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 L'espoir est un coucher de soleil sans fin

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Oblivius
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MessageSujet: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Sam 16 Oct 2010 - 21:56

L’automne était un moment merveilleux de l’année, romantique à souhait, bien que l’absence de lumière assez précocement dans la journée pouvait jouer sur l’humeur. Déjà n’étaient-ils pas nombreux, les visages souriants se faisaient de plus en plus rares. Pourtant, pour Plume, il n’y avait rien de plus merveilleux que le vent d’automne, amalgame entre douceur et violence, qui faisait voler les feuilles au même rythme qu’il faisait danser les jupes des dames.

La soirée débutait de bonne heure ces temps-ci, et elle gagnait du terrain sur la journée un peu plus chaque jour. Les rues se vidaient plus rapidement… On avait peur. L’automne fait peur. Que ce soit à cause des brigands, des sorcières ou simplement de la noirceur. La noirceur qui effrayait de par sa nature même : inconnue. Pourquoi avoir peur dans le noir? Parce que l’étranger devient un spectre, les branches d’arbre deviennent des griffes et les chiens deviennent des loups. Pour l’heure, l’horizon affichait un joli coucher de soleil qui rougissait le ciel. La lumière filtrée par la proximité de la terre faisait onduler les nuages qui en devenaient presque iridescents. On aurait dit que la terre se couvrait d’une couverture avant d’aller dormir.

Dans la journée, Plume avait reçu quelques clients : une habituée, une vieille femme illettrée qui venait chaque mois faire écrire une lettre pour sa fille partie dans un couvent, elle venait également pour faire lire ses lettres. Un amoureux était passé faire écrire un poème sur sa douce… Il souhaitait qu’on mette l’accent sur ses cheveux bouclés blonds… Rien sur sa personnalité, cette histoire n’irait pas très loin. Sinon, quelques pauvres bougres étaient venus faire lire et rédiger des lettres qui relevaient strictement de la paperasse. Du reste, Plume avait encore relu son manuscrit… Il était parfait, elle ne trouvait plus rien à y corriger, mais il restait encore là, sans bouger. Qui pourrait lire cette histoire? Plume brûlait d’envie de le faire lire, mais elle craignait des représailles. On assassinait des gens sans preuve pour sorcellerie, que faire d’une écrivaine bohème qui écrivait des histoires de sorcière… L’histoire d’une sorcière représentant toutes les autres, victime d’un tribunal mâle et misogyne, l’inquisition ne portait pas son plus beau masque dans cette affaire…

La journée terminée, Plume s’affairait autour de sa roulotte, un coup de balai ici et là, enlever les toiles d’araignées. Elle en était maintenant à nourrir son cheval. Un fidèle étalon blanc nommé Espoir. Il s’agissait d’un poulain qui avait vu le jour lors de la période la plus heureuse de la vie de Plume, quand elle voyageait avec sa famille de saltimbanque. C’est elle qui était là à sa naissance, elle l’avait nommé Espoir car la mère du poulain avait eu des complications à l’accouchement et en étant morte. Il faut dire qu’elle avait dépassé les 27 années. Plume l’avait nommé ainsi parce qu’elle disait que de la mort, il ressort toujours le plus beau sentiment qui soit, qui garde en vie : l’espoir. C’est en voyant son cheval vivant après le massacre de sa famille et son époux qu’elle avait décidé que l’espoir était sa seule façon de survivre. Ce cheval avait 19 ans… S’il vivait 30 ans, il restait encore 11 ans d’espoir à Plume.

Mais pour le moment, l’écrivaine était toujours aussi sereine que d’habitude, arborant son sourire rêveur, caressant son cheval pendant qu’il se repaissait de grains.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Sam 23 Oct 2010 - 14:54

La journée avait été courte, comme toutes les journées d’automne, et plutôt agréable à vrai dire. Avec l’orange saison qui déclinait les feuilles dans des couleurs allant du jaune au rouge en passant par une multitude de tons, Adal retrouvait des couleurs magnifiques à peindre. Une kyrielle de couleurs dont le mélange résonnait comme une tempête de sentiments. Lorsqu’il peignait le mouvement léger et aérien du balai des feuilles mortes, celles-ci semblaient reprendre vie, avoir leur propre mouvement. Elles devenaient toutes des personnalités différentes, l’une préférant se laisser glisser, l’autre adorant virevolter et danser dans cet espace quasi-infini. Il parvenait à capturer l’instant présent avec un tel degré de réalité qu’on pourrait penser que la scène finirait par s’animer si on la regardait un peu trop fixement, s’attendant presque à ce que les feuilles s’envolent ou terminent vraiment leur course sur le sol humide. Quittant son château pour poser son chevalet dans des endroits parfois impromptus, Adal s’était contenté de ressentir la forêt, un paysage particulier, de s’en imprégner totalement puis de peindre. Le résultat était assez concluant, et le jeune noble était fier de ce qu’il était parvenu à réaliser. Un tableau supplémentaire qui enrichirait une collection déjà fournie, mais qui ne serait sans doute admiré que par peu de personnes. Enfin, l’essentiel n’était pas la reconnaissance, mais bel et bien ce sentiment de plénitude qui l’habitait lorsqu’il peignait, lorsqu’il s’abandonnait à la peinture, lorsqu’il laissait glisser son pinceau sur la toile, lorsqu’il arrêtait de réfléchir, et qu’il se contentait de ressentir.

L’heure était maintenant au retour. Même si personne ne se souciait vraiment de lui, il savait qu’il ne faisait pas extrêmement bon de rester dehors alors que la nuit tombait. Avec le meurtrier de Laura de Montfort, et cet Agent du Diable, à supposer que ces deux personnes ne soient pas les mêmes, les rues de Forbach étaient de moins en moins sûres. Bien qu’Adal ne craignait pas personnellement pour sa vie, il restait néanmoins prudent, et, de plus, dans la noirceur de la nuit, il n’y avait plus beaucoup de choses intéressantes à peindre. Le jeune noble préférait de loin les couleurs, et même s’il avait déjà peint Forbach fermant les yeux pour une nuit de plus, le résultat, même satisfaisant, n’avait pas suscité la passion de l’artiste. Forbach était tellement plus belle en vive lumière qu’elle ne méritait pas d’être immortalisée en pleines ténèbres. Voila pourquoi d’ailleurs la toile avait fini par alimenter le feu de la cheminée du fils du Comte. Beaucoup d’œuvres, souvent même complètes, avaient subi cet auguste châtiment. Mais qu’importe, ne devait subsister que les plus intéressantes, les plus belles, les plus surprenantes, les plus captivantes. Les tableaux devaient être des hommages à ce qu’ils représentaient. Si ce n’était pas le cas, alors ils ne servaient pas leur cause première et ne valaient pas la peine d’être conservés.

Fixant son trébuchet sur son étalon, il remonta en scelle et reprit la direction du Château au pas de marche. Il n’était pas non plus pressé de rentrer et la soirée se résumerait surement à quelques heures passées devant la cheminée de chambre. Peut-être prendrait-il les pinceaux, encore, mais il en doutait. Il n’y avait plus rien à peindre… Plus rien qui ne suscitait son attention. Peut-être sortirait-il un peu, rencontrerait-il une quelconque fille de noble, peut-être passerait-il la soirée à faire des mondanités, ce qui n’était vraiment pas son fort, non, c’était le domaine de son frère ça, les mondanités et la séduction… Des fois Adal se demandait s’ils étaient vraiment frères malgré leur ressemblance frappante c’était parfois difficile à croire.

Le soleil couchant glissait sur l’horizon tandis que le cheval descendait la Grande Rue. Admirant cette étincelle colorée, sublime et dernier espoir d’un jour nouveau, il se laissait guider par son cheval, sans faire attention aux alentours. Il ne vit donc pas un homme sortir d’une petite ruelle, qui ne l’avait pas vu non plus. Le cheval, surpris, se cabra et Adal, plus surpris encore chuta de la scelle et atterrit durement sur le pavé. Plus de peur que de mal, car même si le jeune noble venait de se rendre compte de la solidité de la pierre, il était relativement bien tombé et cela ne finirait qu’avec un ou deux bleus. Un peu sonné, il excusa l’homme qui était venu s’enquérir de son état en demandant pardon, affirmant qu’il était lui aussi responsable, et se releva difficilement avant d’aller rassurer son cheval. Endolori et un peu dans le brouillard, il regarda aux alentours, presque tout le monde avait filé, alors qu’une femme semblait lui prêter de l’attention.


« - Je vous assure que je… vais… … … » Et alors qu’il terminait sa phrase, il s’écroula par terre et perdit connaissance. « bien… »
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Sam 23 Oct 2010 - 23:53

Le ciel s’affaissait tranquillement au-dessus des chaumières qui fumaient d’une fumée blanche et apaisante… Il commençait à faire un peu plus frais, et il tardait à Plume de rentrer se réchauffer. Elle ferait rougir son poêle et se servirait un thé d’orient qu’elle se procurait chez un marchand ambulant qui passait dans Forbach une fois tous les deux mois. Et bien sûr, elle se remettrait à sa plume et à ses parchemins, elle pourrait y passer la nuit… Quand son imagination se mettait en branle, c’est comme si l’encrier se déversait sur la page pour écrire les mots tout seul. Plume se trouvait chanceuse d’avoir cette vie, d’avoir ce don, car ainsi, elle n’était jamais malheureuse, elle n’était jamais confrontée à la routine, elle ne voyait pas ce qu’il y avait de sombre, dans son monde, il y avait toujours du soleil.

