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 Apocalypse (#18)

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MessageSujet: Apocalypse (#18)   Jeu 7 Juin 2012 - 0:34


Le moine de l’Eglise de Zetting frémissait de tout son corps. Il brandit un cache afin d’éteindre la flamme d’une bougie, mais contint une grimace. Ses articulations le faisaient souffrir, comme lors des heures précédant l’orage. Pourtant, à part une soirée animée d’une légère brise, rien ne semblait indiquer une dépression climatique… C’était autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus complexe, de plus important encore. Quelque chose qui réveillait en lui un instinct mystérieux et pressentir un danger sur lequel il ne parvenait pas à mettre un nom. Oui, quelque chose se tramait dans l’air. Quelque chose qui le dépassait largement. Quelque chose de divin.

Avant qu’il n’ait pu rabattre le cache sur la bougie, la flamme tremblota violemment comme malmenée par un vent invisible, et s’éteint d’un coup. Le moine releva la tête en entendant les longs hurlements désincarnés de la brise dans les hautes parois de pierre de l’Eglise de Zetting. Le phénomène n’avait rien d’atypique. Pourtant, il tremblait d’épouvante. Il se hâta de monter les marches de l’escalier en colimaçon, relevant d’une main les pans de sa soutane, et se pencha à une meurtrière afin de jeter un regard au-dehors.

Ce jour le monde était scindé en deux, comme la mer ouverte par Moïse.

Une vague frémissante de silhouettes se gonflait sur les abords du parvis. Toutes étaient masquées de noir, dissimulant leurs visages et ainsi leurs identités, encore que la masse grouillante qui lui faisait face était pareillement fardée de masques dissimulateurs, d’un blanc crépusculaire cette fois. Olrun et Lys Noir se jaugeaient dans un silence écartelé, sentant poindre l’aube d’une ère nouvelle. Laquelle ne naîtrait qu’autant que l’un des deux clans l’emporte sur l’autre; mais l’issue de l’affrontement ne faisait aucun doute. Rassemblée comme un seul homme, la tribu d’Olrun jubilait secrètement. Grâce à leur Grande Prêtresse, leur champion, le clan adverse serait balayé comme les feuilles mortes à l’autonome.
Ce jour signerait la fin du Lys Noir, et le retour au monopole originel, stable de l’antique tribu –le seul monopole nécessaire au juste équilibre du monde.

Ce combat était un tournant... n'importe quel être des cieux ou des enfers le pressentait dans ses entrailles. Y compris et surtout l’ange Anaël qui observait impavide la folie, la fierté humaine déchirer le peuple de Forbach depuis plusieurs mois, depuis son annonce et la menace planant sur les stigmatisés.

Même la nature était attentive. Tout alentour frémissait dans l’attente du déchirement sanglant qui allait survenir. Cela se ressentait dans l’air, la terre et la forêt, les feuilles et les cailloux… Et tous étaient impliqués dans un combat d’où nul ne pourrait plus faire marche arrière. D’où aucune des sorcières masquées de noir ne sortirait indemne.
Vingt-deux ans après sa naissance, le Lys Noir allait s’éteindre comme la flamme d’une chandelle soufflée par la bourrasque d’un vent séculaire.

Les rangs de la tribu d’Olrun s’agitèrent soudain et il sembla qu’une lanterne tentait de se frayer un chemin au milieu des silhouettes rassemblées; puis enfin émergea le champion de la tribu.

Le silence tomba. Car la femme –la créature- qui se tenait devant eux n’était plus physiquement Europe.

La Grande Prêtresse avait conservé sa silhouette longiligne et élancée, portée comme un coup de pinceau sur une estampe. Mis à part ce détail, elle était méconnaissable. Ses cheveux s’élevaient en bourrasques céruléennes autour de son crâne, crépitantes d’une énergie contenue et affluant à la surface de sa peau blafarde baignée d’un perpétuel halo bleu. Dans le jour sombre la sorcière étincelait telle une constellation. Ses yeux étaient deux lampes albugineuses. Mais même lorsque les lampes disparaissaient sous un clignement de paupières, la lumière persistait en trouant le mur de la chair.

Europe s’avança, hiératique, tandis qu’une traînée luminescente s’accrochait à ses pas et à ses gestes comme une fumée irréelle. Tout son être pulsait d’une aura bleue intense, mais ce n’était rien par rapport au médaillon des Gardiens reposant sur son poitrail, qui était à lui seul un cœur diamantin enclavé de lumière et irradiant littéralement d’ondes azurées… Soit qu’elle fut tournée vers le Lys Noir, soit qu’elle regarda vers ses sœurs, de lentes palpitations turquoises s’élevaient en strates concentriques depuis le bijou ancestral, passerelle des plus grandes arcanes de ce monde. Et l’irridescence de ces faisceaux astrals occultait presque les motifs claniques et immémoriaux qui s’étiolaient en lignes noires, fuligineuses, sur tout l’épiderme d’Europe; ses joues en étaient recouvertes, ils ourlaient ses yeux fantasmatiques, s’ébattaient sur son coup et explosaient sur sa clavicule nue et chaude. Un chromatisme raffiné brûlant tel un soleil noir, un morceau de lave cyanusé…

Elle s’avança encore. Mouvant sa haute silhouette magnétique, suintant d’essence divine. Le Parvis tremblait sous un silence d’une extrême densité comme si l’air lui-même se contractait sous l’afflux de pouvoir. Car Europe rayonnait de lumière… mais aussi de puissance. L’éclat éburnéen de ses prunelles n’était que la matérialisation de la force infinie qui était la sienne en cet instant.

Dès le moment où elle avait acquis le pouvoir des Gardiens, son âme s’était embrasée.

Elle avait à présent rejoint la secrète logique du cosmos. Elle accédait à une intime compréhension du vivant alors même qu’elle s’intégrait spontanément au mécanisme de l’univers. Comprenait les équations du monde. Entrait en symbiose avec l’existence. Le sens de l’humanité l’avait traversée de part en part en laissant pour trace les substances d’un pouvoir pur, brut, originel… Des réminiscences biologiques d’une époque où l’existence n’était pas matière, où l’on pouvait entrer en résonance avec le divin…

Cette surpuissance la rendait belle en même temps qu’également très laide. L’obscure clarté dont elle irradiait dissimulait à peine son expression méprisante, ennuyée. Ces gens étaient si faibles en comparaison… d’un esprit si petit… d’un corps si fragile… Les membres de la tribu d’Olrun comme ceux du Lys Noir n’étaient plus que des fourmis qu’elle pouvait écraser par dizaines d’un seul geste négligeant. Parmi ces personnes, ennemies ou alliées, aucun adversaire n’était à sa mesure. Et c’était pour cela que la perspective d’un combat la laissait plus froide que le marbre. La victoire, trop facile, serait sans saveur. Même le fait de voir les visages effrayés, tétanisés, choqués ou désespérés des sorcières du Lys Noir ne trouvait pas grâce à ses yeux… En atteignant les arcanes des Gardiens et le pouvoir originel qu’elle avait désiré toute sa vie, le monde avait perdu son intérêt. Avoir compris ses équations intimes le rendait fade, inintéressant. Et c’était d’autant plus le cas pour ces êtres sans consistance qui bruissaient devant et derrière elle. Aucun n’avait d’importance.

Elle s’était lassée du commun des mortels.

"Finissons-en, Amaël" dit-elle laconiquement en cherchant le visage de son opposant parmi les rangs ennemis.



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HRP: Ceci est un scénario officiel. Avant toute continuation, il y aura une annonce dans le journal scénaristique. D'ici là, je vous laisse apprécier tout ce que ce topic implique^^ mes agneaux, préparez-vous à ne pas en croire vos mirettes!

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 7 Juin 2012 - 5:33

L’immense échiquier de la guerre avait mis en place ses pions. Des statues de chaire et d’âme dont plus un seul dieu ne semblait prendre pitié. Pourtant tous les dieux et tous les esprits braquaient leurs grands yeux emplis des larmes du néant sur la scène d’Adieux qui s’esquissait dans la clarté pure d’un soir de printemps. Toutes les plus hautes instances s’apprêtaient à servir leurs dévots. Car ces hommes et ces femmes les avaient nourris et inspirés par leurs anachroniques prières, les hautes instances du monde répondraient à leurs appels et offrirait la puissance méritée à chaque sorcier, aveuglément. Ce n’était pas leur guerre. Leurs guerres s’étaient terminées des milliers d’années auparavant et il n’était alors pas question de tribus mais de cosmos. Mais leur promesse sempiternelle, leur pacte avec les hommes - seuls êtres éphémères capables de les rendre immortels par le pouvoir de la tradition – les obligeait à exaucer en cette heure la funeste extermination de leurs enfants.

Noâz vêtu d’une longue cape de velours aux épaules aigues et larges sentait à travers le cuir de ses hautes bottes noires le pavé frémir d’une énergie ineffable. Son masque noir sans expression le rendait aussi impavide que les autres sorciers. Il était infranchissable, comme son ennemi. Pourtant, il les percerait. Il détruirait ces masques blancs par des éclats fantastiques, il les maculerait de sanglantes balafres à coups de dague et les ferait gémir à grand renfort de cruauté. La pitié devait rester hors des cœurs ce soir. La Mort serait la Déesse ultime. Elle descendrait du ciel simplement armée de ses grandes ailes noires et aspirerait en ses orbites vides les âmes des condamnés avant de repartir vers les cimes sans qu’un souffle ne s’échappe de ses lèvres blanches, sans même s’être posée. Car la Mort ne respire pas. Car la Mort n’attend pas.

Ses yeux se plissèrent lorsque la nitescence océane fit progressivement disparaître la première ligne de combattants dans un éblouissant contre jour. Le Meneur se demanda quelle manœuvre stupide la tribu d’Olrun tentait là pour impressionner le Lys Noir. Le contre-spectre extraordinaire s’avança à pas lourds et vaporeux vers Noâz qui sentit tout son être vibrer d’un sentiment aussi froid et bleu que l’aura de l’ennemie absolue : la peur. Son second visage voila la torpide sueur qui moitit son front. Il avança du pas le plus fébrile et majestueux jusqu’à se retrouver à quelques mètres de la créature baignée de lumière. Il reconnut à travers les orbites de son masque le motif qui rampait sur le corps d’Europe et la forme ancestrale du médaillon des gardiens. Son cœur s’emballa et il fit immédiatement deux pas en arrière.

Tout était remis en cause ! Le Lys Noir, ce soir était en danger ! Lui en première ligne… Il n’avait pas face à lui une Grande Prêtresse d’Olrun. Adversaire déjà de taille. Il avait face à lui une Grande Prêtresse possédée par un esprit ancien. Un esprit plus vieux que les hommes. Car ce n’était pas un esprit humain, c’était un Gardien. La créature qui lui faisait face était un dieu !
Noâz ne recula pas davantage. Tout était remis en cause. Le Lys Noir était en danger. Mais le Lys Noir n’était pas perdu… L’Ange exterminateur était en vol.


« Désolé Grande Prêtresse, comme à votre habitude vous sous-estimez la puissance du Lys. Je suis au faible regret de vous annoncer qu’il s’agira de votre dernière erreur. »

Noâz avait parlé avec toute la morgue qui coulait dans son sang, investi d’un courage grandissant à mesure que le ciel s’obombrait de nuées noires. Oui son courage réchauffait à nouveau son échine droite et fière pulsant à l’unisson avec la force céleste qui faisait à présent murmurer les nuages. Noâz détourna les yeux des pupilles incandescentes du Gardien et fixa quelques instants les pierres oculaires, lisses et inanimées, d’Anaël au sommet de l’église de Zetting.


*Toi, ange de pierre lourd de ces âmes que tu as volées. Toi qui fais peser sur les mortels le poids infernal de ta rédemption. Toi qui ordonne un miracle. Vois toute la puissance de l’Homme, vois la supériorité du Lys Noir. Et pardonne-nous auprès de ton Dieu sans pitié.*

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Lun 11 Juin 2012 - 12:22

[Il est souhaitable de survoler le topic De Profundis pour comprendre ce qui suit]

Nul écrivain, nul poète, nul artiste n’a jamais oublié de dépeindre le ciel. Il est au-dessus de nous. Il est parmi nous. Il n’a de limite que l’horizon, que la Terre que nous foulons, mais nous le voulons haut et loin de nous. Car il nous fait peur, il nous impressionne, il nous fascine. Il est l’incroyable détenteur de la vie. Il est l’imprévisible ordonnateur de la mort. De ses voiles obscurs de déversent souffles blancs, torrents céruléens ou éclairs de feu. Il est l’instance détentrice de lumière et d’obscurité. Il nous enveloppe de brumes cotonneuses ou nous lapide d’étoiles brûlantes. Le ciel est plus bas que terre, plus haut que l’infini. Le ciel est nu ou couvert, noir comme la nuit ou clair comme l’hiver. Du fond de ses entrailles d’éther il recèle tous les secrets, tous les mystères. Chaque larme évaporée, chaque prière égarée. Le ciel cache tout. Le ciel protège sa descendance comme il la foudroie. Les enfants du ciel le regardent et implorent une pitié ou une cruauté qui ne viendra jamais.
Car le Ciel n’a pas d’âme.

Le mystère en ce soir était bien au dessus des nuages qui s’assombrissaient à mesure que le soleil blafard fuyait la bataille. C’était un oiseau noir. Un corbeau immense. Véritable messager d’Odin, grand dieu de la guerre, un spécimen tel qu’il n’en fut jamais hors du royaume des Ases. Ses ailes elliptiques, démesurées, aux plumes aigues iridescentes de reflets virides, transportaient entres leurs rémiges hérissées des vapeurs noires longes et ciselées semblant sortir tout droit de l’Helheim mythologique. De ses lents battements d’aile l’oiseau traversait les nuages que ses serres noires et cruelles écorchaient. Son bec fort et courbé brillait comme ses griffes du même éclat terni, abîmé, déverni. Ses yeux d’émeraude s’allumèrent d’une lueur de puissance. Elle était arrivée.

Le corbeau fondit soudainement en piqué vers le sol attirant avec lui les nébuleuses grises qu’il avait traversées. Toujours en pleine chute, dans un fouillis explosif et frénétique de plumes et de fumées noires l’oiseau géant se métamorphosa d’abord pour arborer un buste et un visage humains encore cernés de plumules, sirène hellénique aux reflets nordiques. Puis, alors que la créature se posait sans douceur sur les pavés, dans un déchainement sifflant et crépitant de fumeroles, apparut à mesure que les nuées et les gemmules retombaient un corps de femme drapé de voiles sombres et diaphanes tourmentés par la brise. Ses ailes s’étaient changées en délicat manteau de fines plumes aigues iridescents de reflets virides. Sa peau était blanche et sèche, délicatement veinée de bleu et de noir jusqu’au visage. Ses serres étaient devenues fines bottes noires aux talons cruels. Ses griffes étaient ongles pâles et longs à l’éclat terni, abîmé, déverni simplement agrémentés de bagues dont une bague d’arme finement dentelée, terminée en pointe acérée et ornée d’une émeraude bien connue à l’index gauche.

C’est de cette griffe qu’elle releva paisiblement pardessus son front les cheveux fins et sombres qui cachaient son visage. Le visage du Lys Noir et de sa toute puissance. La beauté transcendant la mort. Un visage plus sculptural que les masques des sorcières eux-mêmes. Deux lèvres à peine violines sous un nez parfait et droit contre un profil marbré des subtiles tâches de la nécrose indiquant sans plus d’erreur possible que cette femme était morte. Enfin, des yeux aussi verts que l’émeraude de sa bague d’arme qui portait en filigrane le sceau inimitable de la Comtesse de Loewenstein. Cette femme était morte et cette femme était Alicia Loewenstein. Ramenée de l’Outre-Monde par les plus actuelles arcanes de la magie du Lys Noir. Au milieu d’une lente pluie de plumes noires et de cendres nébuleuses Alicia se tenait entre Noâz et Europe face au Gardien dont elle reconnut immédiatement le médaillon.

Elle haussa les sourcils, craquelant légèrement la peau de son front. Un arc d’étonnement, de mépris, d’hautaineté mais aussi d’inquiétude. Contrairement à son ennemi elle n’avait jamais soupçonné de victoire radicale et rapide. Elle affronterait donc une déesse immortelle, elle qui était déjà morte. Le Gardien venait des sommets, Alicia venait des très-fonds. Un équilibre inquiétant semblait se mettre en place à mesure que les championnes se jaugeaient.



