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 Et m'en irai vous saluer

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Oblivius
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MessageSujet: Et m'en irai vous saluer   Mer 22 Sep 2010 - 20:43

La lettre reposait, avec les nombreuses autres, dans un coin du bureau composant le très simple ameublement de la cellule du Père Ethan. Cela en faisait, des lettres. Une correspondance soutenue pendant près de quinze ans. Des mots, des touts, des riens. Régulièrement, des invitations à venir passer quelques jours, invitations qu'il avait toujours déclinées.
La dernière était datée de dix jours, maintenant. Et les mots avaient plongée son destinataire dans une sorte de joie amère.
Elle allait revenir à Forbach.
Il s'en réjouissait sincèrement, mais s'enfermer dans l'obscurité de Forbach n'était pas vraiment ce qu'Ethan souhaitait à ses amis.


Allongé sur sa couche un peu rude, il fixait dans la semi-obscurité le crucifix accroché au mur blanchi à la chaux. Il attendait l'aube. Une nouvelle aube grise et froide. Mais peut être, aujourd'hui, avec une bonne nouvelle, qui sait ?
Enfin, alors que la lueur timide de l'aube pointait depuis sa fenêtre, il se leva, s'aspergea rapidement avec l'eau glacée d'un broc placé dans un coin, avant d'enfiler sa coule blanche et son scapulaire noir.
Il termina en plaçant dessus sa croix de bois. Il ne portait pas le symbole de l'Inquisition. Mais il faisait maintenant partie de cette triste galerie de portraits recelant les incontournables inquisiteurs de cette "grande époque" comme l'appelait ironiquement les plus jeunes. Cette époque où il y avait encore du gibier à chasser pour ces chiens de chasse. De jeunes chiens fous, oui.
Il y avait quelques temps déjà qu'il n'y avait plus d'enquête de matérialité des faits. Plus d'arrestation. Juste des soupçons et des rumeurs. Et la nouvelle comme quoi l'Inquisition devait se retirer...
Ethan ne croyait pas que Forbach soit lavée de toute empreinte maléfique. Le Diable y était toujours présent. Ceux qui avaient pris cette décision ne sont jamais venu dans ce trou de Lorraine : le Démon transpire dans toutes les pierres, dans la brume, dans l'air. Il est là, voilà tout.
Enfin, cette décision ne prendra pas effet avant quelques temps.
Avant de se diriger vers la porte, il jette un dernier coup d'oeil à sa cellule. Dans cet environnement spartiate, rien ne dépasse. Pas de fantaisie. Juste les lettres, les innombrables lettres sur le bureau. La bible usagée près du lit. Non, rien ne transparait.
Toutefois, toujours atteint d'un doute, il va tâter une dernière fois sa couche. A l'intérieur du matelas de paille se trouve une bouteille d'extrait de digitale...Mais non, il ne sent rien. Il faudrait une fouille en profondeur pour la découvrir.
Pour la découvrir, il faudrait avoir des soupçons.
En fait, elle ne risque pas d'être découverte, cette fiole...

La journée s'écoule lentement. Jusqu'à ce qu'un gamin du village qu'Ethan a porté sur les fonds baptismaux vienne le chercher en courant, comme il le lui avait demandé si jamais...eh bien, elle revenait.

Et oui. Elle est revenue. Peu avant nones, au château de Frauenberg.
Refrénant son impatience, Ethan s'est rendu à l'éminente demeure. Ses pas étaient rapides, ses sandales évitant les flaques humides du chemin... Il bruinait un peu aujourd'hui.
Ah, ce n'était peut être pas très correct tout cela, peut être pas très bienséant. Mais quoi, il ferait beau voir qu'on vienne lui conter des noises, au père Ethan ! Ce trognon tout sec dont la barbe blanchi à vue d'oeil !
Une volée de marche mène au château. Devant, un carrosse, aux armes des Saint-Loup. Il les connait bien, elles ornent le cachet de cire de toute cette correspondance depuis quinze ans. Des serviteurs s'activent à monter des bagages sous l'oeil un peu strict d'une femme dont la flamboyante chevelure rousse ne passe pas inaperçue.

