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 Il suffit d'un grimoire

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MessageSujet: Il suffit d'un grimoire   Dim 17 Oct 2010 - 17:39

Mattea se retrouva devant la maison de son enfance sans vraiment savoir comment. Il lui fallut plusieurs secondes pour se souvenir qu'elle voulait s'assurer que Viviane allait bien. Pourquoi ? Elle n'en avait plus la moindre idée. Viviane était en bonne santé la dernière fois qu'elle l'avait quittée, qu'est-ce qui justifiait un tel déplacement, à une heure aussi tardive ? Elle était dans un état de grande confusion, mais incapable de le discerner comme tel. Elle venait de quitter la Comtesse de Sarrebourg, et elle savait qu'elle n'était pas parvenue à obtenir ce qui l'intéressait, mais elle n'avait plus la moindre idée de ce qu'elle voulait lui demander. Elle se souvenait seulement qu'elle avait commencé à prier en plein milieu de l'entrevue, et ce geste inhabituel la surprenait. Comment se faisait-il que sa mémoire se fasse défaillante ? Avant, elle avait toujours pu compter sur elle, et sans ce fichu voile qui lui masquait toute son enfance, elle aurait une vue globale sur l'ensemble de sa vie. Résolue à consulter rapidement sur ce point, Mattea décida de suivre son pressentiment et sonna malgré l'heure tardive.

Rapidement, une domestique vint lui ouvrir. Après un sourire à Mattea, elle s'exclama avec ennui :

- Ma mère, il y a un problème : Madame est sortie.

Puis, avisant la mine grave de Mattea, elle ajouta de bon cœur :

- Mais Madame votre sœur ne devrait pas tarder, venez l'attendre devant un bon feu ! Je vais vous monter quelque chose.

Et elle s'effaça pour la laisser entrer. Mattea pénétra sans un bruit dans la maison : elle n'aimait pas l'idée de devoir attendre Viviane. Peut-être faisait-elle mieux de partir à sa recherche ? Puis, elle se morigéna et se força à demeurer calme.

Confortablement installée devant l'âtre, elle tenta de tromper son impatience : peine perdue. Même le thé apporté par la servante ne l'aida pas à se détendre ; toutefois, il réchauffa son corps engourdi. Finalement, elle se releva et se promena au hasard dans la pièce. Chaque recoin recelait mille détails insignifiants aux yeux de l'inconnu, mais tellement précieux dans le cœur de l'ancienne petite fille qu'elle avait l'impression de pouvoir admirer le salon de sa sœur durant des heures. Mattea se sentait chez elle : que la servante revienne et la trouve en train de consulter un livre de la bibliothèque ne lui faisait pas peur. Sans avoir l'impression d'être seulement indiscrète, Mattea toucha distraitement à de nombreux objets de la pièce, passant d'un vieux calendrier à un bibelot visiblement récemment acquis. Finalement, ses yeux se posèrent sur une petite table basse qui ornait un des coins. La lourde étoffe pourpre qui la recouvrait était poussiéreuse. Cela surprit Mattea : la maison de sa sœur était toujours bien tenue. Elle s'approcha en deux pas et entreprit de soulever le tissu pour le secouer un peu. Mais elle suspendit presque aussitôt son geste. La petite table n'en était pas une : il s'agissait d'un coffre finement ouvragé et vraisemblablement conçu pour être confondu. Une main glacée s'empara du cœur de Mattea. Que voulait donc cacher sa sœur ? La cache lui semblait trop facile à trouver, et elle eut peur que quelqu'un d'autre, un jour, puisse trouver ce qu'elle voulait dissimuler. Sachant parfaitement qu'elle franchissait des limites et qu'elle devait seulement remettre l'étoffe en place, Mattea céda à la curiosité et ouvrit le petit coffre, persuadée d'y trouver de l'argent ou des missives importantes pour la famille.

Toutefois, le coffre ne recelait pas de tels trésors. Il cachait bien pire : deux grimoires. Là, Mattea sentit une vague d'incompréhension et de peur la traverser. Viviane, sa sœur, son unique famille... elle n'était tout de même pas... non, pas elle ! D'ailleurs, il y avait deux grimoires. Et si deux domestique de la maison Valdemar étaient sorciers et le dissimulaient aux yeux de leur maîtresse ? Oui, il ne pouvait s'agir que de cela ! Mattea tendit une main inquisitrice vers les deux volumes et s'en empara.

Mais elle ne les garda guère : elle les lâcha aussitôt, parce que mille souvenirs lui revenaient, tous en même temps. Les grimoires produisirent un bruit sourd en tombant sur le sol, mais Mattea ne s'en préoccupa pas. C'était pire, encore pire que tout ce qu'elle avait jamais pu imaginer ! Elle se tint brutalement la tête à deux mains, se retenant d'hurler à la mort. Elle était assaillie d'images qu'elle ne parvenait même pas à décrypter. Et elles se succédaient trop vite, l'empêchant de se souvenir correctement, et même d'enregistrer ce qu'elle voyait.

Mattea vit Cassandra gamine, écrivant avec application des graphies incompréhensibles dans un grimoire flambant neuf. Elle revit le regard de son Aguerrie, celui empli de fierté de ses parents – Seigneur, le couple aux cheveux roux, c'étaient ses parents ! – celui, admiratif, de Viviane. Elle comprenait tout. Et elle avait envie de hurler comme une bête blessée. Elle ne pouvait pas être une ancienne sorcière, pas elle ! Non ! C'était impossible, elle ne pouvait pas... qu'avait-elle fait pour que tant de malheur s'acharne sur elle ? Elle avait été impie ? Elle avait été fille du diable ? Alors, ses cheveux flamboyants étaient vraiment le fruit du Malin ? Pourtant, elle se souvenait maintenant très faiblement de la chaleur du foyer familial... et vaguement, de la nébulosité profonde de sa honte. Le Seigneur lui pardonne, elle avait été une sorcière. Elle comprit pourquoi l'Inquisition avait tué son père, pourquoi Viviane ne pouvait lui avouer ce qui avait provoqué sa fuite, pourquoi la voir dans l'Inquisition lui avait causé tant de peine, pourquoi les sorcières lui avaient pris ses souvenirs, pourquoi son camée était ensorcelé. Elle revit les larges tuniques blanches du Parvis de l'Église. Elle revit la Tribu, dont le nom ne revenait pas, comme s'il était protégé pour toujours, mais dont elle savait par l'Inquisition qu'elle se nommait Olrun. Et soudain, les deux gamines qui couraient dans ses rêves parlaient intelligiblement : Mystère tendre... Olrun.

