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 Correspondance France-Russie.

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MessageSujet: Correspondance France-Russie.   Ven 10 Sep 2010 - 18:53

Ce sujet retrace la correspondance entre les époux Zimmerman durant le voyage en Russie de Louisa Zimmerman, accompagnée de sa petite fille, Anna.

Citation:

15 Septembre 1932


Louisa mon ange,

Voilà à peine quelques minutes que tu m’as quitté et j’ai déjà l’impression de tourner comme un lion dans une cage trop grande et trop vide. A peine quelques secondes passées sans toi et tu me manques déjà horriblement. Ces mois passés sans toi et Anna vont être longs, terriblement longs. Je sais que ce sera le cas, mais promet moi de m’écrire souvent, très souvent, car je sais que je compterais les jours à attendre tes lettres. J’aurai tellement voulu faire ce voyage avec toi, mais je ne peux me permettre d’abandonner les affaires si longtemps, il faut toujours et toujours faire davantage… Raconte-moi tout ce que tu découvriras là-bas, les gens, les lieux, les paysages. Raconte-moi ce que fait Anna, ses moindres gestes, ses rires, ses pleurs. Je veux tout savoir, je ne veux rien perdre de ces mois que vous passerez loin de moi. Je veux tout savoir comme si je vous accompagnais.

Si mon coursier galope aussi vite que mon cœur tu recevras cette lettre au plus vite.

Il n’y a pas de mots qui décrivent l’amour que je vous porte à toutes les deux, et ceux que l’on peut utiliser me paraissent déjà trop faible, mais je vous aime.
Je t’aime.

Ton Amour, Romain.



Dernière édition par Romain Zimmerman le Ven 10 Sep 2010 - 18:58, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Ven 10 Sep 2010 - 18:56

Citation:
15 Septembre 1932 au soir


De madame Louisa Zimmerman
De la caravane en direction de Russie

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Romain,

Nous venons à peine de nous arrêter pour la nuit. Maintenant que le chaos du chariot a cessé je peux enfin t’écrire. Ce matin me semble si loin déjà.

Anna a été bien sage. Le rythme des chevaux semble la bercer. C’est une bonne nouvelle, ces six jours de voyage, lui seront moins pénibles. Il y avait sur son visage ton doux sourire. Je suis certaine qu’elle pensait à toi, et à ce gros chien, dans notre maison. Comme je pense à toi maintenant et à chaque seconde.

Les gens qui sont avec nous semblent gentils. Je n’ai pas eu beaucoup l’occasion de leur parler. Etrangement il n’y a aucun russe. Je suis encore une fois la seule métisse à bord. Je crois que tout le monde l’a remarqué. Mais plus surement avec les beaux cheveux de notre fille.
Elle sera une véritable princesse auprès de ses arrières grands-parents.
Tu me manque déjà. Terriblement.

Un baiser mon amour.

Louisa


Louisa Zimmerman

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Ven 10 Sep 2010 - 19:31

Citation:

16 Septembre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck.
Caravane en Direction de Russie.

Louisa,

J’ai engagé ce messager pour assurer notre correspondance. Il restera avec toi le temps que tu écrives et portera tes lettres à mon intention. C’est un jeune homme de confiance, ne t’inquiète pas. A vrai dire, vous me manquez tellement toutes les deux, que je ne peux pas imaginer un instant rester sans nouvelles de toi si le service de Courrier venait à manquer à son travail. Il suivra la caravane jusqu’à votre dernière étape avant la Russie. De là, il ne devrait y avoir aucun mal à ce que le courrier soit correctement distribué.

Je suis heureux que cette première journée de voyage se soit bien déroulée et qu’Anna semble supporter d’être enfermée dans un fiacre pendant une journée presque entière. Dis lui qu’Aurore se porte bien. Je crois qu’elle sent que je suis triste sans vous, alors elle essaye de m’occuper l’esprit. Je joue avec elle dès que j’en ai le temps. Elle mange bien, je crois qu’elle deviendra une grande et belle chienne, tout comme Anna deviendra une grande et très belle jeune fille, comme l’est sa mère.

J’ai appris que la femme d’une de mes relations fait également partie du voyage. Il s’agit d’Amélia Von Rotterbach. A mes souvenirs, il s’agit d’une très gentille jeune femme et je pense que vous vous entendrez très bien. N’hésite pas à faire connaissance avec elle, le voyage te semblera peut-être moins long, surtout que je pense que tu es impatiente d’arriver.

Pour ma part, je suis impatient de vous voir rentrer. C’est égoïste, je le sais, mais j’ai besoin de votre amour à toute les deux. Sans, je me sens comme une simple coquille vide.

Je vous aime, passionnément, toutes les deux,

Romain.
[Une patte de chiot semble également être apposée en signature.]

P.S : Je crois qu’Aurore voulait également participer, alors cela explique la « signature » au-dessus. Mais maintenant me voilà malin, il y a des petites pattes un peu partout autour du bureau.
Je t’aime.

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Sam 11 Sep 2010 - 13:22

Citation:
18 Septembre 1932 au matin


De madame Louisa Zimmerman
De la caravane, frontière, en direction de Russie

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Chéri,

Ce service a dû te coûter une fortune ! Mais c’est si bon de lire tes mots après une nuit sans toi. Cela me rappelle nos débuts. Étions-nous plus patients alors ?

Ce jeune homme a l’air charmant. Il faudra le remercier à son retour. A sa mine crottée il a dû aller comme un damné entre nous deux. Je ne sais même pas son nom, il n’a pas voulu me le dire ce beau diable. Est-il un garçon de Rosbruck ? Il faudra le remercier avec soin.

Anna a beaucoup rit, en voyant la signature du chiot. Je n’ai pas eu le droit de reprendre ta lettre depuis ! Elle l'a rangé dans sa poche comme un parchemin inestimable. Elle est très curieuse du paysage. Les grands champs de ce pays inconnu lui donnent envie d’aller courir. C’est compliqué, de lui expliquer que nous ne pouvons pas nous arrêter quand nous le voulons. J’essaye de me rappeler des légendes de notre enfance et de la distraire. En connais-tu ?