« Quand je pense qu’on me fait revenir pour toi… »


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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Lun 11 Juin 2012 - 19:46

Les paroles d’Amaël provoquèrent chez Europe un haussement de sourcils dédaigneux. Le rejeton maudit laissait entendre que le Lys Noir possédait une arme secrète encore non dévoilée. Mais ce gosse se perdait dans des espoirs vains et farfelus. Comme si une arme secrète pouvait faire la différence… Il ne pouvait prétendre n’avoir pas vu le médaillon à son cou tel un phylactère nitescent. Le destin du Lys Noir était déjà scellé. L’étude des Livres des Ombres et de la Lumière avait eu une valeur propédeutique sans équivalent dans l’apprentissage des arcanes apicales de la puissance; il n’existait désormais nulle âme sur cette terre qui puisse se mesurer à forces égales à Europe.

Pas sur cette terre.

Mais au-delà peut-être…

Elle leva les yeux. L’éther nubileux s’obombrait dans la fin du jour mais le phénomène naturel ne pouvait occulter une mouvance plus inquiétante, plus aigue encore, comme la promesse de l’imminence d’une apparition. Se matérialisa alors au-dessus des visages levés un grand oiseau noir, qui plana quelques instants en un vol silencieux, surplombant le parvis et les êtres. Et Europe fut abasourdie lorsque le corbeau fondit des cieux; car elle venait de reconnaître l’éclat d’émeraude qui brillaient dans les prunelles de l’animal.

Toute sa lassitude, toute son apathie s’envola dans la bourrasque provoquée par l’atterrissage de l’apparition surréaliste.
Cela ne pouvait être… Et pourtant sa rétine fut bien forcée d’identifier la silhouette qui s’humanisait peu à peu devant son regard tout en gardant quelque chose d’aviaire, de majestueux et de cruellement animal.
Dix-sept ans auparavant, le Lys Noir avait franchi les limites d’un tabou absolu en ramenant sur terre les mânes damnées des défunts. Aujourd’hui, le monde lui-même entrait en dysfonctionnement intime avec l’apparition de la Meneuse, ressuscitée pour le combat.

Europe ne put retenir un frémissement d’excitation. Elle avait tant attendu, tant espéré ce moment! Ecœurée par l’ingratitude de sa tribu, malmenée par les jeux de pouvoir et une éprouvante vie de lutte, enfermée dans un cercle vicieux de corruption auto-destructeur, elle avait depuis longtemps perdu goût à l’existence. Sa vie ne pouvait se terminer ou trouver un aboutissement qu’en affrontant celle qui l’avait inlassablement rythmée depuis tout ce temps: Alicia de Sarrebourg. Lorsque la Comtesse était morte, Europe avait vu ses espoirs s’effondrer et s’était résolue à vieillir anonyme et sans avoir accompli ce qui devait être… Elle avait ressenti un manque si profond, insupportable, que chaque instant la mort paraissait plus miséricordieuse depuis ce jour-là.

Mais aujourd’hui son alter-ego, son négatif était revenu d’entre les morts. Elles régleraient finalement tout par cet unique combat, qui aurait dû se produire il y avait déjà bien longtemps. Les quelques minutes d’éternité qui allaient suivre, marqueraient le futur des deux clans à tout jamais; la suprême récompense pour une vie de servitude et d’épreuves. Le dicton favori de Louis traversa fugitivement l’esprit d’Europe; la justice des hommes ne servait décidément à rien lorsque l’on avait pour soi la justice divine… Et non seulement cet affrontement sonnerait le glas de sa consécration, mais il serait également arbitré par l’instance divine présente au-dessus d’eux, afin qu’aucun être d’aucun monde ne puisse jamais douter de sa victoire.
Il n’y avait plus de crainte, plus de doute, seulement l’adrénaline qui vrillait à présent ses artères en de violentes décharges, matérialisées par des poudroiements céladons émanant du pendentif. Europe était si concentrée qu’elle ne percevait plus les réactions choquées de ses consœurs derrière elle.
Pour la Grande Prêtresse ce combat comptait plus que n’importe quoi. Plus que tout au monde. Et bien plus qu’elle-même.


Elle fixa l’aspect surréaliste de l’ancienne Meneuse dans l’atmosphère crépusculaire. Les derniers rayons solaires projetaient des rais de feu traversant un étal ténébreux… L’un d’eux captait la silhouette adamantine debout sur le parvis. Toujours avec cette longue chevelure, mais Europe distinguait mal ses traits –et pour cause. Alicia esquissait un portrait si saisissant qu’elle franchissait par son seul physique la limite du divin… La moitié de son visage, rendue livide par les faisceaux solaires, distillait un effrayant flash coruscant tandis que l’autre moitié, au millimètre près, était plongé dans des ténèbres d’autant plus épaisses. Au milieu de cette antithèse vivante, ses prunelles, deux flaques chromées rehaussées d’une étoile opalescente, luisaient dans la pénombre en fixant la Grande Prêtresse. Le cœur de cette dernière se mit à cogner plus sauvagement que jamais dans sa poitrine et quelque chose de très familier s’alluma en elle. Mais impossible de mettre un nom sur ce sentiment… Le sang battait à ses tempes tandis qu’elle contemplait le poudroiement albugineux de son visage mêlé au néant le plus total.

Europe reçut les paroles corrosives de l’ancienne Meneuse avec une moue indulgente. La flavescence du soleil couchant la faisait paraître plus hiératique que jamais, comme enveloppée d’or.


"Hé oui. Désolée… d’être moi."

La seconde suivante, la Grande Prêtresse avait comblé le vide entre leurs deux corps, se mouvant avec l’élan et la rapidité conférée par le pouvoir des Gardiens. Encore une seconde et elle avait sorti une lame effilée qu’elle plantait profondément dans la poitrine de la défunte, faisant pivoter l’arme crantée au sein même du corps de son opposante.

Pas d’introduction officielle, pas d’intimidation réciproque avant de débuter. Anticiper cet affrontement depuis des années ne signifiait en rien l’envie de s’étendre en verbiages et prolégomènes inutiles.

Alicia serait renvoyée à l’enfer auquel elle appartenait l’espace d’un clignement de paupières.


"Disparais. Pour de bon, cette fois-ci. Et avec toi ton indécent simulacre de clan de sorcières, voué à l’anéantissement avant même d’avoir existé."


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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Lun 11 Juin 2012 - 23:33

Alicia se souvenait. Il y avait de cela vingt-six ans, traversant cette même place accompagnée de sa meilleure amie, les deux jeunes femmes faisaient leurs pronostiques. Quand Analysa allait-elle mourir ? se demandait Alicia. Avec ou sans aide ? lui répondait Abigaël. Les sublimes péronnelles riaient aux éclats, faisant rosir de jalousie les fleurs du printemps. Qui la remplacerait ? se demandait Alicia. Et si on pariait ? lui répondait Abigaël. Les deux jeunes femmes se regardaient pleines de défi, d’ambition et d’innocence. L’une d’entre-nous ? demandait Alicia. Non, laquelle d’entre-nous ? répondait Abigaël. Les deux amies se dévisageaient, les yeux fixes, grands et puissants, asséchés par la brise d’avril, inconscientes qu’elles semaient ainsi les germes d’une tempête qui arracherait à tout jamais ses pétales au Printemps. Alicia se souvenait. Elle avait alors senti un frisson froid et violent fouetter toute son échine. C’était la prémonition silencieuse, l’avertissement divin. Pour la première et dernière fois de sa vie elle ne soutint pas le regard d’Abigaël. Déjà le lien s’était défait. Et les vingt prochaines années de guerre ne seraient que les ondes dispersives de cette amitié jetée à l’eau.

Alicia avait alors voulu changer de sujet. Et lorsque celle d’entre-nous deux qui sera devenue Grande Prêtresse mourra ? Qui prendra sa place ? demanda Alicia. Eh bien la vieille peau aigrie qui sera restée sur le carreau aux dernières élections ! répondit Abigaël pétillant de toute son impertinence. Non, je ne crois pas… avança Alicia. Car à la mort d’Analysa, une nouvelle prêtresse sera nommée. Et nous savons toutes de qui il s’agira. Europe Eléanora-Sun, répondit Abigaël. Une ombre éteignit alors le sourire des deux sorcières. Europe n’était pas un danger apparent. C’était une puissance tacite et calme, une puissance somme toute dangereuse donc. Une femme sans ride et sans secrets, un mystère absolu donc. Une femme qui ne jouait ni ne trichait, une manipulatrice intelligente donc. Avant même son avènement au rang de prêtresse, toutes la pressentait. Elle était le profil type imaginé pour ce genre de rôle. Pâle et candide, prête à être peinte. Fine et souple, prête à se glisser avec aisance aux sommets. Elle était déjà une menace au stade embryonnaire de la Sagesse. Femme intelligente et puissante.



La grande confusion du siècle était celle qui réunissait sous la même égide anticatholique sciences et magie. Une confusion toute chrétienne absolument pardonnable aux fidèles catéchistes, mais bien moins excusable auprès d’une sorcière soit disant intelligente et puissante. Qu’espérait Europe ? Qu’Alicia était un miracle scientifique ? Une sorte de créature prométhéenne moderne digne d’un roman britannique futuriste ? Non, Alicia était un miracle tout ce qu’il y avait de plus divin. Et son corps ne réclamait pas les battements de son cœur pour continuer à se mouvoir. Aussi lorsque la lame se planta dans son abdomen remontant jusqu’à son ténébreux palpitant, Alicia ne put retenir une expression de douleur ultime, sensation nerveuse fantôme. Elle trouvait en ce geste la métaphore de la stratégie politique de la tribu d’Olrun, la lame représentant la doctrine dont chaque cran était une règle intangible. Ainsi la tribu pénétrait de force votre esprit, règle par règle jusqu’à insuffler en vous toute sa doctrine jusqu’à vous faire éclater le cœur si besoin. Une formulation plus triviale aurait été « marche ou crève ».

Alicia n’avait pu retenir ce cri éraillé, le dos courbé par la violence du coup, les yeux écarquillés de surprise, le souffle haletant de douleur, les deux mains posées sur les poings d’Europe fermement serrés sur le manche du poignard.


« J’espère que tu es prête sale petite chienne,

S’exclama Alicia frémissante de colère. Elle se redressa lentement, plissa les yeux, souffla calmement en repoussant avec force et lenteur la dague hors de son abdomen. Quelques gouttes noires perlèrent le long de la lame jusqu’à salir la divine pâleur de la main presbytérale.

Car tu vas voir ce dont est capable un simulacre qui n’existe pas… »

D’un revers de main, Alicia frappa de toute sa force le visage d’Europe par le dessous. Celle-ci fut prodigieusement projetée en arrière. Sur le visage de pierre d’Alicia, un sourire de satisfaction s’effaça rapidement pour laisser place à une expression grave et sans âme.

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mar 12 Juin 2012 - 11:29

Europe se voyait déjà au panthéon des vainqueurs. Elle avait pensé que son ennemie opposerait une quelconque résistance. Pourtant le souffle émanant des lèvres cruelles de l’ex Meneuse laissait entendre une douleur univoque, prémisse des affres de la fin. Tout était déjà fini. Elle se recula avec satisfaction.
Le sourire sur son visage se mua alors en une expression ahurie lorsqu’Alicia retira lentement la lame de son abdomen, suintante maintenant d’un liquide noirâtre et corrosif tel une poix immonde. La seconde suivante, un violent choc explosa sous son menton et l’envoya valser de plusieurs mètres dans les airs. Abasourdie, la Grande Prêtresse se réceptionna sur les pavés, et passa une main amère sur le bas de son visage.

Les motifs tribaux et tentaculaires qui ornaient son épiderme s’agitaient vivement, comme dérangés dans leurs longues oscillations contemplatives. Tels un feu mourant ils perdirent leur éclat bleuté, s’éteignirent, se décolorèrent jusqu’à demeurer inertes à l’endroit précis où la main d’Alicia était entrée en contact avec la peau d’Europe.
Celle-ci comprit au moment où elle observa le phénomène, où elle releva la tête, voyant son ennemie sourire, indemne.

Alicia ne pouvait pas mourir. Pas par l’action d’une lame.
Elle était déjà morte.
Ces tâches sur sa peau lactescente, son visage veiné de noir, ses griffes acerbes et ce sang obscur… Tout portait la marque de l’au-delà. Même l’émeraude sublime des yeux de la Meneuse était de la couleur de la pourriture, la même nécrose qui ornait la viande faisandée. Alicia n’était pas ressuscitée. Elle était un cadavre ambulant sorti de son cénotaphe. L’égorger ou lui planter une lame dans le cœur ne servait à rien.
Une bouffée de frustration jaillit d’Europe et de sa grimace méprisante.


"Alors qu’attends-tu pour me le montrer? Je n’attends que ça! Cela fait des années que je n’attends que ça!"

Sa voix suraigüe était enrayée par un surplus de colère mais aussi d’excitation. Elle jeta derechef un bref regard à Anaël, instance divine qui au sommet de son monde circulaire, était présent pour les juger. Or ce n’était pas pour ses beaux yeux d’ange qu’elle faisait tout ça. Depuis qu’elle avait quitté l’acatalepsie qui était le lot des mortels, mourir ne l’aurait pas dérangée outre mesure, du moment qu’elle pouvait goûter à la vengeance.
Mais des milliers de personnes avaient les yeux rivés sur ce combat dont dépendait leur survie. Europe savoura l’ironie de la chose. Prêtresse décriée, critiquée, malmenée maintes et maintes fois par ses consœurs… Aujourd’hui, elle allait tous les sauver.
De la Meneuse. Du Lys Noir. De l’ange. Maintenant ou plus tard, elle quitterait ce monde en héros salutaire de l’âme collective de Forbach et surtout, tous se rappelleraient son nom.
Un peu comme Alicia.


Une exhalaison d’air sulfuré, et Europe levait les bras, paumes brandies vers son adversaire. Aussitôt un tremblement terrible agita la terre sous les pieds des sorcières présentes. Il semblait presque que le sol se désaxait de ses fondements, au moment où les lourds pavés qui composaient le parvis de l’Eglise de Zetting, se désencastraient de leur emplacement initial et, vibrantes plaques de roches lourdes et denses, s’élevaient dans les airs en répandant alentour une pluie interminable de poussière ocre et grise, portées par son aura… Le corps nimbé d’éclats bleus d’Europe flamboya plus encore et une détonation de lumière totalement silencieuse se produisit dans le chaos ambiant. Les énormes dalles ainsi que les morceaux de gravats vibrant en résonance avec le pouvoir catalysé de la Grande Prêtresse volèrent alors en tout sens, projetés en traînées mates sur Alicia et son tas de bouseux terrifiés, tandis d’une clameur vindicative montait de la gorge d’Europe…




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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mar 12 Juin 2012 - 13:50

Car l’agonie est une longue chute dans l’abîme du néant, nombreux sont ceux qui pensent que la Mort est un état de déambulation lymphatique dans des couloirs lumineux ornés de souvenirs lacrymaux. Une poursuite de ce que nous étions dans l’outre-monde. Il n’en est rien. Car pareille vision ne prend pas en compte que cet outre-monde n’obéit à aucune règle logique du monde terrestre. Lorsqu’Alicia s’était réveillée sa première surprise fut son état de conscience absolue couplée à une amnésie antérograde. Elle savait pertinemment qu’elle était morte. Elle était incapable de se souvenir comment. Le lieu où elle se trouvait alors n’était pas tout à fait spatial, encore moins temporel. Ce qui s’y déroula fut instantané et éternel. Il n’y avait autour d’elle ni lumière ni obscurité, qu’une atmosphère flottante de vide plein, une sérénité infernale. Alicia ne s’y sentait ni bien, ni mal, car elle ne s’y sentait pas, car cet endroit n’était pas, car ce qui est vit, et qu’elle était dans l’outre-monde, ou plus rien n’est ni ne vit. Bercée dans ce vertigineux paradoxe de la création, Alicia n’avait pas peur.

Car elle avait étudié cet outre-monde toute sa vie et car elle était morte. Elle voyait là l’occasion de pousser son étude. Or dans le chaos paisible de l’outre-monde, il vous suffisait d’incanter la question qui vous taraudait pour que l’écho du néant vous en donne la réponse. Alicia le savait. C’est ainsi que les esprits des morts savaient toujours le nom de leur assassin. La Comtesse ne pensa pas un instant à réclamer après son meurtrier. Elle ne pensa pas un instant à perdre son temps. Elle ne pensa pas un instant à autre chose que le sujet qui avait orienté sa vie entière : l’ésotérisme et toute sa puissance. Alicia Loewenstein passa la totalité de son séjour au royaume des morts à résoudre les questions ontologiques qui bloquaient sa compréhension des mondes et de leur magie. Nulle ire vengeresse en son cœur : ce savoir était l’unique clef pour le salut de son âme, la paix.

