison d’avoir peur de sortir depuis longtemps. Les accusations de tentative de meurtre sur la personne de Louis Institoris qui pesaient contre elle avaient été abandonnées. Le gourdin de l’inquisition n’était plus. En apparence, rien ne portait plus ombrage au bonheur à venir de Joan. Si seulement bonheur il y avait à espérer… Avant Gabrielle de Mortelune, il se traçait un futur prometteur en la personne de Nicholas de Saintcroix. La décision de se lier au clan du Lys Noir était en partie motivée par lui. Mais rien n’avait plus été pareil après. Joan se montrait distante… Elle éprouvait de la honte face à sa trahison, sans compter la tristesse intense qu’elle ressentait tous les jours depuis que Gabrielle l’avait quittée. Une tristesse de désespoir sans réelle raison. N’importe qui aurait su qu’il fallait la sortir des sous-sols du Château de Frauenberg, mais Joan refusait catégoriquement, elle passait le plus clair de son temps enfermée dans sa chambre, sombrant de plus en plus dans un abîme sans fond. Et ces cheveux n’aidaient pas. Ces cheveux noirs, teints ainsi pour se soustraire au gourdin qui avait recherché une rousse. Maintenant il était mort, et ces cheveux étaient une aberration. Ils avaient poussé et affichaient maintenant deux couleurs : son roux d’antan et ce noir qu’elle ne finissait plus de vomir. Il était insupportable ce noir. Un jour, elle empoigna une paire de ciseau et les mèches se répandirent sur le sol. Noir, roux, tout se mêlait. Et la tête de Joan Witham était devenue asymétrique. Celle d’une folle.

1631
La chambre qui avait été si accueillante à son arrivée dans le repère des sorcières du Lys Noir ne ressemblait maintenant plus à rien. Des tonnes et des tonnes de bouts de parchemin noircis de mots incohérents, de mots biffés, de pensées impossibles à transcrire, étaient éparpillés sur le sol. Et quand il n’y avait plus eu de parchemin, les murs s’étaient tapissés d’écritures.

Gabrielle, tu disais que j’étais à toi, mais tu es partie… tu m’as laissée seule.

Je suis désolée Nicholas, pardonne-moi, je ne peux plus.

J’ai brisé mon miroir. Je ne veux plus jamais avoir de miroir. Cette fille qui me dévisage quand je m’y regarde, je ne peux plus la supporter.

Gabrielle, reviens me chercher!

Europe, tu n’as rien fait pour moi.

Il y a des papillons qui entrent dans ma chambre la nuit… ou le jour, je ne sais plus… ils me susurrent des secrets à l’oreille… Dehors n’existe plus, reste bien cachée ici ou tu mourras aussitôt que tu mettras le pied dehors. Ne sors jamais. Ne sors jamais.

Je dors de moins en moins car le sommeil me rapproche de la mort.

J’ai peur de mourir, c’est pour ça que je suis là. C’est pour ça que je suis là. Comprenez, si je n’avais pas trahi, je serais morte. Ne me jugez pas.


Et le tourbillon des paroles se poursuivait, transformant la chambre en un vortex menant tout droit à l’enfer.

1632
Joan Witham avait semblé aller mieux. Ses cheveux épars avaient repoussés et elle semblait plus saine. Un matin d’hiver, elle sortit. Elle sortit simplement de sa chambre, puis des sous-sols, comme si elle le faisait chaque jour pour aller au marché. Comme autrefois. Elle traversa les rues, croisa des passants. Où aller maintenant?

Au seul endroit qui lui appartenait réellement. La maison de son père. Celle qu’il avait construite de ses propres mains.Le jour où elle l’avait quittée en 1627, elle était déjà dans un piètre état. Maintenant que Joan la retrouvait après cinq années, elle était en décrépitude. La nature reprenait le dessus sur la main de l’homme. Joan l’avait toujours su. Elle avait toujours su que c’était ainsi que cela se passerait. Il n’y avait pas un autre endroit au monde où elle voulait se trouver à ce moment.

Elle n’avait rien amené avec elle. Rien d’autre qu’une corde.

Joan Witham était morte. 23 ans.

La vie nous habitue à la mort par le sommeil. Elle nous indique qu’il existe un autre monde par le rêve.

Alors fais de beaux rêves petite sorcière.
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Fugitive
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MessageSujet: Re: Une fin silencieuse   Mer 8 Sep 2010 - 14:53

Le printemps n’était pas encore là. Le matin se levait sur une aube givrée et scintillante, dévoilant les recoins d’un monde froid. Tôt, Europe était sortie et avait gagné le cimetière recouvert des derniers restes de neige; dans l’atmosphère hyaline, son souffle décrivait de petites circonvolutions argentées. Joan Witham avait été enterrée hier, ici même, au terme d’une cérémonie écourtée.

Depuis qu’elle avait appris la nouvelle, la Grande Prêtresse d’Olrun demeurait dans un état asthénique. De vieux et douloureux souvenirs, qu’elle avait plus ou moins réussi à mettre de côté, resurgissaient soudain en lui renvoyant à la figure ses échecs les plus cuisants. Il y avait trois ans, Gabrielle de Mortelune était sortie du néant auquel elle appartenait, n’y retournant qu’après avoir ruiné trois existences. Où qu’elle soit à présent, Europe espérait qu’après toutes ces épreuves, Joan avait pu atteindre l’ataraxie. Pour échapper à la condamnation, elle avait trahi Olrun, volé son Livre de Lumière puis rejoint les rangs du Lys Noir.