Et Mattea pleura comme elle n'avait jamais pleuré.
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Lun 25 Oct 2010 - 22:04

Viviane était sur le chemin du retour d’une visite chez Louisa. L’entente entre les deux femmes grandissait de jour en jour et c’était une chose dont la sorcière se réjouissait. Enfin, elle avait un personne à qui se confier, raconter ses malheurs ou ses joies, ses peines et ses plaisirs. Louisa était une jeune fille intéressante, pleine de vie, et sa compagnie permettait à Viviane de ne pas passer son temps seule, enfermée dans ses propres pensées.

La journée s’était déroulée sans heurts, paisiblement. Peu à peu, Viviane apprenait à vivre avec ses angoisses et nouvelles difficultés. Elle revoyait régulièrement Cassandra, enfin, Mère Mattea, et peu à peu, leur ancienne complicité revenait. Il restait toujours d’énormes tabous entre elles, mais avec le temps, les choses s’amélioraient. Viviane n’avait toujours pas pu se résoudre à inviter sa sœur chez elle, invoquant à chaque fois des excuses d’un ridicule consommé. Elle savait bien que Cassandra ne croyait pas à ses mensonges, mais elle ne posait pas de questions. C’était toujours ça de pris. Viviane n’aimait pas lui mentir, mais elle n’avait pas le choix. Faire revenir sa sœur dans la maison de son enfance était un risque beaucoup trop grand, elle risquait de retrouver certains de ses souvenirs liés aux sorcières, ce qu’il fallait à tout prix éviter. Viviane n’avait aucune idée de la manière dont elle pourrait retenir encore longtemps sa sœur… Celle-ci avait prouvé maintes et maintes fois que sa volonté était à toute épreuve, si elle décidait de vraiment s’y rendre, Viviane ne pourrait rien y faire.

Le pas léger, elle approchait de sa maison, ignorant tout du drame qui venait de s’y jouer. Comment aurait-elle pu imaginer que Cassandra serait entrée, et surtout, qu’elle venait de découvrir sa cachette à grimoire qu’elle imaginait étrangement non repérable. Elle poussa la porte d’entrée, le sourire aux lèvres et appela sa domestique pour lui demander de préparer son dîner. Celle-ci arriva sans tarder et lui indiqua que sa sœur l’attendait dans la salle de séjour. Le sang de Viviane se glaça dans ses veines. Cassandra était entrée, malgré ses nombreuses protestations. L’avait-elle fait délibérément en son absence en vue de chercher des réponses sur son passé que Viviane se refusait à lui donner ? Non, ce n’était pas possible. Cassandra n’était pas comme ça, elle n’avait jamais été pernicieuse ou rusée, toujours plutôt à foncer dans le tas quitte à se prendre des coups au passage.

Sentant la panique la gagner, un mauvais pressentiment lui étreignant le cœur, elle se rua dans la pièce. Le spectacle qu’elle avait devant elle lui broya le cœur. A tous les coups, Cassandra venait de retrouver au moins un partie de son passé. Debout au milieu de la pièce, un grimoire étalé à ses pieds, sa grande sœur pleurait toutes les larmes de son corps. Cette vue insupporta Viviane qui ne sut pas comment réagir. Des milliers de questions et de sentiments contradictoires fourmillaient dans sa tête. Hésitant sur la démarche à adopter, elle fit un premier pas dans la pièce.

- Cassandra ?

C’était un murmure, un appel timide. De quoi se souvenait-elle ? Allait-elle vouloir tuer sa propre sœur ? Viviane serait-elle obligée d’expliquer à Europe que sa sœur venait de retrouver ses souvenirs et était un danger pour les siens ? Comment aborder Cassandra qui lui apparaissait dans toute sa vulnérabilité pour la première fois de son existence ? Viviane voulait parler et se taire en même temps, pleurer et hurler, secouer Cassandra pour sa bêtise et la câliner pour la douleur qu’elle devait ressentir en ce moment même. Comment faire ? Quelle réaction adopter ?

La jeune sorcière décida de laisser son cœur parler et de s’ouvrir un peu à sa sœur qui le méritait plus que jamais. Les mots couleraient d’eux-mêmes, il ne fallait pas réfléchir. Tenter de trouver les mots appropriés ne ferait que rendre ses propos plus confus.

- Cassandra ?... Je ne voulais pas que tu l’apprennes, et certainement pas comme ça. Je suis désolée pour toi. Je suis désolée de te demander les choses aussi brusquement mais il faut que je sache. De quoi te souviens-tu ? Vu les grimoires à tes pieds, je n’ai aucun doute quant au fait que aies compris ce que je suis, ce que tu étais toi aussi à une époque.


Peut-être était-ce une entrée en la matière trop brutale mais la connaissance de ce secret mettait Cassandra en plus grand danger qu’elle ne l’avait jamais été. Si elle en savait trop, nul doute que la Tribu voudrait pratiquer un nouveau sortilège d’amnésie qui briserait ses défenses mentales. Son esprit serait anéanti, Viviane n’en n’avait pas l’ombre d’un doute. Elle avait besoin de se rassurer, de pouvoir se dire que sa sœur nouvellement retrouvée ne risquait rien, qu’elle n’en savait pas assez pour ça. Sinon, Viviane l’aiderait à s’enfuir de la ville. A moins que… à moins que Cassandra ne veuille la tuer, après tout, elle venait de dire il y a quelques jours à peine qu’elle voulait faire tuer toutes les sorcières.