J’ai suivi ton conseil. J’ai pu rencontrer madame Von Rotterbach hier ! Elle nous a invitées à diner sous sa tente. Elle se souvenait bien de toi. Tu lui plût alors. Mais à qui ne ferais-tu pas bonne impression, mon amour ? Tu as raison, c’est une femme adorable, et très érudit. Elle a accepté de me donner quelques leçons de langue, pour notre passage dans le Saint Empire. Et elle n’a pas parue étonnée que nous nous soyons trouvé tous les deux. L’écouter parler de toi m’a permis de te découvrir avant notre rencontre. Étais-tu aussi sage qu’elle le raconte ? Je me souviens pourtant de quelques fuites au nez de nos parents bien éloignées de ce portrait.

Son mari l’attend à Vienne. Devrais-je accepter son invitation ? Cela permettrait de rendre le voyage un peu plus distrayant à notre petite fille. Maman comprendra.
S’il te plait veille un peu sur la boutique. Je fais confiance aux filles bien sûr. Mais l’une des amies de monsieur Maestriani doit venir la semaine prochaine et je suis toujours très prudente avec ces clientes.

Personne ne connait Forbach ici. La sorcellerie n’est qu’un sujet parmi tant d’autres. C’est étrange et très plaisant de ne plus avoir à s’en préoccuper. Je crois que ce voyage va me permettre de comprendre un peu mieux notre époque. J’ai même recommencé à faire des esquisses. Cela faisait longtemps que je n’avais plus dessiné. Regarde je te joins l’un de mes essais. Que penses-tu de ce paysan ? Tout est bon pour m’occuper.
Anna a faim. Je te laisse pour l’instant.

Tu es dans toutes mes pensées. Tu es dans nos cœurs à toutes les deux.

Je t’aime. Nous t'aimons.
Prends aussi soin de toi mon amour.
Louisa

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Sam 11 Sep 2010 - 14:30

Citation:

20 Septembre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck.
Caravane en Direction de Russie.

Mon ange,

Ne t’en fais pas pour ma fortune, tu sais très bien qu’elle ne vaut rien face à ton amour. Qui plus est, Adrien, puisque c’est son nom, est un très bon ami à moi, bien meilleur cavalier que n’importe qui dans ce Royaume, et peut-être même dans d’autres. Il était venu me voir le jour suivant ton départ, et vu m’a mine déconfite, c’est lui qui m’a proposé cette idée. J’ai d’abord refusé, mais j’ai cédé devant son insistance. Il a prétexté que je l’avais suffisamment aidé par le passé pour qu’il me rende ce « menu » service. Je n’ai pas pu refuser longtemps, et je veillerai à ce que son immense service soit justement récompensé, quelque soit l’ampleur du service qu’il estime devoir me rendre.

Je suis ravi qu’Anna ait apprécié la dédicace d’Aurore, je crois que c’était ce qu’elle désirait. Et toi, dis moi, as-tu aussi sourit de ce magnifique sourire qui ourlent tes lèvres lorsque tu es heureuse ? Lorsque je m’endors dans notre grand lit, qui me semble bien vide, je rappelle à moi le souvenir de ton sourire, il m’aide à m’endormir, il me permet de moins me sentir seul, comme si tu étais près de moi, car même si Aurore me tient compagnie du mieux qu’elle peut, et c’est déjà beaucoup, rien ne peut combler ton absence, et celle d’Anna. J’ai le souvenir de deux trois légendes que mon père me racontait avant de m’endormir, hélas je ne m’en souviens plus parfaitement, et tu sais combien j’aime imaginer des histoires pour Anna plutôt que d’en raconter. Essaye peut-être toi aussi, je suis certain que ton imagination est capable des plus beaux contes de fées. Je sais qu’Anna aime beaucoup lorsque je lui parle de toi, de nous.

Je suis également heureux de voir que tu t’entends bien avec Madame Von Rotterbach, même si je n’en doutais pas un instant. C’est une femme remarquable, je crois que lors de notre rencontre, elle voyait un peu en moins le fils qu’elle avait laissé en Autriche, c’est peut-être pour cela qu’elle se souvient si bien de moi. Nous avons passé quelques heures à discuter ensemble, et j’ai appris beaucoup de choses à son contact. Quant à ma sagesse relative de l’époque, il n’y a eu que toi pour me faire faire des folies, tu sais bien que pour toi je soulèverais des montagnes et fendrais des océans… Concernant son mari, c’est un homme remarquable et incroyablement gentil. Une escale à Vienne ne serait peut-être pas de trop. Et puis c’est une histoire d’un jour ou deux. Je crois que le fils de Madame Von Rotterbach a également eu une fille, peut-être Anna aura l’occasion de faire connaissance avec elle. Enfin peut-être qu’elle t’en a déjà parlé ! D’ailleurs, passe-lui mes amitiés sincères, même si tu l’as surement déjà fait.

Je passe à la boutique tous les jours. Ne t’en fais pas. Je m’occupe de la comptabilité et me renseigne un peu sur les nouvelles. Apparemment tout ce passe pour le mieux, ne t’en fait pas. Oublie Forbach le temps de ce voyage, mais attention, ne m’oublie pas ! Je crois que j’en mourrais.

Aurore veut à nouveau signer, mais le bureau porte encore les stigmates de la dernière fois, donc peut-être la prochaine fois, en tout cas, elle vous fait une léchouille à toutes les deux, surtout Anna. Moi je vous embrasse toute les deux, et surtout toi mon ange.

Je vous aime, vous me manquez.
Tu me manques terriblement,

Romain.

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Sam 11 Sep 2010 - 17:54

Citation:

23 Septembre 1932 au matin

De madame Louisa Zimmerman
Du château des Von Rotterbach, Vienne, Autriche

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Mon Romain,

Mais comment pourrais-je t’oublier ? Même sous la torture j’en serais incapable. Sois-en certain. Même à des centaines de kilomètres.

Nous sommes depuis hier soir chez Amélia et Frédérik, chacun d’eux t’embrasse avec affection. Ils auraient aimé te voir. Nous poser a finalement été une bonne décision. Je ne mettais pas rendu compte à quel point la route réclame de l’énergie. Je suis certaine que tes caresses me rendraient plus résistantes à tout cela.