Mais alors que l’écrivaine ramassait son seau et son balai, elle remarqua une altercation à quelques mètres d’elle. Un cavalier s’était fait surprendre au détour d’un coin et son cheval avait pris peur. Le pauvre homme s’était retrouvé sur le dos. Mais comme Plume se disait qu’il faudrait aller l’aider, l’homme qui avait surpris le cheval se porta au secours du cavalier. Plume aimait toujours se rendre compte qu’il existait encore des gens attentifs aux autres dans ce monde. Le cavalier s’était relevé, il semblait aller bien. Son bon samaritain s’éloignait tranquillement. Le cavalier était un jeune homme. Bien qu’il sembla vouloir se croire apte à reprendre son chemin, il semblait avoir subit un sévère choc. Peut-être ne le voyait-il pas, mais il était chancelant dans ses gestes. Lorsqu’il remarqua l’écrivaine non loin de lui, il voulut se faire rassurant… Mais il fut dans l’incapacité de terminer sa phrase. Il s’écroula simplement comme si ses jambes avaient été faites de chiffons.

L’écrivaine fut, bien entendu, surprise. Mais son état ne dura que quelques millionièmes de seconde. Au pas de course, elle s’élança vers le jeune homme. Elle se pencha sur lui… Il respirait, tout allait bien de se côté. Sans doute s’était-il cogné la tête plus fort qu’il ne l’aurait cru au moment de sa chute. Il ne fallait pas le laisser là. Mais malgré la taille plutôt élancée du jeune homme, Plume ne serait pas en mesure de l’amener toute seule dans sa roulotte. Elle leva la tête pour voir si quelqu’un pouvait l’aider. En fait, elle cherchait du regard, l’homme qui avait aidé le jeune cavalier lors de sa chute. Elle le vit qui commençait à s’éloigner dans le dédale des rues. Elle cria vers lui, en espérant qu’il l’entende. Quand elle vit que ce n’était pas le cas, elle courut dans sa direction. Il se retourna. Elle lui expliqua ce qui se passait. L’homme, qui avait semblé si avenant au départ se montra pressé


«Je ne peux rien faire pour lui, je dois rentrer chez moi, ma femme m’attend.»

«Je ne vous demande pas de le veiller toute la nuit, seulement de m’aider à le transporter chez moi, qu’il ne reste pas là où il pourrait se faire tuer.»

Réticent comme s’il allait s’enfuir en courant, l’homme accepta néanmoins.

Dans la chaleureuse et accueillant roulotte de l’écrivaine, le jeune homme fut installé dans le lit unique, modeste, mais confortablement aménagé de plusieurs couches de couverture et de coussins au touché doux et soyeux. Le poêle crépitait dans une musique apaisante. Il dégageait une chaleur réconfortante. La roulotte était petite, mais elle semblait appartenir à un autre monde quand on y entrait. Les couleurs dominantes tournaient autour du orangé et du bleu prussien, plusieurs pièces d’étoffes étaient suspendues en guise de rideaux et donnait une impression enveloppante. Quand Plume se fut assuré que le jeune homme était installé confortablement, elle s’installa à sa table avec sa plume et son encrier. Le jeune homme pourrait dormir là toute la nuit, cela ne dérangeait pas l’écrivaine. Bien sûr, elle avait pris soin d’atteler son cheval près du sien. En détaillant ses habits, elle pu remarquer qu’il s’agissait d’une personne de rang élevé. Plume ne s’intéressait que très peu à la vie mondaine de Forbach, elle ne savait pas qui était important, qui faisait la loi ici, elle était beaucoup trop dans son monde. Les histoires de pouvoir et de succession n’avaient que peu d’intérêt pour elle. Donc, il s’agissait d’un noble, très jeune, plus jeune qu’elle ne l’était à son arrivée à Forbach… Et c’était un artiste. Elle l’avait constaté au matériel de peinture qu’elle avait trouvé près de lui. Elle avait pris soin de tout rassembler et de rentrer dans la roulotte.

Un rien inspirait Plume à écrire. Elle gratta donc le papier.


«Douce plénitude de couchant soleil horizontal
La noirceur s’étend et efface les pas que le passant étale
Dans ta prose arabesque les yeux du cavalier tu voile
Douce, sans pitié, inspirante, tu trompe le cheval»

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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 24 Oct 2010 - 0:56

La surcharge d’adrénaline survenant après un évènement particulièrement émotionnel, comme un accident, était souvent bien plus efficace que la morphine et donnait souvent l’impression que tout allait bien. C’est ce qu’Adal avait pensé lorsqu’il s’était relevé. Après tout, il n’était pas mal tombé aussi il lui semblait logique de n’avoir rien de sérieux. Bien entendu, ce n’était pas vraiment le cas, et s’il s’était écroulé, tel un pantin soudainement inanimé, c’était bien que le choc avait été plus violent qu’il ne l’avait pensé. Inconscient, il n’avait rien entendu. Ni la poétesse qui s’approchait de lui, ni ses cris lorsqu’elle héla l’homme qui venait de l’aider à se relever. Il ne sentit pas non plus ce dernier le transporter dans la roulotte. C’est à peine s’il sentit le changement de température entre l’extérieur et l’intérieur, chauffé au poêle. Son corps l’avait surement senti, mais Adal lui, n’était pas dans ce monde. Peut-être dans aucun monde. Certains pensent que l’inconscient est un état de rêves, d’autres un état de veille où l’on ne pense à rien, où l’on n’est rien. Adal lui était parti ailleurs, quelque part entre n’importe où et nulle part.

Il est incroyable comme l’inconscient peut inventer des quantités incroyables de choses. En l’espace de quelques dizaines de minutes, le jeune noble était passé de paysages montagneux et neigeux aux vertes collines d’un pays inconnus, à des étendues désertiques et arides, pour enfin arriver en plein milieu de l’océan sur une coquille de noix ! Tout allait de mal en pis ! A vrai dire, sur son bateau de fortune, il était difficile d’imaginer pire, mais après les différents épisodes, Adal n’aurait su jurer que cela s’arrêterait ici. Pourtant notre petit noble n’était pas au bout de ses surprises. En effet, devinez que peut bien croiser un noble dans une chaloupe au beau milieu d’un océan ? Alexandrine d’Hasbauer bien entendu ! En effet, la jeune femme voguait sur l’océan à bord d’une magnifique goélette aux couleurs pures. Faisant quelques gestes pour être remarqué, Adal croit son destin scellé quand le navire fait demi-tour. Finalement la jeune femme l’accueille sur son navire et tandis que ce dernier vogue tranquillement sur l’océan, ils font connaissance, ils discutent de tout et de rien, il fait le portrait de la belle…

Soudain le ciel s’assombrit, l’océan se réveille et les vagues se font plus tumultueuses. Une tempête se lève, une tempête qui se profile à l’horizon mais qui semble menée par un autre navire. Un énorme galion hérissé de féroces canons. Bien que le navire soit loin, Adal sait déjà qui s’y trouve : son frère et sa mère. Il essaye de faire faire demi-tour à la goélette, tente de s’échapper, mais rien n’y fait. La tempête les rattrape, tout comme le galion. Alors que les navires sont côte à côte, son frère le regarde tel un carnassier tandis que, comme toujours, sa mère ne lui daigne même pas un coup d’œil. Quelques instants plus tard, c’est la canonnade. Le bruit mat du bois qui se brise gronde de tout côté, la pauvre goélette est soufflée et Adal se retrouve seul sur l’océan démonté, avec pour seul radeau une planche. Balloté en tout sens par les vagues, il hurle, il appelle sa mère, Alexandrine aussi… Est-elle morte ?! Non… Inconcevable…


« - Alexandrine !!! »

Il s’était réveillé en sursaut après avoir beaucoup remué dans son sommeil et prononcé déjà les mots « Maman » et « Alexandrine » plusieurs fois. Maintenant assis sur le lit, la sueur perlait sur son front et son souffle était court. Il tentait de reprendre ses esprits, mais ce n’était pas évident, car quelque chose était sûr, il n’était pas chez lui, ni dans son lit, ce qui n’était pas forcément plus rassurant…
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 24 Oct 2010 - 5:41

Il s’était passé quelques heures depuis que Plume avait ramené le jeune homme dans sa roulotte. Il devait maintenant être autour d’une heure de la nuit. Plume n’avait pas levé l’œil de son parchemin sauf pour regarder le jeune de temps à autres pour s’assurer qu’il allait toujours bien. Au début, il dormait d’un profond sommeil, la respiration régulière. Tranquillement, il a commencé à s’agiter, à rêver. Cela se voyait aux mouvements saccadés de ses yeux qu’on pouvait distinguer sous ses paupières. C’était plutôt bon signe. Mais son rêve devait être plutôt agité, il commençait à suer. Il n’était pas une bonne idée de le réveiller de le sortir de cet état de force, il devait s’en sortir tout seul. Plume croyait aux rêves, elle croyait en leur force et leur pertinence. Ils racontent notre vie en prenant du recul et en anticipant un détail ou deux, il suffit de les déceler. Il y a 10 ans, c’est un rêve qui avait dit à Plume de partir, partir pour un voyage dont la fin était inexacte, inconnue… Alors elle était partie. Et puis elle était revenue, 6 années plus tard, après avoir rêvé de Forbach. Comme elle n’avait pas rêvé de Forbach pendant six ans, elle avait donc pris ce songe comme un signe.