- Cassandra ?! Parle-moi… Je sais que tu dois être en colère, désemparée, mais crois-moi, tout cela nous dépasse largement toutes les deux ! Dis quelque chose… Si tu me hais, dis-le, si tu veux me tuer, dis-le moi, mais parle ! Ne laisse pas ce silence perdurer entre nous, il ne nous a déjà que trop longtemps éloignées l'une de l'autre !

Le silence et les pleurs de sa sœur étaient bien plus angoissant que les cris auxquels Viviane avait été habituée. Pourquoi diable sa sœur ne parlait-elle pas ? Ce n’était pas sa manière habituelle de réagir. Il y a de cela dix ans, elle aurait hurlé que c’était une trahison et qu’elle ferait payer à Olrun le prix de cette infamie. La voir si désemparée rendait Viviane mortifiée. Était-elle donc toujours responsable du malheur des siens ?
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Dim 7 Nov 2010 - 1:27

Et soudain, Viviane fut à ses côtés. Mattea sentit plus qu'elle ne vit sa présence, mais n'en pleura que plus belle. Entre deux hoquets, elle entendit les paroles de sa sœur, et se sentit blessée jusqu'au plus profond d'elle-même. Comment Viviane pouvait-elle penser qu'elle pouvait la tuer ? Pourquoi n'avait-elle plus confiance en elle, alors qu'autrefois, elles auraient remis leurs vies entre les mains de l'autre sans hésiter ? Suffoquant, elle mit un long moment à calmer ses sanglots. Finalement, elle cacha son visage entre ses mains, tentant de remettre en place ce qui lui était arrivé. Et quand elle se sentit prête – mais cela faisait peut-être une éternité qu'elle ne bougeait plus – elle finit par dire d'une toute petite voix, une voix rauque :

- Ne sois pas ridicule, Viviane, je ne vais pas te tuer. Je ne te dénoncerai jamais.

Elle inspira longuement, mais les larmes continuaient de dévaler ses joues. Allons, sèche tes larmes de crocodile. Peine perdue, le torrent ne voulait pas s'arrêter. Mais au moins ne sanglotait-elle plus misérablement... Elle renifla, sortit un mouchoir de sa robe et se moucha discrètement dedans, mais ne fit pas un geste pour se relever, restant à hauteur du sol, la main sur les grimoires. De toute façon, ses jambes ne l'auraient pas portée. Le choc était trop rude. Lentement, elle réfléchit aux autres questions de sa sœur. Elle était tellement désemparée qu'elle ne songeait même pas à lui poser ses propres questions, à lui demander ce qui lui manquait. Comme dans un songe, elle lui répondit docilement :

- Je me souviens... de beaucoup de choses. Ce sont des images qui s'imposent à moi. J'ai compris, je pense, par déduction. Je revois beaucoup de visages, sur lesquels je peux mettre des noms. J'ai revu notre mère et notre père. J'ai revu mon Aguerrie, et d'autres que je ne reconnais pas. J'ai revu les rituels, surtout celui qui m'a tout pris. J'ai... j'ai revu nos jeux d'enfance, notre complicité.

Elle se remit à pleurer, silencieusement. Quand elle eut un peu repris contenance, elle continua, en réponse au silence que sa sœur voulait éviter :

- Je suis détruite...

Et c'était vrai, même si Viviane était la seule personne à qui Mattea pouvait l'avouer. Que restait-il à Mère Mattea ? Si les siens découvraient son ancienne identité, elle était bonne pour le bûcher, quelle ironie ! Avait-elle encore le droit de porter le voile, alors même qu'elle avait suivi l'enseignement du Malin ? Y avait-il une rédemption possible ? Ses années de loyaux services compensaient-ils ce manquement majeur à l'amour de Dieu ? Que lui arriverait-elle si elle quittait les ordres ? Où irait-elle ? Et sa sœur, combien de temps lui faudrait-il avant d'être découverte pas les brigades inquisitoriales ? Mattea déglutit lentement. Sa vie venait de voler en éclat, une seconde fois. D'une voix qu'elle-même jugea pitoyable, elle demanda :

- Tu ne crois pas en Dieu, hein ? Tu crois que nous brûlerons en Enfer ?

Oui, le salut de son âme préoccupait Mattea, même dans un moment aussi terrible. Elle avait besoin d'écouter les explications de Viviane, de savoir ce qui la poussait à être sorcière, de comprendre ce en quoi elle croyait – et en quoi elle-même avait peut-être cru un jour.

Et enfin, comme si ses pensées commençaient à se clarifier, Mattea osa demander, très vite, sans croiser le regard de sa sœur :

- Pourquoi exactement Olrun m'a fait subir ce rituel, Viviane ?

Elle avait son idée, même si elle demeurait floue, car elle faisait des recoupements, mais elle voulait entendre la version détaillée, et enfin mener le deuil de cette partie de sa vie qu'elle commençait à décoder...
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Mer 22 Déc 2010 - 20:33

Le pouvoir des mots est saisissant, alors que Viviane était effrayée de voir sa sœur irrémédiablement s’éloigner d’elle, voilà qu’elle découvrait une nouvelle facette de la personnalité de sa sœur. Cassandra n’était ni haineuse ne colérique comme elle l’aurait été quinze ans plus tôt, non, ici, tout ce que Viviane lisait en elle, c’était la peur, la peur et le chagrin. Le lien qui unissait les deux sœurs devait être réellement fort pour qu’une épreuve pareille ne les affecte pas autant que ce à quoi la plupart des gens s’attendraient.

Le silence qui avait été si pesant était maintenant balayé par des questions auxquelles Viviane avait peur d’apporter des réponses. La situation n’était plus aussi tendue que quelques minutes auparavant, mais elle n’en restait pas moins dangereuse. En premier lieu, il convenait de rassurer un peu Cassandra, certes, les révélations devaient être terrifiantes, surtout avec les nouvelles croyances qu’elle avait. Cependant, Cassandra se trompait lorsqu’elle croyait que retrouver ses souvenirs avait détruit sa vie, que du contraire, il était temps maintenant pour elle de se tourner vers le futur, et non plus le passé comme elle ne l’avait que trop fait !