Si tu voyais Vienne mon amour. C’est une ville splendide. Tout est majestueux. L’Autriche me plait. Il y fait, ce froid, dont me parle grand-père dans ses lettres. J’ai l’impression d’avancer vers une partie de moi. Reste à savoir comment elle sera. Maintenant que nous ne sommes plus dans le pays de papa, je suis impatiente de rejoindre les Silvianov. J’espère que tout se passera bien. Maman a tellement changée depuis ce jour là. Ce n’est plus elle qui me répond, mais Roza. Est-ce qu’elle nous reconnaîtra toutes les deux ?

J’ai décidé de lui parler, de la manière dont une russe et un français se sont un jour croisés sur le marché. Il faut bien qu’elle connaisse un peu les origines de ses origines. On dirait un peu un conte ne trouves-tu pas ? Nastasia qui suivait ses parents malgré elle, et Jean qui travaillait comme un forcené. J’espère que notre histoire fera aussi sourire nos petits enfants Romain plus tard.

Je n’ais sans doute pas le même sourire que quand tu es là. C’est impossible. Car même si ce voyage me ravi, il ne peut être parfait, sans toi. Mais ta fille se sent bien ici je le vois, et cela me met en joie oui. En ce moment même, elle essaye d’apprendre une chanson à Naomi. La fille de cet homme que tu as rappelé à notre hôtesse. Elles sont adorables toutes les deux. Quand au père, Tobias, il est aussi gentil que ses ainés. En effet il te ressemble, un peu. Il est chaleureux et très attentionné. Il n’a de cesse de vouloir me distraire. J’ai l’impression qu’il s’est fait un devoir de nous complaire à toutes les deux. Cet après midi il a accepté de me guider dans les boutiques. Je ne pouvais pas manquer une telle occasion d’avoir accès aux créations de mes collègues ! Je te raconterais.

Frederik, voudrait nous retenir encore quatre jours. Anna ne demanderai pas mieux. Pourtant je n’ose pas profiter trop longtemps de cette hospitalité. Il nous reste encore beaucoup de chemin.

Tu es un ange de t’occuper du Fil Blanc. Fais attention les filles pourraient s’habituer à ta présence. En vérité elles t’adorent. Clothilde est la plus sérieuse des trois. Je compte sur elle pour les diriger. J’ai peur d’avoir oublié l’un des contrats. Enfin cela attendra tu as raison. Je sais que si je commence je ne m’arrêterais plus.

Dormir dans un vrai lit a été un affreux calvaire. Ton absence était bien trop palpable. Je te comprends mon amour. J’ai dût garder Anna avec moi, et c’est sa respiration qui m’a endormi. J’ai rêvé de toi, de nous. Te souviens-tu de ces quelques jours en Suisse il y a un an ?

Je t’aime. Plus que tout.

Ta femme.
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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Sam 11 Sep 2010 - 18:44

Citation:

27 Septembre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck.
Caravane en Direction de Russie.
Via le Château Von Rotterbach, Vienne, Autriche.


Louisa,

Je ne peux oublier aucun des moments que nous avons passé tous les deux mon amour. Ces quelques jours en Suisse étaient merveilleux, il n’y avait que toi, moi, et rien d’autre. Et le souvenir de nos ardentes nuits hante encore parfois mon esprit. Et je ne doute pas que ce sera le cas cette nuit, maintenant que je me suis rappelé ce moment en écrivant cette lettre.

Je ne doute pas qu’Amélia et Frédérik soient heureux de t’accueillir, ils sont extrêmement avenants et ils offrent sans retenue, même si je dois admettre que Frédérik est un sacré marchand ! Mais bon, il m’a déjà rendu beaucoup de service, et maintenant je lui dois d’avoir permis à ma femme de se reposer dans son long voyage. Tu les remercieras de ma part pour leur hospitalité et leur gentillesse et leur retournera mon affection. Bien entendu, ils seront les bienvenus s’ils désirent passer un peu de temps au cœur du Duché de Lorraine.

Je ne sais que très peu de choses sur Vienne, même si j’ai entendu parler de sa grandeur et de la majesté de ses bâtiments. Après tout, il s’agit d’une grande ville impériale, j’imaginais mal que cela pouvait être autrement. J’ai hâte que tu sois de retour pour que tu me décrives tout, que tu me racontes les moindres détails comme on ne peut pas le faire vraiment dans une lettre. Je suis content qu’Anna ait trouvé une amie pour passer un peu de temps. Il aurait été dommage qu’elle s’ennuie, même si elle s’amuse d’un rien. Attention à Tobias, sa mère m’avait dit qu’il était un sacré séducteur. Comment cela ? Moi, jaloux ? Pas du tout ! Bon, d’accord, peut-être un tout petit peu…

Ton idée pour Anna est splendide, tu vois, j’avais raison. Mais pour cette histoire, tu sais, toutes les histoires d’un amour véritables sont des contes de fées. Même si, pour tes parents, j’en ai le sentiment véritable, et je remercie d’ailleurs ces fées, car sans cette histoire, je ne vivrai pas avec la femme la plus merveilleuse et la plus magnifique de toutes les histoires de belles princesses.

Pour Frédérik, ne te sens pas gênée. S’il te propose de rester, il le fait de bon cœur, mais la route est effectivement longue encore. La décision t’appartient seule et les Von Rotterbach la respecteront même si je sais qu’ils seront tristes de te voir partir. Nous les inviterons à l’occasion, je suis certain qu’Anna sera heureuse de revoir Naomi, et moi curieux de voir enfin Tobias.

De ce côté du Duché, tout se passe bien. Au Fil Blanc, Clothilde a effectivement pris les affaires en main. Elle se débrouille très bien et ne t’inquiète pas, rien n’est laissé de côté. Elles travaillent bien et personne ne s’est plaint de ton absence. Tout se passera bien pendant ces quelques mois, n’y pense plus, encore une fois. Mes affaires roulent bien, je n’ai presque rien à faire. Pour un peu, je galoperai pour vous rejoindre, mais je sais que cela ne durera pas. Nous abordons doucement l’hiver et hélas, cette période n’est pas de tout repos. Aurore court partout, je crois qu’elle fait un peu tourner en bourrique David, mais il ne s’en plaint pas non plus. Pour une fois que ce n’est pas moi qui trinque, ce n’est pas plus mal.

