AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Ar feiz vrezhon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Oblivius
Oblivius



MessageSujet: Ar feiz vrezhon   Lun 20 Sep 2010 - 19:25

Où Ethan reprend la route.


Un voyage. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu'il se trouvait à Forbach, alors que cela ne faisait que quelques mois.
Le voyage avait été long...
Ethan avait revêtu sa bure pour l'occasion, mais savait qu'une coule blanche et un scapulaire noir l'attendait au bout du chemin.
Lorsque la mère Mattéa était repartie de Forbach, ils s'étaient promis de s'écrire. Ethan avait apprécié sa compagnie; son érudition et son caractère apportait un peu de lumière dans la froide Collégiale. Enfin, cela était l'avis du frère Ethan. Certains auraient pu médire sur leur proximité.
Ethan lui, était aveugle. Il y avait longtemps qu'il ne voyait plus ni les hommes ni les femmes, mais seulement des créatures de Dieu. De plus, l'abbaye de Cluny était mixte : moines et moniales vivaient à dans des bâtiments différents et ne se fréquentaient quasiment pas, mais il avait eu l'occasion de croiser une ou deux soeurs dont l'esprit l'avait réjoui. Eh quoi, parler théologie avec des âmes éclairées est un bonheur !
Au fil de cette correspondance, la mère Mattéa lui avait déclaré qu'elle parlerait au Très Saint Père (l'abbaye de Cluny dépendant directement de lui) afin de le faire nommer père.
Cela avait surpris Ethan. C'était aux antipodes de ses projets : il était rentré dans les ordres, était devenu moine légiste, avait fuit après son crime pour entrer dans l'ordre clunisien dans un seul but d'humilité et de rédemption. Il y avait bien longtemps qu'il n'avait plus d'ambition personnelle...
Et pourtant, il ne lui vint pas à l'idée de décliner l'offre, arguant que ce n'était pas à lui de refuser.

Et la mère supérieur tint sa promesse. Ethan reçut une lettre de l'abbé de Cluny, un homme dont il n'avait plus eu de nouvelles depuis son départ, l'informant qu'une lettre de mission l'attendait. Peu de temps après, des nouvelles défraichies de Rome lui parvenait : elle avait quitté les ordres, et allait se marier. Et elle comptait fermement sur lui pour assister à cette union.
Cette nouvelle ébranla Ethan... Mais la route de Rodez passant par Cluny – à peu de choses près – il se résolu à y aller. Après tout, il lui devait bien cela.


La route fut longue, oui. Mais sans embûche, bien heureusement, aussi ne nous ne n'y attarderont pas.
Au bout de deux semaines de voyage, changeant de monture à des relais, il arriva à Cluny. Cluny III, la plus belle demeure de Dieu que la Terre ait portée, le plus grand édifice religieux d'Occident. Cluny, une bâtisse uniquement consacrée à la Lumière et au culte des morts. Foyer de culture et d'esprit.
Cluny, étrangement, rimait avec paradis.
Et lorsque l'on revient de Forbach, cette bourgade sombre et froide rongée par le Mal, c'est comme renaître. Cela eut un effet innatendu sur le moine. Comme s'il reprenait de l'air après s'être noyé. Oh, il en aurait pleuré.
Déposant sa monture à l'écurie, il décida de parcourir les bâtiments avant de se rendre chez le père abbé.
Ses pas résonnaient dans un univers de pierres claires et de lumière passant à travers les vitraux, colorant les dalles et les saints visages des statues qui ornaient la galerie qu'il traversait.
Il croisait des visages qu'il ne connaissait pas mais saluait d'un signe de tête.
Il aurait sans doute dû être excité de revenir dans cet endroit...mais à l'inverse, il fut envahi d'un calme immense, comme après une tempête.
Après l'obscurité de Forbach, la clarté de Cluny était presque iréelle, voire aveuglante et Ethan s'attendait à tout instant à se réveiller dans sa cellule de la collégiale.
Passant près du cloître, il aperçu une nuée de moines qui s'activaient dans le soleil auprès d'un potager, mais aussi du parterre de plantes médicinales du frère médecin. Le jardin était plus resplendissant que dans son souvenir : équilibré selon un dessin particulier, censé représenter l'Eden, ou du moins s'en approcher. Près des simples, un coin était dédié aux fleurs. Le massif était bourdonnant d'insectes, et exposait au regard nombres de fleurs aux lourds pétales et aux couleurs chatoyantes. Certaines étaient parfaitement inconnues aux yeux du frère, et il était sûr de n'en avoir jamais vu de semblable. Sûrement des dons, signe que l'abbaye était plus que jamais en plein essor.