Au moment le plus agité de son rêve, le jeune homme articula enfin quelque chose. Alexandrine?! Joli prénom… une fiancée peut-être. Oui si jeune… Après tout, c’est à cet âge que Plume s’était elle-même mariée. Il n’y a pas d’âge pour l’amour, d’autant que son époux avait 10 ans de plus qu’elle. Il n’y a pas d’âge pour l’amour. L’âge n’a pas grand chose à voir avec rien. Car Plume avait aussi le même âge lorsqu’elle devint veuve. L’écrivaine aimait les mots, il n’y en avait pas vraiment qu’elle trouvait moins beau sauf celui-là. Elle avait été amoureuse, fiancée et puis épouse... Elle aurait dû être mère. Tous de beaux mots, des mots plein d’espoir, des mots mélodieux… Mais veuve… était aigri, il sonnait le désespoir, la vie sans jamais plus sourire, être veuve était une mélodie à une seule note… L’histoire ne devait pas se terminer ainsi au départ. Comme dans son manuscrit. Ninon était une tout autre personne, mais Plume ne pouvait nier qu’elle avait puisé un peu d’inspiration en elle-même. Ninon qui imaginait que sa vie était décalée. Son histoire non-plus ne devais pas se terminer ainsi, c’était pourtant la réalité (voir le manuscrit). Mais Plume refusait de parler de triste réalité. La vie n’est triste que si on le désire. Autrement on meurt, c’est tout.

Le jeune homme était maintenant assis dans le lit, le front perlé de sueur, marmonnant des paroles que Plume avait du mal à comprendre, elle distingua tout de même encore le nom d’Alexandrine. L’écrivaine sourit, non bien sûr, il n’y avait rien de drôle, mais il était hors de danger, et le voir appeler cette fille qui devait être son amoureuse la faisait sourire. Il devait se détendre. Plume s’assit sur le lit, elle avait une compresse d’eau froide qu’elle appliqua sur le front du jeune noble.

«Allez, reposez-vous. Vous ne devez pas vous lever si vite, je crois que vous vous êtes cogné la tête plutôt fort.»

Plume se releva et alla attiser le feu dans son poêle.

«Si vous voulez, j’ai du thé chaud. Il est excellent, c’est un ami qui me l’amène de Chine. J’ai aussi du pain. Votre cheval est dehors, mais je vous déconseille de rentrer maintenant. Vous devriez attendre le matin. Vous seriez une victime facile dans cet état. Vous pouvez donc rester ici. Cela ne me dérange pas, j’écris habituellement une bonne partie de la nuit et m’endors souvent sur mon ouvrage.»

Plume esquissa un sourire et se rassit à sa table, terminer une strophe, comme elle le vers qu’elle cherchait depuis quelque minutes venait juste de tomber dans son esprit.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 24 Oct 2010 - 13:04

L’esprit d’Adal voulait réfléchir vite et bien, comme s’il voulait rattraper tout le temps qu’il savait avoir déjà perdu. Hélas, le corps du jeune noble protestait déjà, et ce dernier sentait venir une migraine des plus carabinées. Ses sens essayaient de transmettre un trop-plein d’informations qui n’aidait pas à ce que la situation soit mieux appréhendée. D’ailleurs Adal du se rappeler plusieurs fois à lui-même pour ne pas sombrer dans la panique la plus totale. Après tout, que ferait-il sur un lit, non ligoté, et surtout encore vivant, si on avait voulu le tuer ? Un enlèvement ? Non… Il ne serait pas aussi bien traité. C’était évident. Tandis que son esprit fonctionnait à toute vitesse, tel un cheval au galop, sans cavalier, il sentit que le lit s’affaissait légèrement d’un côté, signe que quelqu’un s’installait. Mais avant qu’il n’ait pu tourner la tête, une compresse d’eau fraîche, qui lui fit le plus grand bien, vint se poser sur son front, accompagnée de quelques mots l’enjoignant à se reposer. Soudain calmé, l’esprit ne protesta pas et sembla, sous la fraicheur de la compresse, se mettre doucement en veille, ou au moins ralentir. Adal se recoucha en arrière, portant une main sur son crâne qui bourdonnait encore. Tant pour tenir la compresse, que pour essayer, vainement, de faire partir la migraine encore naissante.

Il n’avait pas vraiment distingué la personne, il n’en avait pas prit le temps, il ne l’avait pas eu en fait. Comme elle le lui avait dit, il avait eu besoin de se reprendre et de se reposer. Il savait juste qu’il s’agissait d’une femme, au son de sa voix, si ses oreilles ne le trompaient pas. Rêvait-il encore ? Il en doutait, tout avait l’air tellement réel… Son rêve aussi avait été réel ? Non ? Non… Définitivement non. Alexandrine ne l’aurait pas recueilli comme ça sur sa goélette, ni n’aurait discuté avec lui. Le reste aurait été logique, plus ou moins, mais là, on n’était proche du non-sens, un tel non-sens que cela ne pouvait être la réalité. S’était-il vraiment réveillé ou était-il dans un autre stade de son rêve ? Difficile à dire, mais ici, tout criait de vérité, comme sa migraine par exemple, pourquoi diable rêverait-il avoir une migraine ? Mais pourquoi avoir une migraine ? Que lui était-il arrivé ? Fouiller dans sa mémoire était un exercice long et douloureux, pourtant il finit par se souvenir… Plus ou moins. En fait, il ne se souvenait que d’avoir chuté de son cheval. Avait-il perdu conscience directement ?

La voix résonna à nouveau, plus lointaine. Lui proposant un thé, s’il le désirait. Il devait admettre que la proposition était agréable, et boire quelque chose de chaud lui ferait surement du bien. Elle lui expliqua également que son cheval était dehors mais lui déconseillait de rentrer… Déconseillait de rentrer ? Ainsi il pouvait éloigner toutes les thèses de l’enlèvement, à moins que sa geôlière ne tente de l’amadouer en lui mentant. Toutefois ses paroles étaient de bon sens, et même si elle mentait, il devait admettre qu’il n’était pas en état de rentrer au Château. Comme de toute façon personne ne s’inquiéterait, non pas parce qu’il avait l’habitude de ne pas rentrer, ce qui n’était pas le cas, mais bel et bien parce que personne ne ferait attention à cela, il valait mieux rester ici, et profiter de cette hospitalité bienvenue. Il chercha à se mettre sur ses coudes, pour relever un peu la tête et apercevoir son interlocutrice :


« - Un peu de thé me ferait surement le plus grand bien. Et je vous remercie pour tout ce que vous avez déjà fait, mais… pardonnez ma question. Où suis-je ? Qui êtes-vous ? »

Adal appréciait vraiment ce que cette femme faisait pour elle, et il se sentait un peu mal de devoir poser ces questions, mais elles étaient nécessaires pour lui. Il avait besoin de savoir, d’avoir des informations sur tout ce qu’il avait manqué.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 24 Oct 2010 - 23:08

Plume fut ravie d'entendre la voix du jeune homme claire et audible lui demandant du thé. Elle choisit une de ses tasses dépareillées comme tout ce qui se trouvait dans cet endroit et lui versa du thé bien chaud. Elle lui tendit la tasse. Plume avait loin l'idée de le materner, il aurait été un vieillard qu'elle aurait fait la même chose. Elle ne faisait que répéter ce qu'on lui avait fait. Seule et rejetée, elle avait été recueillie comme si elle avait été de la famille. L'écrivaine se tâchait donc de traiter n'importe qui comme l'être vivant qu'il était. Peu importe son rang, son âge ou son origine, n'importe qui se trouvant seul, perdu ou sans défense méritait ce traitement qui nécessitait que très peu d'effort de la part du bienfaiteur. On oubli trop souvent que nous sommes tous de la même race.

L’ayant remercié, le jeune homme posa les questions les plus légitimes à poser quand on se réveille à un endroit inconnu en compagnie d’une personne inconnue. Quel était cet endroit, qui était-elle? Bien sûr, cette situation devait être un peu inquiétante, mais le jeune homme se montrait particulièrement calme. Il faut quand même dire que la roulotte de Plume n’avait rien d’effrayante, bien au contraire.


«Ne vous excusez de rien, ces questions sont bien normales.»

Plume se servi également une tasse de thé. Afin de ne pas faire dos à son invité de fortune, elle tourna sa chaise vers lui et s’assit. Dehors, le vent soufflait fort, il faisait pratiquement trembler la roulotte. Puis ce fut soudain, le ciel se déchira et laissa déverser sa colère sur Forbach. La pluie tombait lourdement. C’était une averse, cela de durerait pas, mais c’était bien suffisant pour laisser l’eau s’infiltrer dans sa roulotte. Ce n’était pas nouveau. Plume s’empressa de placer un récipient sous la fuite. «Il me faudra réparer cela demain.»

«Vous vous trouvez ici dans mon havre de paix. Peu importe le temps qu’il fait dehors, l’endroit où je me trouve, ici, il fait toujours beau. Vous ne seriez plus à votre aise dans un palais. Plus précisément, nous sommes dans ma roulotte, sur la grande rue, rien pour vous dépayser. Quant à moi, on m’appelle Plume, écrivaine, à votre service.»

Oui, il était magique cet endroit. C’était merveilleux de pouvoir traîner sa vie partout où on va. On garde l’essentiel et on laisse le reste derrière. Les mauvais souvenirs sont évacués.

«Heureusement que je ne vous ai pas laissé dehors.» faisant référence à la pluie qui tombait toujours dehors.