Je vous aime, toutes les deux, et vous embrasse.

Ton Romain, à jamais.
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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 9:06

Citation:

02 octobre 1932

De madame Louisa Zimmerman
Caravane en Direction de Russie, Bohème

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Amour,

Si je m’écoutais je te demanderais de nous rejoindre oui ! Mais ce ne serais pas sage. De plus, avant de partir, j’ai demandé à ta tante de nous empêcher de faire les enfants. En six mois de mariage nous sommes pires qu’eux. Tu avais raison… cette bague ne change rien d’autre que mon nom. J’ai été idiote de retarder cette cérémonie. Anna serait peut être mieux vue si je t’avais épousé plus tôt. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

Je t’écris à la lueur du coucher, alors que se dressent sur notre droite, d’impressionnantes montagnes couvertes d’arbres fantastiques. Depuis deux jours j’entends les loups nous apostropher aux alentours. Il y en a parfois en Moselle, mais ça n’a rien à voir avec ici. Ils sont très nombreux et d’une telle beauté. J’ai bien essayé d’en prendre un pour modèle ce matin, pour te les montrer, mais ils n’ont aucune patience.

Les hommes de la caravane restent prudents ne t’inquiète pas. Mais je doute que ces prédateurs s’approcheront de trop prés. Quand nous sommes à l’arrêt un feu et immédiatement allumé. En plus de nous protéger il réchauffe la troupe. Le nombre de voyageur change continuellement, c’est peut être l’une des rares occasions où les conflits n’ont plus droits de citer. Je continu d’apprendre l’allemand. Ce n’est pas très difficile.

En fin de compte nous sommes restées quatre jours au château. Je leur ai retourné
’invitation. Amélia viendrait peut être un été avec Naomi. Je crois que notre courte intrusion a séduit cette petite. J’ai laissé à sa mère le croquis d’une robe française, que j’ai modifié pour sa silhouette d’enfant. J’espère qu’ils pourront la lui faire faire. Voir les petites si complices, m’a rappelé mes nièces. Elles auraient eus 8 ans dans quelques jours. Le temps passe vi vite Romain.

Si dois être jaloux de quelqu’un c’est de ce lieu, la bohème. Ils ont des vins délicieux ! J’en ai pris quelques unes pour grand-père. Quand à leurs tenues ! La mode de Paris me parait bien lourde en les regardant danser. Anna aime bien participer même si ces petites jambes ne suivent pas toujours la cadence. J’aimerais danser avec toi ici. Je suis certaine que tout cela te plairait ! Il faudra que nous revenions tous les deux, pour nous créer d’autres souvenirs, d’autres nuits. Comme je m’ennuie de toi tendre prince. Ta fille a plus de chance que moi emportée dans cette aventure de grand.

Je suis heureuse que tout aille bien au Manoir. Profite-en pour prendre soin de toi mon amour. Depuis la naissance de notre fille tu n’as pas eu une minute. Tu mérites un peu de vacances. Ne voulais-tu pas voir ces amis d’études ? Ne te laisses pas mourir d’ennuis j’en serais si peinée. Te savoir satisfait m’est bien plus doux que de te savoir languissant.

Tant mieux si tout se passe bien à Forbach. Promis je ne t’en parlerais plus. C’est si étrange d’être sans travail… Je n’ai pas l’habitude. Enfin ! J’apprends à cuisiner avec les filles de la caravane. Je voudrais faire des progrès pour vous deux. Anna adore le lait de chèvre. Elle charme tous le monde avec ces beaux yeux gris. J’y discerne presque ta malice quand elle me sourie.

Dis à Aurore que nous ne l’oublions pas. La petite l’a réclamée après avoir prit les loups pour des chiens.

Une éternelle pensée d’amour vers toi. Nous te serrons dans nos bras, fort. Je t’aime.

Lou


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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 10:30

Citation:

08 Octobre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck.
Caravane en Direction de Russie.


Lou,

Ne t’inquiète pas pour le devenir d’Anna et tu n’es pas la seule fautive, tu sais combien je suis un grand timide et c’était à moi de te demander ta main plus tôt. Mais qu’importe, nous sommes mariés maintenant, à mon plus grand bonheur, et les gens qui comptent savent bien que nous étions déjà mariés de par nos sentiments d’amour de l’un envers l’autre. Le reste importe peu.

Je sais que je n’ai aucune raison de m’inquiéter davantage mais faites extrêmement attention avec les loups. Ils sont connus pour être des animaux très malins et je ne voudrais pas qu’il vous arrive malheur. Je sais que ce sont des animaux magnifiques et moi-même je suis fasciné par ceux que l’on peut apercevoir en Moselle. Il parait que les chiens sont les descendants domestiqués des loups, aussi je ne m’étonne pas qu’Anna ait cru qu’il s’agissait de chiens. En parlant de chiens, Aurore se porte très bien, je l’ai câlinée pour vous deux, elle en était très contente. Elle est toujours aussi turbulente ce qui est normal vu son jeune âge, et lorsqu’elle ne dort pas sur mes genoux, je me demande qu’elle va être son prochain coup. Je la promène souvent, surtout lorsque je fais ma petite inspection des différents champs de l’exploitation. Vous devriez la voir partir en courant, pour peu je dirai qu’elle battrait déjà un cheval au galop.