Elle a conservé son port fier, son allure farouche et déterminée. En ce sens, elle est différente de sa soeur, Viviane. Mais le reste de son visage, marqué par le temps et les épreuves, n'en diffère pas tant. Elle ne l'a pas encore remarqué. Alors il attend un peu, l'observe. Ethan n'avait jamais su dire si elle était belle... ses critères de beauté se limitant aux vierges à l'Enfant, et au fin visage d'Aziliz...
Mais elle possédait un charisme indéniable. Qu'elle porte ou non un voile de carmélite.
Enfin, ne voulant s'éterniser dans la bruine, il approcha, abaissant la capuche noire de son scapulaire.

"Je vous aurai bien saluée... Mais je ne suis pas sûr du titre à vous donner."

Mère Mattéa ? Cassandra ? Madame ? Ma fille, peut-être ?
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MessageSujet: Re: Et m'en irai vous saluer   Jeu 30 Sep 2010 - 18:53

Il bruinait, mais cela ne l'étonnait pas. Tout simplement parce qu'elle connaissait Forbach, et que Forbach sous le soleil, ce n'était plus Forbach. Confortablement assise dans la voiture, Cassandra regardait défiler les rues qu'elle avait autrefois arpentées à pied. La ville de son enfance paraissait morne au premier abord, mais elle avait fini par y trouver un certain charme. Elle n'y voyait plus un paysage lugubre prêt à engloutir les âmes innocentes, seulement les sobres et discrètes bâtisses recelant une chaleur piquante. Elle porta son regard sur les gens qui circulaient et se mettaient de côté à l'approche de la voiture. Les visages qui défilaient lui étaient inconnus, mais cela lui importait peu : elle ne venait pas pour des visites de courtoisie.

Délaissant le paysage qu'elle avait pourtant envie de retrouver, Cassandra reporta son attention sur sa petite compagne de voyage. Sa fille chérie, Narcissa, avait partagé son voyage sans deviner l'intensité des sentiments qui l'animaient. Elle regarda les boucles rousses de son enfants, et une bouffée de fierté l'envahit. Quatorze années déjà qu'elle veillait sur elle et qu'elle la voyait grandir. Sa tendresse maternelle l'amena forcément à penser à Viviane. Narcissa n'était pas exactement le portrait craché de sa mère, quoiqu'il aurait été impossible de nier le lien familial, à cause des cheveux flamboyants, mais les moues et les poses de la petite rappelaient indéniablement Viviane. Et Viviane... c'était aussi pour vivre à proximité de sa sœur que Cassandra revenait à Forbach. L'appel de Sarah Geisler n'était pas l'unique raison de son retour, bien qu'il en soit l'élément déclencheur. La voiture avait été plus vite que prévu et Cassandra ne s'en réjouissait guère : cela signifiait que Viviane ne serait pas présente pour les accueillir. Elle sourit à Narcissa en reconnaissant les derniers mètres qui les séparaient du château.

- Nous arrivons, ma chérie.

Cassandra considéra un instant le château. Elle n'avait pas spécialement envie d'y vivre, parce qu'elle aurait préféré loger chez Viviane, mais elle savait qu'il aurait été impossible qu'elle fasse loger toute sa maison dans la demeure des Valdemar. Mais le château n'avait pas que des points négatifs. Il lui permettrait de pouvoir mener à bien sa vieille tâche laissée en suspens : arrêter Alicia Loewenstein. Et puis, le château offrirait à Narcissa des fréquentations à la hauteur de son éducation, et c'était important pour Cassandra, question de pouvoir revenir la tête haute vers les Saint-Loup.