Continuant à redécouvrir les lieux, il finit toutefois par arriver devant la porte du bureau du père-abbé. Avant de frapper à la lourde porte de chêne, il ferma les yeux et respira profondément. Un petit sourire se dessinait sur les lèvres. Il n'entendait que la rumeur chuchotée des moines et moniales dans l'abbaye. Pas d'éclat de voix, pas de manifestation bruyante...
Lumière, calme et sérénité.
Sa quiétude fut brisée par le grincement des gonds de la porte, révélant à Ethan le visage familier du père-abbé Armand. Les traits de ce dernier s'écarquillèrent en reconnaissant malgré le passage du temps la brebis égarée qu'il avait recueillit autrefois. Mais l'étonnement fit bientôt place à un large sourire. Et Ethan baissa la tête.

"Bonjour, mon père."
"Bonjour...bonjour, mais entrez donc frère Ethan !"

L'abbé s'effaça et fit entrer son protégé dans la pièce. Un grand bureau de bois clair y trônait, soigneusement rangé. Aux murs, des tentures représentant de saintes scènes, le tout éclairé par une vaste fenêtre. Sur le mur de gauche, un petit feu dans une imposante cheminée réchauffait doucement la pièce.

"Je vous attendais..."
Ethan ne répondit pas.
"Votre lettre de mission est arrivée il y a quelques jours. J'ai été surpris. Mais je suppose que l'Inquisition récompense bien ses enfants..."

Il était normal que la lettre arrive à Cluny. Ethan dépendait de cet ordre, et l'abbaye n'était pas sous l'autorité d'un évêque, mais sous la tutelle directe et sans intermédiaire du Pape.
Tout en parlant, le père abbé avait regagné son fauteuil derrière le bureau. Il referma le livre qu'il était entrain d'étudier avant l'arrivée du moine; à en juger par les chiffres qui s'y étalaient, il s'agissait sûrement des comptes de l'abbaye... ou d'une autre abbaye-fille de Cluny, comme il en existe tant, partout en Europe – dépendant directement de l'abbaye mère et non d'évêque. Un puissant réseau de ramification, en vérité.
"Je ne suis pas certain que nous soyons à féliciter."
Le père-abbé sourcilla.
"Voulez vous m'en parler, mon fils ?"

Ethan hésita, avant de lui faire un bref résumé des évènements de Forbach. Son interlocuteur resta silencieux un long moment après que le moine ait terminé son récit, le dévisageant. Ethan n'osa pas briser le silence.
Enfin, son supérieur le regarda avec bienveillance, un peu triste cependant.
"Vous avez fait ce que vous avez pu..."
"Je ne compte pas m'arrêter là !"
s'exclama le frère avec une vigueur nouvelle.
"Non, bien sûr..."
Le père sourit.
"Bien. Vous serez ordonné demain."
Ce fut au tour du visage d'Ethan de manifester une immense surprise.
"Tout est prêt, il ne manquait plus que vous."
Et le sourire ne quittait pas son visage.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/inquisiteurs-f50/frere-ethan-t78
Oblivius
Oblivius



MessageSujet: Re: Ar feiz vrezhon   Mar 21 Sep 2010 - 12:21

Felicitas.


Ethan passa une nuit consacrée à la prière. Une telle purification était plus que bienvenue. A Laudes, il rejoignit les autres frères pour l'office. Exceptionnellement, c'était le père-abbé en personne qui dirigeait la cérémonie. A la fin, ce dernier annonça que l'ordonnancement du frère Ethan aurait lieu entre sexte et none. Et l'assistance se dispersa en silence.
Toutefois, dans les couloirs de l'abbaye, un murmure animait les moines lorsqu'Ethan les croisait. Concernant les frères arrivés les derniers mois, il pouvait comprendre. Cependant, la rumeur avait également gagné les frères qu'Ethan connaissait, et cela l'attristait.
En prenant un peu de recul, il était vrai que son cas pouvait paraître étrange : il était arrivé à Cluny en loque humaine. Le père abbé dans sa bonté l'avait intégré à son ordre, et l'avait même choyé. Puis, quittant l'abbaye pour rejoindre le siècle, il avait participé à l'Inquisition dans une lointaine ville de Lorraine. Autant dire qu'on ne savait pas ce qui s'y était passé là-bas.
Et après tout, ces moines restaient des hommes, et pour les connaître, Ethan savaient que certains n'étaient pas des saints. Quelques uns avaient pour ambition de se faire promouvoir, de se faire élire à un office important. Et pour cela, Cluny et sa richesse était l'endroit indiqué.
Le Ciel, dans une triste ironie, avait voulu pour Ethan un avancement personnel dont il ne tirait aucune gloire, mais une simple acceptation. Il n'était pas sûr de mériter cette nouvelle position, mais cela l'aiderait sans doute dans sa tâche pour l'Inquisition, et contre les filles du Diable, tout était bon, n'est-ce pas ?
En résumé, la situation d'Ethan n'était pas sans éveiller quelques jalousies. Mais il était serein. Seul le père-abbé savait d'où il venait. Et il lui avait accordé, à défaut d'absolution, le pardon. Il était parfaitement impossible pour ces bénédictins de découvrir d'où sortait ce curieux moine qui montait dans la hiérarchie.