[petit manque d'inspiration désolée]
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Lun 25 Oct 2010 - 12:15

Lorsqu’elle entreprit de lui expliquer dans quel endroit il se trouvait, Adal comprit rapidement qu’il avait à faire avec une personne différente, comme lui, elle avait une vision plus poétique des choses, plus artistiques. Peu de gens parlaient en ces termes et avant qu’elle ne se présente comme une écrivaine, il était évident pour lui qu’elle était artiste. Bien entendu, il lui aurait fallu étudier en détail la roulotte pour savoir précisément quel genre d’artiste elle était, et il était bien plus rapide de l’entendre de sa propre bouche, mais c’était intéressant de voir que le hasard avait conduit une autre artiste à en recueillir un autre. Et même si Adal ne doutait pas un instant qu’elle aurait agit envers lui comme avec n’importe quel autre inconnu, il ne put s’empêcher de souligner la coïncidence de cette situation. L’ayant remerciant d’un sourire pour le thé fumant qu’elle lui tendit, il en but une longue gorgée pour essayer de remettre de l’ordre dans ses idées. Le regard porté sur la fuite qui attirait indéniablement et de manière sonore l’attention, il essaya de se remémorer… Le nom de Plume lui disait quelque chose, quelqu’un lui en avait déjà parlé, c’était certain, mais qui ? Bah… Après tout peu importe.

« - Peut-être pourrais-je vous aider avec cette fuite, je vous suis redevable de m’avoir accueilli chez vous et ce serait bien le minimum. »

Il reposa son regard sur cette fuite. Il n’avait pas vraiment l’habitude de s’occuper de ce genre de choses, mais cela ne devait pas être extrêmement difficile. Au pire, il pourrait toujours s’arranger pour payer un charpentier ou un ébéniste pour s’occuper des réparations. A défaut du savoir-faire, Adal avait l’argent, ce qui était une clef vers le savoir-faire des autres. Puis une fois, le thème sur la fuite évoqué, le jeune noble but une nouvelle gorgée de son thé. La boisson chaude lui faisait beaucoup de bien, d’autant plus que l’arôme de ce thé était sans pareille. Décidément, ces gens d’Orient faisaient de bien belles choses…

« - Puis-je vous demander également de me raconter ce qu’il s’est passé durant mon inconscience, je ne supporte que peu d’avoir des trous noirs en mémoire… »

C’était désagréable de se rendre compte qu’on avait perdu quelques moments de sa vie, qu’on ne s’en souvenait pas, que le temps avait filé sans nous, tandis que nous somnolions, que nous étions ailleurs… Et tandis qu’il écoutait le récit de l’écrivaine, il tentait de reconstituer les pièces du puzzle de sa vie, et il était beaucoup plus facile de le faire lorsque l’on disposait de toutes les pièces. Il fut soulagé de voir que tout le monde allait bien et apprécia le fait qu’elle ait déposé son matériel de peinture à l’intérieur, car il est bien vrai qu’il aurait surement mal supporté la pluie qui tombait drue.

« - Ainsi donc vous êtes écrivaine ? Qu’écrivez-vous donc ? Des nouvelles ? Des poèmes ? J’avoue être fasciné par la manière dont certains parviennent jongler avec les mots. Je m’y essaye avec beaucoup de modestie, je dois admettre que je suis bien plus efficace avec les couleurs que les mots. »

Oui, il avait déjà écrit quelques poèmes, pour Alexandrine notamment, mais cela se limitait à cela. Il n’avait jamais trouvé suffisamment d’imagination et d’inspiration pour parler d’autre chose que de son amour et de sa beauté. Après tout, on ne pouvait être à la fois doué en peinture et en verbe, Adal n’était pas jaloux, simplement curieux, parce que la poésie des vers valait, voir surpassait parfois, celle des couleurs.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 26 Oct 2010 - 5:28

Ce jeune homme était bien courtois. Plume n'était pas du genre à juger à l'avance les gens qu'elle ne connaissait pas, mais combien de nobles se montraient désobligeants envers elle et son mode de vie. Ceux qui regardaient tout le peuple comme de la plèbe s'imaginant que porter un titre leur donnait une naissance plus digne, une existence plus importante que les autres... Et pourtant, ils se montraient bien croyants, des bigots. Tiens donc?! Alors tous les hommes n'étaient-ils pas égaux devant Dieu? La charité n'était-elle pas plus que du soulagement de conscience pour eux?! De l'hypocrisie pure. Mais celui que Plume avait recueillit sous son toit semblait du genre à vraiment apprécier ce qu'on faisait pour lui. Repensant au matériel d'artiste qu'elle avait ramassé, elle se dit que ce n'était pas si surprenant en fin de compte. Des artistes, il y en avait dans toutes les classes sociales. Ils étaient une classe à part, leurs esprits libres leur permettait de ne pas se laisser atteindre par les soit-disant obligations de la société. Ils avaient leur propre façon de penser, ils réfléchissaient d'une manière différente et cela permettait de faire ressortir le meilleur de chaque personnes qu'ils rencontraient.

«Ne vous en faites pas cette fuite, ce n'est pas la première fois. Et puis vos mains me semblent plus appropriées à tenir des pinceaux qu'un maillet.»

Plume dit cette dernière phrase en souriant... Il ne faisait aucun doute que ce jeune homme n'avait jamais tenu d'outils de sa vie, mais c'était sans moquerie aucune. Après plusieurs années à vivre seule, on apprenait à se débrouiller, Plume avait eu souvent à réparer son toit, changer une roue et à accomplir d'autre menus travaux. Le jeune noble mentionna son inconfort à ne pas savoir ce qui c'était passé pendant son absence, Plume entreprit de le rassurer.

«Évidemment, je n'ai su vous porter toute seule jusqu'ici, j'ai demandé l'aide de l'homme qui a effrayé votre cheval. Mais ne craignez rien, vous n'avez rien manqué, à cette heure, l'écriture occupe toutes mes pensées. Vous avez dormi... d'un sommeil quelque peu agité, je l'avoue.»

Plume se retint de demander au jeune homme de quoi ses rêves étaient faits, sa curiosité était trop grande. Les rêves était la seule et unique chose en ce monde qui appartenait à son légitime propriétaire, la seule chose au monde qu'il était impossible de voler. Voler une réputation était plus que facile. Voler un droit.

Voler une vie...

Quand on avait de l'influence, on pouvait voler n'importe quoi. Mais les rêves restaient inaccessibles. Plume le respectait.


«Ah l'écriture... Que je remercie le ciel de m'avoir donné ce don. Mais vous ne devez point rabaisser le vôtre. Je sais bien que les artistes ne sont jamais satisfaits d'eux-mêmes, nous ne pouvons qu'être d'accord tous les deux, mais l'art de reproduire ce qui nous entoure est un merveilleux don. Chaque personne a le sien et nous contribuons tous à créer un monde plus beau. Mais même si vos vers ne vous pas appropriés ou mal tournés, ne cessez jamais d'écrire, si vous en avez envie, c'est que vous êtes faits pour le faire. Un truc : en écrivant un poème pour une belle, gardez-vous de le truffer de son prénom. Ne le mentionnez jamais. Il d'avis que la personne à qui on destine un poème connaît déjà son propre prénom. Cela évitera d'avoir à trouver des rime qui s'accordent avec lui.»

Plume gratifia cette réponse d'un clin d'oeil. Car bien entendu, si ce détail avait été oublié ou négligé d'être rappelé, Plume avait un autre don que l'écriture. Pas celui de lire les pensée, il ne faut pas être ridicule, mais elle avait un sens de l'observation aiguisé. Un jeune homme de cet âge ne se réveille pas en mentionnant le nom de sa soeur. Si cette Alexandrine n'avait pas une grande place dans le coeur du noble, Plume voulait bien qu'on mette le feu à ses écrits. Et puis, à cet âge, pourquoi écrit-on si ce n'est pour exprimer ce que le coeur à du mal à comprendre lui-même?

«J'écris surtout des poèmes. Des tonnes et des tonnes de vers qui resteront inconnus. les gens viennent plutôt me voir pour que je leur écrive des lettres, des poèmes, oui, mais sur leur jolie dame, et je dois rester dans un style qui ne me dévoile pas trop, parce que, bien entendu, les beaux messieurs se gardent bien de mentionner que ces lignes ne sont pas d'eux...»

Puis, portant son regard sur la pile de feuilles qui formait son manuscrit encore vierge de lecteur.

«... J'ai un manuscrit terminé, mais qui a encore besoin de corrections.»

C'était faux. Le manuscrit était parfait, relu et corrigé plus souvent qu'à son tour. Mais il restait là.

«Et vous, jeune homme, je ne connais pas votre nom. Un artiste doit avoir un nom.»
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 26 Oct 2010 - 19:00

« - C’est en forgeant que l’on devient forgeron, n’est-ce pas ? Je serai ravi de vous aider, et au moins je saurai réparer un toit de roulotte après cela. Ce qui pourrait m’être utile un jour. »

Certes, ce n’était pas forcément vrai, mais il devait admettre qu’il ne rechignait pas à apprendre de nouvelles choses. Il était forcément plus doué avec des pinceaux qu’un maillet, mais cela ne l’empêchait pas de vouloir aider celle qui l’avait recueilli, dut-il mettre la main à la pâte et se salir. Adal n’avait que faire de son apparence. Bien entendu, il la soignait un minimum, mais il n’y apportait pas des heures et des heures d’attention. Il n’aimait pas paraître, il préférait de loin être, tout simplement. Les parades, les ornements, tout cela c’était pour les autres, pas pour lui. Il serait né dans une famille pauvre que cela n’aurait rien changé, si ce n’est peut-être qu’il aurait eu l’amour de ses parents… Enfin peu importait à présent, avec des « si », on refaisait le monde, et ce n’était pas vraiment les prétentions du jeune noble. Il écouta la jeune femme lui faire le récit de ce qu’il avait « manqué ». Il ne s’était pas vraiment douté qu’elle avait été aidée pour le transporter jusqu’ici, mais finalement cela tombait sous le sens, après tout, même relativement fluet, Adal restait un jeune homme d’une carrure certaine et la jeune femme en face de lui passait son temps à autre chose que des travaux manuels épuisants. Il faudrait qu’il retrouve cet homme, pour le remercier surement. Mais il se souvenait de peu de choses… Peut-être le recroiserait-il un jour et il pourrait le remercier ce moment venu. Qui savait de quoi serait fait le futur… Elle évoqua enfin son sommeil agité et les images de son rêve mué en cauchemar lui revirent à l’esprit.

