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 Déclaration de guerre

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Inquisiteur Général
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MessageSujet: Déclaration de guerre   Mar 14 Sep 2010 - 15:25

La nuit s'était emparée de Forbach, mais il était encore suffisamment tôt pour qu'une visite ne soit pas fille de l'impolitesse. Le soir tombait trop tôt, mais c'était une des particularités de Forbach que Mattea avait appris à supporter. Elle s'en accommoderait plus facilement si cette fichue brume n'était pas omniprésente, mais soit...

Elle avait pris la peine de se changer entièrement et de revêtir le sombre habit de la Mère Supérieure de l'Ordre des Carmélites. Pas une mèche rousse ne s'échappait du voile posé correctement – avec une pointe d'agacement tout de même. La démarche qu'elle entreprenait n'était que justice, comme celle qu'elle avait entreprise auprès de Sébastien Garin. Elle ne frappait pas dans le dos des gens, elle agissait en pleine lumière. Elle n'utiliserait pas son blanc-seing pour arrêter la Comtesse. L'image de l'Église était en jeu, or Dieu défendait le juste. Sa logique était bien définie et n'admettait aucune réplique. Touchedieu, paix à son âme, aurait trouvé sa visite complètement stupide, parce qu'elle allait donner une chance à la sorcière de lui échapper, mais Mattea savait qu'il n'en était rien. Elle allait amener la sorcière à faire des fautes, à prendre peur, à se trahir. Alicia de Sarrebourg n'avait plus que quelques semaines à vivre en liberté, mais elle ne le savait pas encore.

Mattea ne doutait pas. Elle allait la débusquer, confondre ses sœurs d'Olrun, les passer à la question et leur soutirer tout leur savoir. Ce voile de sorcellerie allait se dissiper et lui rendre son précieux passé. Olrun et ses robes blanches... Elle retint une exclamation de froide réjouissance. Le temps des secrets était révolu.

En attendant, Mattea n'avait jamais rencontré Alicia de Sarrebourg. Ce qu'elle en avait entendu la laissait perplexe. Apparemment, elle avait épousé puis tué son mari, dont elle avait eu des jumeaux. C'était en écoutant le babillage insupportable et incessant de la serveuse à qui elle avait eu le malheur de s'adresser que Mattea avait commencé à reconstituer le passé de celle qu'elle allait attaquer. De ce qu'elle entendait, c'était une femme racée mais capricieuse. Mattea sourit. Aurait-elle la prestance des grandes villes et les manières des véritables dames, ou serait-ce une petite noble incapable de posséder l'élégance raffinée de ceux qui ont naturellement de l'envergure ? Quand elle se présenta au Château, Mattea était presque curieuse de la rencontrer. Elle n'accordait pas vraiment crédit à la serveuse – à peine la moitié devait être vraie – et voulait se forger sa propre opinion. Toutefois, et elle ne pouvait le nier, elle désapprouvait déjà l'Alicia qu'elle s'imaginait.

En se présentant aux domestiques, elle réalisa qu'en voulant protéger son identité – chose qui n'avait plus d'importance, après le Muguet – elle avait également fait un manquement à l'étiquette. Elle ne s'était pas présentée aux nobles de Forbach ni apporté des recommandations de Rome. Elle avait voulu se tenir à l'écart des activités mondaines et elle y était parvenue, mais cela risquait de lui porter préjudice. Après une légère hésitation à peine marquée, Mattea décida de ne pas en tenir compte. Elle était loin de Rome. Que lui importait l'avis d'une obscure petite comtesse provinciale ?

- Ma maîtresse accepte de vous recevoir. Qui dois-je annoncer ?
- Mère Mattea, de Rome.

Le jour où elle pourrait donner son véritable nom n'était plus très loin, elle en était persuadée. Suivant le domestique à travers les couloirs décorés avec goût, Mattea pensa un instant au coucher pénible qui attendait la sorcière. Parviendrait-elle à dormir après leur conversation ?

Quand Mattea se retrouva face à Alicia de Sarrebourg, elle n'hésita pas. La regardant droit dans les yeux, prenant à peine le temps de détailler la silhouette vêtue de noir qui lui faisait face, elle coupa à toute demande d'explication par une parole sèche sans être agressive.

- Bonsoir, Madame.

Le domestique l'avait présentée : nul besoin de répéter. Elle avisa le regard courroucé de la Comtesse, puis s'approcha d'elle, pour lui délivrer son terrible avertissement. Nul besoin de rendre longue une annonce qui ne nécessitait que quelques secondes. Elle comptait fermement tourner les talons dès que possible.

- Vous ne me connaissez pas, et c'est normal. D'ailleurs, après tout, peu importe. En tant que membre de l'Inquisition, je suis simplement venue vous avertir.

Touchedieu n'avait pas menti, elle le savait. À elle de mettre fin aux agissements d'Alicia et de ses deux complices – qui ne perdaient rien pour attendre.

- Je sais que vous êtes une sorcière.