Quand la voiture s'arrêta enfin, Cassandra défroissa sa luxueuse robe noire et descendit la première, puis aida sa fille à descendre. En posant les pieds sur la cour pavée, elle inspira profondément, comme pour goûter à nouveau à une saveur oubliée. La Veuve était de retour. Avec son autorité habituelle, elle dirigea le long et pénible déchargement d'affaires. Elle commença par faire monter les bagages de sa fille et envoya Narcissa s'installer. La petite était fatiguée, qu'elle aille se reposer en s'habituant à ses nouveaux quartiers.

Cassandra, en revanche, ne bougea pas et continua à superviser la répartition des lourdes malles. Et soudain, quelqu'un l'approcha. Elle tourna la tête et étouffa un cri de surprise en reconnaissant son vieil ami, le père Ethan. Sa première constatation la fit rougir de confusion : il avait terriblement vieilli, et c'était la chose qu'elle voyait en premier. Puis, elle songea qu'il était un miroir des ravages que le temps avait également dû faire sur elle, et elle hocha la tête d'un air entendu. Elle s'approcha vivement de lui, laissant enfin la joie des retrouvailles lui étreindre le cœur. Cassandra avait appris, mûri et évolué : elle était maintenant capable de sourire – et même de rire – avec chaleur. Elle en fit l'éclatante démonstration à Ethan, puis lui prit les mains et les serra affectueusement.

- Si je ne m'abuse, j'ai le droit de me proclamer votre fille, mon père. Mais je pense que Cassandra sera le plus approprié.

Ses yeux pétillaient. Ethan était le premier qu'elle revoyait, mais sa simple venue l'émouvait tellement qu'elle se sentait un peu désemparée. Elle regarda encore la barbe blanchie, les rides creusées et la robe élimée. Il avait changé, mais étrangement, c'était le même.

Cassandra s'était entièrement désintéressée du déchargement. Toute son attention allait à son vieil ami, et même si elle n'était pas encore installée au château, elle pouvait tout de même lui offrir un chocolat chaud dans ses appartements. D'une voix un peu éraillée, elle dit :

- Bien du temps a passé depuis notre dernière rencontre, n'est-ce pas ? J'ai beaucoup de choses à vous partager, père Ethan.

Cassandra lâcha enfin les mains du père, qu'elle avait gardées tout du long. Elle continua :

- Et vous avez également des choses à m'apprendre. Je ne suis pas encore installée, mais je suis sûre que vous ferez abstraction de ce point pour venir vous réchauffer avec moi autour d'une boisson chaude. Et puis, il faut que je vous présente ma fille !

Et elle ramassa ses jupes pour se mettre à marcher vers l'entrée du château, entraînant Père Ethan à sa suite.
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MessageSujet: Re: Et m'en irai vous saluer   Jeu 7 Oct 2010 - 19:19

La vie est d'ordinaire bien étrange. Mais saupoudrer la vie du protocole ecclésiastique, cela devenait presque malsain. Celle qu'il avait dû appeler Mère quand il était Frère, elle devrait maintenant l'appeler Père...De quoi faire rougir Oedipe.
Alors, ce serait Cassandra. Et tant pis pour le protocole.
Décidément, le père Ethan transgressait de plus en plus les règles en vieillissant. Enfin, c'est le privilèges des vieilles personnes de n'avoir plus à rendre compte qu'à Dieu. A la limite près qu'Ethan n'était pas encore vieux.
Certes, il avait encore maigri. Certes, les cernes sous ses yeux s'étaient creusées, et d'autres rides étaient venues s'ajouter à son front. Sa barbe et ses cheveux noirs s'étaient mêlés de gris. Mais il n'était pas encore vieux ! Il était plus amène que Touchedieu à son époque !