« - Des cauchemars des plus banals… Même en grandissant nous y restons inlassablement soumis… »

Ce n’était pas tout à fait vrai, enfin ce cauchemar n’avait pas vraiment été banal, mais qu’importe, il ne voulait pas vraiment s’étendre sur le sujet. Adal avait passé l’époque d’interpréter ses rêves, et même si celui-là était un reflet flagrant, ou presque, de la réalité, il finirait très vite par passer aux oubliettes de sa mémoire. Si le futur était inconnu, le passé était déjà déterminé et rien ne pourrait changer. Pour ces deux raisons, Adal vivait pleinement le moment présent, ce qui était bien plus important.

Le jeune noble continua à déguster de délicieuses gorgées de la tasse de thé fumant qu’il tenait dans sa main. Il écouta la dénommée « Plume » lui parler de l’écriture. De ce don incroyable selon elle. Elle l’encouragea à continuer, même si cela n’était pas parfait, sans oublier un petit conseil s’il comptait écrire un poème pour une belle. Bien entendu, il se rappelait avoir crié plusieurs fois Alexandrine dans son cauchemar et il était logique que finalement il ait pu le faire réellement, ce qui expliquerait pourquoi elle évoquait cette petite astuce. A moins que ce ne soit simplement une coïncidence… Mais Adal n’était pas du genre à croire aux coïncidences… Quoiqu’il en soit, l’attention était appréciable, et il la gratifia d’un sourire léger tandis qu’elle continuait, parlant de ce qu’elle écrivait. Ainsi donc elle écrivait pour les autres ? Adal aurait pu, aussi, peindre pour les autres, mais il n’aimait pas ça. Il peignait pour son plaisir, rien de plus. Parfois, il offrait aux autres oui, mais jamais ce n’était des commandes, et encore moins des commandes usurpées. Comment pouvait-elle accepter que ces hommes profitent de son travail ? Adal aurait été révolté. Elle lui avoua aussi avoir écrit un manuscrit, auquel il fallait encore de nombreuses corrections. Ceci fait, elle lui demanda son nom. Rouge de honte, manquant à la plus élémentaire des politesses, il s’empressa de répondre, manquant de renverser sa tasse, contenant le reste de thé chaud, sur lui.


« - Je vous demande pardon, je suis inexcusable… Je manque à l’élémentaire politesse. Je m’appelle Adal, Adal Loewenstein. Je vous épargne le baratin habituel qui suit mon nom, c’est d’un barbant… »

Puis, piqué de curiosité, il rajouta :

« - Si je peux me permettre… De quoi parle votre manuscrit ? »
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Jeu 28 Oct 2010 - 3:58

Adal Loewenstein se montrait insistant à rendre service. C'était tout à son honneur, mais ce n'est pas ce que Plume recherchait. Elle avait pris l'habitude de se débrouiller seule. Plume était tout de même indépendante... à la longue. Elle se disait parfois qu'elle aurait pu prendre un autre compagnon de vie, mais jamais elle n'avait cessé de penser à Thomas, peut-être parce que la vie lui avait arraché son amour trop vite. Une seule nuit d'amour qu'ils avaient partagés. Si seulement cela aurait été suffisant pour concevoir un enfant, mais l'utérus de Plume n'avait pas été fécond à ce moment là. En vieillissant, la perspective d'être mère s'éloignait peu à peu. Imaginant le jeune noble réparant son toit, Plume ne put s'empêcher de sourire légèrement au souvenir d'elle-même à 16 ans, seule depuis peu, la mort dans l'âme, mais déterminée à vivre, se démenant contre les éléments pour parvenir à avancer.

C'était peu de temps après l'assassinat de sa famille. Après les avoir enterrés un à un, avoir dit adieu à son âme soeur, Plume avait quitté la région pour prendre la route pour la première fois toute seule. Elle avait bien observé les hommes quand ils conduisaient les charrettes et roulottes, quand ils les réparaient, quand ils soignaient les chevaux. Plume s'était dit qu'elle y arriverait. Ils étaient là pour lui venir en aide, pour la conseiller. Elle avait attelé Espoir était partie avec la roulotte dans laquelle elle aurait dû vivre avec son époux, après avoir ramassé tout ce qui pourrait lui être utile en chemin. Un orage. Les éclairs déchirant le ciel et la pluie drue martelant le sol devenant de moins en moins solide. Les roues arrières de la roulotte s'étaient enlisées dans la boue. Désespérée de ne pouvoir faire avancer le cheval ainsi, la jeune femme était descendue de la roulotte et même si cela était totalement inutile, elle s'était mise au devant du cheval, avait pris sa bride et avait tiré comme elle n'avait jamais tiré. Mais évidemment, le brave étalon n'arrivait toujours à rien. Et la pluie qui ne voulait cesser. Plume, seule, elle s'en rendait compte maintenant, n'était pas assez forte. Elle avait beau avoir toute la détermination du monde, les capacités physiques restaient les mêmes. Chagrinée, en colère, les larmes ruisselaient sur ses joues, Plume hurlait contre Espoir, hurlait contre le ciel et les éléments. Trempée jusqu'aux os, elle s'effondra sur le sol, sa robe baignant dans la boue, le visage dans les mains. Ils sont des moments comme ceux-là où aucune solution ne semble envisageable. On ne veut pas mourir, on ne sait pas ce qu'on veut. On pleure, on pleure, on pleure jusqu'à ce qu'on se rende compte que cela ne sert à rien ou, comme dans le cas qui nous occupe, quelqu'un vienne à notre aide. Ce jour-là, Plume est repartie avec le convoi d'un groupe d'artiste qui passaient par là et l'avait vue désespérée.


Les souvenirs sont comme des visiteurs à l'improviste, ils surgissent au rappel d'un mot, d'une texture ou d'une odeur. Parfois ils reviennent si vifs qu'ils semblent être un réel voyage dans le temps. Puis on revient au présent aussi vite, mais plus brusquement.

«Si cela peut vous faire plaisir, je n'y vois pas d'objection. On ne sait jamais ce qui peut nous être utile dans la vie.»

Adal mentionna un cauchemar banal pour expliquer son sommeil agité. Oui les rêves pouvaient être magiques et nous indiquer le chemin, mais Plume se questionnait encore sur les cauchemars. Leur utilité, parce qu'ils devaient forcément être utiles, autant que les rêves, seulement ils étaient plus mystérieux, car on ne souhaitait pas les décortiquer, on voulait les oublier au plus vite.

Plume regretta d'avoir parlé de son manuscrit. Elle l'avait fait car elle en brûlait d'envie, mais le sujet était épineux. Elle l'avait écrit inspirée par une certaine révolte face au bûcher de 1640, c'était viscéral, elle avait dû l'écrire, mais ensuite, qui pour le lire?


«C'est une chronique inspiré d'un évènement qui s'est passé en 1640. Vous êtes sans doute assez vieux pour vous en souvenir.»

En débutant ainsi une conversation sur les sorcières, Plume espérant pouvoir savoir ce que le jeune en pensais. S'ils leur était favorable ou compatissant, elle aurait peut-être trouvé un premier lecteur pour son manuscrit.

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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Jeu 28 Oct 2010 - 20:18

Adal savait qu’insister n’était pas très poli. Il devait se douter qu’elle était parfaitement capable de réparer le toit de sa propre roulotte, le contraire eut été très étonnant. Néanmoins il désirait faire quelque chose pour elle, après tout, si elle n’avait pas été là, il se serait peut-être réveillé en pleine rue, sous la pluie tombante, ou alors il ne se serait plus réveillé du tout. Bien entendu, il aurait pu lui proposer une compensation financière, ou d’autres choses encore, de part son statut, mais il aurait été très indécent de lui proposer ce genre de choses. Bien que jeune, Adal avait l’œil pour les gens, et elle était loin de porter attention aux biens matériels et à l’argent, sauf peut-être aux biens sentimentaux, mais cela, personne ne pouvait les acheter, ils se créaient avec le temps et les évènements, rien de plus.

« - Ainsi donc j’apprendrais à réparer un toit, j’ai hâte ! »

Apprendre était toujours une expérience intéressante, notamment parce qu’il y avait ce sentiment de nouveauté et le fait d’être conscient que l’on fait quelque chose qui restera, quelque chose de presqu’intemporel. Le savoir-faire restait vivace tant qu’il y avait un professeur pour l’enseigner et un élève qui désirait apprendre. Et même s’il ne s’agissait que de quelque chose de mineur, si plus personne ne savait réparer les toits de roulotte, elles ne seraient guère utiles très longtemps… Certes Adal était loin de vouloir devenir le professeur qui enseignerait à réparer les toits des roulottes, mais simplement qu’il adorait ce sentiment d’apprendre, encore et toujours, c’était pour lui une exaltation, un plaisir simple, et tellement gratifiant.

Lorsqu’ils évoquèrent le manuscrit de Plume, elle sembla un peu réservée. Comme si elle ne savait pas trop si elle pouvait en parler avec le jeune homme. Il savait que souvent les gens écrivaient des choses qui leurs étaient propres et souvent privées, aussi il était compréhensible que l’écrivaine ne daigne pas facilement vouloir en parler. Il se pouvait aussi qu’il s’agissait d’un thème particulièrement sensible, après tout les artistes étaient aussi des libres-penseurs et on pouvait souvent voir d’un mauvais œil ce qu’ils pouvaient peindre, écrire ou chanter. Dans ce cas, il comprenait qu’elle ne veuille pas forcément partager avec un inconnu des écrits qui pourraient être compromettant pour elle.