Le frère assista à chacune des liturgies, renforçant une foi quelque peu ébranlée par les sombres évènements de Forbach. Se parer de lumière pour vaincre dans les ténèbres.
La cérémonie, enfin, arriva. Le père-abbé lui fit cette faveur, et avait choisi pour l'occasion certains textes d'une beauté touchante.
On fit même retentir les cloches. Oh, pas longtemps, mais il s'agissait d'un véritable honneur aux yeux d'Ethan.
Alors que le nouveau père quittait la nef encore embaumée des parfums d'encens, une citation de l'évangile de Saint Luc résonnait étrangement dans sa tête.

" Parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Son nom est saint,
Et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras; Il a dispersé ceux qui avaient dans le coeur des pensées orgueilleuses..."


Un mince sourire s'afficha sur les lèvres du prêtre - et que certains auraient pu méprendre pour de l'orgueill ou de l'autosatisfaction. En vérité, Ethan s'émerveillait de chaque jour redécouvrir les Ecritures, qui revêtaient un sens nouveau à chaque fois. Oui, le Très Haut avait fait pour lui de grande chose, car il est miséricorde...


La journée passa, ponctuée de ses offices. Ethan y assista, mais passa le reste de son temps assis dans un coin du cloître, déserté à présent de toute présence. Le ciel était clair, et le soleil étendait ses rayons sur le calme jardin.
Son regard était perdu dans le vague, et, absorbé dans ses pensées, il n'entendit pas le pas volontaire qui s'était approché de lui.
La voix rassurante de l'abbé Armand le fit sursauter, et l'ecclésiastique s'empressa de se lever afin de saluer sa présence. Mais ce dernier, toujours souriant, lui fit signe de se rassoir, et prit place à côté de lui sur le banc de pierre.
Un silence s'installa entre eux, qu'Ethan décida de briser.

"Vous souhaitiez me parler ?"
"Ah, oui. Cela fait près d'une heure que je vous cherche."
"J'en suis ...navré. Sans doute aurai-je dû prendre part au labeur de mes frères..."
"Vous le ferez lorsque vous reviendrez définitivement. Car je suppose que vous n'allez pas rester là, n'est ce pas ? Tout fier dans votre nouvelle coule..."


Ethan se mit à bafouiller, comme un petit enfant.

"Non je...Enfin...je vais partir c'est vrai, mais n'allez pas croire que...enfin, cette charge de prêtre je ne..."

L'abbé leva une main en signe d'apaisement.

"Je sais, je sais, mon fils. Ne vous inquiétez pas. Alors, quand comptez vous partir ?"
"Dans deux jours, je pense."
"Pour la Lorraine ?"


Un temps. Ethan se mordit les lèvres. Il avait plus de trente ans, mais le regard limpide de l'abbé l'intimidait toujours.

"Non je..."

Un nouveau silence s'installa. Il était peut être temps de livrer son coeur à son protecteur, cette question qui le turlupinait depuis plusieurs semaines déjà, depuis qu'il avait reçu la lettre.

"Mon père..."
"Oui mon fils ?"
"J'ai été recommandé par Mère Mattéa, la mère supérieure du couvent des Carmélites. C'était... une moniale remarquable, et une inquisitrice intègre et censée. Un esprit vif, et je me suis lié d'amitié avec elle."
"Pourquoi, "était", mon fils ? Mère Mattéa nous aurait-elle quitté ?"
"Eh bien...Elle n'a pas rejoint le Seigneur, si c'est ce que vous demandez. Mais elle a quitté son ordre. Et se marie dans quelques semaines."


Encore une pause dans la conversation. Puis, soupirant, Ethan tourna ses yeux francs vers le visage de l'abbé.

"Mon père, j'ai peur de pécher : elle était mariée à Dieu et l'a quitté pour se consumer dans un amour terrestre, et je me rends à ce maria..."
"Tu es mal placé pour critiquer cette décision, Adriel."