Vrillant la Comtesse de ses yeux verts, Mattea n'attendit qu'un court instant avant de continuer :

- Je n'en ai pas encore la preuve, mais cela ne va pas tarder. Cela me prendra le temps qu'il me faudra, mais je vous arrêterai pour sorcellerie.

Et Olrun payera.
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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Mar 14 Sep 2010 - 17:33

Le crépuscule avait toujours été symbole de beauté absolue pour Alicia. Ce soleil étincelant d’une inextinguible lueur de désespoir, pressentant sa chute. Il offrait alors ses derniers rayons plus généreux que jamais, chaleureux et dorés. Cet instant était court et plus court encore à Forbach car la présence permanente de nuages ne laissait percevoir le soleil du soir que quelques instants avant sa fin. Mais ce moment était absolument magique. La nitescence sacrée passait alors sous l’épais tissu nébuleux pour l’éclairer d’en bas de couleurs pourprées tandis que le paysage sombrait déjà dans le noir. La scène était d’autant plus spectaculaire que les brumes rendaient le tableau flou et abstrait. La Comtesse aimait observer le spectacle, avoir l’œil fixé sur ce soleil insaisissable, et plus que tout elle attendait avec religion que le dernier rayon atteigne sa pupille avant d’abandonner la terre à la Lune.

Mais ce soir, Alicia fut interrompue par deux coups timides à sa porte qui la firent sursauter à l’instant même de l’extase solaire. Elle ouvrit au domestique qui lui annonça qu’une certaine Mère Mattea, de Rome, désirait s’entretenir avec elle. Alicia n’eut pas l’irrespect de mépriser son domestique, il n’y était pour rien. Mais cette religieuse romaine avait intérêt à avoir d’excellents motifs… La Comtesse accepta de recevoir Mère Mattea et attendit sagement son arrivée dans un fauteuil tout en repensant à ce dont on avait pu l’informer à propos d’une religieuse à Forbach. En effet, des contacts lui avaient mentionné la présence d’une femme d’une trentaine d’année en habit spécifique aux Ordres présente depuis quelques mois pour d’obscures raisons liées à l’inquisition. Alicia allait peut-être en découvrir plus à son sujet ce soir, mais à première vue elle n’avait pas l’air si impressionnante.

On frappa à nouveau à la porte et le même domestique s’approcha accompagné d’une étrange créature toute enveloppée dont seul un visage que l’ombre du soir rendait blafard. Une figure dont les traits n’étaient absolument pas inconnus à Alicia. Elle l’avait déjà vue. Son impression de déjà vu ne correspondait pas à une mémoire courte s’étendant à ces derniers mois. Il s’agissait de quelque chose de plus ancien. Quelqu’un qu’elle n’avait pas revu depuis longtemps peut-être… Elle n’était pourtant jamais allée à Rome. Alicia afficha une expression légèrement perplexe.
« Entrez, je vous en prie. ». À peine La Comtesse eut-elle le temps de voir la carmélite faire un pas que cette dernière entama la conversation sans nul souci d’une possible étiquette. Alicia ne voulant interrompre l’ecclésiastique ne put remercier le domestique et dut l’inviter à disposer d’un geste de la main. Ce dernier referma la porte derrière lui, juste à temps pour ne pas entendre l’accusation de la mère supérieure.

Alicia en fut visiblement choquée. Elle préféra cependant adopter une attitude polie et laissa Mère Mattea terminer. Dès que cette dernière annonça la fin prochaine du règne d’Alicia et qu’enfin l’aposiopèse trouva sa place, la Meneuse répondit.

« Mère Mattea, bonsoir et bienvenue. Bienvenue en France, pays tout aussi civilisé que l’Italie. Bienvenue à Forbach, lieu de vie de centaines d’êtres humains tout aussi dignes de respect qu’au Vatican. Et bienvenue dans mes appartements situés dans mon château… »

Alicia invita son interlocutrice à prendre un siège d’un geste gracieux et s’assit elle-même. Elle poursuivit avec un débit suffisamment rapide et d’un ton suffisamment assuré pour laisser supposer son naturel impérieux.

« En France, à Forbach, chez moi, même au nom du Très Haut, vous êtes priée de vous plier aux quelques bases de la bienséance : décliner son identité, ne pas déclarer votre hôte hérétique et éviter les accusations infondées, par exemple. »

Alicia adressa un sourire poli à Mère Mattea en total paradoxe avec son regard hautain et satisfait. Elle continua d’une voix extrêmement posée :

« Moi, je suis Alicia Loewenstein, veuve de feu le Comte de Forbach. Et je suis infiniment outrée que vous puissiez proférer de telles paroles. Je me doute fort que c’est feu Gabriel Touchedieu qui vous a mis cette piste en tête. Je ne peux vous dissuader de continuer ou non sur ce chemin, c’est en votre droit. C’est à vous d’estimer la valeur des paroles d’un homme jugé sénile et mainte fois criminel à l’article d’une mort annoncée. Mais sachez que votre affront ne restera pas impuni. »

La Comtesse n’avait finalement que peu d’ennemis comparée aux autres dames de sa condition et de sa puissance. La différence se situait précisément ici : la castration des élans trop audacieux allant à l’encontre de son pouvoir.