Elle évoqua toutefois les évènements de mille seize cent quarante. Une journée noire pour Forbach, rouge pour l’Inquisition. Des dizaines de sorcières avaient été arrêtées et brûlées sur le parvis de l’église de Zetting. Un coup de filet magistral de la part de la sainte inquisition. Il avait 12 ans cette année-là. Il savait pourquoi ces sorcières avaient risquées leurs vies et étaient mortes. Sa nourrice le lui avait expliqué. Elles désiraient trouver le livre de lumière, un livre sacré pour leur clan, qui leur avait été dérobé plusieurs années plus tôt et qui était entre les mains du Lys Noir dorénavant. Le jeune Adal qu’il était s’était bien gardé d’émettre un jugement sur cette histoire. Mais avec du recul maintenant, il trouvait absolument aberrent d’avoir prit autant de risque pour un seul livre. Etait-il si important ? Valait-il tout cela ? Surement… Sinon elles n’auraient jamais donné leur vie comme ça. Adal n’avait jamais jeté un œil dans ce livre, ni dans son pendant du Lys.


« - Oui, je me souviens de ce drame… Pauvres femmes. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment l’Humanité en est arrivée là… C’est triste. »

Il soupira un instant puis repris.

« - Vous relatez donc ce qu’il s’est passé cette année-là ? »
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mer 3 Nov 2010 - 4:27

Plume sourit en entendant le jeune noble dire qu'il avait hâte d'apprendre à réparer un toit.

«J'ai aussi hâte de vous voir à l'oeuvre.» répondit-elle, visiblement amusée.

Mais la conversation avait continué sur le manuscrit et le souvenir de l’évènement qu'il relatait. Le jeune Adal avait 12 ans lors de ses évènements. Ainsi Plume avait bien deviné son âge, il avait aujourd'hui 16 ans. Ce qu'il répondit concernant ce qui s'était passé en 1640 rassura Plume sur son opinion vis-à-vis de celles qu'on appelaient sorcières. Le jeune homme parla d'humanité... Ce qu'elle fut contente d'entendre ce mot qui disparaissait, étrangement, du vocabulaire ces temps-ci. Ce qui revenait le plus souvent était «châtiment» «pécheur» «sacrifié pour la masse»... Oh oui, sacrifié pour la masse. Quelques vies humaines perdues n'étaient rien quand on se convainquait qu'on en avait sauvé des centaines. Ainsi le meurtrier devenait héros. Sacrifié pour la masse. Et on qualifiait de barbares ces peuples qui sacrifiaient pour offrit du sang aux dieux. Ici on sacrifiait pour assouvir sa propre soif de sang.

Qui est barbare, qui ne l'est pas?

Et combien d'autres questions inutiles et sans réponses. Le monde ne semblait pas sur le point de changer. Il stagnait tant qui était devenu presque déprimant de philosopher sur la nature humaine et sa capacité à aimer ses semblables. L'homme est loup pour l'homme... L'homme est profondément bon... Qui a raison? Plume tentait de croire en la profonde bonté de l'être humain, mais elle était forcée d'admettre qu'elle n'avait que peu de preuves pouvant appuyer cette thèse. Ce grand bûcher en pleine place publique n'aidait en rien à croire qu'il existait bien une «humanité»... Le mot comme ce qu'il désignait semblait sur le point de disparaître. On pouvait croire que l'humanité désignait l'ensemble des êtres humains vivant sur la terre, mais Plume croyait plutôt qu'il s'agissait de la petite étincelle qui faisait que les hommes était différents des animaux. Certains auraient nommé cette chose l'âme... Et ils n'avaient que trop raison. Les humains perdaient leur humanité... ils vendaient leur âme peu à peu... et devenaient des monstres.


«Oui, c'est bien triste... C'est pour cela que je me concentre davantage à écrire des poèmes sur la beauté du monde, la plupart du temps...»

Plume fit une pause.

«Le jour du grand bûcher, je revenais tout juste d'un voyage de six années. Il n'y avais rien là pour m'encourager à rester, pourtant c'est ce que j'ai fait. J'ai imaginé une histoire, peut-être pour évacuer ce que je ressentais à ce moment, peut-être pour équilibrer les choses après autant de cruauté. J'ai voulu donner la parole à ces femmes que l'on n'avait pas écoutées avant de les condamner. Ça a donné ce manuscrit.»

L'écrivaine avait confiance, elle ne croyait pas qu'Adal allait dénoncer son ouvrage. Elle espérait avoir raison d'avoir cette confiance.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 9 Nov 2010 - 14:31

[HRP : Je ne te dis pas que j’avais 12 ans lors des évènements, attention Razz[/HRP]

« - J’espère vous surprendre. »Fit Adal légèrement malicieux, après tout, cela ne devait pas être si sorcier, n’est-ce pas ?

Le jour du Grand Bûcher était encore dans ses esprits de temps en temps… Il repensait à cette horrible scène, cette odeur de chair brulée… Comment pouvait-on arriver à une telle extrémité ? L’humanité était-elle donc tombée aussi bas ? N’y avait-il plus une once de ce qui la qualifiait en elle ? Adal avait beau retourner le problème dans tous les sens, il n’entrevoyait aucune solution, il ne parvenait pas à déceler la logique derrière la logique des Inquisiteurs. Il y en avait forcément une, cachée dans un recoin. Le monde suivait une logique implacable, et même les Hommes qui se pensaient si libres, y étaient soumis d’une manière ou d’une autre. Le choix nous était offert, mais en réalité, il nous était déjà implicitement imposé. On pouvait se révolter, bien entendu, s’accrocher, comme lui avec l’amour de sa mère, mais rien ne changerait… Rien ne bougerait d’une once sauf si la logique en décidait autrement.

Son héritage culturel l’avait fortement encouragé à ne pas croire en Dieu. Il n’y avait trouvé de toute façon aucune obligation à le faire. Pour parler, pour affronter ses problèmes, partager mes craintes, il avait Francis et avant lui il avait eu Jeanne, sa nourrice, sa seconde mère. On ne se tourne vers une entité créée de toutes pièces que lorsque l’on n’a plus personne réelle vers qui se tourner. Voilà comment est né Dieu, d’une simple logique implacable. Un jour quelqu’un s’est tourné vers une entité supérieure, qu’il a inventée de toutes pièces car il n’avait personne d’autre à qui parler. Les coïncidences ont ensuite fait leur travail, et tandis que la logique du monde s’abattait, ce quelqu’un a cru que c’était son « dieu » qui l’avait écouté et qui exauçait ses souhaits. Comment pouvait-on croire de telles fadaises ? Comment croire que l’inaction de la prière pouvait permettre de les réaliser ? Seul celui qui agissait pouvait éventuellement récolter les meilleurs fruits. Celui qui patientait tranquillement que la pomme lui tombe dans la bouche ne risquait pas de manger de si tôt. C’était de la simple logique.

Mais en dehors de cela, le passé était le passé, et rien ne changerait… Pas encore. C’était trop tôt. En attendant, les artistes, comme Plume et lui, essayait de faire ressortir la beauté du monde, en dépit de tout ce que faisaient les Hommes pour l’enlaidir… Elle écrivait, vantait par les mots, exaltait le monde par les vers. Il peignait, mettait à nu, par les couleurs, les pinceaux, la véritable nature du monde.


« - Je vois… Je comprends cette façon d’agir, moi-même je peins souvent suivant mon état d’âme… Même si j’essaie de ne jouer qu’un rôle extérieur dans ma peinture. Mon but est de reproduire fidèlement l’impression du monde que je capture, pas d’y ajouter ma touche personnelle. »

C’était vrai. Les tableaux d’Adal se contentait de saisir l’instant, de le figer à jamais. De l’enfermer sur une toile pour pouvoir le revivre indéfiniment encore et encore. Mais sa curiosité avait été piquée à vif.

« - Serait-ce trop vous demander que d’avoir l’honneur de pouvoir livre votre manuscrit, ou une partie, un jour prochain ? »

Oui, Adal voulait voir son point de vue sur ce manuscrit, peut-être pourrait-il enfin trouver un élément de réponse à la question qui restait en suspens pour lui…

[HRP : Désolé du retard Wink [/HRP]
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 9 Nov 2010 - 22:25

Plume avait trouvé une personne qui partageait ses visions artistiques. Les artistes se faisaient plutôt rares dans la région. Sans l'inquisition en était-elle responsable. C'est bien connu que les artistes ont des moeurs plus libres. Ce qui amène les gens à croire un peu n'importe quoi sur leur compte. Non seulement sont-ils des esprits libres, mais en plus ils seraient libertins, païens, ou athées... Définitivement hérétiques, ils troublent l'ordre publique et insufflent aux gens des idées fort peu catholiques. À Paris, tout va mieux pour les artistes. Évidemment, on ne peut être totalement en sécurité peu importe où l'on va, il faut toujours faire attention à ce que l'on dit, fait, peint, écrit... Des gens respectables se sont vus condamnés d'hérésie pour moins que ce que raconte le manuscrit de Plume.