Et le regard pétillant de Cassandra de Saint-Loup le rajeunit de quinze ans. Ethan avait lui aussi du mal à contenir la joie immense qui lui réchauffait le coeur en cette journée de bruine.
Aussi lui adressa-t-il un sourire, franc et enthousiaste.
La voix de Cassandra était un peu éraillée... Mais quel bien de l'entendre après avoir lu tout ces mots !
Entendre de vive voix ce qui ne pouvait être transcrit sur le papier. En quinze ans, cela en faisait des choses. Et puis, Ethan était tout près à réentendre ce qu'elle lui avait déjà écrit, rien que pour le plaisir de l'entendre conté sur le vif.

"Bien du temps, oui... C'est de ma faute, je le sais bien, mais j'ai mes raisons."

Ethan avait toujours décliné toutes les invitations de madame de Saint-Loup à venir passer quelques temps à Rodez. Mais il savait pertinemment que le jour où il quitterait de nouveau Forbach - et qui serait vraisemblablement proche, ce serait pour retourner à Cluny. Un moine ne prend quelques jours d'oisiveté...pas lui, en tous cas...
Le prêtre continua de sourire :

"Toutefois, c'est avec le plus grand plaisir, Cassandra, que j'accepte votre invitation. Je ne suis pas du genre à me...formaliser de cela... Et je suis impatient de rencontrer votre fille !"

Ethan n'avait jamais vu Narcissa, mais elle l'imaginait comme le portrait craché de sa mère. Et Cassandra ne cessant d'en parler dans ses lettres, il lui semblait déjà la connaître. Toutefois, il était curieux de voir incarnée cette enfant qu'il avait vue grandir à travers les lignes de son amie.

Alors que Cassandra lui faisait maintenant signe d'entrer, ne semblant plus s'inquiéter des dernières malles qui restaient à décharger, il regarda autour de lui, avant de prononcer :

"Madame Cassandra de Saint-Loup, je vous souhaites un très bon retour à Forbach."

La remarque était sincère, et aurait pourtant pu être teintée d'amertume... Forbach n'était pas un lieu de vie qu'il enviait. Mais c'était l'endroit où ils se trouvaient, ici et maintenant. Ce sombre village au temps humide et aux habitants étranges. Ce sombre village qui les avait réunis.


[hrp : c'est pas très long, mais c'est toi qui m'invites ;D ]
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MessageSujet: Re: Et m'en irai vous saluer   Dim 17 Oct 2010 - 17:37

Mattea sourit aux protestations de Père Ethan. De son ton qui est resté un peu trop incisif, elle répond pour l'apaiser :

- Je ne suis pas là pour vous faire des reproches, mon père !

Et puis, Ethan avait envie de rencontrer Narcissa, et rien ne pouvait faire plus plaisir à Cassandra. Il lui était impossible de rester neutre lorsqu'on parlait de son enfant, mais c'était là le défaut d'orgueil de bien des mères. Elle était impatiente de lui présenter la chair de sa chair. Narcissa faisait toute sa fierté, et elle ne doutait pas un instant que Père Ethan serait d'accord pour dire que c'était une enfant charmante. Enfin, il y eut un petit silence, ponctué d'une phrase un peu solennelle, mais qui correspondait parfaitement à Ethan, et aux circonstances. Cassandra laissa échapper un petit rire, songeant qu'elle n'aurait jamais cru se sentir chez elle à Forbach, puis répondit :

- Je vous remercie, mon père.

Inconsciente du contraste qu'offrait sa bonne humeur avec la Mère Mattea qu'Ethan avait connue – et pourtant appréciée, contre toute attente – Cassandra le guida à travers les couloirs du château. Elle se perdit deux fois, retrouva son chemin grâce aux domestiques et parvint enfin dans les appartements qui lui étaient destinés. Elle appela une servante, lui demanda d'apporter deux tasses de thé et constata avec plaisir que les domestiques de sa maison avaient été efficaces : la pièce était chaude et confortable, prête à accueillir les visiteurs de sa nouvelle occupante. Ils s'installèrent dans ce qui servirait de salon à Cassandra, puis très vite, se retrouvèrent avec une tasse bouillante entre les mains. La porcelaine était délicate et le service portait la préférence d'un enfant, avec ses motifs fantaisistes. Et pour cause : une troisième tasse fut posée sur la table, et Cassandra demanda à sa femme de chambre d'aller voir si Narcissa ne s'était pas endormie, et dans le cas où ce ne serait pas le cas, de l'amener.