« Mais, je vous en prie, expliquez-moi. Je serais curieuse de comprendre ce qui a orienté ainsi votre esprit, le poussant à crédibiliser les dires de Gabriel. Le Désespoir ? La pression du Vatican pour avoir des résultats ? Je doute – vue votre statut au sein des Ordres – qu’il s’agisse d’une lacune intellectuelle… »

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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Mer 15 Sep 2010 - 22:37

La voix fruitée de la Comtesse faillit arracher un rictus à Mattea. C'était parti... le ton mielleux, l'air hautain et la dame offusquée refusant de le montrer, sous un vernis de politesse exemplaire. Placide, Mattea ne bougea pas d'un centimètre et fit l'effort d'écouter la longue tirade qu'allait lui adresser la Comtesse. Elle voulait seulement repartir, et voilà qu'elle gagnait des reproches à peine voilés. Voilà qu'Alicia de Sarrebourg – ah non, Loewenstein – comparait Forbach au Vatican. Elle lui aurait ri au nez, en d'autres circonstances. Néanmoins, elle avait raison sur un point : tous étaient dignes de respect. Et Mattea n'avait pas manqué de respect à la Comtesse, que du contraire. Si elle ne l'avait pas respectée en tant qu'adversaire, elle n'aurait pas pris la peine de venir la trouver.

Mattea ignora la proposition de la Comtesse et resta debout. Elle ne pensait pas s'éterniser : il était hors de question de s'asseoir. Mais au fur et à mesure que les paroles sortaient de la bouche de son interlocutrice, Mattea comprit qu'elle allait devoir rester un peu plus. Elle n'était pas stupide : elle comprenait parfaitement que la Comtesse était en train de la remettre à sa place. Or, elle ne pensait pas se laisser prendre de haut – elle se fichait tout à fait de froisser ou non la Comtesse, dont le ton se faisait plus énergique à chaque syllabe. Soit, la sorcière n'était pas une écervelée. Mais Mattea n'avait pas à entrer dans son jeu. Elle n'était pas à Forbach pour parader comme à Rome : elle n'avait nulle influence à gagner.

- Vous vous méprenez, je crois. Je ne suis pas là pour des mondanités.

Mattea observa la Comtesse. Elle y croyait réellement. Avait-elle jamais osé quitter son confortable château ? Peut-être. Mais peut-être pas. Ce fut sans doute le trop-plein de mots qui convainquit Mattea qu'il n'y avait nulle erreur et que Touchedieu avait eu raison. La sorcière cachait son jeu, mais après tout, n'était-ce pas dans sa nature d'être une créature sournoise ? Mattea laissa tomber, l'air à peine étonné :

- C'est amusant. Vous avez l'audace de vous considérer comme un être humain digne de respect. Vous êtes une sorcière, une fille de Satan, et vous êtes surprise par une vérité nue.

Qu'elle se réfugie derrière les règles de la bienséance, si cela l'empêchait de s'effrayer. Mattea était presque lasse de cet entretien, tout en songeant qu'elle se compliquait la tâche et qu'elle n'avait qu'à sortir un papier de son habit pour que tout soit terminé. Mais cela, elle en était incapable.

- La bienséance dont vous parlez avec tellement de ferveur ne m'empêchera pas de mener à bien la mission de l'Église. Et bien que vous soyez effectivement mon hôte, cela ne changera rien à la véracité de mes paroles.

Le fait que la Comtesse parle spontanément de Touchedieu conforta Mattea dans ses affirmations. Comment pouvait-elle avoir deviné que le vieux était responsable de son accusation, si elle n'avait su exactement pourquoi ? En revanche, il y avait autre chose que la sorcière n'avait apparemment pas compris. Mattea était intouchable. À part lui jeter un sortilège – et Mattea ne doutait pas d'être protégée par sa foi – elle n'avait vraiment les moyens de la poursuivre. Retenant une moquerie, elle répondit calmement :

- Punition ? Affront ? Vous utilisez à mon encontre le vocabulaire qui va vous être appliqué. C'est vous qui abusez les autres, pas moi.

Mattea considéra la dernière question de la sorcière comme une ultime tentative d'en apprendre plus sur ce qui lui permettait de poser aussi sûrement son jugement. Elle savait qu'elle ne devait pas y répondre, mais elle savait également que sa réponse ne changerait rien. Alicia Loewenstein ferait forcément une erreur un jour ou l'autre, et il suffisait d'être à l'affût. Elle pourrait peut-être la poursuivre pour diffamation, et encore, elle y perdrait sans doute plus qu'elle n'y gagnerait.