Mais pourquoi est-on un artiste au juste? Ce n'est pas seulement pour vivre librement. Beaucoup de personnes ont une vision très romantique de ce mode de vie. particulièrement quand on parle d'artistes saltimbanques comme Plume. Parcourir les chemins dans une roulotte, en solitaire ou en groupe, toujours avoir sa maison sous le bras, rencontrer des personnes de toutes les contrées, avoir des amants ici et là dans le pays... Mais on ne choisit pas cette vie, c'est elle qui nous choisit, et être artiste implique une responsabilité sociale, du moins est-ce que pense Plume. À quoi bon posséder ce don si il ne sert qu'à nous seul. Les artistes ont le devoir de dénoncer, de montrer que le monde est plus que ce que veulent bien montrer les monarchies et le clergé. Ce monde n'est pas qu'à eux, il n'est pas à leur service. Mais cette perspective du monde aux opinions diversifiées et à la libre pensée est sans doute une utopie. Quand on est artiste, il faut vivre avec la perspective que notre art ne sera pas toujours compris, mais il faut continuer en espérant que quelqu'un comprendra un jour. On ne devient pas artiste par envie de romantisme, mais par passion.


«Notre opinion est précieuse dans un monde plusieurs entités se prévalent de penser à notre place.»

Le jeune Adal sembla intrigué par le manuscrit, il exprimait maintenant le désir de le lire. Plume attendait ce moment depuis longtemps... Ce jeune homme ne semblait pas dangereux, il ne semblait pas être un de ces opportunistes qui ne manquent jamais une occasion de se faire valoir auprès des autorités ou d'empocher de l'argent. Plume eut une réflexion éclair, à savoir si elle devait confier son manuscrit au jeune homme. Mais elle s'en remit à sa première impression qui lui disait qu'elle pouvait avoir confiance.

Le manuscrit n'était pas relié, environs 500 pages libres empilées et attachés avec des rubans un peu la manière d'un cadeau. Plume l'enveloppa dans un bout de tissus qu'elle ficela.

«Il n'a plus besoin de corrections depuis longtemps, mais je préférais être prudente. Vous me semblez être une personne en qui je peux avoir confiance. Vous en prendrez soin comme la prunelle de vos yeux, je n'ai qu'une copie. Comme vous vous doutez, il me sera impossible de confier ce document à l'impression, qui de toute façon est trop cher pour es moyens.»

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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 14 Nov 2010 - 20:43

Le droit de libre-pensée n’était pas vraiment de ce monde. Entre l’Eglise qui essaie d’imposer sa vision du monde, du bien, du mal… Entre la monarchie, la bienséance et tout ce qui s’ensuit… Il était bien difficile de pouvoir penser ce que l’on voulait sans que cela ne fût le fruit d’une autre pensée, insidieuse et dominatrice. C’était l’avantage de la peinture. Rien n’influait sur la peinture d’Adal. Il se contentait de reproduire, une image fidèle, criante de vérité. Montrer le monde tel qu’il était, rien de plus, rien de moins. Emerveiller les gens face à ce qu’ils voyaient tous les jours mais ne prenaient pas le temps de regarder. Voilà l’œuvre du jeune noble, voilà ce qu’il voulait léguer au monde, en plus des quelques œuvres « personnelles » qui étaient destinées à sa grande quête de l’amour, des tableaux du monde, des représentations en guise de véritables ouvertures, fenêtres, portes, sur l’extérieur. Que l’homme redécouvre le monde dans lequel il évolue et se rende compte de la beauté qui l’entoure. Qu’il contemple la beauté qui l’a vu naître et que cela lui permette de prendre l’exemple, de faire de sa propre nature quelque chose de plus beau, de plus admirable, quelque chose que, quelqu’un, plus tard, immortaliserait à son tour sur un tableau, car il l’aura trouvé aussi magnifique qu’Adal trouvait, aujourd’hui, magnifique, le monde.

« - Le problème, c’est de savoir si nos pensées sont réellement les nôtres et non pas imposées par d’autres… Je veux dire, rien ne nous permet de penser que nos idées, nos songes, nos paroles ne sont pas le fruit de quelque chose que l’on nous aurait déjà inculqué. Après tout nous nous révoltons contre des idéaux imposés par l’Eglise, mais notre révolte est-elle le fruit de nos pensées ou de celles d’un autre qui nous aurait volontairement ou non insufflé cette manière de penser ? »

Il marqua un silence bref.

« - Plus généralement, le désir de liberté est-il légitimement propre à chacun ou n’est-il finalement qu’un contrôle supplémentaire, beaucoup plus subtil et sournois ? »

Rien n’était sûr… Plus on réfléchissait et plus les questions devenaient existentielles et extrêmement difficiles à résoudre… Après tout, la logique dictait-elle tout ? Si c’était le cas, il y avait de nombreux cheminements logiques à expliciter et comprendre, mais si ce n’était pas le cas, qu’est-ce qui pouvait bien se cacher derrière tous les évènements ? La logique n’était-elle le fruit que d’une force plus grande encore, et donc potentiellement plus difficile à comprendre ? Quelqu’un comprendrait-il un jour ? Le prendrait-on pour un fou ? Les fous comprenaient-ils déjà la réalité de notre réalité ?

La jeune femme lui tendit le manuscrit d’une cinq-centaine de pages. Il le prit avec mille précautions. Bien entendu qu’il y ferait plus qu’attention. Alors qu’il parcourait les premières lignes du manuscrit, une idée germa dans son esprit. Il connaissait un ami fidèle dans le domaine de l’impression. Nul doute qu’il aurait surement la possibilité de faire imprimer ce manuscrit en un exemplaire sans que cela ne se sache. Ce serait beaucoup plus facile de protéger cet ouvrage, plus encore, de le partager.


« - J’en prendrais soin comme je prend soin de mes tableaux. N’ayez crainte. Je vous le rendrai dès que je l’aurai lu. Je veillerais à ce que ce soit rapide et que personne n’ait un œil trop indiscret dessus. »
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 16 Nov 2010 - 3:34

Ce jeune homme avait des idées saugrenues... N'importe qui aurait pu dire de cesser ces balivernes, mais certainement pas Plume. Il avait poussé sa réflexion sur les opinions personnelles bien plus loin que ne l'aurait cru l'écrivaine. Cela la fit sourire. Évidemment, la thèse était intéressante à explorer, mais sans plus s'y attarder... Plutôt, sans trop s'y attarder, sous réserve de devenir totalement paranoïaque. Peut-on se faire manipuler à ce point? Plume espérait bien sûr que non. Elle ressentait une certaine fierté de sa liberté relative. Si la liberté de parole n'était pas celle d'un monde parfait, sa liberté de pensée, fruit de sa vie décalée par rapport à la société, était quelque chose à laquelle elle tenait profondément. Elle avait eu la chance de connaître une façon de vivre que peu connaissaient. Les premières années de sa vie s'étaient passées à l'ombre d'une seigneurie, dans le quartier des domestiques, destin de bien des gens. Mais l'histoire de Plume avait bifurqué. Depuis, elle était fascinée par l'univers des possibles. Quelle était donc cette virgule dans le temps qui avait fait changé son destin à tout jamais? Car si la plupart des gens ne se soucient guère des détails, ils sont pourtant les plus importants. Si Thomas, son troubadour, l'amour de sa vie, n'était pas passé par cette seigneurie ce jour-là, où se serait retrouvée Plume? D'ailleurs, même son nom ne lui appartiendrait pas. Car ce sont les saltimbanques qui la baptisèrent ainsi. Il n'y aurait plus eu qu'Anna... Anna la servante, Anna la religieuse, Anna la prostituée... Mais jamais écrivaine. Cette présente vie n'aurait été qu'un écho dans sa tête et son coeur *Sais-tu que ta vie aurait pu être guidée par un encrier et la pointe effilée d'une plume...*.

Ce jeune Adal aurait bientôt fait de découvrir cet aspect de Plume en lisant son manuscrit. D'ailleurs, en le regardant à ce moment, elle s'amusait à revoir tous les détails qui avaient menés à leur rencontre. D'abord l'homme qui marchait et qui a surpris le cheval... Mais aussi le temps qu'avait pris Plume à nettoyer sa roulotte... L'idée lui était venue de le faire le lendemain car il commençait à faire froid... Elle serait donc rentrée dans la roulotte et n'aurait pas vu le jeune homme s’effondrer. Nous avons ainsi trois possibilités: d'abord, tout le monde serait rentré chez soi sans problème, ou bien deux personne seraient rentrées chez elles et Adal aurait connu un destin qui se détaille lui aussi en plusieurs possibilités, mais finalement... Il s'est passé ce qu'il s'est passé. Et tout pour le mieux : Plume avait maintenant un lecteur pour son manuscrit.


«Vos interrogations vont bien loin. J'aime aussi me plonger dans de profondes réflexions qui m'amènent parfois à des endroits insoupçonnés... Je les écrit parfois... Parfois, elles restent dans ma tête, mais elles sont toujours farfelues à la fin...»

Quand il prit le manuscrit dans ses mains, il rassura l'écrivaine de son intention de lui porter une attention particulière.

«J'y compte bien» répondit-elle en souriant

«Bien, je dois dire que pour un blessé, vous soutenez une vive conversation. Ne vous sentez pas obligé de quoi que ce soit, vous pouvez vous reposer si vous le désirez.»