Je suis ravi qu’Amélia ait accepté l’invitation, je serai très heureux de les voir, et je ne doute pas qu’Anna sera très heureuse de revoir Naomi. Oui, moi aussi je pense souvent aux jumelles. Le temps file, plus vite que nous le désirions, c’est pourquoi j’ai hâte de te voir rentrer, même si je veux que tu prennes le temps de profiter de ta famille en Russie. De mon côté, j’ai décidé de prendre un peu l’air avec David. Nous avons sorti les chevaux, je crois qu’ils en avaient besoin, tout comme nous. J’ai quelques rendez-vous de prévus pour les affaires, mais il me semble également qu’un ami devait passer dans les environs, enfin, c’est ce que je crois me souvenir d’une de ses dernières lettres. J’essaierai de la retrouver, à part les tiennes que je conserve précieusement, tu sais que je suis un peu linotte de temps en temps. De toute façon, avec Aurore, je ne risque pas de m’ennuyer, et je crois que David serait entièrement d’accord avec moi. Miranda semble la seule à échapper à son tempérament fougueux et incontrôlable par moment. Elle a d’ailleurs dessinée un portrait d’Aurore que j’ai joint pour Anna, lorsque je lui ai dis que notre chienne manquait à notre fille, elle n’a pas hésité une seconde.

J’entends beaucoup d’histoires sur la Bohème. Est-ce vraiment aussi envoûtant qu’on le dit ? Visiblement oui. Vu tout ce que tu m’écris, je n’ai aucun doute sur le fait que nous la visiterons le plus tôt possible. J’aimerai beaucoup découvrir cette contrée ensorcelante avec celle qui m’a envouté sans l’aide d’un quelconque sortilège.

Mais, au lieu de faire des croquis de loups, ne dessinerais-tu pas ton époux avec le souvenir vivace que tu as de lui ? Je suis très curieux tu sais.
Vous nous manquez, à Aurore et moi.
Je vous embrasse, tendrement. Je t’embrasse, amoureusement.

Ton mari, Romain.

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 13:10

Citation:

17 octobre 1932

De madame Louisa Zimmerman
Caravane en Direction de Russie, Pologne

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Romain,
La Bohème était fascinante oui. Je ne pensais pas que ce voyage me séduirait autant. Depuis le temps que je voulais voir du pays. Il aura fallut cinq ans pour mettre à exécution mes projets. Mais j’ose espérer que même sans avoir eu notre fille, j’aurais trouvé le courage de faire tout cela.

Le pauvre Adrien va avoir de plus en plus de mal à faire le divin messager. Je ne sais pas comment il fait pour tenir. Les caravaniers le reconnaissent maintenant. Il lui offre de la vodka dés qu’il se déleste de son cheval. Comment lui prouver toute ma reconnaissance ? Cela fait un mois qu’il s’épuise pour nous. Vraiment, il est un peu fou de faire l’Hermès dans toute l’Europe. Et nous le sommes d’avoir accepté. Il me dit que tout de même il s’arrêterait à Saint-Pétersbourg.

Les premières neiges sont tombées ici. L’hiver est vif dans cette région du monde. Tout est blanc et c’est comme si des milliers de diamants s’étaient posés sur notre route. Alors même si nous sommes plus lents personne ne s’en plain vraiment. J’en ai profité pour lui demander qu’il me parle de toi. Il me dit que tu as l’air d’aller bien. Nous en sommes rassurées Anna et moi. Je sais que la solitude peut avoir de mauvais effets sur toi mon ange. Je ne veux pas que tu sois malheureux.

J’ai réussi à négocier pour que la caravane fasse un crochet en Silésie demain. Je suis impatiente. Leurs textiles ont une si grande renommée ! Peut être accepteraient-ils un accord avec une jeune française, quand penses-tu ? Si c’est le cas, je leur dirais mes idées pour l’avenir de la boutique. Ce serait formidable que je puisse exporter si loin ! Non ? Je sais, je vois les choses en grand. Et je n’arrive pas à éloigner les robes de mon esprit. J’en ai déjà des dizaines en tête.

Le portrait d’Aurore est très joli. La petite l’aime beaucoup. Elle le protège dans la poche de son grand manteau. Elle a des airs de bohémienne avec ces petites boucles brunes. Si tu la voyais tomber dans la neige avec son petit air ahuri. Dieu que je l’aime. Elle me fait tant penser à toi quand elle rit. Nous ne parlons plus que russe depuis quelques jours. C’est le meilleur moyen de la préparer à cette rencontre je crois.

Adrien te donnera mon dessin dans une autre enveloppe. J’espère qu’il te plaira. Ta beauté est une Muse talentueuse. J’ai presque faillit le garder tant ta présence me manque. Ta chaleur est si loin maintenant. J’en ai le cœur lourd quand la nuit tombe. Donne-moi vite de tes nouvelles mon amour. Raconte-moi tout. Raconte-toi pour que je te vive un peu.

Je t’aime. Je t’aime. Un baiser de chacune. Tous mes baisers sur toi.

Ton amante, Louisa



Dernière édition par Louisa Zimmerman le Dim 12 Sep 2010 - 17:54, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 13:48

Citation:

29 Octobre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck.
Caravane en Direction de Russie.


Louisa,

Je suis content que le voyage soit fascinant pour toi. Au moins il ne te semble pas long et monotone et ainsi tu ne t’ennuie pas. Nous ne sommes pas toujours en mesure de réaliser nos aspirations mais tu sais que je t’aurai poussé à réaliser celle-ci si tu ne l’avais pas fait par toi-même. Nos obligations communes et notre passion nous a rendus peut-être un peu trop casanier. Je veillerai à régler ce petit désagrément. Il est encore temps de voyager un peu, voir beaucoup.

Adrien est un jeune fou. Je l’implore à chaque fois de cesser cette folie mais il tient à tenir son engagement. « Une promesse est une promesse » me dit-il à chaque fois, et encore cette fois je n’ai pas su trouver de mots pouvant venir à bout d’une telle dévotion. Ce sera surement son dernier aller-retour, car une fois que tu seras arrivée, les messagers devraient être plus efficaces et Adrien pourra se reposer. Je veillerai à le récompenser pour sa divine intervention qui m’a permit de m’entretenir avec toi durant tout ton voyage, même si je sais qu’il me faudra ruser pour lui faire accepter quoique ce soit. C’est à peine s’il accepte de manger et dormir au manoir le temps de se reposer entre deux nos lettres.