Cassandra ne voulait pas parler devant sa fille des sujets graves qui intéressaient Forbach, mais elle avait encore un peu de répit avant que Narcissa ne les rejoigne. En effet, sa gouvernante la changerait pour la rendre présentable, et cela prendrait plus ou moins de temps, en fonction de la bonne volonté de la petite. Cassandra arrangea ses jupes noires autour d'elle en demandant avec sincérité :

- Comment allez-vous ? Quels sont vos derniers projets ? Vous n'êtes pas trop occupé, ces derniers temps ?

Il faudrait également qu'elle pense à lui demander conseil sur les messes à suivre, et même sur le nom d'un potentiel confesseur. Mais avant, elle voulait qu'il lui parle de lui.

- Vous disiez dans vos lettres que vous aviez du mal à comprendre les nouveaux inquisiteurs. Cela ne se passe pas trop mal avec eux, j'espère ?

Cassandra avait confié à Ethan qu'elle revenait en partie pour aider Sébastien Garin à mater ces nouveaux inquisiteurs, mais elle n'avait pas eu de réponse à cause de son départ : elle était curieuse d'entendre l'avis de son ami sur la question. Toute à sa joie de le revoir, Cassandra en avait oublié qu'elle devrait rendre visite à Sarah Geisler sans tarder. C'était ainsi que procédaient les inquisiteurs, habituellement, mais Cassandra pouvait se permettre de prendre une latitude. Elle ne le faisait jamais, mais revoir Ethan – et surtout Viviane – après une longue absence ne lui arrivait pas tous les jours. Et s'il y avait quelque chose qu'Amaël lui avait appris, c'était qu'elle devait se ménager du temps pour elle-même. Et là, elle voulait profiter un peu de la présence de Père Ethan, avant que les événements ne les rendent trop pressés. Alors, songeant qu'elle avait effectivement bien changé, Cassandra but une gorgée de son thé, attendant les réponses d'Ethan.
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MessageSujet: Re: Et m'en irai vous saluer   Dim 21 Nov 2010 - 1:54

Ethan se laissa conduire par Cassandra. Ce qui était plutôt ironique, vu qu'elle connaissait le château au si bien que lui. C'est à dire... très peu. Ils pénétrèrent l'appartement qui semblait destiné à Cassandra, à la vue des malles et autres coffres qui avait été déposés là et attendaient qu'on les vident de leur contenu.
La pièce était délicieusement chaude, et Ethan se surprit à apprécier l'atmosphère de la pièce. Cela le changeait tellement de sa vie d'ascète... Il s'installa en face de son hôte, dans un fauteuil qui lui parut presque trop confortable. Sa robe blanche et son scapulaire noir juraient étrangement avec la décoration cossue des appartements de Cassandra. Celle-ci, au contraire, semblait parfaitement à sa place. Tellement différente de la mère Mattéa qu'il avait connu, et pourtant profondément la même. Elle était parfaitement épanouie. Cela, il le savait déjà, il l'avait vu dans ses lettres. Imprimé dans chacun de ses mots le bonheur de vivre, malgré les épreuves. Mais là, en cet instant, cela transparaissait dans chacune des rides de son visage, dans le port de tête gracieux et autoritaire, dans l'éclat de ses yeux. Et cela avait infiniment plus de charme que ces sentiments de papier.
Elle lui versa une tasse de thé, dans une jolie porcelaine aux couleurs vives, comme Ethan en avait rarement dans ses mains. Ses doigts noueux, aussi maigres que le reste de son corps, s'enroulaient autour de l'anse comme un bois de saule...
Ethan se serait volontiers laisser allé à boire son thé en silence, à écouter le craquement du feu dans un coin de la pièce...
Mais Cassandra ne l'entendait manifestement pas de cette oreille, et l'assaillit de questions. Il sourit maladroitement, un peu pris au dépourvu.