Jamais elle n’eut pensé revenir, jamais elle n’eut pensé devoir utiliser sa puissance d’outre-monde contre des mortels ou contre des dieux. Mais sa tribu était en danger. Elle n’avait pu ignorer l’appel. Elle était mère. Mère de dizaines d’hommes et de femmes prêts à mourir pour son empire. Mère d’une gloire et d’un progrès. Comme une reine elle brandirait glaive et légions pour protéger sa nation attaquée. Comme une mère, elle sortirait griffes et cruauté pour protéger ses enfants menacés. Et que ceux qui crurent un instant être prédateurs d’une portée orpheline tremblent à présent face à l’instinct sempiternel qui charriait du fond des âges et des profondeurs de la mort toute la rage d’une femme.

Alicia était restée droite et stoïque face au jaillissement de lueurs fantastiques soulevant le sol pierre par pierre. Elle ne prévoyait rien. Elle savait qu’une pluie de rocs allait s’abattre sur les siens, mais elle n’avait ni formule ni stratégie pour répliquer. Lorsqu’on est au front lancé dans la bataille, les plans de l’arrière volent en éclat comme les idéaux pacifistes entre les billes de plomb. Elle écarta les bras, légèrement en arrière pour signifier à ses sœurs de reculer et fit elle-même deux pas en arrière. Ce qui s’apprêtait à s’abattre sur eux n’allait pas être aisément réductible. Sans un bruit signant leur départ, la centaine de pavés fila droit sur les sorcières du Lys Noir avec une soudaineté et une violence inouïe. Les yeux de la Comtesse s’écarquillèrent à l’extrême et sa gorge répondit au râle haineux d’Europe par une négation froide et hypersonore. Les bras toujours écartés, son manteau de plumules noires se déploya dans toute sa largeur, ébranlé par le souffle tempétueux de l’offensive. Les pierres furent subitement arrêtées en plein vol même si quelques éclats passèrent le mur invisible dressé par la sorcière elle-même égratignée au cou. En à peine un instant, elle rassembla ses deux mains dans un claquement sinistre en écho avec le bruit de la cohésion brutale de tous les pavé qui formèrent un mur difforme en lévitation. Alicia rouvrit enfin ses mains vers l’avant, projetant le mur contre la tribu d’Olrun avec la même violence.

Il était plus aisé de neutraliser une multitude d’individus qu’une association cohérente. Alicia sourit à cette idée. Le mur traversa en sens inverse le parvis dans un grondement sourd et vif. La Comtesse ne put alors observer, derrière le mur projeté, Europe qui, sans même lever les mains, susurra une formule qui stimula les marques iridescentes de sa peau de façon inquiétante, faisant vivement frissonner sa robe et gonflant sa poitrine d’un éther invisible qu’elle souffla infiniment sur le mur de pavés qui s’éroda à une vitesse incroyable retournant à l’état de poussière en quelques instants. Au travers du mur de poussière grisâtre, la Grande Prêtresse regardait Alicia avec un sourire carnassier. Il était plus aisé d’annihiler une association qu’une multitude d’individus dispersés. Sa satisfaction fut ramenée à de l’attention lorsqu’elle observa une silhouette sombre venue d’en haut fendre le nuage de poussières en direction de la Comtesse.

Alicia accueillit le corbeau sur son épaule, et lui parla dans la langue sombre et gutturale de l’Helheim. Le grand oiseau s’envola sur le champ vers les hauteurs jusqu’à ce que son ombre disparaisse dans les nuages et les contamine de l’encre de son plumage. Alicia leva gracieusement une main en l’air. Tous les sorciers du Lys dégainèrent leurs dagues et braquèrent leurs yeux enchanteurs sur leurs ennemis. Le ciel convulsait.

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mar 12 Juin 2012 - 20:21

Ainsi Alicia était-elle revenue des limbes pour marquer une fois encore l’Histoire –cette fois de manière indélébile. Europe scruta la silhouette noire volatile qui descendait des cieux pour se poser sur l’épaule de l’ancienne Meneuse. Des tourbillons de poussière agitaient encore l’air alentour, déposant partout une fine pulvérulence grise, y compris sur la Grande Prêtresse sans même parvenir à atténuer la brillance de sa peau. Le corbeau regagna les cieux après quelques secondes sous le regard méfiant d’Europe, qui se demandait quelle perfidie allait encore naître de l’esprit bacchanal d’Alicia. Mais si elle était sur ses gardes, elle n’avait pas peur. Au contraire, une excitation terrible faisait trembler ses muscles face à la perspective de cet affrontement que le destin lui avait enfin concédé. Et de regrets, son âme était exempte.
Tout finirait aujourd’hui, comme tout avait commencé.
Olrun faisant face au Lys. Le calme pouvoir traditionnel faisant face à la fougue du renouveau.
Le Coryphée du Savoir Ancestral contre la Médiatrice de l’Outre-Monde.

Tel un poison l’étal d’aura noire et ténébreuse du corbeau explosa dans l’empyrée, assombrissant le ciel, tandis qu’une rumeur surnaturelle jaillissait des nuages écumants fangés de ténèbres. Il sembla alors un instant à toutes les sorcières présentes, que le ciel se mut par lui-même en de violentes lacérations obscures dirigées vers le bas… Déchirant alors derrière eux des lambeaux de fumerolles éthérées, une gigantesque nuée de corbeaux fuligineux fondirent du ciel, reproduisant le plongeon vertigineux d’Alicia quelques minutes auparavant. Les croassements résonnèrent dans tout Forbach à l’instar d’un coup de tonnerre tandis qu’une nuit prématurée tombait sur la ville, les ailes d’encre des oiseaux dissimulant les derniers rayons de soleil à la vue des sorcières présentes sur le Parvis.
Europe comprit l’offensive et ses yeux s’écarquillèrent.


"MES SŒURS!" hurla-t-elle dans le tumulte.

Sa voix amplifiée par le pouvoir immémorial des Gardiens fut à peine suffisante pour couvrir la rumeur inouïe et descendante des cris des corbeaux. La Grande Prêtresse leva le bras et fit un signe explicite aux sorcières d’Olrun regroupées derrière elle. Aussitôt, aux mains de ses consœurs flamboyèrent les éclats de dizaines de lames sorties de leurs étuis, prêtes à accueillir dans quelques secondes l’assaut des volatiles descendant en vortex assourdissant sur elles. Simultanément résonna dans l’air le cri lancé par la voix métaphysique de la Meneuse ressuscitée, qui trouva écho dans chaque croassement aigu. Elle invectiva ses troupes à monter à l’assaut d’un bras tendu vers l’ennemi, et aussitôt les sorcières du Lys répondirent à son ordre en une vague unanime et grondante se précipitant vers les sorcières d’Olrun.

Juste avant le point de contact, Europe eut le temps de darder sur Alicia un regard frémissant, luisant, de toute la haine qu’elle eut jamais éprouvé. L’ancienne Meneuse ne se contentait pas de ce duel des champions de chaque clan. Elle y faisait participer les sorcières d’Olrun et du Lys, comme si elle jugeait que la Grande Prêtresse n’était pas pour elle un adversaire présentant suffisamment d’intérêt.

Hé bien, elle allait rapidement déchanter.

Une expression cruelle naquit sur son visage et elle esquissa un geste d’une telle désinvolture qu’il en paraissait presque déplacé: elle claqua simplement des doigts. L’effet fut instantané. Le pouvoir torrentiel des Gardiens luit plus encore sur sa peau lapis tandis qu’un fracas assourdissant ébranlait la terre... Des nuées anthracites s’amoncelaient au-dessus du champ de bataille dans un phénomène qui n’avait rien de naturel. Quelques secondes plus tard, une tempête se leva sur Forbach. Un vent d’une violence incroyable fit s’agiter la végétation alentour et malmena sorcières et corbeaux en pleine mêlée dans d’impétueuses et féroces bourrasques. L’averse diluvienne qui s’abattit ensuite sur le Parvis en ruine ne fit qu’ajouter au chaos, tandis qu’au-dessus des nuages, le ciel explosait dans des éclats noirs et bleuâtres… L’orage se propagea rapidement tel une gangrène et darda ses langues d’un blanc électrique sur la terre, enflammant promptement certains des arbres les plus hauts qui entouraient l’Eglise. Les éclairs semblaient se mouvoir par eux-mêmes, animés d’une volonté propre. Leurs ruades reptiliennes tracèrent dans le ciel un schéma blafard tandis que par dizaines, les corbeaux d’Alicia aux plumes ébouriffées et calcinées tombaient morts sur le sol dans une traînée de cendres noires… Tout alentour n’était plus qu’un maelström indescriptible mais Europe se dressa au milieu de cette foule, reconnaissable entre mille. Le déluge qui s’abattait avec violence sur elle faisait grésiller sa peau bleue et noire d’où s’en échappait des filets de fumée grise, comme si son épiderme avait été en fusion…
Ses yeux s’allumèrent d’une lueur sauvage tandis qu’elle hurlait dans le tumulte:


"VOIS! Contemple donc ce pouvoir des Gardiens que tu as tant convoité… Il est mien à présent! Il t’a fallu mourir pour effleurer un pouvoir à peine équivalent. Moi, je suis en VIE! Je t’ai surpassée, Alicia!"

Métaphore aux cruels étiolements mensongers. Rien n’était moins en vie qu’Europe ces derniers temps. Ce soir –surtout ce soir-, elle n’avait même plus forme humaine…

"Locos umbrae regnans, scathach, in manum mean det jaculum daemonium cum spinis triginta. Jaculation fulgories…"

L’éclair commandé de sa main jaillit dans une cavalcade de fureur et de sang, plus dense que jamais, bourdonnant tel un millier d’autres, et s’abattit dans un bruit de fin du monde sur la silhouette aérienne et méphitique de la Médiatrice de l’Au-Delà.
La lumière blafarde qui s’ensuivit donna à tous l’impression qu’Alicia se disloquait. Le souffle prodigieux et cataclysmique de la foudre la projeta à terre, faisant flamber sa silhouette manichéenne en un instant, tandis que la Meneuse s’effondrait et touchait le sol telle une carcasse calcinée. Les gerbes de pluie tombées du ciel s’écrasèrent sur ce corps impossible, faisant naître de pâles fumerolles au bout des ailes irisées de lueurs rougeoyantes et qui les consumaient lentement.




[Les gens, vous pouvez poster! ENJOY!!]

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Ven 15 Juin 2012 - 17:08

- Il y aura de la bouillie de Lys Noir ce soir au menu mon Isa !

C’était la première pensée venue à l’esprit d’Isorine Silberholz. Assez de se cacher et d’opérer dans l’ombre. Elles n’ont pas volé le médaillon pour rien ! Ce soir, le bijou flamboyant reposait sur la clavicule de la grande prêtresse qui de ce fait avait revêtu pour l’occasion une apparence inhumaine et fantasmagorique.

Oh oui qu’elle va apprécier cette soirée ! De toute façon ses prévisions de vie s’arrêtaient au solstice, moment où tomberait la sentence d’Anael… Autant aller au-devant de son destin. Plutôt que de le subir. Le stigmate l’aidera. Il risquerait certes d’accroître sa souffrance… mais la rendrait aussi plus vive et plus précise dans l’affrontement. Si elle devait mourir ce soir, ainsi soit-il : elle mourrait les armes à la main dans un parangon de gloire, aux côtés de sa sœur.


- Qu’on se le dise, peau de vache : je viendrai pas sauver tes vieilles fesses flasques si tu es en danger !


Balança Isorine avec sarcasme en regardant sa sœur prête à jeter le contenu d’un verger à la figure de ses adversaires. Isorine, elle, avait revêtu pour l’occasion une apparence cuirassée puisque des épines de rosier de gros diamètre sortaient partout de son épiderme, la faisait ressembler à un énorme porc-épic de plus de cent kilos. Le premier infortuné qui se retrouverait dans un corps-à-corps avec la mamie connaîtrait le triste sort de s’embrocher dessus. Le point faible étant qu’Isorine doive justement provoquer ce corps à corps pour avoir une chance de blesser l’ennemi.

- A l’ATTAAAAAAAAQQQQUUUEEE ! ! ! ! ! ! ! ! ! !


La vieille bique chargea comme les autres, dandinant son popotin le plus vigoureusement possible. Elle s’arrêta dix mètres plus loin, essoufflée et martyrisée par les rhumatismes. Diantre ce n’était pourtant pas le moment ! Autour, pandémonium régnait, une confusion de bras, de jambes, de corps qui s’entrechoquent et de magies qui s’affrontent. Isorine n’eut rien à craindre ou presque des corbeaux car les volatiles s’empallaient sur la crête d’épines volumineuses qui couronnait son crâne. Elle se focalisa plutôt sur les Lys Noir et fut heureuse qu’aucun d’entre eux, à l’inverse des Olrun, ne puisse maîtriser le feu.

- Toi, sale gosse !


Dans le chaos Isorine reconnut Apoline Delucy. Deux grandes mamies expérimentées contre une gamine : voilà qui avait l’air équitable ! Car oui les sœurs Silberholz n’avaient jamais prétendu être des modèles de droiture et d’honneur. Si elles pouvaient sauver leur peau en attaquant les plus faibles et les plus jeunes, plutôt que de grands et solides gaillards… pourquoi se priver ?

Isorine chargea la gamine, se précipitant sur elle tête baissée telle un phacochère.
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Sam 16 Juin 2012 - 21:50

Saisissant est le paysage quand on le y pose ses yeux pour la toute dernière fois. Le vert des collines près du Manoir devenait surréaliste. Les rayons du soleil auraient fait merveille si ils avaient été présent, mais ils peinaient à passer au travers de l'opaque couche nuageuse. Le vent sifflait pernicieusement entre les arbres, leur arrachant quelques feuilles. Le temps allait au ralenti, chaque chose était pressentie comme une prémonition évidente. Les pas des servantes dans les cuisines, les allez et retour de Vincent entre lesdites cuisines et la salle à manger. Le temps était couvert pourtant l'ainée des Mirova ne pouvait s'empêcher de s'agiter nerveusement avec entrain. Elle lui avait encore menti. Ce soir, il rencontrerait peut-être sa future épouse, et elle s'enfuyait pour un tout dernier combat. Qui l'eut cru? Elle était si jeune et si jolie dans cette lumière, cette prétendante. Elena ne la recevrait pourtant pas, bien qu'elle partage la joie de son frère, au fond elle était relaxée. Son frère ne serait plus seul, elle le savait déjà lorsqu'il posa un regard à la nouvelle arrivée.

Elisabeth de Carmon. Noble, d'une très bonne famille d'un village alentours. Et elle se déplaçait pour les beaux yeux vert de Vincent, droite fière et délicate comme une fleur qui attend d'être cueillit. La demoiselle serait un bon partit. Elena se cachait derrière un des pans de tapisserie pour voler ce dernier instant de bonheur. Elle capta l'expression de son frère, séduit. Elle sourit tendrement avant de remettre la tapisserie en place.

"Pardonne moi si je ne reviens pas. Tu auras été mon seul amour."

Un amour fraternel, mais un amour quand même. Elle tourna les talons sans tristesse. Elle était déterminée, remplie de la hargne qu'Alicia, relevée d'entre les morts, lui avait insufflée. Le courage, ou certain dirait la folie qui animait chacune des tribus ce soir n'avait rien d'humain, car ceux qui les menaient n'en étaient plus vraiment eux même. Entre Alicia, morte de son état et ressuscitée pour l'occasion et Europe affublée du médaillon des Gardiens. La soirée promettait du sang, de la violence, l'éclat d'une vengeance. Qu'Anaël ouvre grand ces iris de pierre, et qu'ils voient ce que la haine, et l'amour concentré donnait. Chacun suivait par amour sa Meneuse, par conviction. Et il venait mettre l'autre à genoux. La solution unique et ultime. Le grand échiquier de ce soir était posé et la partie commençait sans plus de cérémonie.

Alicia, transcendée par le corbeau ténébreux en lequel elle c'était changé pour l'occasion fondit sur le sol alors qu'Europe inhumaine créature chargeait déjà en commandant aux pierres. Le coup d'envoi fut enfin donné quand la Grande Prêtresse d'Olrun planta sa lame dans le corps mort d'Alicia. Un hoquet d'horreur naissait dans le coeur de la tribu d'Olrun lorsqu'à
la vue du sang d'encre elle comprit qu'Alicia ne serait pas aussi
simple à détruire. Alicia répliqua par des volatiles alors qu'Europe choisit de les foudroyer.


Et d'un seul homme la horde de chaque côté qui était resté derrière sa Meneuse se mua et se rua à la rencontre de l'autre. Des retrouvailles. Voilà ce qu'était le spectacle. Et le sang ne tarda pas à couler de tous les côtés. Ce soir serait un massacre.