Ethan pâlit, et pinça les lèvres jusqu'à ce qu'elles deviennent exsangues. Il le tutoyait et le réprimandait comme un enfant. Mais surtout, l'emploi de son ancien nom lui rappelait que l'abbé était le dépositaire de son secret. Cela lui remémorait comment il était devenu le frère -enfin, le père- Ethan.
Lui aussi, auparavant, s'était consacré à Dieu. Et s'était damné pour amour terrestre.

"Tu vois, Adriel... Ne la blâme pas. C'est peut-être un péché. Mais ce n'est pas à toi de lui dire. Accompagne-la plutôt, pries pour elle. C'est une bonne âme, d'après ce que tu m'en dis."
Il fit une pause, avant de reprendre en souriant :

"L'amitié n'est pas un péché, mon fils."

Ethan lui sourit en retour. Dieu que cet homme était bon ! Tant qu'il serait à la tête de Cluny, le moine repentant savait qu'il pourrait toujours y revenir.

"J'abhore le péché, mais j'aime le pécheur", n'est-ce pas ?"

Saint Augustin ne cesse jamais de nous apprendre...
Avant de se relever, l'abbé lui accorda une dernière parole :

"Restez autant que vous le souhaitez, mon fils. Tant que je serai là, et même au-delà, vous serez toujours bienvenu. Et surtout, je suppose que vous avez besoin de Lumière avant de retourner dans le froid de ce village de Lorraine."

Ethan regarda l'homme s'éloigner, envahi d'une immense paix. Un saint. C'était sûrement un saint.
Un autre fragment des paroles de Saint Luc s'imposèrent dans l'esprit d'Ethan.

Grâce aux entrailles de la miséricorde de notre Dieu, En vertu de laquelle le soleil levant nous a visités d'en haut,
Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans le chemin de la paix.


C'était cela, Cluny.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/inquisiteurs-f50/frere-ethan-t78
Oblivius
Oblivius



MessageSujet: Re: Ar feiz vrezhon   Sam 2 Oct 2010 - 18:24

Prémisses

Ethan poussa la porte du scriptorium.
Aussitôt, l'odeur d'encre et de papier emplit ses narines. Les hautes fenêtres éclairaient les rayonnages de pierre de l'immense bibliothèque, mais aussi le travail de la cinquantaine de copistes qui s'activaient là. Debout devant un lutrin, chacun copiait avec attention et patience les centaines d'ouvrages entreposés là.
Ethan admirait sincèrement les frères copistes qui s'activaient au scriptorium. Dénué de tout potentiel artistique, il ne cessait de s'émerveiller devant les enluminures qui naissaient sous leur plume.
Cette fascination l'avait rapidement conduit à se lier d'amitié avec l'un des frères copistes travaillant ici... et c'est avec bonheur qu'Ethan reconnut son visage appliqué à retranscrire une page sur ce qui semblait être un traité d'astronomie.

"Frère Georg ?"

Celui-ci releva la tête, manifestant une certaine impatience : qui osait venir le troubler dans son travail ? Son regard s'éclaira cependant en reconnaissant Ethan.

"Mon frère...euh, je veux dire, mon père !"

Le frère Georg était originaire du saint Empire romain germanique, et parlait le latin avec un accent fort et rocailleux. Tout son être d'ailleurs semblait un peu bourru : sa barbe brune broussailleuse encadrant une mâchoire carrée, de petits yeux noirs et un nez un peu fort. Son talent certain pour le maniement de la plume tranchait avec ce physique, mais faisait écho à son esprit, fin et éveillé.
Ethan lui parla doucement, pour ne pas déranger le travail des autres moines à côté. Mais il était difficile de retenir la fougue de Georg.

"Je suis désolé de te déranger dans ton travail..."
"Dérange-moi autant que tu veux, je suis sincèrement heureux de te voir !"


Un vrai sourire s'afficha sur le visage d'Ethan, le rajeunissant comme s'il avait 20 ans.

"J'aimerai te raconter tout ce qui m'est arrivé depuis mon départ de Cluny Georg...mais ce n'est ni le lieu ni le moment. Après complies et avant le couvre-feu, peut être ?"

Le frère approuva d'un signe de tête, mais Ethan continua avant qu'il put répondre :

"Je suis au regret de t'apprendre que je ne reste que jusqu'à demain...et je ne pense pas revenir avant un moment. Toutefois...avant de retourner en Lorraine, je me rends à un mariage et...je n'aimerai pas arriver les mains vides."

Le frère Georg sourcilla, mais ses yeux noirs pétillaient.

"Pourquoi venir me voir, moi ? Va plutôt voir frère Almodius, qu'il t'ouvre les portes de la cave de l'abbaye..."