"...Je...Je... Je n'est pas vraiment de projets, voyez-vous. Le bruit court que l'Inquisition pourrait quitter Forbach dans les mois qui viennent. Si cela arrivait, je rentrerai sûrement à Cluny... Cela fait tout de même quinze ans que je suis là. Mais je vais bien. Je vieillis bien en tout cas. Enfin, je crois. Ces derniers temps... Eh bien, en vérité, je fais la même chose depuis toujours. Lorsque la liturgie ne m'appelle pas, je lis. Tout ce qui peut se trouver."

Son sourire s'accompagna même de ce qui pouvait ressembler à un rire. Il était vraiment maladroit lorsqu'il s'agissait de parler de lui. Heureusement, son interlocutrice changea de sujet, et évoqua les jeunes inquisiteurs.
Un silence évocateur d'Ethan, dont le visage s'était refermé, répondit à la question de Cassandra.

"Sincérement... Ils sont jeunes. De jeunes chiots qui se veulent loups, la tête pleine des histoires racontées, du temps où l'Inquisition avait des...résultats. Ils se seraient bien entendus avec Touchedieu."

Ce nom résonna étrangement dans la pièce, comme s'il avait invoqué un fantôme. Ethan ne pouvait d'ailleurs prononcer ce nom sans une certaine amertume, provoquée par tous les souvenirs qui y étaient attachés, et qui n'étaient pas des meilleurs.
Le nuage qui avait assombri le regard du prêtre disparu alors qu'il relevait la tête, et plongeait ses yeux qui n'avaient rien perdu de leur franchise dans ceux de son amie.

"Mais vous ? Il me tarde d'entendre de vive voix ce qui vous est arrivé, ce que vous comptez faire... Resterez-vous longtemps ?"

Il ajouta même, ce qui aurait pu passer pour une taquinerie si cela avait été dans le caractère d'Ethan :

"Et n'oubliez pas de me parler de votre fille.
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MessageSujet: Re: Et m'en irai vous saluer   Mar 21 Déc 2010 - 0:50

Cassandra perçut plus qu'elle ne comprit les difficultés d'Ethan à parler de ce qui allait lui arriver. Si l'Inquisition se retirait de Forbach, elle tournait la page sur plus quinze années de vie. Elle-même n'était arrivée que depuis peu, mais l'idée de repartir aussitôt lui semblait étrange, presque aberrante. Alors pour son ami... la sensation devait être décuplée au centuple ! Ce qui rassurait Cassandra, c'était de l'entendre dire qu'il allait bien. Ou plutôt, qu'il vieillissait bien. S'il était capable de lui dire avec autant de calme et de sérénité une telle chose, c'était que oui, l'âge lui allait bien. Ethan n'était pas homme à se livrer, et Cassandra ne comptait pas l'y forcer. Les mots lui viendraient naturellement s'il avait quelque chose à ajouter.

Quand Ethan évoqua l'idée que l'Inquisition allait sans doute bientôt quitter Forbach, Cassandra eut un sursaut de surprise. Voilà qui changeait entièrement la donne ! Sarah Geisler n'avait absolument pas mentionné cela dans ses lettres ! Que s'était-il passé entre son départ de Rodez, voilà plusieurs semaines, et son arrivée ? Son déplacement aurait-il été inutile ? Non, corrigea-t-elle aussitôt. Le seul plaisir de voir Viviane et ses anciennes connaissances justifiait à lui seul le voyage.

- Vous m'étonnez, mon père. Quand j'ai quitté Rodez, il n'en était pas encore question. Pour quelle raison l'Inquisition se retirerait-elle de Forbach ?