- Je... J’ai conscience que pour toi, tout cela doit être difficile, mais tu n’es pas détruite Cassandra, loin de là. Tu cherchais ton passé, tu l’as retrouvé. Mais pour des raisons que tu comprendras mieux maintenant, je ne peux pas t’en dire autant que je le voudrais. Tu as encore une longue vie devant toi, de nombreuses possibilités s’ouvrent à toi désormais, tu as fini une quête, le reste de ta vie est à venir, et tourne-toi vers lui !


Ce n’était peut-être pas une bonne chose de commencer que de dire qu’elle n’aurait pas toutes les réponses à ses questions, mais Viviane ne se voyait pas encore mentir à Cassandra alors qu’elle était déjà dans une situation difficile. La sorcière devait choisir chacun de ses mots avec soi, pour donner suffisamment d’informations à sa sœur, mais pas trop non plus, qu’elle ne puisse retrouver tous ses souvenirs et qu’elle ne subisse à nouveau un rituel d’amnésie.

- Pour répondre à ta première question, non, effectivement, je ne crois pas en Dieu. Je sais que tu penses que je blasphème, mais je ne me lancerai pas dans un débat dur la religion. Ce qu’il faut que tu saches, c’est que les valeurs que j’ai sont les mêmes que les tiennes pour la plupart des choses : je respecte profondément les gens, j’aime le monde qui nous entoure, je suis tolérante et je pardonne, même quand c’est difficile. Non, nous ne brûlerons pas en enfer ! Je ne suis déjà pas sûre qu’il tel endroit existe, et si jamais c’est le cas, nous n’irions pas parce qu’il est réservé aux gens qui font le mal sur terre, ce que ni moi n’avons jamais fait !

Reprenant son souffle, elle s’était un peu laissé emportée, elle en profita pour laisser à Cassandra le temps de digérer toutes ces nouvelles. Jusqu’ici, il n’avait pas encore été fait mention du rituel d’amnésie, la partie la plus délicate de leur conversation était donc à venir. Viviane avait peur de dire un mot de trop, quelque chose qui blesserait irrémédiablement sa sœur et qui l’éloignerait à jamais d’elle. Dans l’idéal, Cassandra ne devait pas comprendre que c’était à cause de son comportement uniquement que ce rituel avait été pratiqué, à cause de sa volonté de laisser tomber les siens. Mais Viviane était une piètre menteuse, elle le savait, et elle ignorait les souvenirs qu’il restait à sa sœur. Comment dès lors savoir où s’arrêter ?

- À propos du rituel... Voici ce que je peux te dire : tu as brisé une règle fondamentale de la Tribu, et ce, malgré toi. La dispute que tu as eue avec papa et maman était à ce propos, il voulait que tu restes à la maison, parce que là, ils pourraient te protéger et empêcher Olrun de faire ce qu’ils ont fait. Tu étais bouleversée et tu es quand même sortie. Ils t’ont attrapé et ont pratiqué le rituel avant que papa, maman et moi n’arrivions. J’ignore ce qu’il s’est passé après. J’ai été ramenée à la maison par papa, on était en état de choc tous les deux. Maman a disparu pendant une journée, quand elle est revenue, elle n’a plus jamais été la même et elle est morte peu de temps après. Toi, tu t’étais juste volatilisée, je n’ai jamais réussi à savoir ce qui t’étais arrivé, sauf ce que je t’ai dit que papa m’avait confié.


Viviane voulait laisser le temps à Cassandra de comprendre et assimiler tout ce qu’elle venait de dire, aussi, respectueusement, elle se tut. Elle se retenait pourtant de serrer sa sœur dans ses bras, pour un câlin de réconfort dont elle aurait bien besoin.
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Sam 5 Mar 2011 - 16:49

Viviane avait-elle conscience de la terrible arrogance de ses paroles ? Comment pouvait-elle savoir mieux qu'elle si elle était détruite ou non ? Mattea n'avait pas retrouvé son passé, il venait de lui tomber dessus avec la violence d'une averse en plein été. Une nouvelle vague de tristesse submergea Mattea, peinée par la rudesse avec laquelle la traitait sa sœur, la seule personne capable de lui prêter une épaule consolatrice. La Carmélite n'était pas du genre à s'apitoyer sur son sort, mais pour une fois, rien qu'une seule fois, elle aurait voulu cesser de lutter contre le monde entier et se laisser aller. Et en quelques mots, Viviane l'en dissuadait définitivement. Oui, sa recherche acharnée avait pris fin, mais de quelle manière !

- Je suis curieuse d'entendre l'avenir que tu entrevois pour une ancienne sorcière engagée dans l'Inquisition. Je suis prisonnière, Viviane. Je ne peux pas quitter mon ordre : où est-ce que j'irais ? Et si je suis découverte, je serai conduite au bûcher, c'est certain.

Mattea se tut, incapable de continuer les mille questions qui valsaient dans son esprit. Son avenir s'était soudainement fermé, comme si elle se retrouvait bloquée par un mur invisible, mais indestructible. Elle tenta de penser à ce que venait de lui dire sa sœur à propos de la religion. Elle non plus, elle n'avait pas envie de débattre, pas maintenant, mais pour garder un semblant de cohérence, pour ne pas devenir irrémédiablement folle, elle décida que sa sœur ne faisait pas le mal, et que ses croyances étaient suffisamment proches des siennes pour ne pas mériter un châtiment éternel. Ainsi, il existait... des sorcières blanches ? Des sorcières bénéfiques ? L'idée se fraya une chemin dans l'âme confuse de Mattea. Mais oui, c'était forcément cela ! Sa sœur ne pouvait pas faire le mal, c'était impossible. Elle mettait ses... capacités au service du bien, ça devait être ça. Et si Mattea lisait dans ses souvenirs, elle ne voyait pas de traces du démon. Elle ne voyait qu'un lien fort avec la nature, des transferts d'énergie et des partages de savoir. Mais alors... pourquoi lui faire subir un rituel aussi... maléfique ? Qu'avait-elle fait pour mériter ça ? Les sorcières blanches n'étaient-elles finalement qu'une légende impossible à croire car la pureté ne pouvait être mêlée aux arts étranges ? Après tout, elles n'hésitaient pas à priver une personne de tout son passé...