Le mois d’Octobre est très pluvieux chez nous cette année, mais cela ne semble pas refroidir Aurore, et, à vrai dire, moi non plus. J’aime beaucoup la pluie, sentir sa douce caresse – qui, hélas, n’est pas aussi appréciable que la tienne. Avec elle j’ai l’impression d’être lavé de tous mes doutes, mes craintes, mes tristesses. Cela ne dure qu’un temps, mais c’est tellement agréable… Aurore et moi courront dans les feuilles mortes qui s’envolent au moindre coup de vent. Tu devrais la voir chasser ces ennemis factices, elle court après comme si sa vie en dépendait. C’est tellement amusant.

Décidément, tu es aussi têtue que moi ! Pourrais-tu oublier un peu tes robes un jour ou l’autre ? Je crains que non… Mais je dois reconnaitre que ton idée est excellente. Tu parviendras surement à séduire un producteur de textile local à l’idée de s’exporter jusqu’en France, je n’en doute pas. Je reconnais là ta folie des grandeurs, mais tu as bien raison. Car si l’on vise la lune, même si l’on rate son objectif, l’on finit parmi étoiles, ce qui n’est pas rien.

Je suis ravi qu’Anna apprécie le cadeau de Miranda, je le lui dirai, elle sera très heureuse. Je crois qu’elle guette l’arrivée d’Adrien avec autant d’impatience que moi maintenant. De mon côté, je ne me lasse pas d’admirer ton dessin. Tu dessines divinement et je me demande si je suis aussi beau que le portrait que tu as fait de moi, voir s’il ne s’agit pas d’un autre homme !

Aurore a fini par sentir que je ne dormais pas beaucoup… Je ne sais pas comment elle a fait, mais un soir elle a poussé la porte de ma chambre et s’est installée au pied du lit et m’a fixé. Comme je n’étais pas endormi, je l’avais entendu rentrer et je l’avais observé, surpris. J’ai l’impression de l’avoir compris au premier regard. Nous passons beaucoup de temps ensemble, elle et moi, cette nuit-là j’ai d’ailleurs dormi avec elle dans le grand canapé devant la cheminée. Miranda m’a longuement désapprouvé, mais je ne savais qu’Aurore m’aurait suivie jusque dans la chambre pour s’assurer que je m’endorme.

Je dois te laisser, Aurore piétine d’impatience devant la porte, il est l’heure de notre ballade. Je vous aime, toutes les deux, et je vous embrasse tendrement.
Passe toutes mes amitiés à ta famille, et dit leur que je suis sincèrement désolé de ne pas pouvoir les rencontrer,

Je t’aime,

Romain.

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 17:53

Citation:

09 novembre 1932

De madame Louisa Zimmerman Baron de Rosbruck
« Demeure principal des Silvianov », Belozerk, Lac Beloïe ozero, Russie

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Mon tendre époux,
Presque sept semaines pour arriver jusqu’au Lac Blanc, mais nous y sommes enfin ! Roza avait prévu pour nous, presque une aile entière, de ce que je surnommerais sans hésiter : un palace. Anna s’est déjà approprié sa chambre avec l’aisance dont elle est capable. Je l’envie un peu, car toutes ces pièces m’intimident. J’ai tenue à être dans la chambre adjacente à la sienne. Ce n’est pas que je sois inquiète pour elle ici. Mais notre petit bébé n’a que deux ans. Je ne veux pas être loin d’elle. Nous sommes déjà assez séparés les uns des autres. Etre avec elle c’est un peu être avec toi.

Ici il ne pleut pas. Il neige. D’ailleurs les flocons continuent en ce moment même d’inonder le jardin. Ce qui n’arrête pas les gens de vivre. Maman est sortie en ville avec Anna. Toutes les deux tenaient absolument à aller voir le Cirque qui est arrivé en ville il y a deux jours. Je les laisse volontiers l’une avec l’autre, elles ont beaucoup à rattraper. Ainsi je peux me consacrer tout à toi.

As-tu vu cet ami qui était de passage ? J’espère pour toi que tu ne te contente pas de la compagnie d’Aurore ? Romain tu ne peux pas priver la Moselle de ta jovialité, jusqu’à notre retour. Ce serait injuste. Je comprends en te lisant que notre absence te pèse. Mon amour ce ne sont que deux petits mois. Ils seront suivis par des années entières, jour après jours, où nous serons tous les trois. Que penserais ta fille si elle savait que son papa ne dort plus ? Je m’inquiète pour toi. Et je suis prête à supplier ta tante pour qu’elle vienne te chaperonner si nécessaire !

Grand-père tient à ce que tu saches que tu es pardonné de ton absence. Et même plus ils respectent tous les trois ton sens du devoir. Tu es le bienvenu, à la moindre occasion, avec où sans moi ajout-il. Je pense que le portrait que maman a fait de toi a beaucoup plut. Elle n’a pas été étonnée d’apprendre que je t’avais épousée. Et elle trouve sa petite parfaite ! Ton amour a conquit tout Belozerk. Ici plus que n’importe où ailleurs je suis fière de porter ton nom, mon ange. Sois sûre que nous pensons à toi en toutes circonstances. Et moi je pense à toi à chaque respiration.

Ils veulent que nous soyons toutes les deux présentées à tous les Silvianov de la région. Ce qui apparemment fait beaucoup, beaucoup, de monde. Il n’y a pas un repas où je ne découvre un nouveau visage. Heureusement ce n’est pas aussi ennuyeux que chez notre chère madame Montbourg. Certains parlent des patois que je dois comprendre au fur et à mesure de la conversation. Mais ils font un effort pour parler à Anna. D’ailleurs beaucoup disent qu’elle ressemble à l’une des premières dames de la famille. Tandis que je passe encore pour une métisse. C’est amusant.

L’accord est entendu avec les fabricants de Pologne. Et je vais voir avec Peter si quelque chose est possible ici.

Le ciel est si pur à la nuit tombée que je peux voir les étoiles de ma fenêtre. J’en choisirai une, chaque soir, pour te l’offrir comme gardienne de ton sommeil. J’ai froid sans toi. C’est la première fois que nous sommes séparés si longtemps. Tout en moi te réclame comme une enfant. C’est bien toi le jeteur de sort dans notre histoire mon aimé. Pourrais-tu faire en sorte que je sois de nouveau dans tes bras ?