Elena le savait depuis le moment où Alicia avait émergé des Sous-sols. Mais elle servait aussi bien Alicia que Noâz. L'un et l'autre était des inspirations. Elle avait l'honneur d'en connaître plus sur le fils que la mère et c'était avec une amitié puissante qu'elle combattait. Elle jeta un œil à son ami. Si elle eut du aimer un homme cela aurait pu être lui. Peut-être? Qui sait après tout. Mais rien de ceci ne se passerait. Aujourd'hui elle se battait sans espoir de retour. Elle se battrait jusqu'à mourir, ainsi l'avait elle décidé. Elle serait le bouclier de ses sœurs, la lame vengeresse. Elle avait oublié sa robe et l'avait troqué pour la chemise de son frère et un de ces pantalons d'équitations. Un manteau sombre accompagnait le tout pour tomber proche de ses pieds couverts de bottes en cuir bouilli. Les cheveux attachés sobrement en queue de cheval haute, elle se rua comme les autres. Et si beaucoup de ses frères et sœurs frappaient au hasard sur le premier venu, elle visait quelqu'un de particulier. Quelqu'un qu'elle avait chercher des yeux depuis le tout début de l'affrontement.

Viviane Valdemar.

Si elle ne devait tuer qu'une seule personne ce soir, ce serait cette femme. Elle avait beaucoup trop de griefs contre elle et sa place au sein d'Olrun était trop importante pour qu'elle ne réussisse pas. Ce soir, elle n'échouerait pas. Elle mettrait cette femme à la chevelure de feu à genoux, dusse t'elle se briser les membres pour cela. Et rien sur son passage ne fut épargné. Elle avançait telle une furie vers son objectif. Elle pourfendait avec sa fine lame les corps désœuvrés de ces adversaires avant enfin d'atteindre l'objet de sa convoitise.

"Je n’avez pas mieux sous la main Viviane. Mais j'espère que cette lame te transpercera le cœur!"

Elle parla entre ses dents avant de fondre sur elle avec son épée. Cette même lame qu'elle avait insulté lors du vol du grimoire. Le visage plein de rage qu'Elena affichait la changeait, la rendant plus mature et grave. Elle n'avait plus de douceur dans les yeux. Que de la colère. Et pour maintenir cet état, elle repensait à Luc. Son cher apprenti.
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Lun 18 Juin 2012 - 10:36

Isaline observait la mise en scène avec une neutralité qui n’était ni froide ni chaude. Elle voyait l’incroyable folie d’Europe irradier de son cœur, l’impensable noirceur du Lys fondre sur elle. Elle voyait l’impossible impassibilité d’Anaël. Elle imaginait l’ineffable torpeur des Dieux et l’inimaginable effroi de ses sœurs et de ses ennemies. Comment ces hommes et femmes, allaient ils pouvoir se livrer bataille ? Ils étaient voisins, parfois anciens amis et même parfois encore amants. Ils étaient voisins, ils étaient issus d’une même mère. Où diable allaient-ils pouvoir trouver l’incroyable violence nécessaire à s’entre-tuer ? Des masques seraient-ils suffisant à oublier qu’ils avaient face à eux des êtres humains pensant, aimant et sentant comme eux-mêmes ?

Non.

Personne n’oublierait combien il est dur de brûler son âme en sacrifiant la vie de ses pairs. Mais nul n’oublierait combien ces pairs méritaient la mort ! Nul n’oublierait combien les idéaux en quel il croyait valait la vie comme la mort !! Car les sorciers et les sorcières, les hommes et les femmes présents ce soir, étaient droits, fiers et tous prêts à mourir pour leur tribu, au nom de la Liberté. Les humains la dague à la main n’étaient pas des fous, des soldats pochetrons, ils avaient la tête aussi froide que le sang. Et c’est le cœur battant tant par la haine que par la peur qu’ils prendraient autant de vies qu’il leur serait permis. Ils avaient foi en leurs Dieux, en leur tribu, en leurs meneurs et en leurs décisions, aussi terribles soient-elles.

Isaline cessa de se perdre dans ses pensées lorsque sa sœur lui invectiva un encouragement et une parole d’amour ultime toute déguisée.


« Moi non plus face d’oursin, sauve qui peut ! »

Isorine repéra Apoline. Très bon choix. Il fallait toujours commencer par les plus jeunes, cela démoralisait les plus anciens. Il n’était pas question d’humanité ce soir, uniquement d’efficacité. Il s’agissait d’être une statue de puissance, un point c’est tout. Les corbeaux d’Alicia fondirent en masse sur les sorcières d’Olrun, un flot ininterrompu, Isaline se retrouvait submergée, se sentant impuissante par son pouvoir dans un premier temps. Elle ne voyait plus sa sœur bien plus loin sur le champ de bataille. Que faire ? Et si…

Nombre de sorciers et de sorcières avaient tendance à oublier une chose primordiale concernant les sœurs Silberholz… On les trouvait mesquines, vieilles, futiles, distrayantes. On ne les avait jamais prises au sérieux comme chefs de tribu, mais il ne fallait pas oublier que depuis des décennies Isaline et Isorine étaient sages de la Tribu d’Olrun…

Isaline regarda autour d’elle, elle fixa le trou laissé par le lancer de pavés magistral d’Europe.

« Viviane, casse-toi de là gamine !!! »

Elle pointa tous ses doigts de sorcière tordus et noduleux sur la terre et en tira par magie d’abord un germe tendre qui se changea en quelques secondes en brindilles puis en encore moins de temps en branche, puis en arbrisseau. Tout autour d’elle, sans même qu’elle ne s’en rende compte chaque pavé manquant ou chaque interstice assez grand laissait pousser un autre petit arbrisseau. Isaline se concentra encore davantage et les arbrisseaux devinrent grands, hauts et leurs ramifications nombreuses et denses. L’arbre du centre grandit et son tronc s’épaissit autant que la circonférence du trou le lui permit.

La forêt de fortune avec ses arbres chétifs protégea les sorcières d’Olrun un petit temps des corbeaux ralentis par la toile de branches tissée. Mais ça Isaline n’en avait cure. Cette sylve ridicule lui permit surtout de retrouver une visibilité suffisante pour s’en aller aider sa sœur contre Apoline. Elle aurait volontiers couru retrouver Isorine, mais ce sortilège l’avait déjà épuisée. Elle avait peut-être commencé trop fort. Elle avançait à pas lents entre les éclats, de lumière et de voix, lorsque les détonations la firent sursauter : les éclairs d’Europe enflammèrent les oiseaux et les cimes. Ses arbres protecteurs en proie aux flammes et au vent ne seraient plus de grande utilité très longtemps mais les corbeaux pris dans la tempête non plus…
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mer 20 Juin 2012 - 18:42

Peuples de Forbach, avaient-ils crié, les sorciers sont la famille Scholcer, Firmin, Hubert, Guéroy, Byche, nous les avons vus et nous pouvons en témoigner. Que Dieu nous venge !
Le plus ancien arbre fut tombé dans une tornade de flammes et de corbeaux fumants, mettant à nu des ossements et objets au sceau de la colombe. Une masse noire hilare s’agglutina autour. Aux rebords du fossé, des mains furent écrasées. Les masques pour un combat, demandèrent-ils. Oh, mais attendez mes pigeons, nous voulons tous les cache-visages et les capes, sinon ce n’est pas du jeu, déclara Maximilien. Qu’est-ce qui nous garantit votre parole, obtempéra un blanchi. Celle d’avoir un peu d’amusement, répondis-je hilare. Nous ne vous croyons pas, répondirent-ils. En fait, je suis persuadé qu’Europe les a rendus idiots pour nous faire plaisir. Qu’est-ce qu’ils ont hurlé ! Qu’est-ce que c’était drôle ! Dire que j’ai été comme eux.
Au bout de quelques minutes, devant un tel blocage dans les négociations, j’ai fait le marché suivant : vous vous tuez ou nous le faisons. Ils ont tous jeté leurs sorts sur nous. Nous n’aurions pas pu les maîtriser sans les dons en renforts de Jeremy, Lilian et Analisa. La grâce nous accorda quelques survivants épuisés, qui ont donné leurs affaires. Le jeu allait enfin commencer. Nous avons sorti les cordes et reculé de quelques pas.


— Pour avoir tué cet arbre complètement pourri. Mesdames et messieurs, nous vous invitions à une chasse au trésor. Six corbeaux noirs sont disséminés dans le village, pour les trouver, vous devrez résoudre les énigmes de vos arbitres, Nous. Celui qui apportera tous les objets au grand là-bas, aura la vie sauve. Oui, JOCELYNE FIRMIN LA SORCIERE cela inclus que vous vous entretuiez, mais ne pleure pas, tu serais morte à l’heure qui l’est. Là, tu as une chance, mon Dieu ! En effet, nous pouvons être pris par des villageois ou des Inquisiteurs, mais cela ne met que plus de piquants. Ne vous en faites pas, les effets du combat de nos champions respectifs se sentiront partout, donc nous avons de quoi nous amuser. Évidemment, le survivant risque d’être pris pour un traître ou un déserteur. Mais, je ne vous dis pas tout, mes pigeons. Alors, pour mon équipe en suppléant, je veux Analisa pour mon camp et celle que je dois guider…

Je mis mon index sur mes lèvres. Qu’est-ce que j’avais envie de rire, mais là, c’était sérieux, je voulais une gagnante. Oui, parce que les équipes perdantes auront un gage, et je n’ai pas envie de supporter la vie d’un paysan pendant un an. Je suis trop bien pour eux et qu’ils ne remercient pour que je leur accorde autant d’importance quand ils ont leurs tenues de sorciers. Il y avait la pleureuse qui était un tantinet instruite, mais c’est une apprentie, la brune qui a un œil en haut, mais je ne supporte les moches, le gars est trop fort pour moi, tiens, est-ce qu’elle se souvient de moi, l’autre gourde ?

— Je prends la biche. Hein, ma donzelle, tu te souviens de moi ?

Remarque si elle n’y arrivait pas, je comprendrais. Ma voix est étouffée par mon masque de laiton et d’émaux et cela fait six ans que j’ai quitté le village. Peut-être par mes yeux ? En vérité, cette position était vraiment excitante.

— Au cimetière, ma biche. Allez-cours !
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Lun 25 Juin 2012 - 20:45

Elle était une, parmi les dizaines de sorcières, réunies en rangs serrées derrière Europe. Danielle connaissait chacune d’entre elle. Elle pouvait donner leur nom, leur qualité et leur défaut, leurs espoirs et leurs craintes. Plus encore depuis qu’Alexandrine les avaient liés par la cause. Ce soir peu d’entres elles pourraient pleurer les autres. Danie pouvait sentir leur peur qui palpitait tout autour d’eux.

Son corps tout entier semblait être un poids mort déserté par son esprit. Le bois du manche de sa lame s’incrustait progressivement dans la peau de sa paume droite. Ses sens étaient si développée que même les premières gouttes de pluie n’obstruaient pas le spectacle titanesque qui commençait sur le parvis.

L’improbable scène qui avait lieu à quelques mètres avait plus la forme d’un rêve que de la réalité. Olrun n’aurait jamais permit qu’une mortelle posséde autant de pouvoir. L’âme humaine était trop faible pour supporter cette responsabilité. C’était un cauchemar, un affreux, un horrible, cauchemar. Amaël en était peut-être l’auteur…

Le frémissement de la pierre les faisait toutes vaciller dans un ensemble. L’eau écrasait les cheveux de l’adolescente contre son visage. Ce ne fut pas suffisant pour cacher la lumière projetée par les mains de la grande prêtresse. Les mains cachaient les yeux le plus vite possible. Ce n’était pas assez rapide. Danielle croyait qu’elle était aveugle. Les croassements, les cris, le vent tout faisait une toile de fond à l’horreur qui s’emparait de Forbach.

Dans un sursaut de lucidité la jeune fille cherchait son amie Narcissa du regard. Mais l’appel aux armes d’Europe les avait toutes dispersées. C’était le chaos. Un chaos pire que pendant la messe de minuit. Danie était désorientée. Elle voyait un peu partout des combats débuter. En vérité cette jeune fille n’avait pas l’âme d’un guerrier. Elle ne voulait pas tuer. Elle voulait rester dans les collines avec les animaux…

Sans trop savoir comment elle se retrouvait devant quelques personnes masquées. C’était des gens du Lys normalement. L’ennemi juré d’après ce qu’avaient déclaré les aînés avant d’arriver ici. Danielle essayait de raffermir sa prise sur son arme et de rester bien campée sur ses deux jambes. Dans ses yeux verts étincelait la crainte et l’impuissance. Elle n’était même pas certaine que la personne qui parlait devant elle était bien une femme tant le costume était sombre.

Mais il y avait ces yeux…

Les muscles se remettaient en marche sans que Danie ne s’en rendre compte. Elle sentait ses pieds se mettre en mouvement et courir. Courir comme si le Diable lui-même lui en avait donné l’ordre. La respiration haletante à lui en brûler les poumons. Sa boîte crânienne accueillait la douleur maintenant familière. Les portes du cimetière étaient grandes ouvertes. L’endroit avait un air de tombeau maléfique.

Elle franchissait le seuil avec le cœur retourné. Sa silhouette longue et mince disparaissait dans l’une des plus grandes allées pour se diriger vers les tombes les plus impressionnantes. La bergère jouait à cache-cache avec le loup. Elle essayait de respirer moins fort. Ses pas devenaient moins pesants. Les battements affolés de son cœur résonnaient comme une musique macabre. Agenouillée au dos d’une pierre tombale la demoiselle cherchait le calme.

Les yeux se portaient vers le ciel noir. L’ouïe aux aguets… La magie s’emparait peu à peu de la fille d’Olrun.
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mar 26 Juin 2012 - 2:09

Viviane n'avait pas la moindre idée de ce qu'Europe mijotait et elle était effrayée pour les leurs. Quels inconsidérés leur ferait-elle encore prendre ? Quelle folie guidait donc la Grand Prêtresse ? De toutes ses forces, Viviane était décidée à protéger ses frères et sœurs, au prix de sa vie s'il le fallait !

Ce soir, sur le parvis de l'Église, leur destin se jouerait, mais la Prêtresse l'ignorait encore. Vêtue d'une cape sombre et d'un masque comme il le lui avait été ordonné, elle avait rejoint les siens au point de rendez-vous. Sur la place, la foule grossissait sans cesse, et à chaque masque noir d'Olrun répondait le blanc du Lys. Nuit et Jour. Paix et guerre. La lutte ne cesserait jamais, pas tant que l'une des deux tribus n'était pas anéantie. Juste un peu en retrait d'Europe, Viviane avait une vue imprenable sur le camp d'en face. Nulle peur n'habitait son corps désormais, tous ses muscles étaient tendus dans l'attente de cet assaut qui tardait à venir.

Lorsque Viviane l'avait aperçue pour la première fois depuis des semaines quelques minutes plus tôt, c'était à peine si elle avait reconnu Europe qui était désormais moins humaine qu'Olrun elle-même. Certains murmuraient que c'était là le miracle que tous avaient attendu, que tous les pouvoirs du monde avaient été réunis en une seule personne, et que rien de meilleur de pouvait arriver, mais la Prêtresse savait que c'était plutôt là le début de la fin. Un si grand pouvoir ne pouvait émaner de quelque chose de bon, il était bien trop terrible. Ce que Viviane lisait dans les yeux d'Europe, ce n'était pas de la bonté, c'était de la haine, du ressentiment et une lassitude sans nom. Si la paix devait revenir un jour à Forbach, ce n'était certainement pas grâce à elle.

Le pouvoir qui émanait de la Grande Prêtresse était terrible, mais il leur assurait la victoire. Du moins, était-ce que Viviane pensait jusqu'à l'arrivée de cette nuée de corbeaux. Si les événements de la soirée n'avaient pas été déjà si exceptionnels et étranges, elle aura été effrayée, terrifiée même, mais le sentiment qui prédominait dans son esprit alors fut plutôt la curiosité. Alicia, revenue d'entre les morts ? C'était presque amusant tant c'était désespéré, et pourtant, Viviane sut au fond d'elle-même qu'Europe venait de trouver une rivale à sa taille. Tout aurait pu être facile ce soir, Europe aurait détruit Amaël et les siens avant même qu'ils ne puissent réaliser ce qui venait de se produire, mais l'arrivée d'Alicia changeait la donne, ce serait une lutte à parts égales. La haine est un poison disent certain. Peut-être est-ce vrai, mais la haine était aussi un puissant stimulateur. Ce soir, Viviane se sentait plus en forme que jamais, prête à mettre fin à une guerre par l'anéantissement de l'autre. Et cet autre, c'était le Lys.