- Si j'ai... brisé une règle fondamentale de la Tribu...

C'était impossible que ces mots sortent de sa bouche ! Elle ne pouvait parler de la Tribu, pas elle ! Seigneur, elle ne pouvait pas intégrer si rapidement ce vocabulaire dans sa manière de parler ! Elle secoua la tête, encore tout à fait sous le choc de sa propre témérité. Finalement, elle renonça et changea son fusil d'épaule :

- Pourquoi est-ce que tu ne peux pas tout me dire ?

Sans s'en rendre compte, Mattea venait de poser le doigt sur ce qui permettrait de lever les barrières qui subsistaient entre elles. Elle sentait bien que Viviane n'avait jamais tout dit, et ne dirait sans doute jamais tout, mais elle avait besoin de savoir pourquoi. C'était une explication cruciale qui manquait, et qui une fois éclairée, permettrait de tout assembler. Déjà, les quelques bribes que possédait Mattea lui permettaient de dire qu'elle avait quitté la maison en étant persuadée que tout allait se terminer et donc, s'arranger. Alors, il y avait forcément quelque chose qui manquait quelque part...

Soudain, un choc à la tête lui donna la nausée. Comme si son corps subissait trop de sorcellerie en même temps, Mattea s'écria tout à coup, absolument sans réfléchir, ni même réaliser ce qu'elle disait, tout à fait confuse, absolument plus maître de ses pensées :

- Alicia de Sarrebourg.

Il y eut un grand silence. Mattea elle-même était choquée par ce qu'elle venait de dire. Que venait faire la Comtesse dans cette histoire ? Certes, elle revenait d'une discussion avec elle... à quel propos, déjà ? C'était un peu flou, elle ne se souvenait pas exactement de ce qui s'était passé, mais ce n'était pas la question importante. Pourquoi diable avait-elle pensé à cette femme, pourquoi maintenant ? Mattea nageait dans la plus grande confusion. Et elle était terriblement lasse. Elle avait déjà trop pleuré, elle n'en pouvait plus. Tout ce qu'elle voulait, c'était serrer Viviane dans ses bras, s'endormir et se réveiller loin des sorcières, loin des sortilèges, et loin des ordres.

Mais elle n'était plus une enfant. Et les rêves restaient des rêves. Parce qu'il n'y avait pas de bonne fée pour exaucer ses souhaits. Seulement des sorcières aux intentions ambigües.
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Lun 7 Mar 2011 - 0:44

Cassandra n'avait pas changé, même après tout ce qu'elle avait traversé, elle restait farouchement indépendante, incapable de prendre des distances avec ce qu'il lui arrivait. Mais Viviane n'était pas là pour lui faire la leçon, et certainement pas pour lui faire remarquer que c'était cette attitude qui lui avait valu d'être envoyée dans un couvent après avoir eu la mémoire effacée.

- Tu es fâchée, déçue, je le vois bien. Tu as peut-être même envie de me détester, mais je ne te laisserai pas tomber Cassie. Tu sembles convaincue de ne plus avoir d'avenir, non, certes, peut-être pas dans les ordres, mais de nombreuses autres possibilités s'offrent à toi désormais. Je ne te demande pas d'y réfléchir maintenant, mais tu peux revenir ici, je t'accueillerai à bras ouverts. Tu n'es plus seule désormais, tu as retrouvé une famille ! Et il n'y a aucune raison pour que tu sois découverte alors que tu ignores toi-même tout ce pan de ton passé. Jamais nous ne te dénoncerons à qui que ce soit, il en va de notre propre sécurité !


Viviane ne savait pas comment prendre sa sœur pour ne pas la mettre hors d'elle, pour lui faire comprendre combien il était important qu'elle continue à ignorer certaines choses, pour sa propre sécurité. Toujours les mêmes questions, les mêmes angoisses, comment garder un maximum secret tout en lui confiant l'essentiel pour que Cassandra ne vienne pas fouiller dans les affaires de la tribu.

- Écoute... Tu n'aimeras pas ma réponse, mais je n'ai pas le choix. Je n'ai pas le droit de tout te dire parce que ça te mettrait en danger. C'est parce que tu en savais trop sur les sorcières que ce rituel a été pratiqué sur toi. On ne peut quitter la Tribu sans en payer les conséquences, tu as choisi à cette époque, ne remets pas en cause cette décision. Je te demande de ne pas chercher à en savoir plus... Fais-moi confiance, je dis ça pour ton propre bien ! Si je te révèle ton passé, ou même, si je lève ce sortilège, ils le sauront et ils recommenceront. Et là, comme je les aurai trahi, je ne pourrai plus t'aider. Je ne peux rien faire de plus, je suis désolée... J'en ai déjà d'ailleurs beaucoup trop dit. Ne parle jamais de tout ceci à qui que ce soit, je risquerais de subir des conséquences très peu enviables.

Et c'était vrai, si Europe venait à apprendre ce que Viviane venait de dire, elle ne donnait pas cher de sa mémoire à elle aussi... Alors que Cassandra semblait méditer ses paroles, Viviane sentit un profond trouble, comme une onde de choc. Instantanément, elle sut qu'un envoûtement avait été lancé à l'encontre de sa sœur. Elle voulu poser des questions à Cassandra sur son emploi du temps ces dernières heures mais elle n'eut guère le temps. Dans un souffle, un nom sortit des lèvres de Cassie : « Alicia de Sarrebourg ». Le sang de Viviane se glaça dans ses veines. Non ! Ce n'était pas possible, pas elle ! Pourquoi Cassandra avait-elle été la retrouver ?

- Cassandra, j'ai besoin de savoir. D'où viens-tu ? Où était juste avant de venir ici ? Que s'est-il passé ? Je suis désolée de te brusquer, mais c'est d'une importance extrême !