- Vous semblez fort renseignée sur l'origine de mon accusation. Vous vous souvenez de votre lutte avec Touchedieu, je suppose... libre à vous d'imaginer ce qu'il m'a dit, et l'importance que j'y accorde. Néanmoins, je me permets de vous demander... Qu'avez-vous ressenti, lorsque vous avez vu vos sœurs brûler en place publique ? Auraient-elles menti au seuil de la mort ?

Mattea porta son regard vers l'âtre. Le feu qui s'y consumait n'était pas menaçant, mais elle imaginait des flammes bien plus grandes, bien plus dangereuses, bien plus mortelles. Un jour, son interlocutrice y flamboierait d'un dernier éclat maléfique. Elle reporta son attention sur la Comtesse et conclut :

- Je suppose qu'en tant que sorcière, vous connaissez le désespoir, même si la raison pour laquelle vous m'y associez m'échappe. En revanche, n'essayez pas de comprendre le Vatican et ses subtilités, vous n'y parviendrez pas. Sachez cependant que la Vatican a toute confiance en moi.

Ce n'était même pas une vantardise : Dieu savait à quel point Mattea se serait passé des Ordres dans sa vie. Elle était fière d'être parvenue au sommet, mais la confiance du Pape était seulement au second plan, comparé à l'importance de ses recherches sur son passé. C'était une conséquence, pas un objectif.
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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Jeu 16 Sep 2010 - 0:35

Mère Mattea refusa l’invitation à s’assoir, ce qui n’étonna en rien la Comtesse qui comprenait petit à petit quel genre de personne était la carmélite et qui s’en délectait d’avance. Soit cette jolie religieuse souhaitait rester debout pour affirmer sa supériorité physiquement – refusant de s’élever à une conversation civilisée. Soi cette amère religieuse pensait sérieusement que la conversation ne durerait pas – ou bien la considérait-elle comme une futilité. Quoi qu’il en fut, les bonnes religieuses, Alicia en faisait son quatre heures ! Un rictus se dessina distinctement sur son visage. La remarque d’une naïveté confondante mettant les mondanités sur le même plan que la politesse de base laissa Alicia sans voix – au sens propre : elle continua à écouter l’ostrogothe sans piper mot mais n’en pensant pas moins.

Et la suite de la déblatération carmélite n’en fut pas moins pittoresque. Elle reformula son accusation sans preuve et sans argument de manière plus vindicative. Alicia se dit que la pauvre femme confondait axiome et postulat… La mère supérieure continua sur sa lancée et brandit sa Vérité aussi absolue à ses oreilles que redondante à celles d’Alicia. Son discours était prononcé avec les mots du fanatisme. Cette femme était une dévote et une dévote dont la rhétorique ne semblait pas être le fort. Même à la question d’Alicia pouvant lui permettre de placer une bribe d’argumentation, la carmélite préféra retourner d’autres questions et enchaîner les attaques. Alicia – au comble de la saturation – ne put retenir un soupire d’exaspération.

L’ecclésiastique s’embourbait dans le vide de son exposé et comblait les lacunes par des insultes et des salves verbales. Elle se pensait visiblement intouchable et capable de tout. Il s’agissait finalement d’un cas classique de complexe de Dieu – chose qu’Alicia ne pouvait qu’avouer familière. Alicia n’avait rien contre les personnes dont l’orgueil était à la hauteur de leur talent. Mais de la part de Mère Mattea, quelque chose sonnait faux. En y pensant quelques secondes la Comtesse se dit qu’il s’agissait probablement de cette théorie tout à fait intéressante selon laquelle le péché d’orgueil était le pire des capitaux car il exprimait un désir sous-jacent de vouloir prendre la place de Dieu. L’orgueil de la carmélite était donc la pire des hypocrisies jamais rencontrée !


« Mère Mattea, reprenons les choses une par une…

Il ne s’agit pas ici de mondanités. Comprenez bien qu’il s’agit de respect fondamental. Pardonnez l’aspect insultant de la prétérition suivante, mais je ne me permettrais pas de vous juger oralement de « vieille fille mal honorée ». Non, au grand jamais ! Alors ne me traitez point de « fille du Diable »… »


La réponse était rude mais Alicia comprenait bien que le traitement doux du phénomène Mattea était désespéré… Oh mais tiens ! La Meneuse reconnaissait enfin ce visage… Une gerbe du feu venait d’éclairer les sourcils de la mère supérieure d’un reflet ambré. Vivianne Valdemar ! Alicia se demanda s’il ne se serait pas agi d’un canular… Mais sa mémoire lui rappela la sombre histoire de cette famille. Viviane avait une sœur jumelle. Alicia s’en souvenait très bien car Cassandra – la sœur – était déjà apprentie alors qu’Alicia s’apprêtait à faire elle aussi ses preuves. Mais plus tard Cassandra avait été évincée de la tribu et soumise au séculaire sort d’amnésie partielle. Cette anecdote avait probablement participé activement au dégoût progressif d’Alicia pour les sorcières d’Olrun.