La conversation n'ennuyait pas du tout Plume, mais elle craignait que son son invité n'en soit las et ne continue que par politesse.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Mar 16 Nov 2010 - 22:55

Adal était du genre à pousser la réflexion à son paroxysme. A sans cesse remonter, encore et encore, dans les pensées. A essayer de justifier chaque idée nouvelle, chaque justification en demandant une autre. Une réflexion intérieure ponctuée de « oui mais si… » qui menait généralement à un mal de crâne carabiné. Mais l’essentiel était là, toujours remettre en question ce qui était pour beaucoup une logique acquise. Le jeune noble partait du principe que rien n’était véritablement acquis en ce monde. Bien entendu, il ne le faisait qu’en de rares occasions et la plupart du temps il restait proche des réalités telles que tout le monde les acceptait et les considérait. Après tout, il n’était pas philosophe, c’était juste dans des élans particulièrement oisifs qu’il se permettait de laisser aller ses pensées et ses réflexions. Toutefois la question avait le mérite d’être posée et elle était surement plus intéressante à débattre que les commérages de certaines personnes au château de Frauenberg, même si ces nobles ne l’admettraient jamais et préfèreraient parler du beau ou mauvais temps. Il eut un sourire pour l’écrivaine.

« - Oui, je vous comprends. Généralement je n’écris pas le fil de mes pensées, cela va bien trop vite. Ou alors je m’aide de petits croquis, mais il est vrai qu’au final, cela finit par devenir vraiment invraisemblable. Des fois je suis vraiment soulagé de ne pas avoir prit des notes de ce qu’on pourrait finalement penser être de la folie. »

Oui… Avec les farfelus qui trainaient et qui dénonçaient au premier signe « illicite », il fallait être très prudent. Personne ne savait réellement qui pouvait vous planter un couteau dans le dos… Votre meilleur ami, votre sœur, n’importe qui. Adal se contentait de laisser des tableaux comme unique trace écrite. Parfois il s’amusait à y cacher de tout petits détails, insignifiants, que personne ne pourrait apercevoir sans en connaître l’existence. C’était sa façon à lui de remettre en cause l’autorité. Mais personne ne s’intéresserait à lui, il était bien sous tout rapport, hormis le fait d’être un artiste, mais de cela il s’en accommodait, c’était également sa manière de sortir du lot. Lorsqu’elle lui avoua qu’il ne devait pas se sentir obligé de tenir la discussion, il eut un autre sourire.

« - Je vais beaucoup mieux, grâce à vos soins, j’avoue que j’éprouvais encore une certaine gêne en me réveillant, mais depuis cette tasse de thé, cela va beaucoup mieux. A vrai dire, j’ai l’impression d’user de votre hospitalité. Ce serait à moi qu’il conviendrait de vous demander si je ne vous incommode pas. Peut-être aimeriez-vous dormir dans votre lit ? »

C’était gênant, en effet. Enfin cela ne le dérangeait pas de quitter cette roulotte séance tenante. Si l’écrivaine éprouvait le besoin d’utiliser son propre lit pour dormir, il n’allait pas s’y opposer. Le château n’était pas tellement loin et même si la nuit était plus qu’avancée, une personne serait là pour l’accueillir dans le Château. Il n’aurait alors qu’à revenir le lendemain pour tenir sa promesse d’aider Plume à réparer son toit sous lequel elle l’avait accueilli sans demander quoique ce soit en retour.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Jeu 18 Nov 2010 - 3:21

Plume ne put s'empêcher de rire intérieurement. Ce jeune homme était d'une courtoisie et d'une politesse presque déconcertante. Elle trouva mignon de se prétendre en bien meilleure condition «grâce à vos soins». Plume n'avait rien fait de particulier, un simple matelas en paille et un tasse de thé. Le jeune noble n'avait pas besoin d'un grand confort pensa l'écrivaine. Savoir se contenter de peu était une grande qualité, elle était habituellement le signe d'un coeur noble. Car la noblesse ne s'acquière pas par le sang, un titre n'est rien, la vrai noblesse est la qualité de l'être qui aide sans demander en retour, qui ne juge pas sans connaître, qui n'est pas égoïste... La noblesse est le prédécesseur de la sagesse, qui ne peut s'acquérir que par la temps.

L'écrivaine qui avait beaucoup voyagé avait connu son lot de rustres et de brutes qui considérait quiconque comme de la vermine, et les femmes, une coche en dessous. Jamais se faire aider par une femme, jamais se laisser donner un conseil ou même laisser une femme débuter la conversation et surtout, tout faire pour démontrer que la femme ne faire mieux ou égal à l'homme. Pour une femme voyageant seule, les railleries étaient choses courantes et les dangers, omniprésents. Plume remerciait le ciel tous les jours de ne jamais avoir subit le sort de beaucoup de femmes : le viol, ou comment transformer le plus bel acte d'amour en abomination. Ce n'était pas seulement la violation d'un corps, d'une intimité et d'un esprit, mais aussi la violation de l'amour. Ces gestes sont sensés démontrer des sentiments nobles. On dit faire l'amour et non faire la violence. Mais aucun mot ne peut raisonner les hommes qui n'ont pas de raison. Ils peuvent bien violer un corps, le leur est dégoûtant, il peuvent bien violer une intimité, ils sont trop crétins pour savoir ce que c'est, et il peuvent bien violer un esprit, ils en sont dépourvus. Non vraiment, même si Plume était amusée de politesse pointue de son invité, elle l'appréciait vraiment.


«Vous êtes réellement un garçon adorable.» répondit Plume à l'affirmation d'Adal sur son abus d'hospitalité.

«L'élue de votre coeur a bien de la chance.»

Plume supposait toujours que la Alexandrine de son rêve était celle qui faisait battre son coeur. Et si ce n'était pas le cas, l'écrivaine supposait qu'il y avait bien quelqu'un pour qui alimentait l'inspiration d'un aussi beau jeune homme.

«Comme je vous ai dit, mes écrits occupent la grande partie de mes nuits. Je ne vous retiens pas, je dis seulement qu'à ce lit souvent vide à cette heure, il ne fera aucun mal d'accueillir quelqu'un qui en a besoin, si vous ne vous sentez pas de rentrer chez vous à cette heure.»

Elle fit une pause.

«Peut-être est-ce mon instinct maternel qui n'a jamais eu la chance d'éclore qui me pousse à prendre soin de vous comme de n'importe qui qui en aurait eu besoin.»

Plume était toujours d'une bonne humeur contagieuse, les seuls temps où la tristesse l'envahissait étaient des moments comme celui-là où elle se rappelait qu'elle n'avait jamais eut la chance de porter les enfants de l'amour de sa vie.
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MessageSujet: Re: L'espoir est un coucher de soleil sans fin   Dim 21 Nov 2010 - 1:07

Lui, un garçon adorable ? Peut-être… Il n’en savait trop rien. Les garçons adorables n’étaient-ils pas aimés de leurs mères ? Devaient-ils mendier l’amour ? Il n’en savait rien, absolument rien. A vrai dire, il s’en fichait un peu. Les autres ne l’intéressaient pas vraiment. Si on le trouvait adorable. Et bien tant mieux. Après tout, il valait mieux paraître adorable qu’odieux. Au moins ces manières ne repoussaient pas les gens, au moins c’était un pas vers la possibilité d’être apprécié, voir aimé. Par contre, lorsqu’elle évoqua l’idée que l’élue de son cœur avait de la chance, il ne put s’empêcher d’afficher un léger sourire triste. Oui, peut-être que l’élue de son cœur avait de la chance, peut-être pas. Alexandrine ne savait rien encore… Aussi elle ne pouvait pas savoir si elle avait de la chance ou de la malchance. A dire vrai, il se doutait que ce ne serait vraiment pas facile. Surtout connaissant le fait qu’il était lui-même un Sorcier du clan opposé au sien… Lui ferait-elle seulement confiance ? Il ne savait pas comment lui dire… Francis lui avait dit de se jeter à l’eau mais il ne connaissait pas tous les tenants et aboutissants avec lesquels le jeune noble devait jouer…

« - Je crains qu’elle ne soit pas au courant de cette chance alors. »

Une réponse assez évasive. Il se doutait que ce qu’il avait crié pendant son rêve, et au moment de se réveiller, n’était pas passé inaperçu. Elle arriverait elle-même à plusieurs conclusions, ou alors s’en imposerait une seule. Soit le jeune homme avait évoqué une autre femme, autre que l’élue de son cœur, et il n’en avait donc pas, soit cette dernière ne savait pas que le jeune homme l’aimait, ce qui était le cas présent. Mais rien ne pouvait à choisir l’une plutôt que l’autre, seul le jugement de Plume l’aiderait à faire un choix ou un autre, mais ce serait une pure hypothèse. Il était bon que le sujet en reste là, Adal ne désirait pas vraiment parler de cela, ni maintenant, ni avec elle, bien qu’elle soit une femme très agréable et charmante. Ce n’était pas le genre d’affaire qu’un jeune homme de seize ans évoquait avec n’importe qui…

Qui plus est, il devait l’admettre, sa tête commençait à lui faire mal. Sans doute le contrecoup de l’évènement de la fin d’après-midi, peut-être la fatigue éventuellement… Difficile à dire. Il avait perdu une bonne partie des repères depuis. Ils reviendraient surement après une bonne nuit de sommeil, ou plusieurs.


« - Votre hospitalité m’est très précieuse, je vous en remercie. Sans vouloir en abuser, je crois qu’il vaudrait mieux que je me repose encore un peu, en effet. J’ai l’impression que ma tête va exploser, sans doute un effet retardataire de l’incident de cet après-midi. »

Il était bien dommage de devoir mettre fin à cette discussion. Il appréciait vraiment cette femme. Ils avaient quelques points communs et c’était suffisant pour lier deux personnes. Ils reprendraient surement cette discussion le lendemain, lorsqu’il réparerait ou tenterait de réparer le toit de cette roulotte qui lui servait d’abris contre la pluie qui tombait encore dehors. Au pire, il la retrouverait lorsqu’il lui rendrait son manuscrit, avec surement une petite surprise pour elle. Une maigre récompense pour ce qu’elle avait fait pour lui.
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