Intérieurement, Viviane bouillonnait, Alicia avait osé toucher à sa soeur. Elle paierait pour ça ! D'une façon ou d'une autre, la meneuse du Lys paierait, Viviane se le jura intérieurement. Mais qu'est-ce que Cassandra avait bien pu faire pour que la Comtesse l'envoûte ? Cassandra ne pouvait pas savoir qu'elle était une sorcière, c'était impossible ! Alors que Cassandra ne voulais sans doute plus jamais entendre parler de magie, Viviane allait probablement devoir elle-même mettre fin à l'envoûtement. Pour ce faire, il allait d'abord falloir que Cassandra lui explique ce dont elle se souvenait, mais sa soeur semblait en état de choc profond, incapable d'ouvrir la bouche. Alors Viviane n'écouta une fois de plus que son coeur et précipita Cassie dans ses bras.

- Tu ne risqueras plus jamais rien, je ferai tout pour ! Je crois que tu as été envoûtée par Alicia de Sarrebourg, me permettras-tu de t'aider et de te délivrer ? Tu es allée la voir ? Dis-moi ce qu'il s'est passé, je t'en prie !

Alors que Cassandra, très confuse, lui expliquait ce dont elle se souvenait, Viviane médita sur l'envoûtement auquel elle avait affaire. Puissant, certes, mais elle avait les capacités de le briser, ça, elle en était sûre. Alicia avait peut-être une maîtrise qui dépassait la sienne, mais dans ce cas-ci, elle avait bâclé les choses, rompre le maléfice ne devait donc pas être difficile. Si la Comtesse avait fait les choses correctement, Viviane n'aurait pas senti aussi facilement ce qu'elle avait fait subir à sa soeur.

- Regarde-moi dans les yeux Cassandra, je vais te délivrer.

Le regard vert émeraude plongé dans celui de Cassandra, Viviane se concentra sur ce qu'elle avait à faire. Elle vit la barrière imposée à l'esprit de sa soeur, et elle vit la faille. Lentement, murmurant des paroles inintelligibles pour le commune des mortels, elle fit tomber cette barrière doucement, veillant à ménager Cassie. Les bras posés sur ceux de sa soeur, elle veillait à la soutenir du mieux qu'elle pouvait pour qu'elle puisse faire face à son passé qui lui revenait. Au loin, elle vit une barrière bien plus grande, bien plus puissante, légèrement fissurée, mais elle ne s'aventura pas de ce côté, elle pourrait bien ne pas en revenir.

- Voilà. Ça va mieux ?


De tout son coeur, elle espérait que Cassandra parviendrait à passer au dessus de ses angoisses et de ce Viviane venait de lui faire subir malgré elle.
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Jeu 10 Mar 2011 - 3:41

Que Viviane lui ouvre les portes de sa maison, de leur maison, émut Mattea jusqu'au plus profond d'elle-même. D'autant plus que Viviane avait commencé par l'empêcher d'y mettre les pieds. Ce revirement dans son opinion consola le cœur meurtri de la Carmélite. Cassie... Cela sonnait presque faux. Et pourtant, c'était vrai. Comment appelait-elle sa sœur, quand elles étaient petites ? Mattea ne savait pas. Si, mais bien sûr que si elle savait ! Comment aurait-elle pu se souvenir d'Olrun et oublier Vivi ? Comment aurait-elle pu revoir les boucles rousses de sa mère et oublier le rire de Vivi ? Comment aurait-elle pu comprendre son passé sans Vivi ?

- Vivi...

Son ton était empreint de surprise, de reconnaissance et d'angoisse. Elle se sentait aux limites de ce qu'elle pouvait supporter. La densité émotionnelle des événements était tellement forte qu'elle se demandait si elle pourrait se relever un jour. Elle, l'orpheline, avait retrouvé une famille. C'était forcément la vérité si Vivi le disait. Lentement, Mattea avait l'impression de retrouver les marques d'une femme qu'elle n'était plus, mais qu'elle pourrait peut-être de nouveau être. La suggestion la laissa pantelante.

Viviane, cependant, continuait. Et Mattea eut enfin le fin mot de l'histoire. Elle cligna plusieurs fois des yeux, puis referma sa bouche qui s'était ouverte sous le coup de l'incrédulité. Ainsi, elle avait quitté de son propre chef la Tribu d'Olrun ? Et c'était pour cela qu'elle était sous un voile qui scellait tous ses souvenirs ? Pour... qu'elle ne puisse jamais dénoncer les sorcières ? Une nouvelle larme coula le long de sa joue. Elle comprenait ce qui lui était arrivé. Ce qui lui avait été refusé pendant vingt longues années prenait enfin tout son sens. Comme l'avait dit Viviane, elle parvenait au terme de sa longue recherche. Forbach venait de lui livrer le plus important de ses secrets.
Elle ne savait pas tout, mais à partir de maintenant, elle choisissait de ne pas savoir. Et là résidait toute la différence. Le choix de Mattea était fait, avant même qu'elle ne le réalise. Pour protéger cette sœur qui l'accueillait en dépit de tout, elle acceptait de ne jamais savoir. Elle choisissait de se faire confiance, de confirmer la décision qu'elle avait prise vingt ans auparavant – après tout, cela signifiait qu'elle avait déjà compris très jeune à quel point la sorcellerie était dangereuse... Ce n'était pas seulement un choix altruiste, parce qu'elle se protégeait elle-même, aussi, et pouvait conserver les quelques bribes qui l'avaient assaillie, au lieu de subir à nouveau un rituel – dont Viviane semblait avoir très peur, mais dont Mattea était intimement convaincue qu'il ne l'atteindrait pas si elle se réfugiait à Rome. Toutefois, elle n'avait pas envie de forcer son destin. Elle l'avait déjà fait trop de fois. Et elle ne laisserait pas Viviane souffrir à cause d'elle. Leur famille avait déjà donné.

Toutefois, Mattea n'eut pas l'occasion de répondre à sa sœur. Celle-ci, apparemment paniquée, la pressait de répondre à une autre question. Déstabilisée, Mattea mit un moment avant de dire :

- Je reviens du Château de Frauenberg. Je... j'ai été voir la Comtesse.