Mère Mattea ne pouvait qu’être Cassandra, la ressemblance était sidérante. Et si elle était revenue à Forbach, c’est que les vestiges de son passé avaient du l’y emmener et à l’heure qu’il est il n’était pas à douter qu’elle avait probablement retrouvé Vivianne. C’était d’autant plus sûr que la sorcière d’Olrun était probablement la source d’information complémentaire à Touchedieu qui avait convaincu Mère Mattea d’avancer sur la piste Alicia Loewenstein. Olrun confirmait la déclaration de guerre par émissaire interposée. Si pareil truchement devait être alors Alicia ferait comprendre sa détermination.


« J’ajouterais que vous venez ici m’insulter – moins par vos accusation que par votre manque de tact – sans pour autant m’arrêter. Je sais, il est difficile d’arrêter quelqu’un sans nulle preuve. Et encore ! Vous n’avez pas idée du labyrinthe que c’est lorsqu’il s’agit d’une Comtesse au pouvoir indiscutable dont le titre n’est qu’une partie émergée de la pyramide… Sérieusement, une lettre aurait suffi ! J’aurais plus facilement pu me plaindre officiellement, certes… Non que je veuille vous accuser de pleutrerie. Ce serait impoli. Mais qu’attendez-vous de moi ? Des aveux ? »

Alicia tombait peu à peu le masque des convenances mesurées et à l’évocation de ses sœurs brûlées vives elle ne s’amusa plus du tout, affichant un visage plus obscur et inquiétant.

« Oui, oui Mère Mattea, je pense être bien au courant des origines de vos accusations. Je suis au courant des origines de bien des choses ici, alors ne vous pensez plus à couvert de mon empire car de vos origines aussi je me souviens fort bien. »

Le ton était sec et les mots affutés. Nul en ces terres n’atteindrait Alicia. Elle était orgueilleuse mais pas folle : elle ne se pensait pas une seule seconde immortelle. Mais elle savait qu’elle ne mourrait pas de la main d’un ennemi.

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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Jeu 16 Sep 2010 - 23:11

Quelle petite grue ! La sorcière osait la traiter de vieille fille mal honorée ? Et après, elle venait encore lui faire la morale sur la bienséance et les manières ? Brusquement, Mattea se sentit moins lasse. La colère l'envahissait peu à peu. Elle se contint, mais ses yeux se réduisirent à deux fentes peu engageantes. D'un coup, elle eut terriblement envie de tordre le cou à la sorcière. Alicia Loewenstein dépassait tout ce qu'elle avait bien pu imaginer sur elle.

- Vous aimez vous comporter puérilement, n'est-ce pas ?

Le pire, c'était qu'elle se targuait d'avoir de l'éducation ! Et comme elle y allait ! Elle était Comtesse et donc elle se croyait au-dessus des lois divines ? Quelle prétention ! À l'avance, Mattea se délectait d'un jour la voir chuter. Elle ne pouvait pas supporter cette Alicia Loewenstein. Pire, elle commençait à la haïr. Le réveil de la Belle serait dur, mais si elle tenait à son univers chevaleresque... c'était son problème. Après tout, n'avait-elle pas tué son prince charmant ? Une fille de Satan, Touchedieu l'avait dit.
Se retenant de couper son interlocutrice pour lui signifier à quel point elle la trouvait pénible, Mattea écouta sa longue diatribe. Mais son choix la porta à l'exaspération. Une lettre ! Oui, elle aurait pu lui envoyer une lettre, mais elle préférait la rencontrer en personne. Elle avait eu raison de le faire, d'ailleurs. Sa traque serait plus facile : si elle haïssait la sorcière, elle travaillerait plus férocement à sa perte. Vint ensuite une autre question, relative aux aveux. Mattea n'avait pas envisagé que la Comtesse puisse avouer rien qu'en la voyant, mais si elle s'y proposait, elle ne refuserait pas. Mattea allait le lui signaler, mais Alicia Loewenstein continuait à tempêter, et elle en dit plus que tous les habitants de Forbach qu'elle avait croisé jusque là. Si Mattea avait rencontré Alicia avant de revoir Viviane, les choses se seraient sans doute déroulées différemment. Mattea marqua un temps d'arrêt. Ainsi, elle avait côtoyé la Comtesse dans son enfance ? Il faudrait qu'elle en parle à Viviane. Elle posa un regard dur sur la sorcière. Mon Empire. Celle-là se voyait déjà Reine du Monde !

- Vous n'arrêtez votre flot de paroles que lorsque vous avez l'impression de dominer l'autre ? Je crois que je vais me laisser aller à votre attitude infantile et me mettre à votre niveau. J'ai un mandat du Vatican. Je pourrais vous faire brûler sur l'heure, sans avoir à me justifier, sans que le Roi de France ne puisse rien y faire – pour peu que vous ayez les appuis nécessaires.

Mattea s'approcha du feu en deux pas et tendit les mains vers sa chaleur réconfortante, tournant effrontément le dos à son interlocutrice. Elle ne comptait pas faire un seul effort face à une telle femme.

- Je n'attends pas d'aveux en venant ce soir, encore que vous me faciliteriez la tâche en vous y pliant.