Pouvait-on vraiment lui en vouloir? Elle était passée à deux doigts d’une mort certaine. D’une exécution, après un procès aussi horrible qu’intense. D’affreuses visions envahissaient l’esprit d’Europe, esquissant des cellules noires et humides, emplies de désespoir et de couinements de rats. Une chevelure d’un roux terni, un visage féminin blafard et cerné… Joan avait, des heures durant, psychoté dans le noir, anticipé la mort dans ses parures les plus sombres. Attendu que sonne le glas de la non-existence, entièrement seule au monde, abandonnée de tous. Sa tribu n’était pas venue la secourir. Personne n’était venue pour l’aider à sortir de là. Mais ce n’était même pas pour ça qu’elle se sentait esseulée et solitaire à l’excès… non, c’était que désormais elle était entièrement seule dans son corps et dans son esprit. Et ça, Europe le comprenait plus que quiconque.
Quand Gabrielle était partie, Europe avait ressenti un intense soulagement, rassurée de savoir qu’elle ne causerait plus de mauvaises actions par sa faute… mais l’expérience indescriptible l’avait marquée à vie. Elle se sentait tellement creuse alors, comme une coquille vide. Comme si il manquait une part d’elle, une compagnie… c’était à la fois jouissif et terriblement désolant.

En fait, rien n’avait jamais été de la faute de Joan, jamais. La responsable était unique et portait un nom: Europe Eléanora-Sun. Si elle avait secouru Joan pendant qu’il en était encore temps, rien de tout cela ne serait arrivé. Elle était liée au chef de l’Inquisition; elle aurait pu le faire, elle en avait le pouvoir…
Mais elle n’avait pas réagi, se contentant de rester amorphe devant un spectacle dévastateur.
Comment ne pas comprendre la colère d’Adrien.

Lui aussi était mort, d’ailleurs. Et Abigael aussi. Et Elena. Pfff… La vie ne valait sûrement pas la peine d’être vécue. Elle était sans doute la prochaine sur la liste et si ce n’était pas elle, d’autres innocents mourraient à sa place.


Mais fuir ne suffirait pas.

Elle en était sûre. Ça ne suffirait pas.

Il fallait trouver un moyen de dissiper ces ténèbres.

Quelque chose de fort… qui regorgeait d’une lumière nouvelle.
Pareille à celle de l’Aube.


_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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Meneuse
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MessageSujet: Re: Une fin silencieuse   Dim 12 Sep 2010 - 1:35

Était-elle morte ? Définitivement éteinte ? La chevelure brune voilant son visage baissé ne laissait entrevoir le moindre souffle d’espoir. La pâleur de sa peau était bien celle des femmes qui ne voient que trop peu le jour. La froideur de son aura était bien celle qui s’exhale des corps vides. La silhouette s’éveilla brutalement en une inspiration salvatrice. Alicia cligna les yeux pour sortir de sa torpeur. Une fois de plus elle s’était endormie sur son travail. Elle s’éloigna brusquement de son Grimoire pour s’assurer qu’elle n’avait pas altéré sa calligraphie en s’affalant dessus. Elle s’observa dans un petit miroir. Pas de traces d’encre sur les joues. Elle reposa alors son regard sur les symboles kabbalistiques qui s’allongeaient sur des pages et des pages, sur le grimoire, sur les parchemins accrochés aux murs, sur les palimpsestes jonchant le sol, comme autant de territoires conquis par l’empire de son esprit. Elle se rappela alors que tout cela n’aurait jamais été possible sans l’aide de Joan.

Alicia se leva et rattacha ses cheveux. Elle comptait rendre visite à Joan – sa chambre était non loin de la salle d’étude d’Alicia, toujours dans les Sous-sols. Elle ne l’avait plus fait aussi souvent qu’autre fois ces derniers temps, particulièrement abîmée dans la glose du Livre de Lumière. Elle s’approcha de sa porte et frappa trois fois, comme à son habitude. Mais la voix de Joan ne l’invita pas à entrer. Alicia en fut surprise. Elle n’avait que très rarement vu Joan hors de ses appartements. Elle observa alors que la porte n’était qu’entrebâillée. La Comtesse se permit de pousser la porte en appelant l’apprentie. Nulle réponse. Joan n’était manifestement pas là. Probablement s’était-elle décidée à sortir un peu et reprendre goût à la vie au grand jour. Alicia referma calmement la porte.

Le lendemain on lui apprit la nouvelle : Joan Witham avait été retrouvée pendue dans l’ancienne demeure familiale. Alicia mit comme à son habitude plusieurs minutes à bien comprendre que la jeune femme n’était plus de ce monde. Elle ne pleura pas. Elles n’étaient pas véritablement proches. Mais Alicia savait avoir joué un grand rôle dans la vie de Joan et Joan avait joué un grand rôle dans la sienne. Le lien n’était donc pas négligeable. Elle fut triste et porta le deuil.

La Meneuse organisa une cérémonie d’adieux dans les sous-sols comme à chaque décès d’une de ses sœurs.


« Vous ne la connaissiez que peu. Mais le peu que vous avez pu savoir de Joan et de son histoire doit rester en vos mémoires comme exemple de force. Abandonnée par les siennes elle a su choisir le chemin de la vie et de l’épanouissement, à l’opposé de tout ce que les valeurs de la tribu d’Olrun auraient pu lui dicter. Joan a choisi le chemin des ombres et en ce sens nous mieux que quiconque pouvons la comprendre. Malheureusement ses blessures furent plus profondes que nous le pensions et je crois pouvoir dire sans tout à fait me fourvoyer que Joan Witham est morte de tristesse. »

Alicia voulait absolument donner un sens à la mort cet autre être humain qui quittait sa vie. Alicia voulait une idole pour elle et ses sœurs. Alicia voulait une bulle de lumière dans cet océan de ténèbres. Car Alicia savait qu’elle sombrait, elle aussi, dans les sables mouvants de la peine.

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