Europe était peut-être puissante ce soir, mais certainement pas plus intelligente que d'habitude. Le coup qu'elle porta à Alicia avec son couteau ne servit à rien, sauf peut-être à montrer qu'on ne peut pas tuer un mort. « Non, sans blague ? » eut envie de murmurer Viviane dans un sourire. La suite des événements s'enchaîna rapidement, Alicia répliqua, mais elle ne pouvait rien face à la puissance magique de son adversaire. Europe, quant à elle, était d'une mollesse sans nom, se contentant d'attaques lentes et inefficaces. L'échange de pavé était presque risible tant il ne servit à rien, sauf peut-être à saupoudrer les deux camps d'une fine poussière et de gravats, les perdant dans une masse d'ocre grisâtre. Bien. Et ce petit jeu ridicule allait cesser quand ? C'est alors qu'Europe déclencha un orage d'une violence inouïe, le tonnerre grondait, les éclairs zébraient le ciel alors qu'un vent puissant balayait la place. « Au moins, je n'aurai pas à brosser mon manteau », souffla Viviane avant de se faire bousculer par l'une des vieilles Silberholtz. À cet âge-là, on n'avait décidément plus aucun respect des convenances songea Viviane. « Toi-même, vieille peau ! ». Puéril, oui, mais Viviane se sentait étrangement l'âme d'une enfant ce soir, et corps et âme, elle se lança dans la bataille.

La pluie qui s'abattait sur la ville maintenant était une véritable bénédiction pour elle. Depuis toujours, elle adorait l'eau. Sentir la pluie lui purifier le visage, effacer des journées entières de dure labeur, emporter avec elle les odeurs d'urine et de nourriture décomposée pour ne laisser qu'un parfum frais était un réel plaisir. Dans son apprentissage, elle avait toujours manifesté une certaine habileté à manipuler cet élément qu'elle comprenait mieux que tous les autres. L'eau était douceur et fougue à la fois, capable du meilleur comme du pire. Et ce soir, Viviane l'utiliserait dans l'objectif d'anéantir.

Dans la confusion qui avait suivi l'assaut, elle s'était reculée légèrement afin de mieux jauger la situation. C'est pourquoi elle vit arriver de loin la jeune aguerrie du Lys, sa ridicule épée à la main, et se prépara à contrer son attaque.

« Olrun potestatem esse mecum ! Quod ad formam aquae eo magister sum ! »

Entre ses mains, une boule d'eau se forma. Viviane maintint sa concentration afin qu'elle garde sa forme nouvellement acquise et l'envoya de toutes ses forces vers le visage de son adversaire. La boule éclata avec violence à son visage, laissant encore plus trempée qu'elle ne l'était déjà la petite Mirova.

« Va faire joujou ailleurs petite, tu ne m'intéresses pas ! » Et c'était vrai, dans la foule, elle cherchait du regard Antoine. Antoine Vaudremont allait payer ce soir sa couardise et son abandon. C'était probablement à cause de cette inattention de quelques secondes que Viviane ne vit pas le coup suivant arriver et ne parvint pas à l'éviter totalement.
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mar 26 Juin 2012 - 21:19

La légion de robes noires submergea l’ennemi au même instant que l’impensable nuée de corbeau se déversait sur la tribu adverse. Les sorcières de la tribu d’Olrun ne sachant où donner de la tête, le Lys Noir profita de l’effet de surprise et d’ubiquité désiré, infligeant de lourdes blessures aux sorcières de la tribu d’Olrun et comptabilisant les premières pertes de part et d’autre. Le regard d’Europe confirmait à Alicia qu’elle n’avait rien perdu de ses talents de Meneuse par-delà la mort. Mais Alicia, fidèle à elle-même, contrairement à ce que son hautaineté laissait perpétuellement paraître, ne sous-estimait en rien les capacités d’Europe en tant que Grande Prêtresse. Preuve en était, elle avait su prévenir ses troupes juste à temps pour parer le flot de corbeaux. Preuve en était, elle savait à présent guérir l’invasion en grande pompes : un orage.

La prouesse n’était pas en la formation météorologique digne du plus humble tempestaire, non le miracle résidait en l’habilité extraordinaire avec laquelle Europe parvint à diriger les éclairs, commandant au ciel, signe incontestable de son lien direct avec les plus hautes sphères de la puissance. Le risque à invoquer un esprit aussi ancien et fort que le Gardien était la déchirure spirituelle : à vouloir insuffler trop d’air divin dans la fragile bulle mortelle, cette dernière risquait d’éclater. Il fallait qu’Alicia pousse Europe à bout, qu’elle la force à aller trop loin, à franchir des limites interdites, à se suicider.

Alicia n’eut pas le temps de sortir de sa contemplation du balai de lumières au firmament chorégraphié par sa rivale que la foudre la plus cruelle s’abattit sur elle, la terrassant sans pitié, écrasant tout son corps d’une énergie cataclysmique qui la fit flamber sur le coup. Plusieurs secondes se passèrent sans que rien ne bouge au milieu de la cohue : les braises flamboyantes d’un cadavre comme chandelle de deuil. Mais la Comtesse n’était pas revenue d’Outre-Monde pour succomber au ciel. Elle agissait désormais hors de ses lois. Les braises frémirent et Alicia se releva, lentement, difficilement, sûrement. Son visage était partiellement calciné, son corps lacéré, elle était un transi médiéval levé de sa tombe. Ses cheveux, les voiles de sa robe, son manteau de plumes, tout flottait doucement dans les airs, porté par la chaleur intense. La chaleur intense des innombrables flammes qui l’enveloppaient d’une aura formidable.

Alicia était en feu. Et loin de se débattre ou de s’en inquiéter, la Comtesse sourit. Les sorcières des deux clans s’écartèrent d’elle. Elle balança indolemment son bras droit vers la gauche, déversant de l’amont de son corps igné une vague de feu sur les sorcières d’Olrun retardataires. Puis, tout en avançant doucement vers Europe, elle écarta pompeusement les bras pour laisser courir en tous sens sur le parvis de terribles et grondants tentacules de feu. Elle dispensait de toutes parts l’incendie de sa haine et l’allégresse de sa toute puissance. Elle pointa un doigt sans pitié sur Europe et dans la continuité de son bras embrasé fut projeté un jet de flammes de toute beauté.

Pour protéger ses sœurs Europe leva ses doigts acérés vers le ciel et tira brutalement ce qui aux yeux mortels semblaient du vide mais ce qui des yeux divins s’appelait des larmes. Une pluie torrentielle s’abattit sur le Parvis pour éteindre les flammes de l’ire impétueux d’Alicia qui menaçaient les sorcières d’Olrun et tous les environs - déjà les masures étaient en proie au feu. Mais pour maintenir le déluge protecteur, Europe devait rester concentrée et ne pouvait se protéger d’Alicia qui n’avait que faire de cette ondée et qui s’approchait plus incandescente encore, brandissant droit sur la Grande Prêtresse son jet de flammes tourbillonnant. Alicia souriait, animant son visage décomposé balayé de lueurs rougeoyantes d’une expression de folie effrayante.

Alicia n’était plus qu’à quelques mètres d’Europe. Une sorcière sottement dévouée voulut protéger sa Grande Prêtresse en sautant sur Alicia. La Meneuse ne quitta pas un instant sa proie des yeux, une fulmination réflexe émana brutalement de son corps et repoussa l’assaillante avec violence. Alicia n’était plus qu’à quelques centimètres d’Europe. Si cette dernière s’obstinait à protéger ses sœurs, elle mourrait.


« VOIS !!! CONTEMPLE !!! CE POUVOIR QUE TU AS TOUJOURS REFUSÉ, CAR C’EST CELUI-LA MEME QUI CAUSERA TA PERTE CE SOIR !!! »

Alicia était décidée. Elle ne retournerait pas dans l’Outre-Monde seule ce soir.

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:08

Malgré la violence de l’offensive portée contre son adversaire, Europe ne crut pas un seul instant que l’affrontement soit terminé.
Alicia était increvable. Elle avait déjà prouvé au cours de sa vie qu’elle était plus coriace qu’une tique; et même morte, elle avait trouvé le moyen de revenir. Alors ce n’était pas cet éclair, si titanesque fut-il, qui allait la renvoyer pour de bon dans les limbes.

Enfin un adversaire à sa mesure.

Et en effet la silhouette de la Meneuse se redressa quelques secondes plus tard, nimbée de halos ignés et empyreumatiques qui répandaient alentour leurs ondulations calorifères. De son idiosyncrasie détestable, et au moyen de gestes négligents, Alicia laissait son corps irréel régurgiter des torrents en fusion sur ses adversaires, drapée de son brasier étouffant, faisant naître une déflagration qui lacéra la nuit tourmentée en direction des sorcières d’Olrun, les faisant s’éparpiller en courant et hurlant... Europe riposta, mobilisant le déluge pour éteindre les flammes. Mais si son enchantement constituait une parade aux offensives de la Meneuse, il ne parvenait pas à éteindre l’incendie née de la silhouette chauffée à blanc d’Alicia, qui s’avançait inexorablement vers elle… Les sorcières d’Olrun refluaient en proie à la terreur; car chrétiennes ou non, c’était bien là le symbole du Malin, un avatar en flammes tout droit sorti des limbes, une peau d’obsidienne couvant un anneau de feu rougeoyant… La silhouette méphistophélique traversait l’ondée diluvienne sans dommages, forme anadyomène terrifiante qui se dirigeait vers Europe, toujours concentrée sur l’averse. Au dernier moment une de ses consoeurs se jeta devant elle pour la protéger.


"Non! Pauvre folle!" hurla la Grande Prêtresse trop tard; un réflexe épidermique d’Alicia avait fait s’embraser la sorcière téméraire qui se changea aussitôt en une torche vivante, figurant un pilier de flammes qui se tortillait en tous sens dans des cris inhumains…

Europe n’eut que quelques secondes pour prendre une décision, au risque d’y laisser sa vie. Pourtant dans ce contexte ipsatif le choix fut étonnamment facile, presque instantané, dicté par le liquide vital des Gardiens qui coulait dans ses veines et lui communiquait la science infuse de la polémologie. Alicia constituait une adversaire redoutable à la force allant au-delà de toute prévision raisonnable. Mais le pouvoir des Gardiens était absolu, dénué d’hiccéité.

La Grande Prêtresse laissa s’approcher la Meneuse jusqu’au dernier moment; puis elle relâcha son contrôle sur la pluie et baissa les bras de façon soudaine, dans un mouvement descendant. L’appel d’air créé par son sortilège fut si puissant qu’il souffla littéralement, dans une brusque bourrasque, les flammes d’Alicia d’un coup éteintes telle une chandelle. Ainsi privée de son manteau igné la Comtesse fut projetée plusieurs dizaines de mètres en arrière par la rafale d’air compact, traversant le Parvis en sens inverse pour aller atterrir dans un fracas grandiose contre une masure en bordure du périmètre de combat. Le poids de la Meneuse combiné à l’énergie cinétique pulvérisa littéralement la façade de la maison et des esquilles volèrent en tout sens, tandis que la construction éventrée, privée d’une partie de ses points de portage, vacillait en grinçant sur ses fondaisons.

Europe se désintéressa de la bataille des sorcières, qui se poursuivait de toute façon dans son dos, comme en témoignaient les clameurs incessantes. Elle profita de la faiblesse de son adversaire pour s’approcher à grands pas de la masure et lever la main. La silhouette d’Alicia paralysée lévita lentement au-dessus des décombres, maintenue dans les airs par la poigne terrible et immatérielle de la Grande Prêtresse dont le médaillon brillait à présent aussi intensément qu’une éruption solaire. Europe serra le poing, arrachant un cri de douleur à la Meneuse entièrement en proie à sa puissance magique.


"Toi qui prétends détenir l’omniscience… Dis-moi."

Plus elle s’approchait, et plus Alicia souffrait, sujette à l’étreinte occulte de la Grande Prêtresse qui exerçait une terrible pression sur sa trachée et ses cervicales. Et Europe prenait visiblement plaisir à provoquer cette douleur. Son regard s’était rétréci, lugubre.

"Entre celui qui possède tout, et celui qui a tout abandonné sciemment, lequel est le plus fort?"

Pure question de rhétorique. Il était évident qu'Alicia ne pourrait pas répondre, enserrée dans un étau mortel.

En ce moment où la fin semblait proche, où la suprématie d’Olrun, des Gardiens et d’Europe semblait être affirmée, une foule de souvenirs venait se fracasser de façon incohérente dans l’esprit de cette dernière. Des réminiscences mettant en scène l’élection d’Abigael et l’entretien qui avait suivi, à la fraîche ombre des bois, cette unique, première et dernière fois où les deux femmes avaient parlé à cœur ouvert…

Ce jour-là, forte de tes opinions, tu as recherché du soutien en moi. Mais ce que tu n’as pas réalisé, c’est que moi aussi, j’avais besoin qu’on m’aide… Qu’on m’écoute et qu’on me comprenne, sans me juger. Qu’on m’aide à lutter contre mes démons. Or l’exact inverse s’est produit. En découvrant les parties noires de mon âme, tu as repoussé ma main tendue, dégoûtée, et piétiné mes espérances. J’aurais pu changer, mais tu m’as condamnée sur de sombres chemins, Alicia.
Alors ce qui se déroule en ce jour historique est une vengeance.
Un aboutissement pour lequel je vis depuis maintenant 22 ans.

_________________
.
Ces figures, ces êtres humains
absorbent pareillement la lumière cosmique, l'air ou l'eau salée -
et chacun réfléchit à une nouvelle ontologie
Mais ces dessins eux-mêmes, sont paysages de l'esprit...
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:17

En un geste d’Europe, les éclats d’or qu’irradiait Alicia furent soufflés dans un crépitement de braises étincelantes. La Meneuse fut projetée plusieurs mètres plus loin avec une force extraordinaire. Elle finit dans une masure déjà fragilisée par les flammes et le vent humide de l’eschatologie, détruisant le mur et terminant son vol dans ce qui devait être une cuisine ou un salon. Ce Gardien était invincible. Europe, une vieille carne. Il n’allait décidément pas être aisé d’en finir. Alicia ne fut qu’à peine désorientée par ce déferlement de violence. Toujours à terre, feignant d’être encore assommée, elle saisit doucement une pierre à portée de main dans les débris en vue de l’envoyer avec la force d’un canon dans le beau visage tout de bleu illuminé de cette chère Grande Prêtresse.

Mais avant qu’elle n’ait eu le temps de se relever, elle sentit la brûlure glaciale de l’étreinte du Gardien lui enserrer le cou et la soulever avec la force de dix hommes au-dessus du sol. Alicia agrippa sa gorge avec ses ongles pour se défaire de l’emprise invisible, mais elle ne réussit qu’à écorcher davantage sa peau craquelée mettant à nu une clavicule à travers l’effilement d’une griffure. Ses bras furent à leur tour contrôlés, écartés par la force incommensurable d’Europe qui s’approchait irréductiblement. Alicia crucifiée dans les airs sentait son cou se serrer chaque seconde davantage. Elle souffrait. Elle devait faire abstraction de cette douleur qui n’avait plus de sens en son état immortel mais alors qu’elle sentait sa nuque craquer, il était difficile de ne pas penser qu’à ce rythme, d’ici quelques instants, sa tête roulerait aux pieds du Gardien.

Un voile se déposait progressivement sur la marche triomphante d’Europe, un voile scintillant d’éclats de réminiscences. Car alors que ses forces la quittaient chaque instant davantage, Alicia cherchait d’où ses forces lui venaient. De la haine, mais quelle haine ? Ce n’était pas la haine du fantassin lancé contre son ennemi, ce n’était pas la haine de la femme bafouée, c’était une haine empreinte de tristesse. Une immense tristesse. C’était la haine comme dernière arme pour lutter contre le désespoir. La tribu d’Olrun avait toujours été viciée et sur le chemin de l’honnêteté nulle place n’avait été faite pour Alicia. Elle avait voulu faire grandir sa tribu par de nouveaux idéaux dans une étique reluisante. Non ! Elle n’avait pas trahi les siens ! Elle avait été obligée de partir ! Si elle voulait rester droite et fière, elle devait s’en aller. On l’y avait poussé, on l’avait chassée !

Les yeux d’Alicia se révulsèrent et son corps paralysé en lévitation fut secoué de spasmes. Tout autour d’elle se mit à vibrer. Europe était à une dizaine de mètres. Se mirent à frémir les débris de chaux, de pierre, le bois des étagères, des restes de nourriture, de la paille, des cuillères, des débris de verre, une lanterne écrasée, dans un vacarme amplifiant.