Mais elles savaient l'une comme l'autre qu'Alicia Loewenstein se ferait au contraire un plaisir de mettre des bâtons dans ses roues. Et pour cause... Cessant un instant sa contemplation du feu, Mattea jeta un coup d'œil moqueur à la Comtesse, en se tournant légèrement.

- Mais ce n'est même pas une question d'aveux. Je vous hais, vous et Olrun, à un point que vous n'imaginerez jamais.

Toutefois, Mattea avait au moins appris une chose : Alicia Loewenstein avait au moins commis une deuxième erreur. La première avec Touchedieu et la deuxième... il lui appartenait de la découvrir. La sorcière reconnaissait elle-même savoir l'origine des accusations, à elle d'en tirer parti. Elle termina :

- Je ne vous arrêterai pas aujourd'hui, parce que ce serait injuste. Je n'ai pas de preuve, mais j'en aurai une. Et ce jour-là, mon mandat vous mènera directement en Enfer.

Durant ses menaces, Mattea s'était tout à fait retournée, faisant à nouveau face à la Comtesse. C'était vraiment ça : une question de temps.
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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Ven 17 Sep 2010 - 0:20

Cassandra parlait de puérilisme probablement sans s’imaginer qu’Alicia n’avait fait que se mettre à sa hauteur. Alicia hocha légèrement la tête avec un air affligé qui laissait comprendre à la carmélite qu’elle n’était indubitablement pas au niveau minimal requis pour lui tenir tête. Mère Mattea laissa poliment Alicia terminer son discours et la Comtesse se dit que la religieuse faisait donc déjà des progrès en savoir vivre. Cet entretien ne serait donc pas vain, la Meneuse n’y croyait plus… Malheureusement la suite de mots que déversa Mère Mattea venait d’effondrer la tour de bienséance qu’elle venait de construire. C’était une défénestration intellectuelle de l’étiquette.

Lorsqu’elle la prévint qu’elle allait se mettre à son niveau, la Comtesse eut peur que la religieuse ne reste sur la mauvaise voie, mais elle proféra des menaces exquises avec un ton impérieux et une assurance divine. Quel spectacle ! Cette femme n’était donc pas entièrement bonne à jeter… Elle justifiait enfin tant de pédanterie. Elles auraient gagné bien plus de temps en débutant par ce point. Encore aurait-il fallu qu’il soit véridique, certes. Mais rien que pour l’audace de l’assertion, l’entretien n’aurait immédiatement trouvé sa valeur aux yeux de la Comtesse. Ca n’excusait en rien l’impolitesse de la béotienne, simplement son orgueil. Si cette femme possédait en effet un mandat papal pour l’arrestation de la Comtesse, alors il était clair qu’aux yeux de la Meneuse Mère Mattea s’élevait au rang des divinités destructrices, donc des plus grands dieux et donc le pécher la menant à s’identifier aux dieux trouvait lui aussi explication crédible.

Peut-être trouverez-vous la réaction psychique de la noble décalée et légère, mais il fallait bien comprendre que de Mère Mattea, Alicia savait qu’elle n’avait plus rien à craindre. Fascinée, Alicia l’écouta tout de même poursuivre. Mère Mattea s’enfonçait dans son erreur. Alicia pensait qu’elle avait compris, mais apparemment non. C’en devenait légèrement lassant et à la dernière phrase de la mère supérieure, cruelle et à nouveau face à elle, comme un défi, Alicia sentit à nouveau son crâne se remplir d’indignation. La Comtesse sourit calmement, le regard flamboyant et s’approcha doucement de la carmélite.


« Votre présence est fort distrayante, mais composer avec vos lenteurs mentales commence à m’agacer. Pardonnez-moi mais à cette heure de la journée j’ai tendance moi aussi à m’abaisser au niveau de mon interlocuteur. Ne soyez point courroucée et écoutez moi jusqu’au bout vous n’allez pas être déçue ! »

Alicia inspira un air qui lui conférait visiblement une force incomparable. Ses pupilles dardèrent celles de la religieuse afin d’obtenir d’elle toute son attention et la Meneuse s’amusa visiblement à l’idée que ce contact optique était strictement parfait pour un envoûtement puissant et durable. Le visage de la Comtesse luisait d’une lueur démente animée par les flammes.

« Tout d’abord il va falloir vous mettre dans la tête que vos menaces vaticanes n’auront pas comme dernier obstacle les motions du Roi. Je pense que vous n’avez pas conscience de ce à quoi vous vous exposez…

Ne perdons pas plus de temps. Mère Mattea, je ne suis pas une fille du diable. Désolée de mettre fin à tous vos espoirs de reconnaissance absolue, vous ne serez point la première papesse. Vous n’avez pas face à vous une sorcière capable d’actions funestes. Vous avez face à vous une sorcière de Forbach, probablement parmi les plus puissantes de Lorraine, capable des actions les plus funestes.