Le visage du prêtre du prendre une expression si scandalisée que Georg s'empressa d'ajouter :

"Oui, je sais, je sais, le corps est le temple du Seigneur, mon père. Ne t'inquiète pas, je plaisantais. Tu avais une idée ? J'espère que tu ne songes pas offrir aux jeunes mariés un traité de physique..."

Ethan eut une moue amère. Il avait toujours appliqué règle de Saint Benoit avec un certain zèle, mais il n'était pas austère à ce point ! Cela devait être l'impression qu'il donnait... Plus mal à l'aise, il reprit :

"Non... En fait... Il y a... quelque chose qu'on chantait chez moi, lors des mariages....Enfin, pas seulement..."
"Une chanson ?"
"En quelques sortes.... Je pensais qu'avec une enluminure, ce serait joli, non ?"


En cet instant, le père Ethan ressemblait plus à un jeune enfant, peu assuré et timide. Mais le sourire rassurant de Georg lui fit vite reprendre contenance. Alors qu'il lui tendait le texte qu'il voulait voir copié, le frère lui assura qu'il y mettrait tout son coeur.


Ceci fait, Ethan ne quitta pas le scriptorium immédiatement. Pour le plaisir, il se pencha sur plusieurs livres et rouleaux, toujours avide de connaissances. Ce n'était pas au fin fond de la Lorraine qu'il trouverait tout cela... La connaissance faisait partie du royaume de Dieu.
Puis, ayant été convié à faire la lecture de la Règle pendant le repas de midi, il s'apprêta à partir en direction du réfectoire. Toutefois, son attention fut attirée par un très jeune frère : une quinzaine d'années à peine, il devait juste avoir prononcé ses voeux. Et pour devenir copiste à cet âge, il devait être extrêmement doué. Toujours curieux, il s'approcha. Il était grand, dégingandé. Un visage d'adolescent, rose et peu masculin.
"Bonjour mon fils..."
Le jeune homme se raidit, et répondit d'un ton guindé, comme s'il était intimidé.

"Bonjour, père Ethan."
"...Vous connaissez mon nom ?"
"Il est difficile d'ignorer votre présence, mon père. Toute l'abbaye ne parle plus que de vous depuis l'arrivée de votre lettre de mission... et l'attention que vous porte le père-abbé."


Ethan n'était pas certain de quelle manière il devait prendre cela, aussi continua-t-il l'air de rien.

"Et vous êtes..."
"Frère Simon, mon père."
"Sur quoi travaillez-vous, mon fils ?"
"L'illustration d'un livre de botanique. C'est le frère-médecin qui l'a écrit. Cela parle des plantes domestiques qui peuvent se révéler poisons ou médicament."
"C'est passionnant...L'avez-vous lu ?"
"Pas vraiment mon père. Je ne fais que recopier les plantes que le frère-médecin m'apporte aux endroits voulus."


Ethan saisit la fleur à demi séchée qui reposait sur le présentoir, au milieu des instruments de calligraphie du jeune moine, et le compara au dessin.

"Vous êtes jeune, mais doué... Qu'est-ce que c'est ?"
"Merci mon père... Il s'agit de queue-de-loup ou gant de bergère. Mais son vrai nom est la digitalis."
"Oui...je vois. On en trouve souvent dans les jardins, n'est-ce pas ?"
"C'est cela. Le frère-médecin a fait quelques expériences à son sujet... A dose infime, il pense qu'elle peut agir comme narcotique, et endormir les souffrances des patients. Cela dit il n'en est pas sûr... Alors il l'a simplement classée dans la catégorie des poisons. Vous devriez peut être parler avec lui plus longuement, si cela vous intéresse."


Ethan plongea son regard clair et franc dans celui du novice. Il sourit avec indulgence.

"Non, merci mon fils. C'était par simple curiosité. Vous faites un excellent travail dans le scriptorium."

L'adolescent rosit et baissa la tête.
Ethan accorda un signe d'encouragement au moinillon qui patientait pour reprendre son travail, et quitta le scriptorium.

Dans sa tête, il revoyait le texte en latin accompagnant le dessin de la fleur aux clochettes pourpres. Poussant dans tous les jardins et les champs, il s'agit d'un poison létal à partir de l'absorption par un adulte de corpulence moyenne de 8 grammes de cette plante. Entraîne une mort rapide par suffocation.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://witchslay.forumactif.com/inquisiteurs-f50/frere-ethan-t78
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Ar feiz vrezhon   

Revenir en haut Aller en bas
 

Ar feiz vrezhon

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
The Witch Slay :: À travers les Mots - Écrits Intimes :: Réminiscences-