On l’avait forcée à devenir l’ennemie. Elle n’avait rien demandé lorsqu’elle avait créé sa tribu propre, forte simplement de ses idéaux. C’étaient elles, Abigael, le conseil des Prêtresses, Europe, qui avaient déclaré la guerre. Alicia avait du se défendre, tirer d’autres ficelles du système, user d’une intelligence aussi retorse que celle de ses ennemies, or la première tribu s’étant paré de blanc et de justice, la seconde n’avait plus qu’à revêtir les haillons des ténèbres et de la déloyauté. Et puisqu’il devait en être ainsi, la Meneuse n’avait eu d’autre choix que de jouer de cette image pompeuse et effrayante, user de fascination sur ses ennemies afin de légitimer une puissance tribale, afin de donner une chance au Lys d’exister. Depuis l’aube du Lys Noir, Alicia avait été contrainte d’assumer un rôle de diablesse injuste. Elle était cruelle car la vie ne l’exhortait qu’à ça !

Les décombres convulsaient au sol autant que le corps flottant d’Alicia. Europe était à cinq ou six mètres. Les objets se soulevèrent soudainement au dessus du sol jusqu’à hauteur d’homme et restèrent figés là tout autour d’Alicia qui plongeait dans l’abîme de sa conscience pour puiser les forces nécessaires à survivre.

Les coupables de son impopularité, de sa solitude absolue, c’étaient elles !!! La vie, sa tribu, Olrun, EUROPE ! Et par delà la mort, leur oppression lui lacérait la gorge et bloquait son souffle.

Les objets se mirent à tourner, d’abord lentement. Europe était à quelques mètres. Ils gagnaient en célérité, entraînant d’autres débris et ustensiles dans leur course effrénée.

Il était temps que cela cesse, que la liberté reprenne ses droits universels.

Alicia se trouvait à présent protégée d’Europe par une véritable tornade de brics et de brocs infranchissable. Un couteau de boucher s’échappant furtivement du tourbillon força la Grande Prêtresse à faire un pas en arrière. L’enchantement fut ainsi rompu et Alicia, libérée de l’étreinte d’éther, tomba lourdement au sol. Elle se retrouvait elle-même prisonnière de sa tornade et ne voyait plus qu’une direction pour se sauver, le temps de reprendre ses forces avant qu’Europe ne trouve le moyen de stopper son bouclier. Alicia épousseta son manteau de plumes noires. Jeta un regard dédaigneux à Europe au travers du déluge cyclique. Tu pensais que ça serait si simple ? Son manteau se mit à flotter. Il se déchira en son milieu et de la même façon qu’Alicia avait pris forme humaine descendant du ciel, les plumules noires reformèrent de grandes ailes corvidées. Ainsi métamorphosée en ange noir, la Comtesse tendit gracieusement les bras vers le ciel et battit des ailes avec vigueur pour s’envoler au-dessus du maelström, loin de son ennemie.

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Dernière édition par Alicia Loewenstein le Jeu 28 Juin 2012 - 23:23, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:19

Malgré l’incongruité d’une telle pensée en cet instant, Europe ne put s’empêcher de remarquer le manque d’esthétisme d’Alicia lorsque celle-ci se protégea de son enchantement grâce à une ronde furieuse d’objets ménagers. Ce n’était pas avec cette piètre défense qu’elle allait échapper à la Grande Prêtresse, investie de l’anséité du pouvoir des Gardiens. Et pourtant, le couteau de boucher lui força à faire un pas en arrière afin de ne pas se faire trancher la tête… Une grimace de mépris orna son visage. Pourquoi? Pourquoi fallait-il fournir tellement d’efforts, consacrer tellement de temps, à une Alicia qui aurait dû être terrassée le plus facilement qu’il soit? Comment ses minables manipulations depuis l’outre-monde pouvaient rivaliser avec le pouvoir le plus ancestral?

Alicia sembla avoir retrouvé son goût de l’esthétisme lorsque son manteau opaque se scinda en deux pour faire naître au dos de la Meneuse des ailes si noires, qu’elles paraissaient absorber toute lumière autour d’elles. La Comtesse s’élança et dans une traînée obscure rejoignit les cieux sans effort, figurant les harpies des légendes, ses plumes à la teinte abyssale distillant des faisceaux d’ébène et d’ivoire tandis que de rares éclairs illuminaient encore le ciel… Lévitant ainsi dans le vide, Alicia rayonnait autant qu’un astre mourant au milieu de l’éther. La garce songeait ainsi à se soustraire à l’étreinte d’Europe. Mais celle-ci n’était pas disposée à la laisser filer.

Avec une moue d’agacement elle eut un geste sec des mains, et aussitôt la tornade de décombres stoppa net son furieux mouvement circulaire, envoyant valser de toutes parts les objets ménagers par inertie. Comme ayant anticipé mentalement sa trajectoire, Europe leva la main bien avant qu’un vulgaire balais, au terme d’un tourbillonnement aérien, n’atterrisse dans sa paume. La chose en question était usée et poussiéreuse, même un peu brûlée aux extrémités, mais peu importe… Sa voix magiquement amplifiée clama si fort dans la nuit que même le fracas du déluge ambiant ne fut pas suffisant pour la couvrir:


"Volatio levitatio scopae volent ! !"


Un panache lumineux plut sur le balais qui se mit à vibrer, en résonance avec l’appel prononcé par le pouvoir des Gardiens. Rejetant ses cheveux en arrière Europe bondit sur le manche, s’y agrippa et fila promptement dans le ciel à la suite de la Meneuse, dont elle se stabilisa à quelques mètres de distance, ravie de son petit effet. Un brouhaha confus monta de la foule en-dessous, qui continuait à se battre avec acharnement et férocité sur le Parvis, et voyait à présent sa Grande Prêtresse juchée sur un balais.

La magie permettait aux sorcières de franchir dans un souffle toutes les limites habituellement posées aux humains qui foulaient cette terre. Ce que Dieu avait voulu comme stable, elle pouvait le rendre chaotique. Elle parvenait à faire voler dans les airs un objet, là où les lois du monde qui lui étaient inhérentes auraient voulu qu’il retombe au sol par l’effet de la gravité. Elle transcendait les objets les plus insignifiants par la force de la volonté… Contrecarrant les règles de l’essence même de ce qui existe, de ce qui a lieu, et de ce qui entourait les êtres qui savaient la manier.

En défaisant ce que la nature avait fait, elle s’immisçait dans les prérogatives habituellement réservées au territoire divin.

Les sorcières étaient supérieures au commun des mortels. C’était une réalité. Sinon comment, pourquoi, auraient-elles pu transcender ainsi les lois de la nature et de la physique? Des exploits qui ordinairement n’étaient possibles que par des entités inconnues, au-delà du ciel, et d’ordre divin.
Mais le divin coulait dans leurs veines depuis les origines du monde… Elles étaient les filles d’Odin… Et aujourd’hui le pouvoir de ce dernier était parmi elles, coulant dans les veines d’Europe grâce à l’action du médaillon.

Il n’était pas étonnant que les sorcières fussent, presque de tout temps, persécutées par un nombre toujours croissant de détracteurs. Des envieux qui ne faisaient en fin de compte, que jalouser viscéralement une puissance qu’ils ne pouvaient posséder… La puissance incroyable de s’affranchir des règles que l’univers faisait peser sur vous.
La chasse aux sorcières n’était pas le produit de la peur ni même de la haine. C’était le produit du désir. De la quête de pouvoir qui animait chaque être, fut-ce dans d’infimes proportions, depuis des éons d’existence.


"Je te l’ai dit: tu ne t’échapperas pas" gronda Europe dans le tumulte de l’averse et de l’orage.

Sa gestuelle chorégraphiée capta cette fois la pluie ambiante, qui répondit docilement à son invocation. Devant la Grande Prêtresse l’eau s’arrêta soudain de tomber du ciel et s’amassa progressivement en un objet sphérique liquide qui se mit à luire d’un éclat bleuâtre. Europe écarta les bras d’un mouvement brusque, la sphère tripla de volume et explosa violemment dans un raz-de-marée aérien dont la vague immense jaillit vers Alicia, occupant tout l’espace, impossible à esquiver. Le bleu vira au blanc total à mesure que l’offensive se condensait en énergie électrique, apportée par la foudre qui vient frapper successivement la vague, la faisant grossir à chaque fois… Des arcs blafards coururent sur sa surface liquide tandis qu’elle se répandait vers la Meneuse à la vitesse de chevaux lancés en pleine course, arrachant un sourire à Europe…


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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:30

Les nuages noirs chahutés par la myriade de corbeaux frénétiques saturaient tout l’espace de la terre au ciel et Alicia devait user de toute son habileté pour se mouvoir dans cet air de chaos. Malgré la difficulté de l’exercice la Meneuse s’y sentait bien dans ce ciel d’encre, elle voyait tout du massacre en bas mais l’heure n’était pas aux larmes, elle dominait tout, les hommes et les éléments, elle se sentait proche des dieux, elle se sentait puissante. Et comme depuis toujours, par cette recherche de puissance, elle se sentait en sécurité aussi. Le ciel depuis le commencement de ce combat était son espace, celui du corbeau, celui de l’esprit et de la Mort.

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle vit Europe montée sur un ballais se lancer à sa poursuite. Sa tranquillité était à présent menacée mais moins par Europe que par le rire incoercible qui la faisait tanguer dangereusement. Fallait-il avoir si peu d’amour propre pour être prêt à chevaucher un balai ? Et pourtant… Alicia déchanta rapidement lorsqu’elle s’aperçut que la puissance qu’Europe avait insufflée au balai lui permettait une célérité exceptionnelle, l’objet complètement aérodynamique fendait les airs avec une fluidité déconcertante, son sifflement cristallin précédait à présent de peu le vrombissement lourd des ailes d’Alicia. Il fallait faire mieux ! Alicia battit des ailes plus vite, plus fort, tourna à droite, puis en haut. Europe la talonnait toujours, mais ne la rattrapait pas… Ses tours de passe-passe n’étaient bons qu’à divertir les enfants ! Alicia, dans un ultime effort, parvint à la distancer davantage.

Elle n’eut pas le temps de s’en réjouir en observant les gouttes de pluie qui se mirent à tomber à l’horizontale, comme magnétisées, les perles translucides ralentissaient progressivement leur course pour filer plus rapidement encore vers Europe. Elle préparait quelque chose ! Alicia eut à peine le temps de se retourner qu’elle aperçut le raz de marée aérien qui fonçait droit sur elle, se changeant en rideau de lumière prêt à lui tomber sur les ailes. Alicia lâcha un cri aigu de haine et de désespoir avant de partir en fumées. A l’instant ou la vague électrique allait l’atteindre la Comtesse s’était complètement dématérialisée, en un crépitement sonore tout son corps s’était changé en fines fumeroles qui restèrent en suspension dans les airs, se faisant traverser par la vague fulgurante. Le nuage noirâtre fut alors parcouru de quelques courants électriques puis s’évanouit dans la masse dense du ciel, balayé par les vents, avalé par les nuages, traversé par les oiseaux.

Europe continua sa course seule, maîtresse du ciel. Elle formait à elle seule une figure mythique et enchanteresse, haute et fière sorcière, irradiant de sa pâleur divine les nébuleuses tourmentées. Les dieux eux-mêmes frissonnèrent en voyant l’ombre d’une telle mortelle juchée sur un balais leur obstruer la lumière lunaire, projetant sur le parvis l’ombre d’un orgueil fabuleux. Brusquement, une main décharnée dont la chair noircie ne couvrait plus qu’en partie l’ivoire de ses os et dont la griffe argentée encore radiante ornée d’une émeraude intacte ne laissait aucun doute quant à ses intentions meurtrières tira avec une force extraordinaire le manche du balais vers le bas.

Alicia était désormais méconnaissable, sa dématérialisation l’avait certes sauvée en substance, mais elle n’avait pu éviter des dommages physiques impressionnants. Son visage à l’instar de tout son corps était désormais presque entièrement décomposé, les voiles qui l’habillaient, encore animés par l’onde électrique, ne cessaient de se tordre en tous sens comme des tentacules en souffrance, ses ailes semblaient déchirées par endroit, les plumes hirsutes et fumantes, battaient avec plus de hargne que jamais. Le peu de traits magnifiques qui restaient au visage d’Alicia lui dessinaient une expression noble et fascinante de sévérité stoïque et de colère incontrôlable.

La créature, plus effrayante que jamais, ne se suffit pas de déstabiliser Europe de son balais, elle l’attrapa au col, la main brûlée par l’aura océane du Gardien, et l’arracha de son jouet pour l’emmener très haut dans le ciel en un seul battement d’ailes et la jeter de toutes ses forces droit vers la flèche de l’église de Zetting et la statue d’Anaël.

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:38

Europe se sentit hâpée par la puissante poigne de la résurrection, sans pouvoir s’en défaire. Ainsi au contact d’Alicia pendant une seconde elle sentit, à travers la surface de sa peau électrifiée par l’héritage des Gardiens, un peu de l’immense pouvoir de l’apparition surnaturelle émanant de ses voiles amassés, déchiquetés par la pourriture. La Meneuse n’était plus qu’une loque zombifiée en décomposition. Mais une loque dont la force projeta la Grande Prêtresse qui fila à travers les airs et alla atterrir avec violence sur le plus haut vitrail de l’Eglise de Zetting. Celui-ci explosa instantanément sous l’impact, répandant une pluie de multiples morceaux de verre colorés qui ne tombèrent pas vers le sol, mais se dispersèrent en tourbillonnant dans les amples, brusques et saccadés mouvements de la tempête.

Des secondes de poussière et de vent, de bataille et d’attente, s’étirèrent avant que la silhouette irradiante d’Europe ne se relève parmi les décombres. Elle fixa la forme volatile d’Alicia avec une haine brûlante. Tellurique. Sa peau bleue était balafrée par des craquelures lumineuses d’où ne coulait non pas du sang, mais des gouttes de lumière, laissant suinter l’essence lumineuse et divine de son corps transcendé par les Gardiens.


"Avoir les grimoires, ce n’est pas ce qui compte… Pas plus que réaliser son prétendu miracle!" s’exclama Europe en pointant du doigt la statut de l’Ange au-dessus d’elle. Les orbites vierges la fixaient avec acuité, mais les propos de la Grande Prêtresse ne s’adressaient qu’à Alicia exclusivement –la seule personne à même de comprendre ce qu’elle voudrait dire. "Ce qui compte, c’est de savoir laquelle possède le plus grand pouvoir!"

A aucun moment elle n’affrontait le Lys Noir pour sauver les vies de sa tribu de la menace du stigmate. Ce combat ne résultait que d’un désir entièrement personnel… Ces gens qui l’avaient reniée n’étaient plus son clan. Mais Alicia elle, demeurait son adversaire par nature, et ce peu importe les contextes, les causes, les conséquences, les temps, les espaces, les enjeux et les acteurs.

Europe se baissa pour saisir un des tessons de verre à ses pieds, puis s’en servit afin de trancher d’un geste sec dans la paume de sa main gauche. Une ligne droite, verticale, se dessina sur la peau bleue pour laisser échapper la même essence lumineuse qui dégoulina vers le bas... Puis le fluide vital lumineux se comporta comme une créature sous son contrôle, se dressant et oscillant tel une silhouette serpentine. Laquelle se divisa en arceaux qui enserrèrent le bras d’Europe, dissimulant sa main blessée, pour y faire naître à la place d’une forme oblongue et irradiante… La force entéléchique immanente à sa puissance transformait son sang en épée. Une lame dont la garde figurait une aile déployée, et dont la poignée même était une excroissance du bras d’Europe, poussée à partir de sa blessure… La lumière dont pulsait l’arme par vagues successives s’atténua finalement pour dévoiler son apparence finale; une lame d’une teinte rougeoyante, chauffée à blanc et parcourue de veinures écarlates. Comme juste sortie des entrailles surchauffées d’une forge, ainsi qu’en témoignait la fumée qui s’en élevait par panaches…


"MEA SCOPA !"

Le balais qui avait chu dans la tempête et le chaos de l’affrontement en contrebas, fendit les airs pour se stabiliser à hauteur d’Europe qui, folle de rage, bondit une nouvelle fois dessus.

Elle se lança aussitôt à la poursuite d’Alicia. Celle-ci s’enfuit dans les airs, mais la Grande Prêtresse était sur ses talons. La Meneuse battit plus fort des ailes pour soulever son corps décharné et gagner de l’altitude; Europe fit de même, brandissant l’épée des Gardiens au bout de son bras. La lame en fusion décrivit une courbe dans l’air et s’écrasa en grésillant sur le manteau de plumes obscures, en consumant les contours comme le liseré d’un parchemin que l’on brûle… L’offensive arracha un cri de douleur à Alicia. Elle ne pouvait s’esquiver cette fois-ci; sa transformation en pulvérulence brumeuse ne lui servirait à rien.