À l’avenir, je vous prierai donc de vous adresser à moi avec le plus grand respect, car une sorcière est avant tout une femme et c’est en tant qu’êtres humains que nos actions peuvent être si sombres.

Aussi vais-je répondre à la politesse de votre mise en garde par une autre mise en garde : Si vous touchez à un seul de mes cheveux, si je vous apprends impliquée dans la chute la moindre de mes sœurs, je réduirai votre vie à une misère inimaginable. N’allez pas imaginer un déluge fantasmagorique, je n’aurai nullement besoin de magie. Je m’occuperais d’abord de votre sœur Viviane, je veillerais à la saurer en place publique puisque c’est ainsi que vous les aimez. Puis si vous persistez ou bien que l’envie saugrenue de vous venger traverse votre esprit, je m’arrangerai pour que la vérité sur votre passé tombe aux mains de vos frères et alors ce que je n’ai jamais souhaité à personne vous arrivera à vous aussi…

Que vous le vouliez ou non, vous êtes sous mon empire. »


Alicia n’affichait plus rien, ni satisfaction ni haine. Elle était neutre dans sa beauté sculpturale. Elle se rassit et quitta le regard de Mère Mattea. La discussion était close, elle en avait décidé.

« À présent sortez. Vous n’êtes plus la bienvenue en ces terres. »

Elle esquissa un léger haussement de sourcils dédaigneux signalant clairement qu’elle ne comptait pas la raccompagner à la porte.

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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Jeu 30 Sep 2010 - 17:29

Mattea écarquilla les yeux, surprise. Avait-elle bien entendu ? Alicia Loewenstein reconnaissait formellement être une sorcière de Forbach ! Elle n'aurait jamais cru possible que l'entretien tourne aux aveux. Était-elle stupide, cette sorcière, d'ainsi lui donner ce qu'elle était venue chercher ? Elle considéra attentivement Alicia Loewenstein, repassant en revue les différentes menaces qu'elle avait proférées. Non contente de l'insulter – même s'il fallait reconnaître qu'elles se le rendaient bien – la Comtesse se méprenait complètement sur ses ambitions et sur ses motivations.

Toutefois, quand Alicia parvint à la partie consacrée au fait qu'elle était la plus grande sorcière de tous les temps, Mattea ne parvint à se contenir. C'en était trop : elle éclata de rire. Forcément, ce n'était pas un rire chaleureux ni même agréable, car elle n'avait pas ri depuis tellement d'années que sa gorge ne semblait plus capable de produire le son adéquat. Son rire résonna dans la salle, froid et incisif. Mais tout de même, cette femme ! Elle n'y allait pas avec le dos de la cuiller !

Elle la regarda avec un mépris mêlé de pitié. Non seulement la Comtesse était une femme dont les jours étaient comptés, maintenant qu'elle avait avoué qu'elle était une sorcière, mais en plus, elle était complètement folle... Que lui restait-il ? Toutefois, la personne lui était bien trop antipathique pour qu'elle parvienne à réellement considérer Alicia avec compassion. Qu'elle crève sur un bûcher, avec toute sa suffisance !

Il restait néanmoins une question qui préoccupait Mattea. L'allusion à Viviane ne lui plaisait pas, même si sa sœur n'avait rien à se reprocher. Le fait qu'Alicia sache ce qu'elle-même avait découvert récemment lui faisait froid dans le dos. Il suffisait qu'elles se soient côtoyées dans leur enfance, mais tout de même... Ce savoir qu'Alicia détenait sur son passé n'était pas une bonne chose. Qu'avait-elle fait qui puisse lui valoir la haine des religieux ? Avait-elle été une fille facile ? Avait-elle perdu sa virginité en cédant à un galant trop empressé, contrairement à ce qu'elle pensait ? Avait-elle été parjure, ou tenu des propos blasphématoires ? Il faudrait qu'elle questionne Viviane, mais ce n'était pas le plus urgent.

Le plus urgent, c'était qu'elle regrettait d'être venue seule. Si elle avait su que la sorcière avouerait, elle aurait emmené avec elle les hommes de main de la Collégiale. Là, elle allait devoir compter sur la foi des serviteurs d'Alicia Loewenstein. Elle ne comprenait pas ce qui avait poussé la Comtesse à croire qu'elle aurait pu se laisser intimider par des menaces. Quand la sorcière avait commencé sa diatribe, Mattea avait cru qu'elle lui proposerait des sortilèges sur ses désirs les plus profonds pour se défendre, ou quelque chose dans ce goût-là, la tentation du Malin. Mais visiblement, ce n'était pas une subtilité dont elle était capable.

Elle sourit effrontément à la Comtesse. Elle n'était pas sous son empire, parce qu'elle ne se laisserait pas abattre par les tours des filles du Diable. Elle ne partait pas, parce que :

- Puisque vous avez décidé de rendre ma tâche plus aisée...

Mattea se retourna et marcha vers la porte. Elle l'ouvrit largement et s'écria avec puissance :

- À l'aide ! Il y a une sorcière dans la chambre de la Comtesse !