Le pape avait-il perdu confiance ? Les sorcières avaient-elles manipulés les hautes instances ? Les Inquisiteurs avaient-ils demandé à être déplacés ? La mission était-elle annulée ? Plusieurs hypothèses se formaient dans l'esprit de Cassandra sans qu'elle parvienne à en retenir une au détriment des autres.

D'ailleurs, elle ne pensait pas que le sujet des jeunes Inquisiteurs inquiéterait tellement Ethan. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de se rendre compte par elle-même des difficultés, mais elle ne s'attendait pas à ce que le visage d'Ethan perde ainsi son affabilité. Ce terme de « jeunes » Inquisiteurs la rendait d'ailleurs perplexe. Elle n'avait jamais été jeune. Et comme elle ne s'en souvenait pas, elle avait l'impression d'avoir toujours eu cette maturité et cette rigidité que tous lui connaissaient. Quel jeune assez fou pouvait bien vouloir se jeter à corps perdu dans l'Inquisition, alors qu'il avait encore toute sa vie devant lui ? Le nom de Touchedieu jeta cependant un second froid. Ethan, comme tous les Inquisiteurs probablement, ignorait que Cassandra – à l'époque Mère Mattea – avait rendu visite à Touchedieu dans sa cellule, juste avant le moment fatidique. Et qu'elle y avait appris le nom d'Alicia de Sarrebourg. Était-ce le moment de confier ses soupçons, de parler de cette chasse aux sorcières qu'elle allait reprendre ? Cassandra allait le faire, mais elle se ravisa au dernier moment. Les circonstances ne s'y prêtaient pas. Elle voulait parler à l'ami, pas à l'Inquisiteur. Elle s'en ouvrirait plus tard. Alors, elle répondit doucement :

- S'il sont tous de l'acabit de Touchedieu, j'aurais du pain sur la planche. Mais vous parlez de chiots, ce qui m'amène à penser qu'il leur manque seulement un maître...

Elle ne pensait pas à elle, même si dans les faits, c'était ce qu'elle se proposait de faire. Touchedieu... le temps avait presque effacé son image. Mais pas ses aveux. Ni sa fin. Cassandra ne s'apesantit pas sur le sujet et répondit allègrement aux questions d'Ethan sur ses projets. D'une voix plus joyeuse, elle reprit :

- Je vous l'avais écrit, je pense : je suis ici pour aider Sébastien Garin à reprendre le contrôle de l'Inquisition. Je resterai le temps nécessaire. J'ai du temps, maintenant que je suis Veuve.

Le mot était toujours aussi pénible. C'était absurde, parce que cela faisait maintenant deux ans qu'Amaël était mort, mais c'était une réalité que Cassandra admettait avec peine. Le vide semblait impossible à combler, et elle ne le souhaitait même pas. Mais il lui restait Narcissa.

- Officiellement, je me repose dans ma ville natale, et je pense d'ailleurs que c'est une bonne chose pour Narcissa. Elle découvre l'endroit où j'ai grandi, c'est différent de Rodez. Vous allez voir, c'est une petite fille éprise de liberté, qui aime courir et se dépenser. En ce sens, la campagne lui convient bien. J'espère seulement qu'elle ne s'attachera pas trop à Forbach, parce que nous retournerons à Rodez un jour. Vous savez, elle est destinée à faire un des plus beaux mariages de notre pays. Mais bon sang ne saurait mentir. Narcissa demeure fille de Comte, consciente jusqu'au bout des ongles de son état.

Un sourire indéfinissable étira les lèvres de Cassandra. Oui, elle était fière de son enfant, et elle ne savait pas pourquoi elle parlait précisément de son futur mariage à Ethan alors qu'il y avait mille autres choses à dire. Sans doute parce qu'elle se sentait à l'aise, et pouvait parler à cœur ouvert sans se faire accuser de vantardise...
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