Europe voulut réitérer son coup mais la Meneuse était déjà hors de portée. Perchée sur son balais, elle se précipita une fois de plus à sa poursuite. Elle eut le temps d’avoir un aperçu du champ de bataille en dessous d’elle. Des cadavres de corbeaux jonchaient le sol et les pavés éclatés de l’Eglise de Zetting, où bouillonnaient encore les deux clans de sorcières bataillant l’un contre l’autre. Sans s’attarder sur cette vision, la Grande Prêtresse accéléra.

Elle sentit le vent siffler à ses oreilles. Alors qu’elle s’apprêtait à rattraper Alicia qui fonçait en direction du bâtiment, au dernier moment la Meneuse décrivit une embardée spectaculaire, grimaçant quand ses ailes raclèrent le roc, puis rétablit son vol avec difficulté. Europe eut moins d’habileté pour négocier le virage. Elle s’écrasa à moitié contre le mur de pierre et mobilisa sa concentration pour se projeter de nouveau dans les airs.
Haletante, la Grande Prêtresse poursuivit de plus belle son escapade, zigzaguant dangereusement entre les arbres et les constructions en chassant Alicia, qu’elle failli atteindre une nouvelle fois, pendant que celle-ci filait en rase-mottes. Mais la Meneuse orienta brusquement sa course vers le ciel, montant jusqu’au point de décrochage, et se laissa choir ailes repliées dans une longue chute verticale et effrayante. Plongeant en piquet vers la terre avec la rapidité d’un carreau d’arbalète, Europe la suivit. Elle vit le sol se rapprocher à grande vitesse mais accéléra encore, la nuque tendue vers le bas. Des sifflements retentissaient alentour et elle reconnut le bruit de l’air dans les interstices des ailes d’Alicia.
Le sol n’était plus qu’à quelques mètres. C’était à qui prendrait son visage au dernier moment, et Alicia dotée d’ailes, était plus douée qu’Europe à ce jeu de voltige. La Grande Prêtresse comprit dans un éclair de lucidité que si elle ne redressait pas sa trajectoire immédiatement, elle allait s’écraser sur le Parvis. Si elle abandonnait momentanément la poursuite, elle pourrait rétablir son vol.
Le choix fut fait de manière instantané. Bien loin de redresser sa trajectoire, Europe posa un pied sur le manche de son balais, et se servit de celui-ci comme tremplin pour sauter littéralement sur la silhouette ailée de la Meneuse qui fonçait toujours vers le sol.

Il n’y avait pas à tergiverser. Jamais elle n’abandonnerait l’affrontement. Et Alicia n’allait pas s’en tirer non plus; d’un geste sec, l’épée des Gardiens trancha net les ailes décharnées au ras des omoplates.
Si Europe devait tomber ce soir, elle emporterait sa rivale de toujours dans sa chute…

Les deux corps enchevêtrés s’écrasèrent au sol avec une violence terrible, faisait voler tout autour un nuage de poussière dense et âcre.


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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Jeu 28 Juin 2012 - 23:45

L'épée née du sang du Gardien était d'une puissance inouïe et le coup de lame que lui asséna Europe, unique et impeccable, lui arracha les ailes et un cri monstrueux qui avertit les sorcières au sol du danger imminent de la chute des créatures. Elles impactèrent le sol avec tant de force que tout autour d'elles se figea. Le combat cessa. Le temps que le brouillard de poussière se dissipe toutes les sorcières avaient discrètement rejoint leur camp derrière leur dirigeant formant deux fronts distincts. Tout était soudain si calme, la tempête était passée, les corbeaux envolés, seuls restaient l'écho de la chute et le crépitement des masures brûlées. Sur le sol fumant s'étalaient les corps silencieux - car les sorcières plus humaines que les hommes tuaient de façon sûre - et les masques blancs et noirs fracturés. Le parvis était marqué par les affres de la bataille sorcellerique, des blocs de terre entiers étaient soulevés par endroit, un arbre avait semble-t-il poussé au milieu des pavés, il était entièrement brûlé. Comme si la terre avait repris ses droits sur l'homme et le ciel repris ses droits sur la terre.

Alicia se releva douloureusement, elle sentait ses os fracturés, sa peau déchirée, mais nul sang pour pleurer. Elle était animée par l'énergie du désespoir autant que par la force de la foi. Elle n'était pas prête à abandonner, pas tant que son corps saurait se relever, pas tant qu'elle ne serait pas poussière. Elle se remit debout, droite comme une statue, face à la silhouette encore à terre qu'elle pouvait distinguer à travers la poussière. La Comtesse eut un instant grand espoir. Si elle ne se relevait pas, c'est qu'elle était arrivée au point de rupture... Lorsque la visibilité lui fut mieux rendue, Alicia comprit qu'elle faisait fausse route. Europe était tout sauf recroquevillée sur ses blessures. Elle était fièrement agenouillée, sereine et puissante, elle priait. Alicia en resta confuse quelques instants. A quoi cela rimait-il ? Une prière sans rituel n'était que rarement d'un grand secours... Mais pas pour elles, pas pour une fille de l'Helheim ni pour une Gardienne. Europe préparait son prochain coup... Le coeur d'Alicia se mit à battre plus vite, d'autant plus vite qu'il n'avait plus nul fluide à pomper, que l'air froid et sec de l'effroi.

Dans le calme silencieux, les nuées pulvérulentes qui tombaient jusque là avec la lenteur d'une brume d'hiver furent brusquement happées par une inspiration invisible, filant droit sur la tribu d'Olrun, la traversant sans dommages, serpentant entre les bâtiments jusqu'à sortir du champ de vision du Lys Noir, en direction du sud et de la Schwarzwald. Alicia pouvait à présent parfaitement voir les troupes d'Olrun, couteaux tirés, prêtes à se lancer à l'assaut. Ceci ressemblait trop à la position qu'avaient adoptée les troupes du Lys Noir quelques temps plus tôt attendant l'arrivée des corbeaux... Europe ne priait pas, elle invoquait. Un vent, ou plus exactement un souffle, venu du sud balaya alors le parvis en direction du Lys, d'abord avec douceur puis de plus en plus fort, il y résonnait des échos gutturaux, des voix catarrheuses, une clameur venue des profondeurs.
Puis, une simple feuille d'un vert tendre, macule de lumière dans un tableau de ténèbres, virevolta jusqu'à Alicia, s'en suivirent quelques autres, de plus en plus nombreuses.

Alicia fit volte face :


"RECULEZ !!! RECULEZ !!! CONTRE L'EGLISE !!! DANS LE CIMETIÈRE !!!"

Europe invoquait les dryades, les esprits élémentaux de la Terre. Très communément invoqués pour leur sagesse et leur pouvoir de guérison, leur forme physique n'était jamais appelée, moins pour des raisons de volonté de la part de ces esprits que pour des raisons de faiblesse de conviction de la part des sorciers. Le Gardien pourrait les faire participer à ce combat. Mais il s'agirait de la dernière manche pour le Lys... Il fallait réagir vite et bien. Alicia embrassa sa tribu du regard pour vérifier que tous s'étaient rassemblés et se retourna à nouveau face à Europe. Elle écarta légèrement les bras et prit une incroyablement profonde inspiration avant d'entamer une incantation avec une voix d'Outre-Monde amplifiée et démultipliée par magie en toutes sortes de tonalités de la plus aiguë à la plus grave, de sa poitrine gonflée semblait résonner un choeur furieux. Toutes les sorcières furent obligées de se boucher les oreilles pour ne pas en devenir folles, les malheureux stigmatisés semblaient à l'agonie, Europe elle-même était visiblement tourmentée et faillit briser le fil précieux de son incantation. Mais elle résista jusqu'à ce que le souffle d'Alicia ne se brise comme une vague contre un rocher. La Meneuse se tint le ventre essoufflée quelques instants avant de lâcher un cri de haine vers son ennemie.

Alicia marcha à pas vifs vers le cimetière.


"Eloignez-vous des tombes !"

Alors que la clameur venue de la forêt ne faisait qu'augmenter, Alicia à son tour s'agenouilla devant le cimetière, dos à Europe et entama une prière à voix basses. Les premiers élémentaux sortaient des ruelles sombres. Ils flottaient dans les airs, presque informes, leur corps n'était matérialisés que par des nuées brunes tournoyantes, de terre et de poussières minérales mélangées à des feuilles, leurs squelettes anthropomorphes à l'exception qu'ils ne comptaient pas de jambes étaient constituées de bois, de branches et de brindilles, leurs crânes étaient faits d'écorces ridées dans lesquelles leurs visages semblaient de fines sculptures à la rare beauté, leurs cheveux n'étaient que lichens, feuillages et bois mort. Les dryades étaient à la fois décharnées et magnifiques, effrayantes et adorables. Lancées à pleine vitesse, elles n'étaient plus qu'à quelques dizaines de mètres des sorcières du Lys à présent. Sur leur passage les pavés se craquelaient laissant s'échapper des pousses de lierre et des boutons de roses.

C'est alors que la terre se mit à trembler. Une petite secousse en premier, une plus grave en second, une longue et terrifiante en troisième. Les dryades elles-mêmes se stoppèrent, farouches, à l'affut. Alicia toujours agenouillée voyait son buste gracieusement animé de mouvements éthérés, comme possédée, ses voiles s'étendaient de toutes parts, dévoilant l'ombre de son corps cadavérique. Puis, accompagnée d'une secousse tellurique plus forte et impressionnante encore, Alicia brandit ses mains vers le cimetière, d'un geste ample et assuré ses doigts décomposés balayèrent l'espace des tombes. Elle referma alors brutalement ses points comme pour attraper l'invisible - tout s'arrêta et se tut -, et les souleva avec vigueur en direction du ciel dans un tonnerre sans précédent. Suivant docilement ce mouvement les tombes explosèrent, laissant s'échapper des entrailles de la terre des dizaines et des dizaines d'esprits sombres. Alicia n'avait pas invoqué de simples fantômes pour combattre, elle avait invoqué des draugars, tout comme les dryades ils étaient à demi matériels et à demi ectoplasmiques, leurs squelettes lacunaires et bruns flottaient fluidement dans les airs, drapés de leur linceul souillé par l'humus, déchiqueté de toutes parts, tout autour d'eux, comme une aura liante, des fumeroles noires suivaient leurs déplacements vifs et désordonnés.

Les dryades n'attendirent pas que les draugars prennent l'avantage et s'élancèrent elles aussi contre les spectres décharnés. Les deux armées entrèrent en collision avec une violence éblouissante.

Ce combat n'était plus un combat d'hommes.

C'était un combat de titans.



[HRP : Vous voilà en connaissance du déroulement de tout le fil directeur du combat. Europe puis Nôaz posteront la fin dès demain, mais le topic ne sera en aucun cas fermé. Vous avez tout l'été pour développer vos combats comme il vous plaît en les situant bien chronologiquement entre l'attaque des corbeaux et cet affrontement d'esprits compris. Si ce n'est pas clair : un petit MP sur le compte de Noâz Wink ]

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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Ven 29 Juin 2012 - 15:09

Nulle âme sur terre n’eut jamais pu contempler tel affrontement. Tandis que les dryades se précipitaient vers le Lys Noir acculé, Europe songea que le dernier –le seul- combat ayant surpassé celui-ci en violence et en surréalisme, fut celui de la déesse Sigrun, sœur d’Olrun, combattant le Gardien de celle-ci, des centaines et des centaines d’années auparavant. Ce jour ne s’effacerait jamais de la mémoire des hommes. Aujourd’hui, Alicia et Europe avaient atteint l’immortalité dans le conscient collectif.

Les silhouettes vaguement androïdes sorties de la forêt se heurtèrent avec fracas, dans leur pulvérulence minérale et végétale, aux spectres invoqués par la Meneuse; aujourd’hui même les mânes des trépassés sortaient de leur sommeil éternel, anéantissant le manteau des sépultures qui avait toujours paru froid et stable, mais qui ne fut plus que poussière sur un simple geste d’Alicia. Les deux armées entrèrent en collision dans un vortex tourbillonnant de feuilles, de cailloux, d’os, de lambeaux. Se déchirant en poussant des cris venus d’un autre monde. Chaque fois qu’une dryade était vaincue, son corps hybride se disloquait dans la poussière qui les nimbait depuis le début; les feuilles et les brindilles s’éparpillaient dans la tempête. Lorsqu’un draugr était vaincu à son tour, il succombait dans un râle; le cadavre noirci se calcinait comme à vitesse accélérée et il partait en déliquescence, n’étant bientôt plus que cendres dispersées par les rafales.

Nul ne sut vraiment combien de temps perdura la bataille. Elle fut intense, chaotique, enragée… continuant jusqu’à ce qu’aucune silhouette métaphysique ne fusse plus en mesure de combattre. Les dryades et les draugars auto-détruits, il ne resta finalement que les deux clans de sorcières, de part et d’autres du Parvis éclaté, avec se faisant face telles deux proues, Alicia et Europe.

Ces deux dernières se jaugèrent yeux dans les yeux durant de longues secondes, totalement immobiles, car il semblait qu’elles se fussent changées en statues de marbre, érigées là en mémoire éternelle de cet épique affrontement…
Mais ce n’était pas terminé.

Soudain, dans une synchronicité parfaite, les deux adversaires entamèrent d’un bout à l’autre du Parvis une chorégraphie compassée, puissante, presque métaphysique.

Les gestes d’Alicia transperçaient l’air en y imprimant des mouvances d’ombre. Au fil de ses mouvements, la danse fit naître des motifs tentaculaires à la teinte abyssale, des nébulosités animées d’agitations silencieuses et inquiétantes. A son exact opposé, la chorégraphie d’Europe irradiait de cette même clarté d’une bleu lagon, presque minérale, si représentative de la séculaire empreinte des Gardiens…

Une aura de surpuissance tourbillonnait autour d’elles, s’accumulant en spirale, en un redoutable typhon dont elles étaient le centre et dont tous sentaient les rafales se lever avec appréhension… Le monde entier avait ses yeux fixés sur les deux femmes. Même l’Ange Anaël. Surtout l’Ange Anaël.
Et le monde entier s’attendait presque à être réduit en cendres au moment où les deux adversaires décideraient de déclencher l’énergie offensive et dévastatrice amassée jusque là. Elles tremblaient tant chacune de puissance contenue, que l’air à proximité immédiate se déformait et se contractait comme une lentille optique…

Un hurlement simultané et fantastique naquit en cœur au fond des gorges d’Alicia et d’Europe, montant jusqu’à exploser à la surface, amplifié un millier de fois.

C’en était trop pour leurs simples enveloppes charnelles; le corps artificiel et déjà mort de la Meneuse partit en déliquescence. Il se décomposa dans une bourrasque, disparaissant en poussière à l’instar des draugars auparavant, au moment même où jaillissait de sa poitrine un corbeau aux plumes fuligineuses qui s’élança tel une flèche vers Europe.

Laquelle se sentit pareillement désertée du pouvoir des Gardiens; le Médaillon à son cou cessa brusquement de briller, se disloquant en fragments, et le corps de la Grande Prêtresse céda d’un coup. Elle tomba à genoux sur le Parvis éclaté tandis que de son torse jaillissait une colombe de lumière, qui fonça vers Alicia à toute vitesse.

Les deux avatars ailés entrèrent en collision avec violence.
Après un combat de tant d’ampleur, après des démonstrations de pouvoir plus époustouflantes et spectaculaires les unes que les autres, ce ne fut que le produit de leur volonté d’en découdre à l’état brut, l’essence même de leurs puissances respective qui entra ici en contact. Le temps du superflu et l’apparence n’était plus. Ne restait que l’offensive finale, portée avec toute la force dont elles étaient capables…

La colombe et le corbeau s’affrontèrent férocement, à coup de becs cruels et de griffes acérées, répandant autour d’eux un tourbillon virevoltant de plumes bichromatiques, tandis qu’ils s’élevaient graduellement dans les cieux en battant furieusement des ailes… Le plumage blanc de la colombe, auréolé de lumière, lui conférait un aspect irréel et quasi-onirique. En face, le corbeau nimbé d’ombre semblait tel un trou noir, absorber autour de lui toute lueur… Ils s’affrontèrent ainsi jusqu’au zénith, bien plus haut que l’Eglise, bien plus haut que Forbach et les mortels et leurs prétentions, pour enfin se heurter dans un ultime fracas, terrible, surnaturel, dévastateur.

Une splendide et gigantesque explosion se produisit, très haut dans le ciel. Une détonation fulgurante, irradiante, d’une nature inconnue et quasi-déique, libérant toute la puissance jusque là accumulée par les chorégraphies d’Alicia et d’Europe. Et alors même qu’il semblait que la luminosité fut à son comble, la déflagration noire semblable à un anneau envahit le ciel et la terre. Elle engloutit tout sur son passage. Nul n’aurait su dire s'il avait été ébloui ou aveuglé.