Elle ne voulait pas révéler directement que la Comtesse était la sorcière, pour ne pas éveiller la méfiance : après tout, elle était une étrangère, et la Comtesse était chez elle. Enfin, Mattea revint sur ses pas, s'approchant à nouveau de la Comtesse. Si le château d'Alicia Loewenstein grouillait d'activité comme tous les châteaux dignes de ce nom, elle ne lui donnait pas trois minutes avant de voir la chambre bondée. Elle avait avec elle la foi et l'autorité : rien ne lui résisterait, à moins que tous les gens de la maison Loewenstein soient des sorciers. Adressant une prière pour que la sorcière ne puisse l'atteindre, d'une manière ou d'une autre, elle se dressa face à celle qu'elle allait emmener.

- Alicia Loewenstein, je vous arrête pour sorcellerie. Vous répondrez de vos actes devant un tribunal de l'Inquisition.

Et elle se permit un regard condescendant.
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MessageSujet: Re: Déclaration de guerre   Lun 11 Oct 2010 - 1:52

Le rire de Mère Mattea glaça le sang de la Comtesse. Il résonnait comme ne résonne pas le lâché prise amusé de l’homme touché, c’était un rire cruel et creux de cœur, un rugissement avant l’attaque. Elle se tenait là devant elle après les menaces de la Comtesse. Quiconque serait sorti la queue entre les jambes. Mais pour qui se prenait-elle pour lui tenir tête, pour sourire à quelques centimètres de sa face ? Cette religieuse était elle folle ? Suicidaire peut-être ? L’ascèse devait pousser à des réactions irrationnelles au-delà du pensable. Mais de là à braver des promesses de pire que la mort pour plus que sa propre personne… Cette être humain se fichait de la vie de sa sœur. Un instant Alicia pensa à sa propre sœur, la précédente Comtesse. Elle repensa à sa mort. Jamais elle n’aurait payé ce prix pour son propre avenir. Olrun l’avait volée. Mère Mattea ne valait pas mieux. Non ! Elle valait même moins, prête à sacrifier sa sœur au nom de l’intolérance !

Les yeux du monstre étaient emplis d’un machiavélisme et d’une naïveté sans nom. Car le monstre avait beau avoir la cruauté d’un dragon, il n’en restait pas moins aussi faible qu’une couleuvre à la sortie de l’œuf. La carmélite alla hurler la grande nouvelle dans le château. Alicia se leva brusquement en poussant un petit cri offusqué. Était-elle folle ?! Mais… C’était tout à fait puéril ! Alicia la regarda pleine d’incompréhension. Cette vieille fille austère venait vraiment de crier comme une démente une phrase ahurissante avec l’espoir de voir papa et maman venir à sa rescousse et punir Alicia ? C’eut été risible si le danger n’avait pas été réel… Alicia était légèrement haletante, encore surprise par cette drôle de stratégie.

Mère Mattea la défiant toujours du regard prononça alors la phrase qu’Alicia avait imaginée mille fois dite pour elle. Les yeux d’Alicia clignèrent. Elle refusait d’y croire. Elle se ressaisit en entendant les premiers bruits de pas. Elle récupéra violemment toute sa contenance et fixa les prunelles glaciales de la carmélite. Elle hocha calmement la tête avec un sourire amusé si ce n’était carnassier.


« Ma pauvre Cassandra, j’admire ta foi et pleure ta crédulité. »

Les pas s’approchaient. D’une main de fer, puissante et ferme, elle saisit la religieuse à la gorge. Cette dernière ne put qu’écarquiller les yeux et Alicia de s’y plonger avec l’élégance d’un serpent, et l’agilité d’un lion. Car désormais, Cassandra, tu n’as point entendu d’aveux de la part de la Comtesse qui n’a fait que s’entretenir poliment avec toi. Et n’oublie pas que Touchedieu n’a fait que t’insulter lors de sa confession de meurtrier. D’Alicia Loewenstein, tu n’as en toi que le souvenir de la froideur indifférente, si caractéristique des nobles prétentieux du château de Frauenberg. La Comtesse lâcha la religieuse immobile, sidérée. Trois serviteurs accoururent et demandèrent ce qui se passait. Alicia leur répondit avec humeur :

« Cette pauvre religieuse vient d’accuser son propre reflet de sorcellerie ! Je crois qu’elle doit être épuisée par le jeûne et la prière. Reconduisez-là où bon vous semble et allez en informer les autorités compétentes. Ah ! Et que celles-ci prennent des dispositions : c’est un château, pas un asile ! J’en ai assez de voir des malades mentaux hurler devant ma porte…

Allez, adieu Mère Mattea, ménagez-vous, détendez-vous et profitez de la vie ! Vous ne savez de quoi sera fait demain. Vous ne savez s’il y aura, pour vous, un demain… »


Alicia referma sa porte et plongea immédiatement dans ses pensées. Il faudrait l’éliminer celle-là aussi. Mais vu le caractère ça n’allait pas être simple.

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