Et d'ailleurs, ses souvenirs étaient flous, parce qu'elle ne se souvenait plus de la raison exacte pour laquelle elle avait fait ça. Rassemblant ses esprits, elle allait tenter de rassurer Viviane, mais cette dernière était dans une agitation des plus extrêmes. Son élan protecteur rassura étrangement Mattea. Elle nageait en pleine confusion, et au milieu de la tempête, comme un roc salvateur, il y avait Viviane, qui n'hésitait pourtant pas à la remettre en question, mais qui lui promettait d'être son appui.

Elle redescendit brusquement sur terre en apprenant qu'elle était sous l'emprise d'un envoûtement. Comment se faisait-il qu'elle n'ait rien senti ? Où et... quand avait-il commencé ? Elle revoyait son entretien avec la Comtesse et elle ne comprenait pas. Qu'est-ce qui s'était vraiment passé ? Et surtout, pourquoi était-elle la cible des sortilèges, alors qu'elle ne demandait pas mieux que de s'en tenir éloignée ? Tout était trop récent pour que Mattea se sente à l'aise avec la sorcellerie. Persuadée qu'une séance d'exorcisme serait plus efficace qu'une séance de... elle ne savait pas très bien quel mot employer, d'ailleurs, Mattea commença par obstinément garder le regard baissé. Puis, elle se souvint que Viviane était actuellement sa seule alliée. Ce fut plus fort qu'elle : Mattea commença à trembler violemment. Elle avait peur, oui, elle mourrait de trouille à l'idée de se laisser faire par la magie. C'était trop inattendu, trop soudain, trop neuf. Où était sa croix ? Un regard à son col et Mattea se sentit aussitôt plus sereine. Maintenant qu'elle y repensait, elle se souvenait d'avoir prié en plein milieu de son entretien avec Alicia Loewenstein, ce qui était plutôt étrange. Mattea vit très clairement dans son esprit les deux petites filles qui couraient main dans la main. Son lien avec Viviane était-il plus fort que sa foi ? L'importance de ces deux piliers pouvait-elle être comparée ? Étaient-ils sur le même plan ? Non, décida Mattea. C'était deux choses différentes, qu'il convenait de séparer. Le Seigneur avait étendu sa main sur elle, et ça lui suffisait. Au vu de la situation, elle choisissait de faire confiance à sa sœur. Alors, Mattea croisa le regard de Viviane.

Et quelques secondes plus tard, tout lui revint. L'évidence était là, comme si elle n'avait été que dissimulée. Touchedieu et son cachot pourri. Ses révélations sur la paille moisie de sa dernière demeure. Oh oui, elle se souvenait parfaitement maintenant du sentiment indéfinissable qu'elle avait ressenti en partant. Et forcément, son étape suivante avait été... la Comtesse. Une pâle lueur éclaira le regard de Mattea. Tout reprenait son sens et sa logique. Oui, en quelque sorte, elle allait mieux.

- Alicia est votre chef, n'est-ce pas ?

Elle se souvenait des mots de haine qu'elle avait lancé à propos d'Olrun. Seigneur, si à ce moment-là, Touchedieu ou elle avaient su qu'elle était en fait une ancienne sorcière... Elle ne voulait pas y penser. D'ailleurs, elle n'osait pas réfléchir à l'attitude qu'elle allait devoir adopter. Comment pourrait-elle se présenter à Sarah Geisler sans la trahir ? Comment pourrait-elle faire face à Père Ethan avec tout ce poids sur ses épaules ? Il était encore trop tôt pour y penser.

Et surtout, le discours acharné de Viviane avait fini d'éveiller cette entente sans faille qui les liait, et Mattea voulait le croire, les lierait encore. La glaciale Mattea s'abandonna et fit une chose qui, elle le réalisait maintenant, lui avait manqué pendant vingt ans : elle prit quelqu'un dans ses bras. Un geste maladroit, qui contenait tout le manque d'amour de ses années au Carmel, tout l'espoir d'une femme perdue, qui enfin déposait le fardeau d'une absence trop longue.
Et elle se laissa réconforter.
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Mar 22 Mar 2011 - 3:04

Vivi... Comme un retour en enfance, Viviane vit des centaines d'images de son passé défiler devant ses yeux. Ses jeux avec sa grande soeur, les heures qu'elles passaient ensemble, à s'inventer mille-et-un mondes merveilleux. La tendresse de ses parents qui les regardaient jouer, si fiers de leurs deux petites rouquines. L'innocence de leur vie, la douceur des étés durant lesquels elles courraient dans les bois. Ce temps était définitivement révolu, mais oh, combien Viviane le regrettait en cet instant. Quand Cassandra l'étreignit à son tour, Viviane se sentit gagnée par une émotion vivace comme elle n'en n'avait plus connu depuis des années, dans cette étreinte, il y avait à la fois de la confiance et de l'amitié, de la douleur aussi, comme de se réveiller après une longue nuit de cauchemars.

Les paroles de Cassandra donnèrent à réfléchir à Viviane qui se demandait ce que Cassandra avait fait pour mériter le courroux de la Meneuse du Lys. Elle était en train de s'imaginer toutes sortes d'histoires possibles quand Cassandra prit à nouveau la parole. Leur chef ? Oh non... Tant de questions, et si peu de réponses qu'elle pouvait lui fournir. D'instinct, même si elle détestait le Lys, Viviane ne voulait pas qu'elles subissent le courroux de l'Inquisition. Cependant, l'idée même de mettre Alicia en danger lui était délectable, et ce, d'autant plus qu'elle lui en voulait personnellement d'avoir envoûté sa soeur. Et puis, balancer le Lys était aussi une manière de protéger Olrun. Alors Viviane n'hésita plus. Elle ne dirait pas tout, mais suffisamment pour que Cassandra ait quelques débuts pour son enquête.

- Non, Alicia n'est pas notre chef. Alicia est la chef d'une autre Tribu. Le Lys Noir. Elles ne suivent pas la magie blanche mais des préceptes de magie noires. Elles ont des pratiques que nous n'avons jamais eues et que nous n'aurons jamais. Je ne sais pas qui d'autre en fait partie dans la ville, mais méfie-toi. Ces sorcières sont puissantes, et Alicia est folle. Elle n'hésitera pas à tuer des innocents pour sauver sa peau.