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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Sam 30 Juin 2012 - 0:18

La chorégraphie d’Alicia, par ses mouvements amples et le souffle mystique qu’elle dégageait, faisait voler tout autour de son cadavre les longs voiles lacérés qui l’habillaient, ne restaient presque plus que son squelette et quelques tissus nécrosés sur son corps. Sa beauté s’était écorchée, mais sa grâce n’en était que plus admirable. Noâz eut un douloureux pincement de cœur en voyant l’état de sa mère si dégradé. Il l’admirait tant… Lorsqu’on dit qu’une personne se donne corps et âme, on semble presque insister sur l’exploit fabuleux de donner son âme. Mais l’âme n’engage que l’âme. Le sacrifice du corps, lui, engage la douleur, la force, la foi, la liberté. Le don du corps engage l’âme. Et en cet instant Noâz admirait Alicia car elle s’était donnée âme et corps pour sa tribu. Il ne restait plus que ses os, mais elle combattait avec la grâce et la puissance d’une déesse. L’émotion de Noâz laissa une larme emperler le long de sa joue dénudée par son masque à moitié cassé.

Le dévouement d’Alicia s’immortalisa dans la mémoire du Lys Noir à l’instant où son avatar aux plumes de nuit s’éleva de sa poitrine dans un craquement céleste. Il sembla entraîner avec lui tous les voiles et toutes les ombres et tout le corps d’Alicia qui se transforma en une nuée tournoyante de cendres et de plumes. La représentation symbolique de toute la puissance, de toute la volonté et de toute la foi d’Alicia était si définitionnelle de son être profond que le laisser s’envoler signifiait cesser d’exister. Alicia était partie en poussière. Le corbeau se jeta sur l’avatar d’Europe aux plumes de lune avec une violence suprême. La lumière entrait en collision avec les ténèbres. Le combat tourbillonnant était impressionnant, un bal de haine s’élevant toujours plus haut dans le ciel, jusqu’à disparaître au-dessus des nuages à leur tour secoués d’éclairs et d’ombres dans une suite de détonations. C’est alors que se produisit l’ultime implosion qui irradia les nuages, le ciel puis la terre d’une lumière noire, une clarté obscure qui baigna l’humanité forbachoise dans d’éblouissantes ténèbres.

Le monde alors cessa de se mouvoir. Tous les sons, tous les coeurs, se stoppèrent. Plus ni vent ni soupires. Comme si le temps lui-même avait été pétrifié de stupeur par l’explosion. Comme si le monde entier avait besoin d’une suspension méditative : que venait-il de se passer ? Comment était-ce possible ? Qui étaient les hommes et qui étaient les dieux ? Qu’allait-il se passer à présent ? Un futur était-il possible à pareille déflagration destructive ?

La première instance à oser un geste fut précisément le Ciel. A l’endroit de l’éclat final s’était formé un abîme dans les nuages, un immense couloir vertical par lequel on pouvait observer toutes les strates nébuleuses qui semblaient s’élever à l’infini. De cet espace, avec douceur, descendit un rayon lumineux d’un bleu argenté, un rayon qui n’était pas éclatant mais qui contrastait pourtant avec l’obscurité ambiante, un rayon qui ne pouvait venir du soleil mourant ou de la lune à peine éveillée, un appel divin qui éclaira tout Forbach, puis qui se rétracta sur le parvis. Noâz hors de toute conscience marcha lentement, comme un fantôme, vers l’emplacement qu’avait occupé sa mère face à Europe quelques instants auparavant. Plus une seule poussière, plus une seule plume. Pourtant il aurait juré pouvoir sentir encore le souffle de sa puissance. Il tomba à genoux, atterré. Le rayon lumineux se rétracta encore, lentement, sur le centre du parvis, dessinant un délicat orbe pâle autour d’Europe et Noâz.

Ce qui se passa alors est ineffable. Car il s’agissait encore d’un paradoxe mystique, d’un message sans mots, d’un chant sans voix, d’un souffle sans air.

Car voici ce que le Ciel ne dit pas :

« Mes enfants, vous que j’ai fait naître de mes plus douces larmes, vous à qui j’ai confié un pouvoir rare et précieux, vous m’avez aujourd’hui fait montre de toute votre puissance, de tout votre orgueil et de votre infinie vanité. Car l’émissaire vous a demandé un miracle, vous avez cru bon de vous mesurer aux dieux. Oui mes enfants, vous êtes capables de prouesses comme nul autre homme sur Terre. Mais ce pouvoir, je vous l’ai confié à la seule condition d’une sagesse absolue. Depuis trop longtemps vous trahissez mon sang et votre statut de sorcières. Vous demanderez-vous après pareil cataclysme la raison qui pousse les hommes à vous craindre et à vous pourchasser ? Vous avez cédé, mes enfants, à la plus cruelle tentation.

Vous, ambassadeurs des deux tribus sœurs et ennemies, vous que ma lumière irradie en cet instant, au nom des fautes que vous avez mené vos tribus à commettre, je vous l’annonce sans peine et sans joie, vous verrez toujours ma nitescence sacrée mais jamais plus elle ne sera à votre service. Je vous condamne au mutisme absolu face aux instances ésotériques de ce monde. Je renie vos voix et vos larmes, et n’entendrai plus jamais vos prières. Vous êtes désormais seuls face au monde, vous n’êtes plus sorcier ni sorcière. Vous avez partagé la cupidité du commun des mortels, vous partagerez toute leur condition. »

Ainsi Europe et Noâz, sur une simple sanction tacite du firmament, furent à jamais privés de leur magie. Plus jamais ils ne pourraient jeter des sorts, plus jamais ils ne pourraient être efficients lors de rituels, plus jamais ils ne pourraient invoquer les esprits et les dieux, plus jamais ils ne seraient sorciers. Nus face au monde, sans arme et sans larmes, ils étaient désormais quittes face au ciel.

[HRP : en avant les combats !]
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Mer 4 Juil 2012 - 20:28

Les trombes d'eau qui se déversaient des cieux n'en cessaient plus de détremper les quelques cheveux qui sortaient du masque qu'elle portait sur les yeux. Elle sentait pourtant chaque goutte. Cette acuité ne venait pas d'un stigmate ou d'un sort, c'était son instinct qui s'éveillait au moindre contact. Un maître d'arme apprenait toujours cela à son apprenti. Avoir conscience autant de son environnement que de son adversaire évitait des fautes graves en plein combat. Lorsqu'on leur avait dit de porter des masques, la jeune femme avait opté pour quelque chose de facile à retirer. Au cas où. Pour rester proche de son environnement et ne pas avoir trop de poids pour perturber ses mouvements.

Alors que, sa rapière en main, elle allait taquiner Viviane pour lui retirer la vie, elle reçut un accueil des plus .... mouillé. Une boule d'eau imposante venait de lui éclater au visage troublant sa vision quelques secondes.

La prêtresse de la tribu d'Olrun n'avait aucune intention de lui prêter attention. L'insolente pensait que de l'eau laverait cette colère noire qui embrasait Elena. Mais ce soir, elle ne lui laisserait pas cette chance de fuir ailleurs. Ce soir elle ne lui laisserait pas le droit de faire un pas de plus sans sentir le gout de son sang sur l'acier. Elle voulait voir le liquide carmin de cette femme, elle voulait la voir souffrir, l'entailler de cette même entaille qu'avait subit Luc. Elle en connaissait l'exacte dimension et le profondeur. Un coup précis, un seul lui aurait permis de venger son apprenti. Alors que cette vieille harpie comptait se soustraire à sa rage vengeresse, elle perdu son regard dans la foule. C'était le moment ou jamais. C'était son dernier faux pas. La sorcière du Lys se redressa et attaqua directement Viviane au niveau de son épaule.

Une entaille légère se fit, peu profonde, mais sur une bonne longueur. Ce coup arracha une satisfaction grandissante auprès d'Elena. Cette douleur eut le seul effet qu'elle voulait. Avoir un contact visuel proche avec sa victime pour attaquer véritablement en profondeur.

Il lui suffit d'un souffle.

"Vitam somnia"

Elle avait préparé son sort en murmures pendant qu'Alicia et Europe avait lancé les festivités. Concentrée fermement, elle n'avait plus qu'à lancer l'offensive et attendait le moment propice. Comme une sorte d'envoutement ces yeux s'illuminèrent d'abord pour devenir dorées avant de sombrer vers un noir complet. Des yeux qui ne voyaient plus qu'une chose, ceux de Viviane. En prononçant ces mots des volutes de fumées venaient de fuir de ces lèvres et pénétrèrent le conscient de Viviane. Elle était prise au piège. Mais elle ne savait pas encore de quoi.

Les pupilles de nouveau normales d'Elena cherchaient à voir le résultat. La résurrection d'Alicia, avait permis à chacun de ces protégés d'obtenir un don venu des tréfonds. Le sien avait été des plus délicieux : avoir le droit d'insuffler un sentiment, quel qu'il soit. C'était proche d'un envoutement, sauf que le contact visuel n'était nécessaire qu'un temps. Un fois lancé, la victime subirait les assauts de ce sentiment, si toutefois on réussissait, par une image, comme un flash unique d'un avatar de ce sentiment. Elena avait donc longuement préparé le sort par un florilège de murmures.

Et qu'avait-elle offert comme sensation à cette chère Viviane? Elle lui avait insuffler comme sentiment un de ceux qui rend les hommes irraisonnés, celui qui les détruit tous parce qu'il est pernicieux : la Peur. Parce que tout le monde à peur. Seul celui qui est sans crainte peux vivre éternellement. Et aucun être humain n'était éternel, pas même les plus criminels d'entre eux. Pas même les plus sages. Chacun a ses craintes, et ses doutes.

Et de quoi Viviane pouvait elle avoir Peur? De perdre sa chère nièce? Sa tendre sœur? Ses amis? Elena l'ignorait, mais ce qui comptait c'est que cette peur allait s'emparer d'elle et la tétaniser pour quelques secondes. Et ces quelques secondes seraient bien suffisantes à Elena pour faire ce qu'elle avait à faire : la tuer par cette blessure qui lui prendrait le flan.

Viviane se contracta rapidement sous l'effet du sort et Elena se jeta en hurlant de toute ces forces. Elle brandit son épée pour tailler cette chaire qui la dégoutait tant et fit un geste circulaire pour se retrouver dos à Viviane. Un sourire carnassier teintait son visage. C'était bien la première fois qu'elle tuait quelqu'un. Et cette ivresse qui la gagnait lui plaisait autant qu'elle lui faisait peur. Elle tremblait de tout son être. Mais elle ne tremblait pas de peur. Ce n'était pas chrétien. Mais elle sentait la puissance de l'adrénaline la pénétrer et la grandir. Dieu devait être malheureux. Mais elle était satisfaite plus que jamais d'avoir accompli ce qu'elle venait de faire. Restait à faire face à son crime à présent.

Elle se tourna lentement pour voir le résultat de son travail et ses yeux s'écarquillèrent.
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MessageSujet: Re: Apocalypse (#18)   Dim 9 Sep 2012 - 22:54

La douleur lui traversa l'épaule et une partie du dos, fulgurante, intense, sans que Viviane ne comprenne tout de suite d'où elle venait. Se tournant vers son agresseur, c'est avec agacement qu'elle reconnut la petit pimbêche du Lys à qui elle venait d'envoyer une gerbe d'eau. La leçon ne lui avait pas suffi ? Mais alors qu'elle s'apprêtait à répliquer, une sourde angoisse se mit à lui étreindre les tripes. Incapable de se concentrer, elle voyait danser devant elle les spectres de Cassandra et Narcissa, et ceux un peu plus flous de ses parents. La mort rôdait autour d'elle comme un vautour autour de sa proie et rien de ce qu'elle pouvait faire pouvait empêcher le pire de se produire.

Viviane reconnu repidement les symptômes d'un envoûtement, mais cela ne lui suffirait pas à se dégager de l'étreinte cruelle qui lui enserrait les tripes. La peur se distillait dans ses veines comme un poison dont l'effet était si rapide que le temps de le remarquer et il était déjà trop tard. L'angoisse de perdre les siens était probablement la plus grande faiblesse de Viviane, celle qui l'avait amenée à perdre le contrôle d'elle-même de trop nombreuses fois et qui une fois l'avait amenée à commettre l'irréparable. Antidote contre la peur qui lui rongeait le coeur, la colère se diluait dans ses veines tout aussi rapidement que les émotions qui l'avaient étreintes quelques secondes plus tôt. Cette saine et souveraine colère qu'elle ressentait lui permit de garder le contact avec la réalité, personne ne pourrait toucher à Cassandra ou Narcissa, elle se l'était promis !

Non dénoée de talent, la jeune fille qui lui faisait face était capable d'envoûter sans garder le contact visuel mais c'était sans compter sur la force qui s'opposait à elle. Viviane était une Prêtresse d'Olrun depuis de longues années maintenant, rompue à l'art des envoûtements, des tempestaires et autres pouvoirs. Elle connaissait leurs faiblesses, leurs points forts et savait comment se dérober. Elle se laissa guider par le sentiment le plus fort qui l'habitait, à savoir l'amour qu'elle ressentait pour les siens. Étrangement, parmi les ombres de Cassandra et Narcissa s'était également glissée celle d'Antoine. Ne s'attardant pas sur ce détail insignifiant pour le moment, elle lutta encore quelques instants pour reprendre le contrôle d'elle-même, non sans continuer à simuler un envoûtement profond. Elena ne se douterait pas qu'elle avait reprit le contrôle de son esprit et qu'elle s'apprêtait à lui envoyer la raclée de sa vie.

La pluie qui balayait toujours le parvis était une véritable bénédiction pour elle, et la Prêtresse sentait que les éléments étaient de son côté. Murmurant à nouveau quelques phrases et incantations latines, elle figea une boule d'eau en glace qu'elle envoya de toutes ses forces sur la tête d'Elena. Il n'était pas question de tuer, il n'était pas question d'entrer dans le jeu malsain d'Europe et Alicia, il était question de mettre un terme à cette bataille absurde qui n'avait aucune raison d'être. En face d'elle, Elena semblait sonnée, et Viviane sourit de satisfaction. Concentrant toute sa force mentale sur l'eau qui l'entourait, elle leva les bras et cria à nouveau : « Olrun potestatem esse mecum ! Quod ad formam aquae eo magister sum ! » Et la pluie autour d'elle se figea. Serrant les poing, Viviane fit de ces gouttes d'eau une pluie de glace meurtrière qu'elle laissa en suspens dans l'air. Dirigeant cette nouvelle arme vers Elena, Viviane prit la parole.

« Tu ne comprends pas, n'est-ce pas ? Tu ne comprends pas pourquoi je choisis de ne pas te tuer. Tu es trop jeune, bien trop jeune pour comprendre ce qui se passe ici et tout ce que tu vois autour de toi te dépasse largement. Il ne s'agit pas de vie ou de mort, ni de la victoire de l'un des deux camps ! Alors je te le dis, qu'importe le nombre de fois où tu tenteras de me vaincre et de lutter contre moi, jamais tu ne me battras, alors cours, fuis pour sauver ta peau tant que tu le peux, d'autres ne seront pas aussi cléments que moi ! »

Le temps était comme suspendu entre les deux adversaires qui se regardaient dans les yeux. Nulle crainte dans ceux de Viviane, mais une froide détermination. Non, elle ne tuerait pas, elle ne s'abaisserait pas à entrer dans le jeu d'Europe et d'Alicia qui ne concernait que ces deux folles. Cette bataille était vaine, comme toute la lutte qui avait précédé. Aujourd'hui, Viviane comprenait enfin que ce n'est pas dans une lutte sans merci que Forbach pourrait retrouver la paix qui était la sienne autrefois mais bien dans la fin de cette guerre absurde. Il n'existait qu'une seule réponse à toutes ses questions, à toutes ses angoisses : la paix.

Alors qu'en haut, le combat continuait à faire rage entre Europe et la pâle copie d'Alicia, sur le parvis, les combats se déroulaient avec au moins autant d'ardeur. Viviane avait avec elle le pouvoir des Prêtresses pour tenter de mettre fin à cette bataille qui n'avait déjà que trop fait de victimes. Jamais elle ne pourrait plus se résoudre à tuer et à prendre la vie d'un autre, alors elle regarda Elena dans l'attente de sa réponse ou de sa fuite. Si d'aventure, elle tentait de l'attaquer à nouveau, Viviane n'hésiterait pas à forcer son esprit pour la faire fuir jusqu'à un endroit où elle se trouverait en sécurité, dans les bras d'un amant trop protecteur peut-être. La Prêtresse était maintenant d'un calme olympien et prête à toutes les éventualités.
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