Samedi il y a un Bal pour fêter l’anniversaire de maman. Bien sûr je dois être présente. J’aime les bals. Mais… L’idée de devoir danser, avec un autre cavalier que toi, me semble terriblement impossible. Fort heureusement Roza l’a comprit et se moque en disant qu’à mon âge on ne doit plus se mourir d’amour. Mais il n’y a pas d’âge. Que j’ai 22 ou bien 27 tu es mon autre. Voilà que je te fais une déclaration en apologue. Romain. Tu me manques.

Que chaque rayon soit ma caresse sur ta joue. Fais attention à toi. Fais le pour nous. Pour Anna. Je t’envois cette esquisse. J’ai dû batailler pour que ta fille tienne en place.

Ta fidèle, je t’aime, de toute mon âme. Vil enchanteur de mon cœur.


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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Dim 12 Sep 2010 - 19:09

Citation:

20 Novembre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck
« Demeure principal des Silvianov », Belozerk, Lac Beloïe ozero, Russie.


Ma douce épouse,

Je suis heureux de savoir que vous êtes enfin arrivées. Soulagé également que le voyage se soit bien déroulé et qu’il n’y ait eu que de bons moments jusqu’au point final vos pérégrinations. J’ai appris, avec bonheur, que notre Anna ne se sent pas trop dépaysée et prend ses quartiers plus vite que son ombre. Je sais que ta retenue ne durera pas. Tu es chez toi là-bas, ces lieux te deviendront vite familiers, je n’en ai pas l’ombre d’un doute.

La neige s’est mise à descendre du ciel ici aussi. Tu aurais du voir ça ! Il a neigé une nuit entière et le lendemain matin la terre s’était habillée d’un manteau blanc épais. Pour te donner une idée, Aurore, toute excitée a voulu sauter dedans, et lorsqu’elle l’a fait, elle a disparu dans la neige. Ah elle avait l’air bien maline, je te le dis. Miranda, David et moi-même avons réalisé un bonhomme de neige dans la cour. Nous voulions qu’il soit aussi grand que le saule, mais nous n’avons pas réussi, enfin il ne lui manque pas grand-chose. Miranda nous a d’abord traités de gamins, mais nous avons fini par la convaincre et je crois que c’est elle qui s’est le plus amusée. Aurore nous tournait autour et se demandait surement ce que nous faisions. Qu’il était amusant de voir surgir et disparaitre une boule de poils praline de la masse blanche et poudreuse. Ô mon épouse, j’ai bien peur que tu ne découvres trois grands enfants à ton retour de Russie…

J’ai rencontré également mon ami Christian. Il m’a dit ne pas vouloir rater l’occasion de me revoir, déjà qu’il passait dans les environs. Nous avons discuté économie, badineries et épouses. Il m’a dit qu’il s’était marié à une jeune roturière qu’il avait rencontrée dans une boutique. Il s’est mis sa famille à dos mais ne regrette rien, de toute façon, je le connais, ce bon vieux roublard est un filou en affaire et son fond de commerce lui suffira amplement pour mener une vie de prince. Je lui ai proposé de passer à l’occasion, car il semblait très curieux et désirait ardemment vous rencontrer, Anna et toi. Je lui ai dit de passer quand il voulait, en me prévenant par courrier, que je puisse lui confirmer vos présences à toutes les deux. Tu verras, c’est un homme charmant, de la même trempe que Frédérik Von Rotterbach.

Moi un jeteur de sort ? Alors que je ne crois pas en la magie ? Mmm… Voilà qui risque d’être un peu compliqué, mais je vais essayer de toutes mes forces, en tant que simple homme amoureux qui remuerait ciel et terre pour combler son aimée. Je regarderai le ciel tous les soirs, et adresserait tout mon amour à l’étoile que tu auras choisi en espérant qu’elle te le remettra, et qu’il t’apporte une douce chaleur lors de ces nuits si froides. Quant au bal, une danse n’a jamais été un adultère, même si j’admets que je jalouse déjà l’homme qui t’invitera à danser, et je ne doute pas qu’ils seront nombreux à se bousculer. Remercie ta famille pour leur compréhension, et dit leur que je prends leur invitation au pied de la lettre. J’aimerai beaucoup les rencontrer, toi qui m’en dis le plus grand bien.

Je n’ai rien dit à tes filles de tes grands projets, je pense que tu veux leur faire la surprise. Tout va bien au Fil Blanc, en fait, je crois que ça ne peut pas mieux aller. Je dois te laisser, j’ai quelques détails à régler pour une affaire qui vient de germer à mon esprit. Oh, j’oubliais, notre fille est magnifique. Je garde son portrait dans la poche intérieur de mon manteau, près de mon cœur, à chaque instant. Tu ne peux pas savoir comment cela m’a réchauffé le cœur de la voir ainsi.

Je vous embrasse toutes les deux, puisse la chaleur de mon amour vous envelopper d’un doux manteau pour affronter le célèbre froid de Russie.
Je vous aime, je t’aime.

Romain.

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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Lun 13 Sep 2010 - 13:27

Citation:

28 novembre 1932

De madame Louisa Zimmerman Baron de Rosbruck
« Demeure principal des Silvianov », Belozerk, Lac Beloïe ozero, Russie

A monsieur Romain Zimmerman Baron de Rosbruck
« Manoir des Rosbruck » Moselle, France


Mon Romain,

Quand j’ai raconté à Anna que vous faisiez un bonhomme de neige, elle a voulu vous imiter. Elle a donc stimulé toute la jeunesse du château, pour se mettre à l’ouvrage. Nous avons donc un fantastique visiteur en plein milieu du jardin. Depuis elle va chaque matin vérifier qu’il est bien là. C’est le petit frère russe du votre m’a-t-elle expliqué. Je crois qu’elle commence à comprendre qu’elle vient de deux mondes.

Elle m’a d’ailleurs déjà suggérée d’acheter le château, pour que nous ayons deux belles maisons tous les trois. Maman l’a plus ou moins soutenue, en me rappelant que j’avais un héritage qui m’attendrait une fois qu’elle s’en serait allée. Je ne veux pas y penser. Tu sais que l’argent ne me sert qu’à réaliser nos rêves.