Et c'était vrai, combien de vie les folies d'Alicia avaient-elles déjà prises ? Viviane se souvenait encore des roses noires. Cette femme n'avait de respect que pour elle-même. C'était à se demander comment elle avait même pu tomber amoureuse. Il était plus probable qu'elle s'était mariées uniquement par intérêt, et que d'une manière ou d'une autre, elle avait réussi à faire tuer son mari. Europe la connaissait bien, elle en savait beaucoup sur elle. Peut-être que Viviane pourrait lui soutirer des informations utiles à Cassandra si elle posait des questions de manière discrète. Ce serait à méditer en tout cas.

- Je sais Cassandra, combien ta haine à notre égard peut-être vive, et j'en suis désolée. Mais je t'en prie, si tu veux poursuivre Alicia, sois prudente, vraiment. Je ne pourrais supporter de te perdre encore !

La simple idée de perdre Cassandra à nouveau était tout bonnement insupportable à Viviane, comme une idée que son cerveau refusait d'assimiler. Cassandra comprenait-elle les avertissements de sa soeur ? Savait-elle que sa croisade au nom de Dieu ne la protégerait pas de la puissance du Lys ?

- Promets-moi, s'il te plaît. Promets-moi que tu resteras prudente si tu t'attaques à elle !


Ce n'était pas une demande, mais une véritable supplique. Au nom de leur lien et de leur amitié nouvellement retrouvée, Cassandra accepterait-elle de faire cette promesse ? Viviane, de tout son coeur, espérait que oui.

[hrp]Je sais, c'est pas long, mais j'avais pas des tonnes de choses à dire non plus xD On arrive vers une conclusion ou t'as encore des choses à dire ? [/hrp]
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MessageSujet: Re: Il suffit d'un grimoire   Sam 30 Avr 2011 - 16:07

Ainsi, elle avait été dans le faux ? Elle avait voué une haine à Alicia Loewenstein pour la mauvaise raison ? Mattea ne releva même plus. Tout s'effondrait sans cesse autour d'elle, et quand elle tentait péniblement de reprendre pied, le sol se dérobait à nouveau. Et au milieu de cette tempête qui se déchaînait sur elle, il n'y avait qu'une seule planche de salut, Viviane.

Qui sans le savoir, venait de lui offrir la clé qui lui permettrait d'aller de l'avant. Mattea n'avait pas peur des extrêmes. Elle en faisait son quotidien sans sourciller, et son intransigeance y trouvait souvent son compte. Magie blanche et magie noire... des concepts qu'elle avait refusé d'envisager sérieusement jusque là. Viviane appartenait forcément au côté... positif de cette force. Mattea tenta de se calmer. Sa sœur faisait des choses interdites, répréhensibles et dangereuses. Mais peut-être le faisait-elle dans un but qui pouvait être assimilé au bien ? Si cette magie blanche était bénéfique, le fait que Viviane se mette en danger en la pratiquant ne faisait-il pas d'elle une personne dévouée au bien ? Et le fait qu'il existe cette dualité avec la magie noire ne faisait-il pas d'elle un rempart capable de lutter à part égale contre le démon incarné par la magie noire ? Finalement, la Comtesse était peut-être digne de haine...

Et puis, ce fut comme si Viviane avait suivi son raisonnement, parce qu'elle lui fit une demande qui lui parut... saugrenue. Elle avait toujours estimé que l'Inquisition avait de quoi lutter à armes égales avec les sorcières, et voilà qu'elle se découvrait un allié inattendu dans sa lutte contre le mal. Un allié qui n'était pas blanc, certes, mais qui avait des armes qu'elle ne possédait pas, et qu'elle refuserait jamais de posséder. Mattea se tut un moment, la gorge serrée. Cette lutte entre magie blanche et magie noire était-elle aussi éternelle que celle de Dieu contre Satan ? Toutes les paroles de Viviane criaient que cette lutte ne concernait pas l'Inquisition, et Mattea savait lire entre les lignes. Toutefois, elle ne pouvait entièrement se retirer, quoi qu'en dise Viviane. Ceux qui servaient Dieu avaient pour mission de ne pas laisser le mal se répandre. De le traquer et de l'annihiler. Si la magie blanche était née pour gangrener la magie noire – l'œil de Dieu en Enfer – Viviane endossait un rôle bien lourd. Mattea regarda sa sœur droit dans les yeux, se séparant lentement d'elle. Les sorcière n'en finiraient pas d'intervenir dans sa vie, elle le comprenait bien. Mais elle ne baisserait pas les bras ; elle n'était plus la femme sans passé qui errait sans but, dévorée par l'ambition.

- Ma haine est vive à l'égard du mal. Elle était jusqu'ici dirigée contre Olrun, mais... je crois que ce temps est révolu. Je ne peux pas être totalement en accord avec toi, comme tu ne peux être totalement en accord avec moi, mais je comprends.

Les yeux de Mattea avaient retrouvé leur intensité. Au fond de son âme, elle était toujours heurtée, et il lui faudrait plusieurs semaines pour panser ses blessures, mais elle pouvait... se relever, et continuer, encore et encore. Elle avait toujours été forte, ce n'était pas le moment de flancher. Ne serait-ce que parce que maintenant, elle avait Viviane à ses côtés. Et c'était le plus important de tout. D'ailleurs, beaucoup de choses allaient changer, c'était certain. Mais ce n'était pas encore le moment de penser à tout ça. Pour le moment, il lui restait une chose à dire, terriblement importante, pour sceller les nouvelles bases sur lesquelles elles construiraient leur avenir commun.

- Je te le promets.

La prudence n'avait jamais été le fort de Mattea. Mais il y avait une nouvelle donnée qui surpassait toutes les autres. Elle n'était plus seule, parce qu'elle avait retrouvé Viviane.

Ensemble.
Ce mot avait une saveur que Mattea ne connaissait plus.
Aussi douce qu'un rayon de soleil perçant l'orage le plus noir.

[Sujet terminé]
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