Michael mort, je suis la dernière des Silvianov. Cela me peine pour Peter et Roza. Ils n’ont jamais réussi à concevoir d’autres enfants. Pourtant ils n’ont rien dit à ce sujet. Romain. Je ne veux pas qu’Anna soit fille unique. C’est une vie trop solitaire. De plus porter tes enfants est une expérience que je répéterais avec félicité. Quant penses-tu mon amour ? Nous y songerons.

J’ai beaucoup dansé à ce bal. C’était plus pour m’enivrer, et ainsi ne pas te chercher dans la salle, à chaque mélodie. Roza et maman avaient tout prévu. Elles avaient trouvé mes mesures des mon arrivée et ont fait confectionner une robe inouïe. Je savais que les tziganes aimaient les costumes. Mais là c’était proprement féérique. J’aurai aimé que tu sois là pour voir les deux grands yeux de la petite quand je suis allée la chercher. Je crois bien, que le diadème que je portais, était pour elle une fantastique couronne. Je lui offrirais quand elle sera plus grande.

Je serais curieuse de rencontre Christian à la prochaine occasion, ainsi que son épouse ! Ici, j’ai décidément un nombre infini d’oncle et de cousins de tous les degrés. Certains me regardent avec mépris. Je sais qu’ils me voient comme une bâtarde. Je ne leur en veux pas. Les traditions sont inébranlables pour ce pays. Maman devait épouser un jeune prince de la région. Mais elle a écouté son cœur, et je suis fière d’avoir été l’un de ses fruits.

D’autres, sont curieux de connaître ce pays qui réussi à plaire à Roza. A eux je leurs parle beaucoup. Je leur parle du royaume, de Louis XIII, de la Moselle. Et de toi bien sûr. Beaucoup de toi. Peut être est-ce mon amour de la France qui les convint, je les sens séduits. J’évite ceci dit d’évoquer les malheurs de Forbach, maman aussi. Sais-tu qu’ici on croit à la divination et à l’art des plantes ? Je sais que tu es le plus cartésien des hommes. Mais si tu les entendais… c’est fascinant. Pour un peu je serais presque prête à les croire. Selon la légende, ma famille était très douée pour envouter les objets. Que dirais-tu d’avoir épousé une envouteuse, mon jeteur de sort ? Nous ferions la paire !

Je visite tout ce que je peux de la région. Je veux connaître cette terre. J’ai l’impression que mon esprit cherche des souvenirs que je n’ai pas. Cela occupe mes pensées. Les cathédrales sont magnifiques. Même si dieu n’est plus dans mes grâces, je reconnais qu’il a poussé à quelques miracles de créations ! Je lis aussi. Tôt le matin quand tout le monde dort encore et que je ne tiens plus. Je me mets face aux grandes fenêtres et j’imagine les héros.

15 jours prés de ce lac et je songe à Rosbruck avec un début de mélancolie. Tu vois. Je ne peux pas me passer de toi mon amour. Ecrit moi vite. Je t’aime.
Je t’aime.

Louisa


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MessageSujet: Re: Correspondance France-Russie.   Lun 13 Sep 2010 - 14:37

Citation:

5 Décembre 1932


De Monsieur Romain Zimmerman, Baron de Rosbruck.
Manoir des Rosbruck, Moselle, France.


A Madame Louisa Zimmerman, Baronne de Rosbruck
« Demeure principal des Silvianov », Belozerk, Lac Beloïe ozero, Russie.


Ma douce Louisa,

Je suis ravi que notre bonhomme de neige possède un petit frère russe, et je suis certain qu’il est à l’origine de son merveilleux sourire qu’il affiche depuis quelques jours. Anna a eu une remarquable idée, elle tient décidément de toi. Elle a bien raison de vérifier s’il est toujours là au matin, j’ai appris qu’une légende raconte que les bonhommes de neige s’animent la nuit et partent à la découverte du monde. Parfois ils ne reviennent plus… Mais la tendresse qu’Anna lui porte doit surement lui donner envie de revenir tous les matins. Quant à l’idée d’acheter le Château… Pourquoi pas. Les affaires marchent bien et si cela te ferait plaisir de garder la demeure familiale, nous pourrions éventuellement nous le permettre. Cela nous donnerait une excuse pour nous évader quelques temps de la Moselle. Enfin, je te laisse seule juge de cette idée.

En ce qui concerne un futur petit frère ou une future petite sœur pour Anna… Et bien… L’idée n’est pas saugrenue. Mais, en ce qui me concerne, je ne sais pas comment nous pourrions faire un enfant, alors que tu es en Russie et moi en France. Enfin peut-être que l’envoûteuse qui tu prétends être aurait une solution à proposer, s’il en est une, je suis tout ouïe.

Je suis ravi que tu te sois amusée pendant ce bal, et à tes dires, je suis certain que tous les hommes n’ont pas cessé d’admirer ta beauté, se damnant du fait que tu sois déjà mon épouse. Peut-être même certains ne se sont pas gênés pour te faire des avances ! Que je jalouse ces hommes au charme slave, des fois je me demande comment tu peux m’aimer, moi et le charme que je n’ai pas. Quant à ceux qui te méprisent, et bien… Ils ne méritent que ton dédain, et, de toi à moi, ils n’ont absolument aucune conscience du trésor qu’ils ratent.

J’ai l’impression que la France s’exporte en Russie aussi bien que la Russie ne s’exporte en France. Le charme de l’étranger je suppose, mais je ne peux que comprendre. La nouveauté est toujours fascinante, et le plaisir de la découverte hors du commun.

J’ai une petite demande à vous faire. A toi et Anna. Je sais que tu vas te poser des questions, mais ne t’en pose pas. Tu devrais recevoir cette lettre dans la journée du 13 décembre. Je veux alors qu’Anna et toi pensiez très fort à moi pendant la nuit qui suivra, et, le lendemain matin, tu descendras avec Anna voir son ami de neige.

Je vous embrasse toutes les deux.
Mon amour pour toi réchauffe mon cœur au plus profond de l’hiver.

Romain.


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